Benoît Leborgne (né « Benoist Le Borgne »), plus connu sous le nom de Benoît de Boigne, comte de Boigne ou encore général-comte de Boigne, né le Acte de naissance de "Benoist Le Borgne" de la page 187/399 (en haut de la page de gauche) de la cote 4E 178. Né le 8 mars 1751 et baptisé le 9..., en ligne sur le site des archives départementales de Savoie. à Chambéry (alors duché de Savoie du royaume de Sardaigne) et mort dans la même ville, le , est un aventurier savoyard qui fit fortune aux Indes. Il fut également nommé président du conseil général du département du Mont-Blanc par l'empereur Napoléon .
Fils de commerçants bien établis, il fit une carrière militaire. Formé au sein de régiments européens, il rencontra le succès en Inde en se mettant au service de Mahâdâjî Sindhia, qui régnait sur l'empire marathe, en Inde. Celui-ci lui confia la création et l'organisation d'une armée. Devenu général, il entraîna et commanda une force de près de cent mille hommes organisée sur le modèle européen qui permit à la Confédération marathe de dominer l'Inde du nord et de rester le dernier État autochtone de l'Hindoustan à résister aux AnglaisSite officiel de la Mairie de Chambéry - Le général de Boigne. Parallèlement au métier des armes, Benoît de Boigne exerça également des activités commerciales et administratives. Il fut, entre autres, titulaire d'un jaghir.
Après une vie mouvementée, Benoît de Boigne revint en Europe, d'abord en Angleterre, où il se remaria avec une émigrée française Adèle d'Osmond, fille du d'Osmond, d'une antique et illustre famille normande (après avoir répudié sa première épouse d'origine persane), puis en France, à Paris durant le Consulat, et enfin en Savoie, sa terre d'origine. Devenu notable, il consacra la fin de sa vie à des œuvres de bienfaisance au profit de Chambéry, sa ville natale. Le roi de Sardaigne lui attribua le titre de comte.
Biographie Ses racines savoyardes thumb|Les parents du général-comte de Boigne furent marchands de pelleteries à Chambéry en Savoie. 180px|thumb|left|Portrait de Benoît de Boigne réalisé par Boilly en 1823. Né le , Benoît Leborgne est le fils d'un marchand de pelleteries de Chambéry. Son grand-père paternel, né à Burneuil en Picardie, s'était installé à Chambéry, dans le duché de Savoie, au début du . En 1709 il épousa Claudine LatoudGabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, et 12. Ils eurent treize enfants, dont seulement quatre atteignirent l'âge de vingt ans, et établirent un négoce de fourrures rue Tupin à Chambéry.
Cette boutique marqua le jeune Benoît Leborgne. Dans ses Mémoires, il raconte comment il était fasciné par l'enseigne exotique de ce magasin : celle-ci représentait, avec des couleurs vives, des animaux sauvages parmi lesquels figuraient des lions, des éléphants, des panthères et des tigres, avec en dessous pour devise : « Vous aurez beau tout faire, vous aurez beau crier, vous viendrez tous chez Leborgne, le pelletier ». L'imagination de l'enfant est alors galopante, il interroge régulièrement ses parents et grands-parents sur ces animaux. Il veut savoir où ils vivent, les voir et connaître ces contrées lointaines qui accueillent une faune si différente et singulière.
Son père, Jean-Baptiste Leborgne, est contraint par son métier à de fréquents voyages. Il parcourt toutes les foires à sauvagine d'où il rapporte des fourrures d'ours, de renards, de castors, de martres et de bien d'autres espèces d'animaux. Le commerce le pousse parfois jusqu'en Écosse. Il songe à plusieurs reprises à se rendre aux Indes, projet auquel sa femme s'oppose mais qui marque son fils.
thumb|Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents dont Claude, le frère de Benoît de Boigne, fut membre.
L'enfant est né d'un mariage d'amour. Sa mère, Hélène Gabet, est issue d'une lignée de notaires très proches du Sénat de Savoie. Bien que sa famille soit peu enthousiasmée par son alliance avec un petit commerçant de fourrures, ils consentent à l'unionGabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, . Ce mariage heureux donne naissance à sept enfants dont le troisième est Benoît. Parmi ses trois frères et ses trois sœurs, certains ont eu un parcours remarquable. Ainsi, Antoine-François entre à la Chartreuse avant de perdre sa vocation : influencé par les idées révolutionnaires françaises, il quitte sa condition et se marie. Son frère Joseph est, quant à lui, un brillant avocat à Turin. Benoît, qui est destiné au barreauCollectif, Biographie nouvelle des contemporains (1787-1820), Tome XXI, Ledentu libraire, 1827, , n'est pas le seul à être un aventurier attiré par les horizons lointains. Son frère Claude se rend à Saint-Domingue. Emprisonné à Paris durant la Terreur, il devient quelque temps plus tard député de l'île de Saint-Domingue au Conseil des Cinq-Cents pendant le Directoire. Sous le Premier Empire, il est nommé fonctionnaire à Paris. Il prend le titre de baron de Boigne. Ce titre fut donné, comme cela fut le cas pour le titre de Benoît accordé par le roi de Sardaigne, en 1816. À l'âge de dix-sept ans, Benoît Leborgne blesse un officier sarde lors d'un duel. Cette mésaventure l'empêche d'intégrer la brigade de Savoie. Il s'engage alors dans l'armée française.
Début de sa carrière militaire au sein d'un régiment irlandais Sa carrière militaire débute dans le nord de la France. Il est simple soldatSite du Comité des travaux historiques et scientifiques - Fiche De Boigne au sein du régiment irlandais de Louis XVSite officiel de la mairie de Chambéry - Le général de Boigne dirigé par lord Clare et cantonné en Flandre. Ce régiment est formé essentiellement d'émigrés irlandais ne souhaitant pas servir les AnglaisGabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, . À l'époque les Irlandais qui quittaient leur terre natale, se rendaient généralement soit en France soit dans les treize colonies d'Amérique du Nord, là où leur haine pour la tutelle anglaise trouvait un écho. Il y apprend peu à peu les rudiments du métier et l'anglais. Il écoute les récits militaires de ses supérieurs et plus particulièrement ceux du major Daniel-Charles O'Connel qui raconte ses faits d'armes aux Indes. Il retrouve bien plus tard en Angleterre ce major qui lui permet de faire la rencontre de sa future femme Adèle. Au sein de ce régiment, il participe à de nombreuses campagnes militaires qui le font voyager à travers l'Europe mais qui l'emmènent également dans les îles de l'océan Indien et notamment à l'île Bourbon. En 1773, à 22 ans, Benoît Leborgne donne sa démission. L'Europe est alors en paix et en conséquence ses chances d'avancement sont devenues minces. De plus les décès de lord Clare et du colonel Meade qui entraînent de nombreux changements, le confortent dans sa décision de quitter le régiment.
Le régiment du comte Orlov et la guerre russo-turque 180px|thumb|left|Portrait du général de Boigne en costume de « Chevalier-Tireur » peint par Pierre Emmanuel Moreau
En quittant le régiment irlandais, le jeune Benoît Leborgne apprend par les gazettes que le comte Orlov lève, au nom de la tsarine Catherine IIGabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, , un régiment grec pour préparer une attaque contre l'Empire ottoman. À l'époque la Russie en pleine expansion tente d'obtenir un débouché sur la mer Noire et utilise à cette fin les sentiments anti-turcs des peuples sous domination ottomaneGeorges Castellan, Histoire des Balkans, XIV-, Fayard, Paris, 1991, . Benoît Leborgne voit dans cette entreprise une opportunité pour assouvir ses désirs d'aventure, de conquêtes militaires et de voyages exotiques. Il fait un bref séjour à Chambéry, au cours duquel il obtient une lettre de recommandation d'une des clientes de sa mère auprès d'un cousin, connaissance intime d'Orlov. Il se rend d'abord à Turin, capitale du royaume de Sardaigne, où il obtient grâce à sa lettre un appui du cousin du comte Orlov . Il prend ensuite la direction de la Vénétie puis effectue la traversée jusqu'en mer ÉgéeGabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, . Il débarque à Paros, où le comte Orlov est en train de former son régiment gréco-russe. Celui-ci accepte sa candidature et l'intègre à ses effectifs.
Il constate très vite que cet engagement, résultat d'un coup de tête, est une erreur. Le comte lui a confié ses doutes sur la future campagne militaire et sur les chances de victoires. Ces prévisions pessimistes sont très vite confirmées. Les Turcs l'emportent sur l'île de TénédosLucien Bély, Les relations internationales en Europe -, PUF, coll. « Thémis/Histoire », Paris, 1992, et la guerre russo-turque de 1768-1774 prend fin pour le jeune ChambérienGabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, et 21 : si une partie des soldats du régiment réussissent à rembarquer et à s'échapper, Leborgne fait partie de ceux qui sont capturés. Emmené à Constantinople, il devient esclave et doit effectuer de basses besognes durant de nombreuses semaines. Son calvaire prend fin lorsque son propriétaire turc a recours à sa connaissance de l'anglais, acquise au sein du régiment irlandais, pour commercer avec un Anglais, lord Algernon Percy. Ce dernier, surpris de voir un Européen esclave d'un Turc, fait en sorte de le faire libérer par l'intermédiaire de l'ambassade anglaise.
L'appel des Indes thumb|Vue de la ville de Smyrne.
Les Turcs libèrent le futur Benoît de Boigne après une semaine de négociations avec l'ambassade anglaise. Lord Algernon Percy prend alors le Savoyard comme guide dans l'archipel grec jusqu'à ce que celui-ci se rende à Paros pour se faire licencier de son régimentGabrielle Sentis, Un nabab savoyard - le général de Boigne, éd. Didier-Richard, . Désormais, il est libre de toute contrainte mais il a pour unique ressource sa dernière solde reçue avant son licenciement. Il décide de se rendre à Smyrne, qui connaît à l'époque une période de prospérité. Le centre portuaire de la ville est en plein essorSite consacré aux Cercles du Levant et aux familles levantines. Sur place, Leborgne rencontre plusieurs marchands venus de tous horizons, en particulier des Indes. Ces derniers lui font le récit de leurs voyages. À l'époque les terres indiennes étaient créditées de fabuleuses richesses et beaucoup d'aventuriers s'y rendaient en vue d'y faire fortune. On citait notamment les nombreuses mines de diamants de Golconde, les saphirs de Ceylan. Certains de ces marchands lui exposent également leurs théories sur l'existence de voies commerciales passant par le nord des Indes. Il est question d'exploration du Haut-Cachemire ou de passage le long des glaciers du Karakoram. Enfin, les marchands expliquent au Savoyard que beaucoup de rajahs recherchent régulièrement des officiers européens afin d'y organiser et d'y commander leurs armées.