Le double assassinat du à Magnanville est une attaque terroriste djihadiste visant un couple de fonctionnaires du ministère de l'Intérieur (Jean-Baptiste Salvaing, policier, et Jessica Schneider, agent administratif), perpétrée à leur domicile le dans la commune de Magnanville, dans les Yvelines, en France. Ils ont été tués à l'arme blanche par Larossi Abballa, un islamiste radical se réclamant de l'État islamique. Le forcené a été abattu lors de l'assaut du RAID. Le fils du couple, âgé de trois ans et demi, a été retrouvé indemne et en état de choc par la police.

Mohamed Lamine Aberouz, reconnu coupable de complicité d’assassinat terroriste sur personne dépositaire de l’autorité publique, est condamné à la perpétuité en , peine confirmée en appel en .

Déroulement Entre et , le policier qui rentrait dans sa maison allée des Perdrix, dans un quartier pavillonnaire de la commune de Magnanville, dans les Yvelines, est attaqué par Larossi Abballa. Ce dernier a garé sa voiture à vingt mètres de la maison de sa victime vers et l'attend dissimulé derrière le portail du jardin du couple qu'il a pris pour cible.. Poignardé à deux reprises au moment où il pénètre dans son jardin, le policier parvient à prendre la fuite, mais son meurtrier le poursuit et lui donne d'autres coups. La victime a le temps d'alerter le voisinage du danger qu'il court, en invitant les riverains à fuir et à prévenir ses collègues ; mais après avoir essuyé neuf coups de couteau dans l'abdomen, il succombe à ses blessures dans la rue.

L'assaillant se retranche ensuite dans la maison et annonce à l'arrivée des pompiers qu'il a pris en otage la conjointe du policier ainsi que son fils de trois ans. Le quartier est rapidement évacué par la BAC. Lorsque le RAID et la BRI arrivent sur les lieux, les négociations avec le terroriste commencent. Mais ce dernier menace . Finalement, l'assaut est donné. Le terroriste est abattu vers ., et les forces de l'ordre retrouvent le corps de la mère avec la gorge tranchée. ainsi que l'enfant, choqué et dans un état de sidération mais sain et sauf...

Les victimes et l'assassin Victimes Les victimes sont Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans commandant de police au commissariat des Mureaux, et sa conjointe Jessica Schneider, 36 ans, adjointe administrative du commissariat de Mantes-la-Jolie..

Après une série d'hommages, le couple est inhumé dans l'intimité dans le cimetière de Montagnac, à quelques kilomètres de Pézenas d'où était originaire Jean-Baptiste Salvaing..

Assassin

L'assassin est Larossi Abballa, Français d'origine marocaine né le à Meulan-en-Yvelines. Musulman pratiquant, il réside dans le quartier du Val Fourré de Mantes-la-Jolie, où au moment de l'attentat il vit toujours, semble-t-il, chez ses parents, retournés au Maroc.. Cadet d'une fratrie de quatre, il entame après le collège un BEP électronique qu'il ne valide pas. Il tombe dans la petite délinquance et est condamné à plusieurs reprises : en 2008 pour conduite sans permis et refus d'obtempérer ; en 2010, pour vol avec effraction et recel ( dans la caisse d'un salon de coiffure). Avec ses compagnons, il participe fin 2010 à plusieurs entraînements religieux et sportifs dans des parcs du Val-d'Oise et de Seine-Saint-Denis, s'entraînant même à égorger des lapins.. Il tente un CAP constructeur de route mais ne trouve pas d'employeur. Grâce à la mission locale, il décroche un contrat en alternance comme magasinier chez Renault.

Le , il est incarcéré car soupçonné d'« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Lors d'une perquisition au domicile de ses parents, les policiers retrouvent un agenda avec une liste de cibles potentielles dans son département des Yvelines (commissariats, mosquées et lieux touristiques). Le , le tribunal correctionnel de Paris le condamne à trois ans de prison, dont six mois avec sursis. Le jugement du relève qu’il était « candidat à un départ pour mener le djihad armé, d’abord au Pakistan puis en Tunisie», « suppliait » ses complices « de le choisir en vue d’un prochain départ, envisageant même de partir dans un premier temps en Tunisie ou de commettre des actes violents sur le territoire national ».

En raison de son prosélytisme islamiste radical, il est transféré dans plusieurs maisons d'arrêt différentes au cours de sa détention où il achève de se radicaliser comme le signalent les services de renseignement pénitentiaire de la maison d'arrêt d'Osny.Il est à 146 reprises en rapport téléphonique avec Jérôme (dit ) Bailly, numéro deux de la cellule terroriste de Cannes - Torcy.. Il est libéré le , ayant effectué l'intégralité de sa peine en détention provisoire. Il fait après sa sortie l'objet d'une surveillance de la SDAT (mis sous écoute, fiché S). En 2015, il crée une petite entreprise de livraison nocturne de sandwiches halal, .

Avant l'assaut du RAID, il poste à une vidéo de treize minutes et seize secondes au moyen de l'application , où il montre les cadavres des victimes ainsi que leur enfant. Il y fait également passer son long message de revendication, dans lequel il : invoque Allah à plusieurs reprises ; se plaint du fait que la Oumma, longtemps dominante, serait désormais dominée ; souhaite bon courage aux musulmans incarcérés en France ; enjoint les musulmans de France à s'inspirer des figures guerrières de l'Histoire de l'Islam comme Saladin, Tariq ibn Ziyad et Al-Muʿtas̩im et à commettre des attentats pour rejoindre leur Prophète, Abou Bakr, Othman, Ali, , Hamza, Ibrahim et Moïse au paradis ; cite des textes religieux pour justifier son acte, comme des passages du Coran (le verset 116 de la sourate Al-An'am, les versets 12, 24 et 39 de la sourate At-Tawba), de nombreux ahadith (rapportés par Abou Dawoud, Boukhari et Muslim) et enfin des paroles d'ouléma (tels qu'Ibn Hazm et ) ; dénonce et les (appellation péjorative utilisée par les salafistes djihadistes pour désigner les salafistes quiétistes), de même que les comme ; profère des menaces de mort à l'encontre des surveillants pénitentiaires, des policiers, des journalistes (Gilles Kepel, Léa Salamé, Bernard de la Villardière, Ruth Elkrief, Audrey Pulvar et Mohamed Sifaoui), des rappeurs (Kaaris et Booba), ainsi que .. Il affirme également que . ; passe un message d'adieu à sa famille.

Lors d'une conférence de presse donnée le , le procureur de la République de Paris, François Molins, affirme que la voiture de Larossi Abballa (garée à proximité du domicile de ses victimes) renfermait, entre autres, un du Coran et deux ouvrages de référence du wahhabisme : Le Guide de la Croyance Authentique du cheikh saoudien Saleh Al-Fawzan et Explication des trois fondements de Mohammed ben Abdelwahhab.

Aucun responsable musulman n'accepte qu'il soit inhumé en France. Il est finalement inhumé le au Maroc..

Enquête

Revendication vignette|Message de revendication sur .

Larossi Abballa s'est revendiqué de l'État islamique dans la vidéo qu'il a publiée sur , ainsi que dans un message sur ce même compte (nommé Mohamed Ali), fermé depuis. Il déclare prêter allégeance au « commandeur des croyants »Larossi Abballa utilise le terme « Amir al mouminine », transcription de l'arabe أمير المؤمنين qui se traduit en français par « commandeur des croyants ». Abou Bakr al-Baghdadi se définit comme tel depuis octobre 2014. Abou Bakr al-Baghdadi, « calife » autoproclamé de l'État islamique, et affirme avoir répondu à l'appel de Abou Mohammed al-Adnani, « émir » de l'organisation ayant multiplié les encouragements au massacre des « mécréants » (kouffar).

L'agence de presse et de propagande Amaq de l'organisation terroriste l'a confirmé via Internet :

Néanmoins, Amaq n'a diffusé que 11 minutes et 43 secondes de la vidéo de revendication de Larossi Abballa, qui durait originellement 13 minutes et 16 secondes. Les 90 secondes de vidéo coupées au montage par les propagandistes de Daech concernaient des hésitations du tueur () ainsi que le sort de l'enfant du défunt couple. En effet, pour le journaliste David Thomson : . D'ailleurs, alors que Larossi Abballa s'interrogeait à haute voix sur ce qu'il allait faire de l'enfant, il fut contacté sur Facebook par Loïc F. (sous le pseudonyme "Abdallah Abou Souheila"), un converti à l'islam âgé à l'époque de 24 ans, en contact avec Adel Kermiche (qui, un mois plus tard, tuera le père Hamel lors de l'attentat de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray), Amel Sakaou (complice de l'attentat de la cathédrale Notre-Dame de Paris) et Rachid Kassim (propagandiste de Daech et commanditaire supposé de plusieurs attentats sur le sol français), qui lui ordonna de ne pas le tuer..

Perquisitions et interpellations Lors d'une conférence de presse donnée le , le procureur de la République François Molins précise que .

Des proches du tueur suspectés d'être ses complices sont placés en garde à vueFrance Soir 16/06/2016 Attentat de Magnanville, Larossi Aballa avait-il des complices ?. Sur les trois hommes arrêtés dans l'entourage de Larossi Abballa, deux, Charaf-Din Aberouz et Saad Rajraji, sont placés en détention provisoire le et mis en examen pour participation à une association de malfaiteurs terroristes en récidive. Frère de Charaf-Din Aberouz, Mohamed Aberouz est incarcéré de à , soupçonné d'être impliqué dans la tentative d'attentat de la cathédrale Notre-Dame de Paris comme complice de sa fiancé virtuelle Sarah Hervouët, qui a poignardé un policier à Boussy-Saint-Antoine le .

Les enquêteurs mettent en lumière un lien avec l'affaire Sid Ahmed Ghlam, Abballa ayant été vu conduisant un véhicule d'Abdelkader Jalal, complice présumé de Ghlam dans l'assassinat d'Aurélie Châtelain et de l'attentat manqué de Villejuif..

Le , trois autres proches de Larossi Abballa sont interpellés, soupçonnés d'avoir effectué des repérages visant des policiers.

Le , un proche et la sœur du djihadiste Larossi Abballa, ont été placés en garde à vue..

Le , un homme proche du meurtrier et dont l'ADN a été retrouvé au domicile des victimes est interpellé. Âgé de , le suspect est le frère de Charaf-Din Aberouz, déjà mis en examen dans ce dossier et soupçonné d’avoir pu apporter un soutien logistique au tueur du policier. Charaf-Din Aberouz et Saad Rajraji ont été libérés et placés sous contrôle judiciaire après plusieurs mois passés en détention préventive, mais l'un d’eux est retourné en prison pour un autre motif. Le frère interpellé avait déjà été mis en examen dans le cadre de la tentative d'attentat de la cathédrale Notre-Dame de Paris en .

Le , la SDAT arrête six personnes. Parmi ces personnes, il y a notamment Maryline Bereaud, major de police, ancienne déléguée départementale du syndicat Alliance, convertie à l'islam ainsi que sa fille considérée comme « radicalisée ».. En 2016, une enquête de l'Inspection générale de la Police nationale avait révélé que Maryline Bereaud avait hébergé Mina B.., une jeune femme fichée S proche de sa fille. Elle avait dû alors quitter ses fonctions syndicales.. Trois hommes font partie aussi des arrêtés. Ils sont âgés de 26, 30 et 33 ans. Il s'agit du frère de Mina B., , d'un membre de l'entourage de la policière et de son fils.. Le , la police annonce qu'elle avait trouvé en . chez Mina B., une clé USB avec les noms de agents du renseignement.. Il s'agit du personnel issus de la DCRG (Direction centrale des renseignements généraux) et de la DST (Direction de la surveillance du territoire). Le , Les magistrats lèvent toutes les gardes à vue . Selon Le Point, .. Mina B. était en prison à Fresnes quand elle a été placée en garde à vue .. rétorque Pierre Degoul, son avocat.

Début , un homme de 37 ans est interpellé. Il s'agit d'un proche de l'une des trois personnes mises en examen. Il est mis en examen soit pour complicité logistique soit pour complicité intellectuelle..... Très vite il est relâché sans poursuite....

Procès et condamnation