Le Chevalier arlequin (Tringa erythropus) est une espèce d'oiseaux Charadriiformes de la famille des Scolopacidae. C'est un limicole migrateur qui niche dans le nord de l'Eurasie. Selon , c'est une espèce monotypique (non subdivisée en sous-espèces).

C'est un oiseau de taille moyenne, au long bec fin, qui porte un plumage très différent selon la saison : gris pâle pendant l'hiver, noir moucheté de blanc pendant la saison de la reproduction. Il est reconnaissable à ses pattes rouges et à la tache rouge à la base inférieure du bec. En plumage hivernal, il peut être confondu avec le Chevalier gambette (Tringa totanus), qui est plutôt brun avec les pattes oranges et porte une tache qui recouvre toute la base du bec.

Le Chevalier arlequin se reproduit de la Scandinavie à la Sibérie. Il migre pour passer l'hiver en Europe de l'Ouest et en Afrique subsaharienne, ou dans le sous-continent indien et en Asie du Sud-Est.

La dégradation de son habitat est la principale menace qui touche le Chevalier arlequin. Ses effectifs sont encore nombreux et son aire de répartition très vaste, il n'est donc pas considéré comme menacé par l'Union internationale pour la conservation de la nature.

Description Dimensions et plumage Le Chevalier arlequin est un limicole de taille moyenne, mesurant environ de long, d'allure élégante, avec de longues pattes et un bec fin et droit, noir avec une tache rouge à la base de la mandibule inférieure.

Son apparence varie selon la période de l'année. Son plumage nuptial très caractéristique est majoritairement noir, y compris les pattes. Les plumes de couverture et des flancs ont des franges blanches plus ou moins visibles, alors que les plumes du dessus ont des pointes blanches très nettes, qui donnent un aspect moucheté au plumage.

Le plumage hivernal, acquis pendant la migration, est plus clair : il est uniformément gris pâle du front à la partie haute du dos, les plumes des épaules et des ailes portent des marges et des pointes noires et blanches, le dessous du corps est blanc avec des flancs gris pâle délavé. La tête est contrastée, avec des lores noirs et des sourcils blancs, et les pattes sont rouges. Les juvéniles ont un plumage proche du plumage hivernal mais plus brun, avec la poitrine et les flancs barrés, des plumes tertiaires dentelées de taches pâles et des pattes plus orangées.

En vol, il présente un « cigare » blanc, soit une longue tache étroite au milieu du dos. Les longues pattes dépassent du corps et ses ailes sont uniformes sur le dessus.

Il pèse . L'aile pliée mesure , les tarses , la queue environ et le culmen (ligne supérieure du bec) entre .

Mue Le Chevalier arlequin mue entièrement après la reproduction, au début de la migration vers ses quartiers d'hiver. Une mue partielle a lieu entre mars et avril, avant la reproduction. Les juvéniles muent partiellement en automne puis au printemps.

Voix Il émet un chant disyllabique tonique, tchi-uit.

Espèces ressemblantes vignette|alt=Photographie d'un oiseau brun à longues pattes oranges.|Le Chevalier gambette est plus petit et a le bec plus court, avec une tache orange à la base qui couvre les deux mandibules. En plumage nuptial, il ne peut être confondu avec aucune autre espèce. En plumage hivernal, il ressemble au Chevalier gambette mais il est plus grand, avec un bec beaucoup plus long et plus fin. Son cou est également plus long et ses ailes ne présentent pas de barre blanche comme celles du Chevalier gambette.. Le Chevalier arlequin a les pattes et la base inférieure du bec rouge, alors que le Chevalier gambette a les pattes et la base de tout le bec orange. Chez l'arlequin, le dessus du corps est plus gris que brun..

Répartition et habitat Aires de reproduction Le Chevalier arlequin niche au nord de l'écozone paléarctique, dans une vaste aire de répartition qui va du nord de la Scandinavie à l'est de la Sibérie. Il est commun dans le nord de la Suède, de la Finlande et dans le comté de Finnmark, à l'extrême nord de la Norvège. En Russie, il niche du fleuve Petchora à la péninsule Tchouktche. La présence de l'espèce autour de la mer Blanche, dans la péninsule de Kola et en Carélie a été peu étudiée et est mal connue. Elle est absente de la péninsule de Taïmyr.

Le Chevalier arlequin niche dans des forêts marécageuses de conifères et de bouleaux ou dans des espaces plus ouverts de bruyère, à la limite des arbres. Il fréquente des tourbières plus ou moins boisées, dans la toundra ou la taïga. Le site où il se reproduit peut être plat ou vallonné, parfois assez sec, mais il a toujours besoin de zones humides assez proches pour se nourrir.

Aires d'hivernage Une fois la période de reproduction passée, le Chevalier arlequin migre pour passer l'hiver, d'octobre à avril, dans ses aires d'hivernage. Les populations qui nichent à l'ouest, en Scandinavie et au nord-ouest de la Russie, empruntent la , qui leur fait survoler l'Europe et l'Afrique de l'ouest. Elles passent l'hiver en Europe de l'Ouest, autour de la Méditerranée et en Afrique équatoriale. Les populations qui nichent à l'est de la Sibérie migrent en empruntant la pour rejoindre l'Asie du Sud-Est. Des populations à mi-chemin, nichant dans l'ouest de la Sibérie, migrent par la pour hiverner au Moyen-Orient et en Afrique de l'Est. Certains lieux accueillent de nombreux Chevaliers arlequins faisant halte au cours de la migration, comme la mer des Wadden, la mer Noire, la mer Caspienne, l'Asie centrale et les îles Sakhaline.

En hiver, il vit dans différentes types de zones humides, comme des cours d'eau, des points d'eau saumâtre, des rizières, des marais salants ou des vasières. Il est moins attaché au milieu marin que d'autres espèces proches.

Des individus erratiques sont parfois observés en Amérique du Nord et du Sud., en Australie.. et en Indonésie..

Écologie et comportement Alimentation vignette|alt=Photographie d'un oiseau debout dans l'eau, en train d'avaler un très petit poisson qui se débat.|Chevalier arlequin avalant une jeune anguille. Le Chevalier arlequin cherche sa nourriture dans des zones humides, souvent en petits groupes denses. Il peut nager en balayant l'eau avec son bec, ou bien picorer et fouiller le sol des berges. Il est carnivore, avec un régime constitué principalement d'insectes et de larves aquatiques. Il mange également des insectes volants, des petits crustacés et mollusques, des polychètes et des petits poissons et amphibiens jusqu'à de long.

Reproduction La période de reproduction s'étend de mi-mai à fin juin. C'est une espèce généralement monogame, avec peut-être quelques cas de polyandrie.

Sur son site de reproduction, le Chevalier arlequin reste assez éloigné de ses congénères : on compte en moyenne 2 à 3 nids au km². Son nid est une simple coupole légèrement creusée dans le sol et située sur sol humide, parmi les sphaignes, ou plus sec, au milieu de Tussacks ou de Saules nains. Il est garni de matières végétales éparses. Il y a souvent un point d'observation élevé à proximité, comme un arbre mort.

À la naissance, les poussins ont un duvet terne, gris ou vert olive avec des taches noires au-dessus et blanc sale sous le menton et le ventre. Ce sont principalement les mâles qui assurent l'incubation et l'élevage des petits, tandis que les femelles partent dès mi-juin, souvent avant que les oeufs aient éclos. Les petits prennent leur envol au bout de 28 jours.

Conservation Effectifs et tendance démographique En 2025, l'Union internationale pour la conservation de la nature estime la population totale de Chevaliers arlequins entre , dont matures. La population européenne est estimée, en 2021, entre , dont . Bien que la population totale semble en déclin, elle reste nombreuse avec une aire de répartition très étendue et est considérée comme une espèce de préoccupation mineure.

Menaces Le Chevalier arlequin est menacé par la dégradation de son habitat dans ses aires de reproduction et sur ses routes migratoires. Il est notamment impacté par l'érosion du littoral, le drainage agricole, l'anthropisation de zones humides, la pollution et la réduction de ses sources de nourriture.

Comme de nombreux autres limicoles migrateurs empruntant la voie migratoire est-asiatique, le Chevalier arlequin est contaminé par des métaux lourds, particulièrement le mercure et le plomb. Le taux de contamination est mesuré en analysant des plumes prélevées sur des carcasses et des spécimens vivants.. Au cours de la migration, il fait des escales dans des zones humides dont les niveaux de protection et de pollution varient, certaines étant sur-contaminées par ces métaux. Le mercure affecte la fertilité des oiseaux et le plomb impacte la croissance des poussins, la reconnaissance des pairs et la thermorégulation en modifiant la structure des plumes.

Taxonomie Noms et étymologie Le nom binominal du Chevalier arlequin est composé de son nom de genre, Tringa, tiré du grec trungas, un oiseau limicole non identifié mentionné par Aristote., et de son épithète spécifique erythropus, signifiant « à jambes rouges » (du grec , « rouge », et , « pied »)..

Il a pour synonymes : Scolopax erythropus (Pallas, 1764) ; Scolopax fusca (Linné, 1766) ; Scolopax natans (Otto, 1797) ; Totanus erythropus (Pallas, 1764) ; Totanus fuscus ou Tringa fuscus (Linné, 1766) ; Totanus natans (Bechstein, 1803) ; Totanus fuscusindicus (Reichenbach, 1851) ; Totanus fuscus nigripes (Severtsov, 1875).

De nombreuses langues lui ont donné un nom en rapport avec son plumage nuptial sombre : en allemand, en breton, en espagnol, en finnois, en italien, en roumain ou en suédois. D'autres langues font référence à ses pattes rouges et à son plumage tacheté : en anglais, il est appelé , le nom vernaculaire des différentes espèces de Chevaliers, est formé de (rouge) et (jambe ou jarret)., en bulgare , en catalan et en arabe .

Dans la culture vignette|alt=Illustration ancienne d'un oiseau noir picorant au bord de l'eau.|Le plumage noir du Chevalier arlequin a pu l'associer au Diable, aussi connu sous le nom Hellequin, ce qui aurait donné son nom à l'oiseau. Le prêtre et ornithologue amateur Michel Honoré Vincelot, dans un ouvrage consacré à l'étymologie des noms d'oiseaux paru à la fin du , rapporte d'anciennes croyances sur les différentes espèces de Chevaliers qui se livreraient des batailles nocturnes.. Au cours de la migration, selon Vincelot, , menant de véritables combats aériens et poussant des cris de plus en plus forts dans la mêlée. Les croyances populaires en Anjou auraient attribué ces combats nocturnes à la Mesnie hellequin, ce qui aurait donné son nom au Chevalier arlequin, dérivé de Hellequin, autre nom du Diable. Vincelot conclut que .

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages généraux et guides d'identification .

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Articles spécialisés . . . . . .

Liens externes

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