vignette|La fusée Longue Marche 1 sur son pas de tir en . vignette|Le rover Yutu de la mission sur la Lune en . vignette|Une sortie extravéhiculaire sur Tiangong lors de . Le programme spatial de la république populaire de Chine a accompagné l'essor économique très rapide du pays durant les années 1990. La Chine dispose de plusieurs familles de lanceurs (fusées Longue Marche) et a développé des programmes couvrant l'ensemble des domaines d'application spatiale : satellites de télécommunications, d'observation de la Terre, météorologiques (Feng-Yun), de navigation (Beidou). Le programme spatial militaire, dont le développement a accompagné la forte montée en puissance des forces militaires chinoises, est complet : satellites de reconnaissance, d'écoute électronique, d'alerte précoce, ...

La Chine a par ailleurs lancé un programme spatial habité avec un premier vol avec équipage en 2003 (mission ) et la mise en orbite à compter de 2011 de plusieurs stations spatiales. La mise au point du lanceur lourd Longue Marche 5 (premier vol en 2016) permet le lancement et la mise en service en 2022 d'une station spatiale de . Au début des années 2020 les dirigeants chinois se sont donné comme objectif d'amener des hommes sur la Lune d'ici 2030 en entamant le développement de tous les composants nécessaires (lanceurs lourds Longue Marche 9 et Longue Marche 10, vaisseau lunaire, combinaison spatiale).

Sur le plan scientifique la Chine a entamé l'exploration du système solaire en choisissant de concentrer ses efforts initiaux sur la Lune avec la famille des sondes spatiales Chang'e. La première sonde spatiale lunaire est lancée en 2007. Une astromobile est déposé à la surface de cet astre en 2013 () et des échantillons de sol lunaire sont ramenés sur Terre en 2020 (). Reflétant la rapidité de leur progrès, les ingénieurs chinois parviennent à déposer à la surface de la planète Mars à leur première tentative une astromobile (mission ) devançant ainsi les vieilles puissances spatiales (Europe, Russie). Avec la mission elle se donne comme objectif d'être le premier pays à ramener sur Terre des échantillons du sol martien. Des projets ambitieux d'exploration du système solaire externe (IHP, Tianwen 3) sont en cours de développement. Plusieurs observatoires astronomiques spatiaux sont opérationnels ou en cours de développement dont certains à la pointe dans leur domaine (Xuntian, SVOM, TianQin)

Le programme spatial est lancé dans les années 1960 avec un soutien important de l'Union soviétique dont elle reproduit en les améliorant les principaux composants (vaisseau Shenzhou, moteurs-fusées, combinaison spatiale). La Chine devient la cinquième puissance spatiale le avec la mise en orbite réussie de son premier satellite Dong Fang Hong 1. La croissance économique des années 1990 permet au pays de s'émanciper progressivement de la Russie en développant des engins spatiaux de conception nationale. Le secteur industriel aérospatial, en forte croissance, comprend désormais, à côté des conglomérats d'état (CASC, CASIC), de nombreuses entreprises privées très dynamiques. Les dirigeants chinois utilisent les réalisations spatiales en interne comme un moyen de restauration de la fierté nationale et vis-à-vis de l'étranger comme un outil de prestige. Ils se sont donné comme objectif de rattraper et dépasser à moyen terme les capacités du programme spatial américain.

Historique Coopération avec l'Union soviétique et développement des premiers missiles balistiques (1957-1966) vignette|Le missile Dongfeng 1 au musée militaire de la Révolution du peuple chinois, première fusée chinoise.

Comme la plupart des autres puissances spatiales, la Chine a commencé par développer des missiles balistiques qui ont par la suite constitué le point de départ pour la réalisation de lanceurs. En 1956, la décision de développer un programme de missiles balistiques est prise. En , un institut de recherche rattaché au ministère de la Défense aux moyens modestes et baptisé Cinquième académie est fondé à Pékin pour développer un missile et un lanceur. La Chine profite du retour de plusieurs dizaines de chercheurs d'origine chinoise chassés des États-Unis par la paranoïa anticommuniste des années 1950 (voir Maccarthysme). Qian Xuesen chercheur de haut niveau ayant travaillé sur les programmes de missiles et de lanceurs américains est autorisé à rentrer en Chine en 1955 après de longues négociations entre les gouvernements américain et chinois et joue un rôle fondamental dans la fondation du programme des fusées chinoises en prenant la tête de la Cinquième académie. À l'époque, les dirigeants chinois entretiennent des liens étroits avec l'Union soviétique considérée comme un pays frère régi par les mêmes principes socialistes. Dans le cadre des accords de coopération signés entre les deux pays, l'URSS vend en 1956 des missiles R-1, puis, cède en à la Chine la licence de construction du missile à courte portée R-2 qui est lui-même une version plus puissante du V2 allemand. Des experts soviétiques sont mis à disposition pour former des spécialistes chinois. Le lancement d'un satellite artificiel fait partie des objectifs inscrits dans la politique du Grand Bond en avant déclenchée par Mao Zedong en 1958 qui vise à rattraper le retard sur les pays occidentaux en grâce à la mobilisation des masses. L'Institut de mécanique et d'électricité de Shanghai (SIMED) placé sous la tutelle de cette ville et de l'Académie des sciences, est également fondé à cette époque pour la réalisation de cet objectif et reçoit un outillage moderne. La construction de la base de lancement de Jiuquan en Mongolie-Intérieure à la limite du désert de Gobi est décidée en 1958I. Sourbès-Verger et D. Borel, p. 12-21.

Mais courant 1959, les relations entre la Chine et l'Union soviétique se détériorent et la Chine doit poursuivre à compter de 1960 le développement de ses missiles sans aide étrangère. Le premier missile, copie du R-2, le Dongfeng 1 (Vent d'est) ou DF-1 est lancé avec succès en . Malgré les conséquences désastreuses de la politique du Grand Bond en avant qui a entrainé une famine sans précédent et fait reculer le secteur industriel, les dirigeants chinois décident en de poursuivre le développement du programme de missile balistique mais repoussent le lancement d'un satellite artificiel. Le premier missile de portée intermédiaire DF-2 capable de lancer une tête nucléaire est tiré avec succès en ce qui permet à la Chine à sa mise en service à la fin des années 1960 d'entrer dans le cercle restreint des pays possédant cette arme stratégiqueI. Sourbès-Verger et D. Borel, p. 22-25.

Premier satellite artificiel chinois (1965-1970) vignette|Dong Fang Hong 1, premier satellite chinois

En , la construction d'un satellite artificiel est remise à l'ordre du jour dans le cadre du projet 651La codification des projets comprend l'année (ici 65) et le niveau de priorité (1 priorité la plus forte).. L'industrie spatiale est réorganisée en quatre agences gouvernementales dans la terminologie de la RPC. dont l'Académie chinoise de technologie des lanceursabrégée en CALT en anglais et ACTL en français. installée à Pékin et chargée de la réalisation du lanceur et l'Académie des technologies spatiales de Shanghaiabrégé en SAST en anglais et ATCS en français.. chargée de développer les satellites. L’Académie des sciences chinoise a la responsabilité de concevoir le satellite et mettre en place le réseau de stations au sol. La Commission de la Science et de la Technologie pour la Défense nationale coordonne l'ensemble du projet et construit les bateaux chargés du suivi des missions. Le missile intercontinental DF-4 en cours de développement sert de point de départ pour le développement du lanceur léger Longue Marche 1 capable de placer en orbite basse.

La révolution culturelle, déclenchée par Mao Zedong pour reconquérir le pouvoir, est à l'origine entre 1966 à 1969 de campagnes de harcèlement des intellectuels par les gardes rouges ; celles-ci touchent les chercheurs et ingénieurs travaillant dans le domaine spatial et désorganise celui-ci ; la hiérarchie des compétences est remise en question et les contrôles qualité ne sont plus respectésUn des slogans des gardes rouges était : . Pour empêcher une paralysie du secteur spatial, Zhou Enlai place celui-ci sous la protection de l'Armée et fait décréter que toute interférence dans l'atteinte des objectifs sera considérée comme un acte antipatriotique. Alors que les excès de la révolution culturelle s'estompent, la Chine teste secrètement son premier lanceur le ., 4 ou , cela sera un échec. Le second essai est une réussite et le premier satellite chinois, Dong Fang Hong 1 (« L'Orient est rouge »), est en orbite le à l'aide d'une fusée Longue Marche 1 tirée depuis la base de lancement de Jiuquan. La Chine, à la surprise des autres nations, devient la cinquième puissance spatiale après l'Union soviétique, les États-Unis, la France et le JaponI. Sourbès-Verger et D. Borel, p. 25-31.

Lancement avorté d'un programme spatial habité et mise au point de nouveaux lanceurs (1968-1975)

Les dirigeants chinois décident de fixer des objectifs plus ambitieux au programme spatial. Dès le milieu des années 1960, il avait été décidé de développer à partir du missile intercontinental DF-5 les lanceurs de moyenne puissance Longue Marche 2 (CZ-2) à Pékin et (FB-1) à Shangaï. Une deuxième Xichang est construite dans une région montagneuse du Sichuan qui a été volontairement choisie parce qu'elle se situe à bonne distance de la frontière avec l'Union soviétique. Un réseau de poursuite et de guidage est construit à Xi'an. La construction du satellite d'observation lourd FSW (Fanhui Shi Weixing, ) est lancée ; cet engin spatial à usage mixte civil/militaire (satellite de reconnaissance dans sa version militaire) comprend une capsule qui revient sur Terre avec le film photographique. La mise en place d'un programme de vols spatiaux habités sous-tendue par un premier rapport d'experts et la création d'un institut de recherche voué à la médecine spatiale en 1968, se concrétise en 1971 avec le lancement du dont l'objectif est de placer sur orbite le premier astronaute chinois en 1973. sont sélectionnés mais le programme est arrêté peu après par Mao Zedong qui annonce que d'autres projets sont plus prioritaires. Le premier vol du lanceur FB 1 a lieu le mais c'est un succès partiel. Le premier vol du lanceur CZ-2, qui a lieu le , est un échec. Le deuxième tir parvient à placer en orbite le satellite FSW-0 1, le . Cette série de satellites permet à la Chine de mettre au point les techniques de rentrée atmosphérique et d'atterrissage qui seront utilisées dans le cadre des vols spatiaux habités. La mort de Mao Zedong en 1976 entraine des bouleversements dans les priorités du pays qui touchent également le programme spatial. Néanmoins, le premier bâtiment de la série Yuan Wang destiné au suivi des trajectoires des missiles, lanceurs et satellites entre en service en 1979. Le premier missile balistique intercontinental chinois est tiré avec succès à sa portée maximale en I. Sourbès-Verger et D. Borel, p. 21-35.

Politique d'ouverture et priorité aux applications spatiales (1978-1984)