L'église Saint-Pierre-aux-Liens-et-Saint-Étienne, ou , est une église catholique paroissiale située à Brignancourt, dans le département français du Val-d'Oise. C'est un édifice modeste de style majoritairement roman et gothique primitif, qui réunit une nef non voûtée de la fin du à un chœur de deux travées terminé par un chevet plat, et fut complétée ultérieurement, à la fin du ou au début du , par un croisillon au sud de la première travée du chœur. Celui-ci sert de base au clocher resté inachevé en raison de son contrebutement insuffisant. Les éléments les plus remarquables à l'extérieur sont le portail de style roman tardif, qui est entouré d'un rang de bâtons brisés se continuant sur les piédroits, et surmonté d'un tympan quadrillé, ainsi que la corniche beauvaisine du clocher et du chœur. Le croisillon est éclairé par une grande baie munie d'un remplage de style rayonnant tardif, qui annonce la transition vers le style flamboyant. Plus discrets se font les linteaux monolithiques à claveaux simulés des petites baies romanes à simple ébrasement, dont quatre exemplaires subsistent au sud de la nef, et deux sur le versant nord. À l'intérieur, le chœur offre des voûtes d'ogives soigneusement construites. Si les chapiteaux de la première travée paraissent inaboutis, ceux dans les angles du chevet sont tout au contraire de bon niveau et d'une facture originale. Au sud, se trouve une rare piscine liturgique à double vasque, qui ne devrait pas être antérieure aux années 1220. En reconnaissance de son ancienneté et de ses nombreux détails intéressants, l'église Saint-Pierre-ès-Liens a été classée aux monuments historiques par arrêté du ., et restaurée sous plusieurs campagnes. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Avernes et Marines, et accueille des messes dominicales trois fois par an.
Localisation
L'église Saint-Pierre-ès-Liens est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, dans la vallée de la Viosne, dans la commune de Brignancourt, à la limite nord du centre ancien du village, rue de l'Église. Le monument est dégagé de constructions mitoyennes, et l'on peut en faire le tour. L'élévation méridionale est alignée sur la rue, mais l'église est bâtie à quelque distance de celle-ci, et la domine légèrement. Il faut gravir un escalier de dix marches pour accéder au portail. La rue des Froids-Manteaux, perpendiculaire à la rue de l'Église, passe devant le chevet. Une ruelle relie les deux rues en contournant l'édifice par l'ouest et par le nord. L'étroitesse de la voie explique l'absence de façade occidentale à proprement parler : c'est l'élévation méridionale qui tient lieu de façade.
Histoire
La paroisse de Brignancourt est mentionnée pour la première fois en 1161 selon l'abbé Vital Jean Gautier. Les patrons de l'église sont saint Pierre, Apôtre et premier pape de la Chrétienté, et saint Étienne, diacre et premier martyr. Le vocable particulier de est partagé avec les églises de Condécourt, Osny et Vaux-sur-Seine. Il fait référence à l'emprisonnement de saint Pierre sur l'ordre du roi Hérode Agrippa en l'an 44 à Jérusalem. Sous l'Ancien Régime, Brignancourt relève du doyenné de Meulan, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise et de l'archidiocèse de Rouen. Le collateur de la cure est l'archevêque de Rouen.. — Rattachée au diocèse de Versailles à la Révolution française, la paroisse de Brignancourt fait partie du diocèse de Pontoise depuis sa création en 1966. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Avernes et Marines, et les messes dominicales y sont célébrées trois fois par an.. thumb|left|Vue depuis le sud-ouest avant 1920 : la nef a une baie Renaissance au sud et pas de contreforts de ce côté.
Les différentes étapes de la construction de l'église ne sont pas documentées par des sources d'archives. Bernard Duhamel propose une datation très approximative des différentes parties du monument sur la base d'une analyse stylistique sommaire.. Les apports des travaux de restauration après le classement aux monuments historiques par arrêté du sont également à prendre en compte. Les parties les plus anciennes sont incontestablement la nef et le mur nord de la première travée du chœur. Elles appartiennent à la période romane, et remontent à la fin du ou au tout début du , comme le donnent à penser les quatre fenêtres à simple ébrasement et au linteau monolithique à claveaux simulés (deux baies hautes au sud de la nef, une au nord, et une fenêtre basse au nord du chœur). En effet, le double ébrasement (vers l'intérieur et vers l'extérieur à la fois) ne se répand qu'au début du . Il est déjà présent sur les croisillons de l'église voisine de Moussy. L'église primitive est apparemment dépourvue de clocher, et ce n'est qu'à à l'extrême fin de la période romane, à l'approche du milieu du , que sa première travée est voûtée d'ogives, et transformée en base du clocher. En effet, la fenêtre basse au nord du chœur est située immédiatement à côté d'un faisceau de colonnettes, et fut bouchée jusqu'à la restauration, comme l'indique un cliché de la collection Gabriel Ruprich-Robert.. On peut rattacher le portail latéral sud de la nef à la même campagne de travaux. La construction d'une deuxième travée en remplacement de l'abside primitive est d'ores et déjà prévue, mais réalisée seulement quelques années plus tard, au tout début de la période gothique, comme l'indiquent les chapiteaux et tailloirs différents dans les angles du chevet. Un deuxième agrandissement de l'église eut lieu à la période rayonnante tardive, à la fin du ou au début du , et porte sur l'adjonction d'un croisillon au sud de la base du clocher. C'est notamment le réseau de la fenêtre qui porte les caractéristiques de l'époque. thumb|Vue depuis le nord-est avant la restauration : toutes les baies sont bouchées.
Une quatrième et dernière campagne de construction fut lancée à la Renaissance, au milieu du , et visa au voûtement d'ogives de la nef. Elle apporta les contreforts aux angles du mur occidental ; la fenêtre occidentale ; une fenêtre identique au milieu du mur sud, bien visible sur une photographie ancienne. mais supprimée lors d'une restauration ; et les départs de voûte à l'intérieur. Ces travaux furent abandonnés en cours de route. D'autres éléments de l'église ne sont issus d'aucune des cinq campagnes de construction signalées : ce sont la baie gothique à double ressaut chanfreinée au sud, près du chœur ; la piscine liturgique du premier quart du au sud de la deuxième travée du chœur, ainsi que le larmier à l'extérieur. ; et la cage d'escalier hors-œuvre, qui paraît néo-gothique. Elle semble encore neuve sur les clichés anciens.. ; la pierre de taille a été sciée à la machine ; la corniche n'a pas de modillons sculptés ; et l'oculus s'ouvrant sur l'intérieur du chœur est contraire à l'usage dans la région. Tout au moins le parement extérieur ne doit pas être antérieur à la seconde moitié du . Enfin, lors de la première campagne de restauration consécutive au classement, sous la direction de Gabriel Ruprich-Robert en 1920-1923, deux contreforts furent ajoutés au sud de la nef, et la fenêtre Renaissance bouchée. Étrangement, l'architecte en chef des monuments historiques prit l'initiative d'ouvrir une fenêtre d'apparence romane à droite du premier contrefort, alors qu'aucune trace sur le mur ne restait d'une telle baie. Son linteau, moderne, ne porte pas de décor gravé contrairement aux quatre baies authentiquement romanes de l'église. Trois autres campagnes de restauration peuvent être signalées : sous Jules Formigé en 1927-1930 (Ruprich-Robert étant devenu inspecteur des monuments historiques) ; en 1954-1955 et encore en 1965-1968 sous Sylvain Stym-Popper.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée un peu irrégulièrement, avec une nette déviation de l'axe vers le nord-est du côté du chevet, l'église répond à un plan dissymétrique assez simple. Elle se compose d'une nef unique rectangulaire, sans subdivision en travées ; d'un chœur au chevet plat de deux travées, dont la première sert de base au clocher ; et d'un croisillon sud tenant lieu de sacristie. Une cage d'escalier hors-œuvre occupe l'angle entre le croisillon et la dernière travée du chœur. La nef est simplement plafonnée de bois. Le chœur et le croisillon sont voûtés d'ogives. L'on accède à l'église par le portail latéral sud de la nef. Une porte auxiliaire existe à l'ouest du croisillon, et la porte de l'escalier se situe à l'extérieur de l'église. Il n'y a pas de portail occidental. Le vaisseau central est recouvert d'un toit à deux rampants avec des pignons en façade et au chevet. Le croisillon est muni d'un toit en bâtière perpendiculaire à l'axe de l'édifice, avec un pignon du côté sud. Le clocher est coiffé d'une flèche octogonale en charpente couverte d'ardoise.
Intérieur Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.
La nef est une grande salle rectangulaire, sans articulation en l'absence de voûtes et de grandes arcades, recouverte par un plafond plat rustique aux poutres et solives apparentes. Ce type de plafond, dont l'on suppose qu'il soit authentiquement roman, se trouve aussi dans l'église voisine du Heaulme, au Perchay et à Tessancourt-sur-Aubette, et on l'a restitué à Cinqueux et Rhuis. À Omerville, il est dissimulé par des panneaux de particules. L'exemple de Condécourt montre que le recours aux plafonds plats n'est pas limité à la période romane. Souvent, les plafonds plats coupent sans ménagement le sommet de l'arc triomphal vers le chœur. À Brignancourt, l'arc triomphal est entièrement dégagé grâce à une section voûtée de bois, qui est comprise entre les deux dernières poutres, et pas plus large que nécessaire. Avec l'exception notable de Condécourt, les églises à nef unique de la région sont généralement romanes, comme Arthies, Auvillers, , Gouzangrez, Le Heaulme, Marquemont, (commune de Warluis), Omerville, et . Il en va de même des nefs dotées de bas-côtés après coup, comme Angy, Le Perchay, Ronquerolles et Tessancourt. Les murs sont enduits, ce qui est la règle si l'appareil est en moellons. Le crépi a été refait lors d'une restauration, et l'on cherchera en vain des traces de polychromie ancienne. Le portail forme un avant-corps légèrement saillant, avec un arc de décharge en plein cintre au revers de l'archivolte sculptée visible à l'extérieur. Le revers du tympan est donc visible depuis l'intérieur. Comme à l'accoutumée, le décor architectural est absent à l'intérieur. Dans le Vexin français, seul le portail occidental de Saint-Clair-sur-Epte déroge à la règle. Au sud, le jour entre par deux fenêtres hautes romanes à simple ébrasement. La deuxième baie a un pendant au nord, mais pas la première. Elle fut supprimée dans le cadre des travaux de voûtement, et devrait se situer derrière le pilier engagé que l'on y voit actuellement. L'on trouve encore des fenêtres semblables à Angy, Arthies, Omerville (au nord seulement), Rhuis, Ronquerolles, etc.