La verrière du Bon Samaritain de Chartres est un des vitraux du bas-côté sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres illustrant la parabole du Samaritain.
Ce vitrail illustre la parabole du Bon Samaritain (Luc 10:30-37)La parabole du bon Samaritain, dans l'évangile selon saint Luc, au sujet de l'amour de Dieu et de son prochain, ainsi que de la miséricorde. (Lc 10,25-37).. La parabole raconte comment un homme se rendant de Jérusalem à Jéricho est attaqué en chemin et laissé pour mort. Un prêtre et un lévite l'ignorent et passent leur chemin, mais un Samaritain, membre d'un peuple méprisé à cette époque, le trouve et le porte dans une auberge pour le soigner, puis promet de revenir payer l'aubergiste.
Dans la partie médiane est représentée l'histoire de la tentation et de la chute d'Adam et ÈveRécit de la Genèse : Adam et Ève ayant succombé à la tentation sont chassés du Paradis et sont condamnés à travailler. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras ton pain au verset 19. (Gn 3,1-23). Dans la partie supérieure, la dernière scène du vitrail est le meurtre d'Abel par son frère CaïnSuite directe de la chute d'Adam et Ève dans le récit de la Genèse. Caïn se dressa contre Abel, son frère, et le tua au verset 8. (Gn 4,1-16).
La verrière illustre la réponse que Jésus fait à la question d'un docteur de la loi : Et qui est mon prochain ? Cette parabole a servi aux théologiens du Moyen Âge à illustrer le récit de la Chute et du Salut. Ce genre de vitraux est très populaire dans les églises et cathédrales du Christopher G. Hughes, « Art and Exegesis », in A Companion to Medieval Art, Conrad Rudolph, éd. (Malden, MA; Oxford: Blackwell, 2006), ; , 186..
Des vitraux illustrant cette parabole se trouvent aussi dans les cathédrales de Bourges, Sens et Canterbury.
Le vitrail comprend trois grands quadrilobes avec des médaillons sur fond rouge au centre et des demi-quadrilobes latéraux. Il a été offert par les cordonniers qui sont représentés au travail. Il a été classé aux monuments historiques en 1840.
Localisation et description
Le vitrail du Bon Samaritain de Chartres se trouve du côté sud de la nef, le troisième à partir de l'entrée (voir le plan). Il porte le suivant la numérotation du Corpus vitrearum.
Le vitrail présente vingt-quatre panneaux séparés.
Le motif principal est constitué de trois grands médaillons quadrilobes cerclés de blanc. Les médaillons sont composés de cinq panneaux, quatre panneaux périphériques sur fond bleu bordés de rouge, et un panneau central lui-même quadrilobé, sur fond rouge.
Les grands médaillons sont séparés par une bande horizontale formée de deux demi-médaillons latéraux trilobés, sur fond bleu bordés de blanc, et un médaillon circulaire central, sur fond rouge bordé de bleu.
L'ensemble est posé sur une mosaïque à résille droite, composée de carrés bleus bordés de rouge, les coins ponctués par une perle jaune. Une bordure en zigzag à palmettes et bâtons brisés entoure l'ensemble.
La verrière est contemporaine de la cathédrale actuelle, qui a été reconstruite après l'incendie de 1194. Elle peut être datée entre 1205 et 1215.
Thématique
Parabole du Bon Samaritain (Luc 10:25-37)
Les panneaux 5-12 représentent la parabole du Bon Samaritain ; ils sont précédés par le Christ racontant la parabole à un docteur de la Loi qui lui avait demandé Qui est mon prochain ?. L'un des Juifs porte le chapeau distinctif des Juifs (pilleus cornutus). Jésus est assis avec la main droite levée et la main gauche tenant l'Évangile (panneau 4). Puis les panneaux de la parabole elle-même suivent : un voyageur, décrit sur le vitrail comme peregrinus (pèlerin) quitte Jérusalem (voir la couleur rouge de l'intérieur de la porte au panneau 5), il est dépouillé de ses vêtements, volé, battu, et laissé pour mort au bord du chemin par les bandits. Un prêtre arrive en premier, suivi d'un lévite, mais aucun d'eux ne s'arrête. Finalement, un Samaritain vient au secours de l'homme blessé, le conduit dans une auberge et promet de revenir pour payer l'aubergiste.
Illustrations de la Genèse (Gen. 2-4)
Les onze panneaux suivants représentent des épisodes de la Genèse (Gen. 2-4), débutant avec le paradis et la création d'Adam et Ève, la tentation et la chute, les conséquences de la chute (expulsion du jardin d'Éden, travail et meurtre de Caïn) (panneaux 13-23). Le panneau 14 est le panneau central de toute la fenêtre: Adam, au centre de la Création, est placé au centre du milieu du second médaillon. Le panneau 21 montre Adam en train de labourer et Ève de filer la laine.
L'illustration fait sans doute allusion à un jeu de mots par rapport aux cordonniers donateurs, Adam étant sator (planteur), mot proche de sutor (cordonnier), et que la quenouille d'Ève fait écho à l'alêne du cordonnier. Le panneau 23 conclut l'histoire de la Genèse avec le meurtre d'Abel par son frère Caïn (écho du pèlerin battu par les bandits de l'histoire du Bon Samaritain).
Thème du pèlerinage
Le thème du pèlerinage est le motif dominant du vitrail du Bon Samaritain. De bons souliers, comme ceux fabriqués par les cordonniers de Chartres (panneaux 1-3), et la nourriture pour le voyage sont indispensables pour mener à bien un pèlerinage.
L'homme quittant Jérusalem est Adam, symbole de l'humanité qui a quitté le paradis après la chute. On note ici la couleur commune (rouge) du panneau 5 et du panneau 20 pour la porte. Les bandits représentent les forces du mal qui laissent l'humanité à moitié morte à cause du péché. Le prêtre et le lévite représentent l'ancienne loi qui n'offre pas le salut. Le Bon Samaritain est la figure de Jésus Rédempteur qui sauve l'humanité, l'emmène à l'auberge (l'Église) et promet de venir. Le panneau 24 montre le Christ en majesté, qui viendra juger les vivants et les morts à sa Parousie.
Panneaux de signature : les cordonniers
La base demi-quadrilobée comprend trois panneaux de signature (panneaux 1-3) montrant les donateurs : la corporation des cordonniers. Ils avaient leurs échoppes rue de la Petite-Cordonnerie, à quelques pas des portails du transept sudJean Villette, Guide des vitraux de Chartres (Rennes: Ouest-France, 1987), .. La corporation a aussi offert le vitrail de La Dormition de la Vierge.
Pour Anne Prache, le concepteur du vitrail a réussi à relier les mots latins « sudore » (« sueur ») qui se trouve dans le commandement de Dieu : () et « sutore » (« cordonnier ») faisant entrer les cordonniers parmi les personnages de l'histoire sainte.
Description des panneaux
La fenêtre du Bon Samaritain de la cathédrale de Chartres se compose de 24 panneaux. La lecture se fait du bas en haut. (VI) Fin de l'histoire de la Création, Livre de la Genèse. De bas en haut, et de gauche à droite : Un ange chasse Adam et Ève du paradis. L'ange tient une épée rouge « fulgurant » (Gn 3:24) et chasse Adam et Ève à travers une porte rouge. Adam creuse un sillon et Ève file la laine, le travail étant leur punition (Gn 3:17-19). Dieu instruit Adam et Ève de la façon de vivre dans la nature sauvage. Caïn tue son frère Abel avec une faux (Gn 4:8). On voit en haut à droite la fumée du sacrifice d'Abel qui monte vers le ciel, parce qu'il était agréable à Dieu (Gn 4:3-5). La question de Caïn, « suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4:9) renvoie à la question initiale du Pharisien, « Et qui est mon prochain ? ». Les deux représentations du Christ sur le vitrail encadrent les deux récits correspondants. Le panneau du haut représente le Christ en majesté (Majestas Domini), en tant que Salvator Mundi. Il est assis sur un arc-en-ciel avec un ange de chaque côté. le Seigneur porte un globe (orbe) Murray, The Oxford Companion s.v. “Maiestas Domini”, . (panneau 24). Certains historiens ont suggéré qu'il portait un pain, faisant allusion au fait que le Christ lui-même serait un viatique. Le Christ lève la main droite en signe d'autorité ou de bénédiction et porte, en tant que Salvator Mundi, un orbe de la main gauche.. Le Christ est assis sur un arc-en-ciel, évoquant la promesse faite après le déluge (Gn 8:21). (V) Suite de l'histoire de la Création, Livre de la Genèse. De gauche à droite : Adam et Ève conversent sous l'arbre de la connaissance, derrière lequel luit le Soleil. Ève tient un bouquet de trois fleurs. Tentée par le serpent, Ève goûte au fruit défendu. Le serpent jaune est représenté sans pattes, mais avec des ailes orange. Dieu trouve Adam et Ève cachant leur nudité. (IV) De bas en haut, et de gauche à droite : Fin de la parabole : Le Bon Samaritain annonce à l'homme blessé qu'il reviendra compléter ses bienfaits. On peut y voir une évocation du Christ annonçant son retour avant de sortir par la porte (rouge à bordure blanche). Début de l'histoire de la Création, Livre de la Genèse: chapitre 2, vs. 7, 15-17, 20-22; chapitre 3, vs. 1-10, 16-18, 21-24; chapitre 4, vs. 1-8 Dieu (représenté ici avec le nimbe crucifère de la divinité) insuffle la vie en Adam (Gn 2:7). Le souffle divin prend la forme d'une longe pièce de verre du même bleu que le ciel, mais qui traverse le bras divin. L'arbre a une forme en croix évoquant discrètement le Christ Second Adam. Adam se promène au paradis. Dans ce panneau 14, Adam fait graphiquement écho au Christ en gloire du panneau 24: il est assis sur une branche d'un des deux arbres; les courbes de l'arbre suggèrent une mandorle, typique de l'iconographie de la Majestas Domini ; il tient dans sa main droite un fruit écho du globe tenu par le Christ. Adam obéit ici à l'ordre de Dieu (Gn 2:16) « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin », en contraste avec la scène de désobéissance située dans le médaillon au-dessus de ce panneau. Création d'Ève d'une côte d'Adam. Elle est représentée sortant du côté gauche d'Adam dormant à gauche. Dieu prévient Adam et Ève de ne pas manger le fruit défendu. Le serpent apparaît en rouge enlaçant le pied de l'arbre. (III) Suite de la parabole du Bon Samaritain. De gauche à droite : Le Bon Samaritain panse les plaies du pèlerin. Pour les Pères de l'Église, le Samaritain (représenté ici avec les mêmes traits que le Christ) représente Jésus venant sauver l'humanité blessée. Le Bon Samaritain conduit le pèlerin à l'auberge. Dans la composition du vitrail, ce médaillon représentant l'amour du prochain est placé symétriquement par rapport à celui de la tentation, les deux s'opposant par contraste. L'aubergiste accueille le Bon Samaritain. Il se tient devant la même porte rouge bordée de blanc que celle du Paradis, et représente Dieu accueillant l'humanité blessée. (II) Début de la parabole du Bon Samaritain. De bas en haut et de gauche à droite : Le Christ livrant la parabole à deux Pharisiens, lève la main en signe d'enseignement, vitrail 44, .. C'est un cas probablement unique dans l'art médiéval où l'exposé de la parabole est précédé par une illustration de son contexte narratif. Le Christ est ainsi évoqué en gloire au sommet du médaillon supérieur, en enseignant au bas du médaillon inférieur, évoquant par symétrie le rôle du Christ comme Second Adam, qui est figuré au centre du médaillon central. Le pèlerin quittant Jérusalem. La mention « pelegrinus » du vitrail correspond à une interprétation courante du Moyen Âge, l'évangile ne précise pas le statut du voyageur. Le pèlerin passe à travers la même porte rouge bordée de blanc que celle empruntée par Adam et Ève quand ils quittent le Paradis. Deux bandits se préparent à attaquer le pèlerin. Par antithèse avec Dieu au centre du médaillon supérieur, les bandits figurent ici les forces du mal guettant l'homme en quête de salut. Le pèlerin est battu, volé et dépouillé de ses vêtements. À l'arrière-plan l'arbre a une forme de croix.