L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Feigneux, dans le département de l'Oise, en France. Sa partie la plus ancienne, la façade occidentale de la nef, remonte au premier quart du . Le reste de la nef n'est pas visible depuis l'extérieur. Les trois voûtes de la nef datent de 1641, et l'espace intérieur affiche le style de la Renaissance. Le sanctuaire primitif a été complètement démoli à la fin du et remplacé par le chœur gothique actuel, qui se compose d'une travée droite et d'une abside à pans coupés. Avant la fin même de la guerre de Cent Ans, l'église fut agrandie par l'adjonction d'un croisillon et d'un bas-côté du côté nord. La première travée de ce bas-côté est la base du clocher, qui a dû être entamé à la même époque. Environ un siècle plus tard, un croisillon et un bas-côté furent ajoutés au sud. Seul le croisillon fut voûté dans un premier temps. L'inscription sur un vitrail aujourd'hui disparu renseignait la date de 1537. En 1646, deux ans avant la Fronde, le clocher fut exhaussé par la construction d'une chambre de guet avec cheminée. Si ce dernier ajout est nuisible à l'esthétique de la tour, l'église Saint-Martin constitue, dans son ensemble, un édifice de qualité remarquable pour son architecture, tenant compte de l'économie de moyens dans un petit village rural. Mais elle est surtout connue pour représenter l'une des très rares églises fortifiées de la région. Elle abrite en outre un mobilier riche et varié, ce qui ajoute à son intérêt. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-Sébastien de Crépy-en-Valois, et les messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement, environ trois fois par an, le dimanche à 11 h.

Localisation thumb|left|Approche par le sud-ouest.

L'église Saint-Martin est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, au nord-est de Crépy-en-Valois, sur la commune de Feigneux, dans la partie nord du bourg dite Feigneux-bas, Grande-Rue (RD 50). Elle est bâtie sur une butte aménagée ou terrasse, qui domine la rue de trois mètres environ grâce à un mur de soutènement, et est accessible par un escalier depuis le centre du village, au sud, et par un chemin en pente depuis le monument aux morts à l'entrée nord du village. La terrasse n'est autre que l'ancien cimetière, qui conserve ses tombes anciennes laissées à l'abandon. Plusieurs croix et stèles funéraires sont entreposées dans la base du clocher. C'est la façade occidentale de l'église qui donne sur l'ancien cimetière, de même que le versant nord du clocher. Les autres élévations de l'église sont enclavées dans de différentes propriétés privées, et non accessibles, ni du reste visibles, sauf l'élévation méridionale en partie depuis la place Élisabeth-Huraux..

Histoire thumb|left|Vue depuis le sud.

Sous l'Ancien Régime, Feigneux relève du diocèse de Senlis et du doyenné de Crépy-en-Valois. La date de fondation de sa paroisse n'est pas connue. Son église est dédiée à saint Martin. En 1215, Philippe II Auguste échange la dîme de Feigneux et celle de plusieurs autres villages avec l'évêque Guérin, contre le patronage de la . Le collateur de la cure n'est toutefois pas l'évêque diocésain, mais le prieuré Saint-Arnoul de Crépy-en-Valois. Sous la Révolution française, le diocèse de Senlis est dissout, et son territoire rattaché au diocèse de Beauvais (sauf Othis et Survilliers). Après le concordat de 1801, la paroisse de Pondron est réunie à Feigneux. Cette situation change en 1825, quand la commune de Pondron est intégrée dans celle de Fresnoy-la-Rivière. En même temps, la commune de Morcourt est rattachée à Feigneux par une ordonnance royale. L' est abandonnée et tombe en ruines.. Feigneux est aujourd'hui affilié à la paroisse Saint-Sébastien de Crépy-en-Valois, qui s'étend sur seize communes, et l'église Saint-Martin accueille des messes dominicales tous les deux mois environ, à 11 h 00.

Les différentes campagnes de construction de l'église ne sont pas documentées par des sources d'archives. Celles antérieures au peuvent uniquement être déduites de l'analyse archéologique, et ont été identifiées par Dominique Vermand en 1996. Avant lui, Daniel Gibert s'est intéressé à la question, mais il esquive une étude stylistique et ne propose une date que pour deux parties, en l'occurrence (sans autre précision) et le chœur, dont il situe la construction respectivement à la fin du et au . Dominique Vermand précise que la partie la plus ancienne est la façade occidentale de la nef, et la date du premier quart du en connaissance de l'article de Gibert. Il date le chœur des alentours de 1200, et indique une autre campagne de construction du Moyen Âge. Celle-ci concerne la chapelle latérale nord du chœur et le bas-côté nord de la nef, et intervient au début du , période très peu représentée dans l'architecture religieuse de la région. La fenêtre septentrionale de la chapelle illustre parfaitement la transition du style gothique rayonnant vers le style flamboyant : sa modénature est encore torique, mais son réseau est flamboyant. Les campagnes de construction à l'époque moderne, qui portent uniquement sur le parachèvement (voûtement des travées non encore voûtées) et des aménagements fonctionnels, peuvent être datées avec plus de précision grâce à des inscriptions. L'une de ces inscriptions, citée par Louis Graves en 1843, se trouvait sur un vitrail de la chapelle de gauche, qui s'est perdu depuis : . Daniel Gibert conclut qu'il doit s'agir de la chapelle latérale sud, sachant que les auteurs anciens dénombrent souvent les travées d'est en ouest. Dominique Vermand rejoint cette argumentation, qui est confortée par la modénature, et date la chapelle et le bas-côté sud du second quart du ... thumb|Nef, clé de voûte de la , avec la date de 1641.

Le croisillon sud, terminé en 1537, se caractérise à l'extérieur par un passage ménagé dans son angle sud-est. L'examen de l'appareil montre qu'il s'agit bien d'une disposition authentique. Les autres contreforts du croisillon nord vers le bas-côté sud, en passant par l'abside, comportent tous des passages ménagés après-coup. Ils fragilisent bien entendu les voûtes et ont été bouchés depuis. La butte sur laquelle s'élève l'église présentant une chute abrupte du côté est, un muret fut construit pour sécuriser le passage. Celui-ci subsiste à ce jour. Daniel Gibert résume ces aménagements sous le terme de chemin de ronde, et les classe parmi les aménagements défensifs de l'église. Les créneaux faisant entièrement défaut, et le muret étant très bas, ces hypothèses semblent résulter d'une analyse biaisée. Les passages sous les contreforts existent aussi sur d'autres églises, et servent avant tout à assurer l'accès aux élévations extérieures enclavées dans des propriétés privées, ou bordées par des maisons. L'on peut citer Baron (croisillon nord), Le Bellay-en-Vexin (élévation sud du chœur), Genainville (élévation sud). Le même auteur rattache le clocher à la même campagne de construction que la chapelle du sud (sauf peut-être sa base). Le plus ancien graffiti dans la tourelle d'escalier qui l'accompagne porte la date de 1582. Une clé de voûte brisée et déposée du bas-côté sud porte le millésime de 1630. Le voûtement de la nef est achevé en 1641, date gravée sur la clé de voûte de la . La charpente qui existait auparavant est maintenue, ce qui explique le tracé tronqué des arc-doubleaux, qui n'ont à leur disposition qu'une hauteur limitée. Une fenêtre à l'ouest de l'étage de beffroi du clocher porte la date de 1646. C'est aussi la date de la cloche et du beffroi actuel. Il prend appui sur un muret de de hauteur qui bouche la partie inférieure de baies de l'étage, ce qui indique que la date de 1646 n'est pas celle de la construction du clocher. En revanche, il est exhaussé par une chambre de guet, dont les murs n'ont que d'épaisseur, et sont percés de meurtrières. Elle est par ailleurs munie d'une cheminée (dont seul l'arrachement subsiste). Cette chambre de guet constitue sans conteste un aménagement défensif. Elle a des homologues à et ..

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

Orientée avec grande exactitude, l'église suit un plan cruciforme très simple et presque symétrique, mais les collatéraux du nord et du sud ne sont pas stylistiquement homogènes, et la première travée du bas-côté nord est la base du clocher. Pour cette raison, la première travée de la nef est plus profonde que les deux autres. L'église se compose d'une nef de trois travées accompagnée de deux bas-côtés ; d'un chœur de deux travées, dont une travée droite et une abside à cinq pans ; et de deux croisillons ou chapelles au nord et au sud de la travée droite du chœur, que l'on peut également considérer comme croisée du transept. Mais il n'y a pas de transept à proprement parler, car la hauteur des chapelles ne dépasse guère celle des bas-côtés. Une sacristie occupe l'angle entre croisillon sud et abside. La façade est précédée par un porche en pierre voûté en berceau brisé. La longueur de l'édifice est de dans l'œuvre (sans le porche), et la largeur est de entre les murs gouttereaux des bas-côtés. La base du clocher mesure de longueur et autant de profondeur. Ses murs ont d'épaisseur. La nef et la première travée du chœur sont à deux niveaux d'élévation, avec l'étage des grandes arcades et un étage de murs aveugles. Les autres parties sont à un seul niveau d'élévation. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives, et les voûtes sont établies sur des croisées d'ogives ordinaires à quatre branches, sauf dans l'abside. Le portail occidental sous le porche constitue l'unique accès à l'église. Nef et bas-côtés sont recouverts ensemble par une large toiture à deux rampants, avec un pignon en façade. Les deux chapelles sont munis de toits en bâtière perpendiculaires à l'axe de l'édifice, avec un pignon au nord et un autre au sud. Le clocher possède un toit en pavillon. La hauteur de ses maçonneries est de ..

Intérieur Nef thumb|Vue générale vers l'est. thumb|Grandes arcades du nord. thumb|Grandes arcades du sud. thumb|Clé d'arc du doubleau.

La nef revêt un aspect hétérogène. Elle n'est que le résultat des remaniements successifs que l'église a connus, et Daniel Gibert estime qu'elle soit moins réussie que ses autres parties. Ses défauts esthétiques s'expliquent facilement par la circonstance que les autres parties de l'église ont été construites autour d'elle, ainsi que par le voûtement sous la contrainte de ne pas toucher à la charpente et à la toiture existantes.. Ce sont toutefois les voûtes et leurs supports qui confèrent, malgré tout, une certaine unicité à l'ensemble. La charpente n'a pas encore été datée, et l'on ignore donc si elle est antérieure à la guerre de Cent Ans. Si c'était le cas, les grandes arcades ouvrant sur les bas-côtés seraient issues d'une reprise en sous-œuvre, et l'étage de murs aveugles au-dessus des grandes arcades pourrait remonter à la période romane. C'est le cas dans l'église voisine de Gilocourt, de même qu'à Venette. En l'occurrence, le solide appareil en pierre de taille de la partie basse de la façade et des murs hauts parlent aussi dans ce sens. Mais la datation du premier quart du est seulement assurée pour la partie basse de la façade, jusqu'à mi-hauteur de la fenêtre haute environ, qui elle-même est postérieure, et semble se rattacher à la campagne de construction des voûtes. Les parties hautes de la façade et le pignon sont bâties en petits moellons irréguliers, et affichent nettement leur caractère différent à l'extérieur. La partie ancienne du mur occidental ne montre, à l'intérieur, rien d'autre que l'arc de décharge en plein cintre du portail. L'arc du portail actuel est situé plus bas, ce qui confirme, en lien avec l'étude extérieure, qu'il s'agit d'une création néo-romane.