Marcus Licinius Crassus (latin abrégé : M•LICINIVS•P•F•P•N•CRASSVSEn français : « Marcus Licinius Crassus, fils de Publius, petit-fils de Publius ».), né vers à Rome et mort en , est un général et homme politique romain qui joua un rôle essentiel dans le passage de la République à l'Empire. Ayant amassé une immense fortune durant son existence, il est considéré comme l'homme le plus riche de l'histoire de Rome.
Crassus commence sa carrière d'homme d'État en tant que commandant militaire sous Lucius Cornelius Sylla pendant la seconde guerre civile. Après la victoire de Sylla et son ascension en tant que dictateur, il amasse une énorme fortune grâce à la spéculation immobilière. Crassus s'impose sur la scène politique romaine après sa victoire contre les esclaves révoltés de Spartacus, partageant le consulat avec son rival PompéeLa guerre de Spartacus (73-72 av. J.-C.).
En tant que soutien politique et financier de Jules César, il se joint à César et à Pompée dans l'alliance officieuse du premier triumvirat. Les trois associés dominent le système politique romain. Cependant, l'alliance ne peut durer indéfiniment à cause des ambitions et des jalousies des trois hommes. Alors que César et Crassus sont de vieux amis, ce dernier et Pompée se haïssent, Pompée devenant de surcroît maladivement jaloux des succès spectaculaires de César au cours de sa guerre des Gaules. L'alliance est toutefois renouvelée à la conférence de Lucques en , à la suite de laquelle Crassus et Pompée sont élus à un nouveau mandat de consul. Après ce second mandat, Crassus est proconsul en Syrie romaine. Il se sert de la Syrie comme d'une plate-forme afin de lancer sa campagne militaire contre l'Empire parthe, le traditionnel ennemi oriental de Rome. Sa campagne est un échec retentissant qui s'achève par sa défaite et sa mort à la bataille de Carrhes ().
La mort de Crassus défait rapidement et définitivement l'alliance entre César et Pompée. Quatre années après sa mort, César traverse le Rubicon, acte qui inaugure une nouvelle guerre civile qui l'oppose à Pompée et au gouvernement légitime de la République.
Biographie Crassus incarne le type même de l'aristocratie sénatoriale par sa carrière exemplaire.
Origines familiales et débuts (jusqu'en 84) Membre de la gens plébéienne Licinia, Marcus Licinius Crassus est le troisième et dernier fils de Publius Licinius Crassus Dives (mort en ), consul en
Son frère aîné, Publius, meurt au cours de la guerre sociale (90-88). Peu après, son père et son frère Lucius sont victimes de la répression sanglante de Marius et de Cinna.
Vers , pour échapper lui-même à la mort, Crassus se réfugie en Hispanie ultérieure, auprès de la clientèle que son père y a constituée.
Au service de Sylla
Pendant la guerre civile de 83-82 Crassus recrute une petite armée et se met sous les ordres de Sylla (138-78) lorsqu’il rentre en Italie
Il se met en valeur lors de la guerre civile entre MariusÀ cette date, il s'agit du fils de Marius, mort en , Caius Marius le jeune. et Sylla, en particulier lors de la bataille de la porte Colline ()Plutarque, Vie de Crassus, VI.. Son intervention décisive assure la victoire à Sylla dans un combat imprudemment engagé.
Enrichissement de Crassus grâce aux proscriptions de Sylla Après la victoire de Sylla et son accession au pouvoir en tant que dictateur, celui ci décide d'organiser des proscriptions à l'encontre des partisans de Marius qui permettent à Crassus de s'enrichir en récupérant des biens des marianistes. En négociant, en spéculant et en extorquant, il amasse une fortune avec des activités aussi diverses que des maisons de prostitution ou des brigades de pompiers privativesBrigades inventées par lui, qui n’interviennent que si le propriétaire accepte de vendre la propriété à un prix inférieur au marché..
Plutarque indique qu’après avoir organisé des proscriptions sans en avoir reçu l’ordre de Sylla, Crassus n’est plus employé par ce dernier dans aucune affaire publique. D'après Plutarque, Crassus a aussi été accusé à l'issue de la guerre civile de la mise à sac de dans le Sud de l'Espagne..
D'après Plutarque, il est alors accusé d'avoir une liaison avec une vestale, mais celle-ci est reconnue innocente et Crassus est acquitté car auprès d'elle, pour saisir la très belle maison qu'elle possédaitPlutarque, Vie de Crassus, I..
Une grande partie de sa fortune est utilisée à des fins politiques, ce qui permet à Crassus d'accroître sa clientèle populaire, d'octroyer des prêts à des familles nobles dans une situation économique difficile et de maintenir de bonnes relations avec le milieu des chevaliers. Il utilise des intermédiaires, des prête-noms pour ses affaires.
Selon Plutarque, sa fortune passe de 300 talentsSoit 7,2 millions de sesterces. à 7 100Soit 170,4 millions de sesterces, ce qui n'est pas beaucoup par rapport aux . avant de commencer sa campagne parthique.
Crassus est élu préteur pour
La guerre contre Spartacus (73-71)
En , des esclaves et des hommes libres pauvres d'Italie se révoltent contre Rome sous le commandement de Spartacus et l'emportent à plusieurs reprises sur les deux légions des consuls de l'année , Gellius Publicola et Lentulus Clodianus. Ceux-ci sont suspendus de leur commandement par le Sénat, qui le confie à Crassus, chargé de mettre fin à la révoltePlutarque, Vie de Crassus, XII..
Commandant en chef des légions envoyées contre Spartacus Bien que connu pour les relations politiques de sa famille, Crassus n'est pas doté de talents militaires attestésAppien, Les Guerres civiles à Rome, 1:76–1:104. Plutarque donne un bref résumé de l'implication de Crassus dans la guerre, notamment en VI, 6–7. Appien donne plus de détails.. Le Sénat lui attribue cependant six légions en plus des deux légions consulaires, soit au total une armée de à romains entraînésAppien, Les Guerres civiles à Rome, 1:118; Smith, A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, "Exercitus", ; Appien donne le détail sur le nombre de légions, alors que Smith, en analysant la taille des légions romaines à travers l'histoire de la Rome antique, donne le chiffre de par légion à la fin de la République romaine.. Spontanément, les nobles se subordonnent à lui tandis que ses capitaux financent les enrôlements.
Crassus soumet ses soldats à une discipline de fer, parfois brutale, réactivant notamment le châtiment de la décimation en cas de lâcheté collective. Appien n’est pas sûr qu’il ait décimé les deux légions consulaires lorsqu’il devient leur commandant, ou s’il a décimé son armée entière lors d’une défaite ultérieure (près de légionnaires auraient été exécutés)Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:118.. Plutarque ne fait mention que de la décimation de 50 légionnaires d’une cohorte comme châtiment après la défaite de Mummius lors de la première confrontation entre Crassus et SpartacusPlutarque, Crassus, 10:1–3.. Crassus montre ainsi à ses hommes qu’il pouvait leur être plus néfaste que l'ennemi.
Campagnes en Italie centrale thumb|Les combats entre Crassus et Spartacus.
Lorsque les forces de Spartacus se déplacent de nouveau vers le nordPlutarque Crassus 10:1, Crassus déploie six de ses légions .
Plutarque affirme que la première bataille entre Crassus et Spartacus a lieu près de la région du Picenum. Appien donne comme emplacement la région de Samnium, en soulignant les deux légions placées sous le commandement de Mummius, son légat, afin de pouvoir manœuvrer à l'arrière de Spartacus, mais Crassus donna l'ordre de ne pas attaquer les rebelles. Lorsque l'occasion se présente, Mummius désobéit et attaque les forces de Spartacus, mais est battu. Malgré cette défaite initiale, Crassus attaque Spartacus et le bat, tuant près de Appien, Guerres Civiles, 1:119..
Le cours de la guerre semble avoir changé par la suite. Les légions de Crassus sont victorieuses au cours de plusieurs affrontements, tuant des milliers d'esclaves rebelles et forçant Spartacus à battre en retraite à travers la Lucanie vers le détroit de Messine.
Campagne autour du détroit de Messine et en Italie du Sud Selon Plutarque, Spartacus négocie avec les pirates ciliciens afin de le transporter, accompagné de quelque hommes en Sicile, . Mais il est trahi par les pirates, qui ont été payés mais abandonnent les esclaves rebelles. Trois sources mentionnent qu'il y a eu des tentatives de construire des bateaux et des radeaux par les rebelles comme un moyen d'évasionFlorus, Abrégé de l'Histoire romaine, III, 21., mais que Crassus prit des mesures (non précisées) afin de s'assurer que les rebelles ne pourraient pas traverser le détroit de Messine, et en conséquence, ils abandonnent leurs effortsFlorus, Epitome, 2.8 ; Cicéron, Oraciones, "For Quintius, Sextus Roscius...", 5.2.
Ensuite les forces de Spartacus se retirent vers la presqu'île de Rhegium. Les légions de Crassus les poursuivent et lors de leur arrivée, érigent des fortifications tout le long de l'isthme de Rhegium, malgré le harcèlement des esclaves rebelles assiégés et coupés de tout ravitaillementPlutarque, Crassus, 10:4-5..
Interventions de Pompée et Lucullus et fin de la révolte thumb|Les derniers événements de la guerre en , dans laquelle l'armée de Spartacus brise le siège des légions de Crassus et se retire vers les montagnes près de Petelia. Le plan montre les premières escarmouches entre les éléments des deux côtés, la rotation des forces de Spartacus durant la confrontation finale. On peut remarquer les légions de Pompée qui rejoindront le Nord pour capturer les survivants.
Au même moment, les légions de Pompée rentrent en Italie, après avoir maté la rébellion de Quintus Sertorius en Hispanie.
Les sources divergent pour savoir si Crassus a demandé du renfort, ou si le Sénat profite seulement du retour de Pompée en Italie. Ce qui est certain, c’est qu'on ordonne à Pompée de se diriger vers le sud sans venir à Rome, afin de prêter main-forte à CrassusComparer ce que dit Plutarque, Crassus, 11:2 avec Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:119.. Le Sénat envoie également des renforts sous le commandement de Lucullus (qu’Appien pense par erreur être Lucius Licinius Lucullus, commandant des forces engagées à l’époque dans la troisième guerre de Mithridate, mais qui est en réalité Marcus Terentius Varro Lucullus, frère du précédent et proconsul de MacédoineStrachan-Davidson on Appian. 1.120; Appien, Les Guerres civiles à Rome, 1:120; Plutarque, Crassus, 11:2.).
Comme les légions de Pompée marchent depuis le Nord, et que les troupes de Lucullus débarquent à Brundisium, Crassus comprend que s’il ne met pas rapidement un terme à la révolte des esclaves, le crédit de la victoire reviendrait au général qui arriverait avec des renforts, il pousse donc ses légions pour mettre fin au conflitAppien, Les Guerres civiles à Rome, 1:120; Plutarque, Crassus, 11:2..