Le nom des éléments chimiques, tel qu’il apparaît dans le tableau périodique, provient de sources diverses. Chaque dénomination peut dériver d’un toponyme, du nom d’une des propriétés de l’élément, d’un minéral, d’un objet céleste, d’une personnalité scientifique, ou encore d’une référence mythologique. Certaines dénominations ont parfois changé au fil du temps, la succession d'annonces de découvertes et l'absence d’une instance de recommandation reconnue conduisant à quelques controverses. L'Union internationale de chimie pure et appliquée, fondée en 1919, acquiert en 1947 l'autorité pour nommer un élément récemment découvert. Depuis la guerre des transfermiens, qui, des à 1997, a opposé des équipes de chercheurs au sujet de l'attribution des noms des éléments chimiques suivant le fermium, les éléments hypothétiques ou récemment découverts reçoivent un nom et un symbole dérivés de leur numéro atomique. L'acquisition d'un nom définitif doit également suivre une procédure spécifique et le nom être issu de celui d'un concept mythologique ou d'un personnage, d'un minéral ou d'une substance semblable, d'un lieu ou d'une région géographique, d'une propriété de l'élément, ou d'un scientifique.

Éléments connus et définition

Le concept d'élément a évolué au cours de l’histoire des sciences. Dans la Grèce antique, le philosophe Aristote définissait les éléments comme des propriétés déterminées et fondamentales, et non comme des substances. Le terme renvoyait aux quatre éléments : l'air, le feu, l'eau et la terre, et aux principes alchimiques qui s’imposèrent bien au-delà du Moyen Âge.. En 1661, dans son traité ., le chimiste et physicien irlandais Robert Boyle rejette les théories de la composition de la matière basées sur les quatre éléments, et définit le concept d'élément comme un corps composé d'aucun autre.. En 1789, l’ouvrage Traité élémentaire de chimie d’Antoine Lavoisier sonne le glas de l’alchimie, en définissant les éléments comme des substances simples indivisibles ou considérées comme telles.. À partir de la fin du , chaque élément chimique est défini comme un corps simple constitué d'atomes possédant le même poids atomique., puis, au début du , le même nombre de protons dans son noyau atomique...

Depuis le , le tableau périodique des éléments présente reconnus par l'.. Dans ce tableau, les éléments sont classés par numéro atomique croissant.

Histoire vignette|Les symboles de différents éléments chimiques par John Dalton ().|alt=Photographie en noir et blanc d'une page d'ouvrage donnant une liste de symboles d'éléments chimiques. Avant 1789, le latin et le grec ancien servent couramment à nommer les éléments. Cet usage persiste dans les symboles de certains éléments comme celui du mercure, Hg du grec ancien « , » ou celui de l'or, Au, du latin « ». À la fin du , Antoine Lavoisier comme base pour la nomenclature des composés chimiques. Après avoir présenté une réforme de la nomenclature chimique à l'Académie des sciences française en 1787 aux côtés de Claude-Louis Berthollet, Antoine-François Fourcroy et Louis-Bernard Guyton de Morveau., il fixe en 1789, dans son Traité élémentaire de chimie, le nom de simples qu'il considère comme indivisibles (il s'avérera que certaines de ces substances ne sont pas des éléments au sens moderne, comme la lumière, le calorique et des oxydes). Dans (publié entre 1808 et 1827), John Dalton propose un système de symboles chimiques différant des symboles alchimiques. Dans son système, chaque symbole d'un élément est un caractère particulier.. En 1813, Jöns Jacob Berzelius propose d'utiliser des lettres issues des noms latins des éléments pour leur symbole : l'emploi de lettres plutôt que de symboles particuliers facilite l'écriture et l'impression.... La dénomination systématique, permettant de nommer des éléments non découverts ou non confirmés, est mise en place en 1978 durant la guerre des transfermiens..

Les noms des éléments varient selon les époques et les usages : des noms ont été proposés lors d'annonces de découverte de certains éléments par la suite invalidées (par exemple « illinium » en 1926 pour le prométhium ou « virginium » en 1931 pour le francium). ; un nom peut aussi avoir été utilisé pour deux éléments ou identifiés comme tels (« actinium » a ainsi été utilisé pour un élément hypothétique avant de désigner l' et « plutonium » a initialement renvoyé au baryum avant de faire référence à l'). ; plusieurs noms pour un même élément, d'origines différentes, peuvent également être en usage au même moment (c'est le cas pour l' appelé « niobium » et « columbium » ou de l' connu sous les noms « rutherfordium » et « kurchatovium » durant la guerre des transfermiens)..

Il a été initialement considéré que le découvreur d'un élément possédait de fait le droit de le nommer. Cependant, en 1947 à Londres, dans le cadre d'une conférence de l'Union internationale de chimie ( en anglais), la décision est prise de donner à la Commission pour la nomenclature en chimie inorganique de l'Union internationale de chimie pure et appliquée () le droit de recommander un nom pour un élément chimique nouvellement découvert au Conseil de l', qui prend la décision finale. L' a ainsi autorité pour choisir le nom d'un élément, les découvreurs disposant uniquement du droit de suggérer un nom à l'institution (droit reconnu en 1990 et confirmé en 2005). Ainsi, en 1949 à Amsterdam, lors de sa quinzième conférence, la commission fixe le nom des éléments de numéros atomiques 4, 41, 43, 63, 71, 72, 74, 85, 87, 91, 93, 94, 95 et 96, dont certains avaient alors deux noms en usage (de fait, elle ne retient pas « glucinium » et « columbium » respectivement pour les éléments de numéros et 41, au profit de « béryllium » et « niobium »). À partir de 2002, le rôle de la Commission pour la nomenclature en chimie inorganique est confié à la Division de chimie inorganique de l'.

L'adoption définitive du nom d'un élément récemment découvert suit désormais une procédure particulière : après validation de la découverte par un groupe de travail de l' et de l'Union internationale de physique pure et appliquée (), le président de la Division de chimie inorganique convie les découvreurs à partager un nom (et un symbole associé) ; la proposition est ensuite étudiée par la Division de chimie inorganique en prenant en compte l'avis de l' et de personnalités d'organisations intéressées et en liaison avec les découvreurs dans le cas où une nouvelle proposition serait nécessaire ; à la fin de l'étude, le président de la Division de chimie inorganique livre une recommandation concernant le nom de l'élément considéré au Conseil de l' pour approbation... Les recommandations de 2016 de l' précisent que le nom définitif doit refléter sa position dans le tableau périodique (le nom définitif d'un nouvel élément du doit ainsi posséder le suffixe « -on »), règle qui n'est pas nécessaire pour les noms temporaires.

Étymologie des noms reconnus La majorité des noms des éléments sont issus de ceux de scientifiques, de lieux, d'objets astronomiques, de minéraux, de propriétés ou de mythologies. C'est également le cas pour les noms des éléments récemment découverts, l'Union internationale de chimie pure et appliquée imposant qu'ils soient issus d'un de ces domaines, c'est-à-dire d'après .. Le nom et son symbole doivent également être différents de ceux donnés à un autre élément (pour exemples, le nom hahnium ayant été utilisé pour désigner le dubnium lors de la guerre des transfermiens, il ne peut être réutilisé, de même pour le symbole Cp, utilisé pour le cassiopeium). Quelques noms d'éléments n'appartiennent pas à un des domaines précités. ou ont une origine incertaine, comme l'arsenic.

D'après des personnalités éponymes

vignette|Glenn Theodore Seaborg, éponyme du seaborgium.|alt=Photographie en noir et blanc de Glenn Theodore Seaborg de face derrière un montage de chimie avec un tableau périodique en arrière-plan. Les éléments chimiques sont souvent nommés d'après des personnes. Cependant, très peu sont nommés d'après leurs découvreurs ou des personnes vivantes. , le seaborgium, a néanmoins été nommé d'après Glenn Theodore Seaborg, qui était en vie à ce moment, tout comme est nommé oganesson d'après Iouri Oganessian, également encore en vie lorsque l'élément a été nommé... Il a également été suggéré que Lecoq de Boisbaudran a appelé l'élément gallium qu'il a découvert d'après la première partie de son nom, bien qu'il ait déclaré l'avoir nommé . : en effet, « le coq » se dit en latin.. De plus, de nombreux éponymes des transfermiens. (éléments avec des numéros atomiques supérieurs ) sont des lauréats du prix Nobel. Il s'agit du lawrencium (d'après Ernest Orlando Lawrence), du rutherfordium (d'après Ernest Rutherford), du seaborgium (d'après Glenn Theodore Seaborg), du bohrium (d'après Niels Bohr), du roentgenium (d'après Wilhelm Röntgen), du fermium (d'après Enrico Fermi), l'einsteinium (d'après Albert Einstein) et du curium (d'après Pierre et Marie Curie).. Ce n'est cependant pas le cas du mendélévium (nommé d'après Dmitri Mendeleïev), du nobélium (nommé d'après Alfred Nobel) ni du copernicium (nommé d'après Nicolas Copernic).. On trouve parmi d'autres éléments nommés d'après des personnes le meitnérium (d'après Lise Meitner) et le gadolinium (dérivé de gadolinite, elle-même nommée d'après Johan Gadolin.). Par ailleurs, le samarium est nommé d'après la samarskite, elle-même nommée d'après Vassili Samarski-Bykhovets.

D'après des toponymes

vignette|Kōsuke Morita le lors d'une conférence annonçant l'approbation du nom nihonium, nommé d'après le nom usuel du Japon .|alt=Photographie d'un homme tenant une affiche portant l'inscription associé au symbole et au numéro atomique de l'élément. Des éléments chimiques sont nommés d'après des lieux terrestres. Quatre le sont à partir de pays existant en 2017 – polonium (d'après la Pologne.), francium (d'après la France), germanium (d'après l'Allemagne, le seul des quatre qui possède des isotopes stables et est présent autrement que sous forme de traces sur Terre) et nihonium (d'après le Japon, voir infra) – tandis que l'américium est nommé d'après les Amériques, lieu où il a été synthétisé pour la première fois.. D'autres éléments sont nommés à partir d'États modernes ou de villes, comme le berkélium et le californium nommés respectivement d'après la ville et l'État où ils ont été découverts. et le dubnium, nommé de manière similaire d'après Doubna..

De nombreux lieux de Scandinavie ont donné des noms d'éléments. L'yttrium, le terbium, l'erbium et l'ytterbium sont tous nommés d'après le village suédois d'Ytterby et l'holmium d'après le nom de la ville natale de son découvreur, Per Teodor Cleve : la capitale suédoise Stockholm, « » en latin. Le scandium est dérivé du mot bas latin et thulium est nommé d'après la mythique Thulé pour la même région..

Un certain nombre d'éléments sont nommés d'après le nom latin de divers lieux. L'élément ruthénium est nommé à partir de la Ruthénie.. Le lutécium est nommé d'après Lutèce ( en latin), le nom antique de Paris, et le hafnium est nommé d'après , le nom latin de Copenhague. Le nom cuivre est dérivé d'un nom latin de Chypre lui même issu du grec ancien Kupros (« Κύπρος ») qui signifie cuivre..

Les noms magnésium et manganèse dérivent tous deux de la région grecque de Magnesia.