La relation en lojban, ou brivla, est la catégorie grammaticale unique par laquelle sont traduits les mots « pleins », c'est-à-dire les catégories grammaticales porteuses de sémantique : noms, verbes, adjectifs ou adverbes.
En mettant en relation les autres éléments constitutifs d'une proposition, selon son sens propre et des règles morphosyntaxiques propres à chaque langue, c'est habituellement le verbe qui joue un rôle majeur dans l'organisation de la phrase, et fait de la proposition un ensemble signifiant dont il constitue le noyau. Fondamentalement, le verbe exprime qu'il existe une certaine relation entre divers objets : il s'agit typiquement du sujet, de l'objet éventuel, et parfois d'éventuels compléments seconds ou circonstanciels.
Le lojban tire son modèle de la logique des prédicats. Les termes sémantiquement pleins sont définis comme des relations : tout brivla (mot relation) peut être au centre d'un énoncé et mettre en relation un ou plusieurs argument, donc occuper une fonction verbale. L'originalité du lojban est que ce sont ces mêmes mots-relations, ou brivla, qui remplissent également les fonctions de noms communs ou de qualificatifs (adjectifs ou adverbes), suivant leur position grammaticale. Ainsi, "jdini" (la monnaie) peut jouer aussi bien le rôle d'un adjectif dans "jdini sorcu" (dépôt monétaire, trésor) que de verbe dans "la dolar. jdini la.amerik.", (le dollar "monétise" les États-Unis, le dollar est la monnaie des États-Unis).
Définition sémantique d'une relation - bridi
Le modèle prédicatif
Un énoncé simple en lojban est par exemple mi viska do, « je vois toi ». Dans cet énoncé, deux objets sont impliqués, représentés par les pronoms toi (do) et moi (mi), et la relation qui est affirmée entre ces deux objets est celle que l'on pourrait noter « A voit B ». En termes de logique mathématique, en effet, cette relation est un prédicat (ici, d'arité deux, c'est-à-dire qu'elle prend deux arguments, ici toi et moi). Dans l'univers du discours des couples (A, B) d'objets, le prédicat "voir"(A, B) peut prendre la valeur "vrai" ou "faux".
En lojban, qui se veut un support possible de communication entre homme et machine, le fait d'énoncer ce prédicat signifie implicitement pour un ordinateur quelque chose comme :* Identifier l'objet A = le locuteur. * Identifier l'objet B = l'auditeur. * Il existe dans mon univers de connaissance une relation de la forme « voir (A, B) ».
D'une manière générale, en lojban, un énoncé est toujours considéré comme une fonction logique (un prédicat) qui décrit une relation entre un certain nombre d'« arguments ». L'unité élémentaire d'énonciation (la phrase) est appelée bridi, terme primitif qui signifie à peu près « prédicat » ou « une mise en relation prédicative ». Un bridi est à peu près l'équivalent d'une phrase ou d'un énoncé, donc d'un ensemble de mots mis dans une relation grammaticale définie. Dans un bridi (prédicat), l'un des termes désigne la relation, c'est le selbri (qualificatif du mot qui met en relation, l'entremetteur). Par définition, tout brivla (mot relation) peut jouer ce rôle de selbri (à peu près l'équivalent d'un verbe) dans un bridi (prédicat). De même qu'une prédication en logique formelle est formée d'un prédicat et d'arguments, les bridi (prédicats en lojban) sont formés d'un selbri (entremetteur) qui met en relation des sumti (arguments).
NB : Au sens étymologique: - bridi signifie « prédicat » ou « être en relation prédicative ». « "X" bridi Y » est une mise en relation entre un terme lojban (Y) et un texte énoncé ("X"), qui signifie que « l'énoncé "X" constitue une mise en relation par le brivla Y ». - Le centre et cœur d'un tel énoncé, le mot qui y établi la relation, est un mot sémantiquement plein (brivla) qui a la fonction dite de selbri. Dans ce mot composé, sel est la « réduction » de se, terme grammatical qui indique l'inversion des deux premiers termes de la relation (très grossièrement, une marque du passif) ; et bri<bridi est comme ci-dessus la « mise en relation ». Là où « "X" bridi Y » signifie que « le texte X constitue une mise en relation par le brivla Y », « Y selbri "X" » signifie donc que « le brivla Y est ce qui indique la mise en relation dans le texte "X" », et donc selbri (en tant que qualificatif et/ou nom de classe d'objet) désigne un terme dans son rôle grammatical, en tant qu'il définit la relation appliquée à quelque chose. - Le brivla vient de bridi>bri : relation de prédicat, et valsi>vla : mot. C'est un « mot relationnel », c'est fondamentalement un mot qui sert à caractériser une certaine relation, que l'on affirme exister entre objets. Ce sont les mots pleins du langage sur le plan sémantique. Les brivla sont les « objets-capables-d'établir-des-relations ». On retrouve ici le lien essentiel entre brivla et bridi, un brivla (mot relation) est fondamentalement un objet du langage capable d'être le noyau d'un bridi (prédicat) en jouant le rôle de selbri (entremetteur). - La relation porte sur un ou plusieurs sumti, élément du discours mis en relation par le selbri, c’est-à-dire l'un ou l'autre argument du prédicat. sumti est également une primitive lojban, signifiant le fait d'être argument d'un selbri (entremetteur) dans la relation d'énoncé bridi correspondante.
Briques sémantiques - le brivla
La notion fondamentale et unique en lojban est celle des termes plains, les brivla (~ nom de relation). Formellement, ce sont à la fois des relations entre objets et des propriétés rattachées à ces objets, ce qui n'effraye pas les mathématiciens mais peut paraître étrange pour le public non averti.
Suivant leur origine, il existe trois catégories de (mots relation) : les , les mots racines qui permettent de construire les autres ; les (mots composés), composition de ; les (mot étranger importé), des mots issus de langues naturelles, lojbanisés. L'origine étymologique n'interfère pas avec leur utilisation grammaticale. Le cœur du lojban s'appuie bien sûr avant tout sur les gismu (primitives), à la fois parce qu'elles sont simples et qu'elles sont propres au lojban, mais tout ce qui peut être dit d'un gismu employé comme brivla s'applique à l'identique aux autres formes de brivla.
Il n’y a pas en lojban de distinction grammaticale entre un nom, un verbe, un adjectif, un adverbe. Une relation comme xekri (être noir) en pratique joue le même rôle qu'un adjectif, et n'a qu'un seul paramètre, l'objet noir - ce qui pourrait éventuellement caractériser un adjectif. Mais une relation comme cmila (rire) n'a également qu'un seul paramètre, parce qu'on peut rire, indépendamment de savoir de quoi l'on rit. Et de même, une autre comme ninmu (être femme) n'a aucun complément sémantiquement nécessaire.
Que ces relations soient d'arité un (elles n'ont qu'un seul argument) entraîne souvent un traitement particulier de ces concepts dans les langages naturels, mais ce n'est pas un cas particulier dans le formalisme lojban du calcul des prédicats, et leur traitement grammatical est le même que celui des autres brivla (mots relation). Le lojban ne fait pas de distinction formelle entre « être_noir », « être_riant » et « être_femme », et le fait que l'une se traduise généralement par un adjectif l'autre par un verbe et la troisième comme un nom est indifférent.
Emploi d'un brivla comme relation - selbri - et arguments
Un brivla (mot relation) étant essentiellement une relation, sa définition complète comprend donc aussi la liste complète de ses arguments, les sumti, leur signification, dans l'ordre dans lequel ils apparaissent (leur « emplacement structurel » dans la relation).
Un brivla (mot relation) peut avoir de un à cinq arguments, conventionnellement désignés par x1, x2, x3, x4, x5 dans les définitions ; et l'emplacement structurel de chaque argument permet de déterminer sans ambiguïté son rôle dans le bridi (énoncé)What Is Lojban? Chapter 2. Overview of Lojban Grammar..
Par exemple, dans un dictionnaire, la définition complète de klama (se déplacer) peut s'exprimer succinctement par : klama : x1 se déplace vers x2 depuis x3 via x4 au moyen de x5. De manière plus détaillée, une telle définition signifie qu'un prédicat concernant un déplacement, désigné par klama, prend sa valeur par rapport aux arguments suivants, décrits dans l'ordre de leur emplacement structurel : x1 est un ensemble d'individu dont l'action a pour résultat de les mettre en déplacement. x2 est la destination, le lieu où se situera x1 quand l'action trouvera son achèvement normal. x3 est l'origine, le lieu ou se situe x1 au début de l'action. x4 décrit une trajectoire, ou des points par lesquels passe la trajectoire, suivie par x1 pour se rendre de x3 à x2. x5 décrit le moyen de transport par lequel ce résultat est obtenu.
Structure positionnelle canonique d'un énoncé - le bridi
L'unité élémentaire d'énonciation (la phrase) est appelée bridi, terme primitif qui signifie « prédicat » ou « être en relation prédicative ». Cependant, si la logique sous-jacente est toujours celle d'un prédicat, ce prédicat est exprimé sous forme d'une suite de mots. Dans un énoncé lojban il n'y a normalement ni parenthèses ni virgule apparentes, parce que ces fonctions de délimitation sont implicitement remplies par la structure même de l'énoncé. NB : Dans certains cas, les délimitations implicites ne sont plus suffisantes, et des mots délimiteurs deviennent nécessaires. Il y a des délimiteurs permettant de préciser les limites de chaque structure complexe, et il n'est jamais incorrect grammaticalement de les expliciter, mais expliciter des délimiteurs inutiles est considéré comme contraire à l'esprit du lojban.
Sous sa forme canonique, la phrase lojban (bridi) est formée en concaténant un premier sumti (argument), suivi du selbri (verbe), suivi des autres arguments éventuels dans l'emplacement structurel voulu par la relation : bridi = [sumtix1], <cu>, selbri, [sumtix2], [sumtix3], [sumtix4], [sumtix5], <vau> NB : Le mot grammatical cu qui apparaît ici marque explicitement la fin du (ou des) sumti et le début du selbri, c'est un délimiteur qui peut généralement être omis (mais en l'absence de cu dans « le cribe cu klama » -l'ours se déplace-, la concaténation cribe klama serait interprétée comme un mot composé tanru, un déplacement ursin). De même, vau marque explicitement (et facultativement) que la liste des sumti (arguments) est terminée, ce qui est implicitement le cas à la fin de la phrase.
Cet ordre n'est pas le seul ordre canonique possible en lojban ; le selbri (nom de relation) peut en effet être placé derrière n'importe lequel des sumti (arguments). En revanche, si la position du selbri peut être modifiée, l'ordre dans lequel les différents sumti sont attendus est fixe : sauf précision contraire, ils apparaîtront dans l'ordre de la position structurelle.
Le premier argument étant typiquement le sujet et le second le complément d'objet, cette facilité de déplacer le selbri (qui joue le rôle du verbe) permet de calquer la construction d'un énoncé sur la structure d'une langue SOV aussi bien que sur celle d'une langue SVO, ce qui reflète déjà la structure de 87 % des langues naturelles.
Assertion contemplative
Omettre le premier sumti (argument), donc placer le selbri en première position, est une construction particulière, qui signifie que ce premier argument (généralement le sujet) est indifférent (zo'e en logban). Ce type d'assertion est qualifié de « contemplative », parce que c'est la manière de signaler rapidement un objet : danmo (fumée !) signifie qu'il y a de la fumée quelque part et qu'il est urgent de le signaler, sans qu'il soit nécessaire ni utile dans un premier temps de préciser ce qui est enfumé (zo'e danmo, quelque chose a de la fumée). Et en général, l'énoncé se limite dans ce cas au seul selbri.