Le découplage, en économie et en écologie, est la dissociation entre la prospérité économique (génération de revenu, croissance économique) et la consommation de ressources et d'énergie (impact environnemental négatif, émissions de gaz à effet de serre).

Dans des conditions normales, la croissance économique augmente les émissions, même si l'intensité carbone diminue, tandis que la décroissance stabilise les émissions. Pour le spécialiste en environnement Warlenius, la croissance économique serait mieux placée que la décroissance pour créer les conditions nécessaires à une action climatique ambitieuse.

Réussir à croître sans augmenter les atteintes à l’environnement est un enjeu de la croissance verte et du développement durable.

Histoire Depuis le début du se développent à la fois des approches « cornucopiennes » d'économistes, dont William Nordhaus, qui estiment que l'ingéniosité humaine est sans limite et permet de toujours trouver des solutions pour repousser les limites planétaires, tandis que d'autres insistent sur la nécessaire sobriété énergétique et matérielle pour ne pas se retrouver dans des situations posant un risque existentiel à l'humanité..

La notion de découplage renvoie à celle dÉphémérisation évoquée par l'architecte Buckminster Fuller dès la fin des années 1930, selon laquelle on consomme toujours moins de matières premières pour rendre des services équivalents ou meilleurs. Par exemple, les ondes radios remplacent à cette époque les fils du télégraphe..

Selon l'économiste Éloi Laurent, spécialiste de la croissance, la source de l’idée de découplage repose sur la courbe environnementale de Kuznets, théorie construite dans les années 1990 selon laquelle les dommages environnementaux augmentent dans les premières phases du développement d'une société, puis reculent alors que la croissance économique se poursuit..

Groupe international d'experts sur les ressources Le découplage de la croissance économique et des dégradations de l'environnement est un objectif du Groupe international d'experts sur les ressources. qui, avec le Programme des Nations unies pour l'environnement, a publié les rapports (« Découpler l'utilisation des ressources naturelles et les répercussions environnementales de la croissance économique ») (2011) et (« Découplage 2 : technologies, opportunités et option politique ») (2014) Decoupling (reports), Panel international des ressources et Programme des Nations unies pour l'environnement (consulté le 18 juillet 2016)..

En 2016, le Groupe international d'experts sur les ressources a publié un rapport indiquant que la productivité matérielle mondiale a diminué depuis l'an 2000 Global material flows and resource productivity. An assessment study of the UNEP International Resource Panel, Programme des Nations unies pour l'environnement, 2016 (consulté le 12 octobre 2018).. Selon le Groupe international d'experts sur les ressources, la croissance des flux de matières est devenue supérieure à la croissance du produit intérieur brut à partir de l'an 2000. C'est le contraire du découplage, situation que certains qualifient de surcouplage.

Découplage relatif et découplage absolu

Dans Prospérité sans croissance, Tim Jackson souligne l'importance de distinguer le découplage relatif du découplage absolu..

Le découplage relatif est une diminution de l'intensité écologique par unité de production économique. Dans cette situation, les impacts sur les ressources diminuent par rapport au PIB, mais l'impact environnemental et le PIB augmentent tous deux. Le découplage absolu est une situation dans laquelle les impacts environnementaux diminuent, malgré la croissance du PIB.. L'efficacité des ressources doit pour cela augmenter au moins aussi rapidement que la production économique et doit continuer à s'améliorer à mesure que l'économie croît.

Jean-Marc Jancovici affirme que le découplage, non content d'être absolu, doit être . ... En d'autres termes, le PIB doit être décorrélé de l’ensemble des émissions directes et indirectes de la totalité des gaz à effet de serre , le découplage doit intéresser la totalité de la planète, il doit se maintenir dans le temps à longue échelle, et doit s'appliquer au plus vite.

La philosophie écomoderniste est fondée sur la recherche d'un découplage absolu., autorisant concomitamment l'intensification de l'activité humaine et le réensauvagement de vastes zones..

opère la distinction entre deux types de découplage : le découplage de ressource le découplage d'impact Le découplage de ressource se rapporte à la quantité d'énergie et de matériaux consommés, cependant que le découplage d'impact est en lien avec les niveaux de pollution. Warlenius fait remarquer par exemple que ce n'est pas l'énergie en soi qui pose problème, mais les émissions de . Aussi le découplage d'impact revêt-il une plus grande importance à ses yeux.

Évaluation du découplage dans l'économie réelle vignette|Pays qui ont réduit leurs émissions tout en développant leur économie..

Au niveau mondial, on constate un découplage relatif entre produit intérieur brut (PIB) et consommation d'énergie ou émissions de dioxyde de carbone () : de 2001 à 2016, le PIB mondial a augmenté de 2,8 % par an en moyenne, tandis que les émissions de ont augmenté de 2,1 % par an sur la même période. En revanche, un découplage absolu n'a jamais été observé à l'échelle d'un grand pays, lorsqu'on réintègre au bilan le solde, en et en ressources, des échanges commerciaux : le Commissariat général au développement durable relève ainsi qu'un certain découplage observé dans les pays industrialisés entre croissance et mobilisation de matières est . Timothée Parrique, chercheur en économie et spécialiste de la décroissance, indique que entre croissance économique et émissions de . Il prend comme exemple le fait qu'..

Entre 1990 et 2015, l'intensité de carbone américaine par dollar de PIB a diminué de 0,6 % par an (découplage relatif), mais la population a augmenté de 1,3 % par an et le revenu par habitant a également augmenté de 1,3 % par an. C'est-à-dire que les émissions de carbone ont augmenté de 1,3 + 1,3 − 0,6 = 2 % par an, entraînant une augmentation de 62 % en 25 ans (les données ne reflètent aucun découplage absolu).

L'Agence européenne pour l'environnement estime en 2021 qu', et recommande comme alternative la décroissance, au travers d'un changement des modes de vie et de consommation : . A contrario, dans son rapport de prospective Transition(s) 2050. Choisir maintenant. Agir pour le climat (2021), qui étudie , l'orgasnime estime qu' : ..

Une étude de 2018 réalisée par plusieurs chercheurs de l’université de Bilbao a tenté de mesurer le phénomène en prenant en compte l’ensemble des empreintes carbone de la croissance du PIB de sur une période de quatorze ans (de 2000 à 2014). Les résultats montrent que ne connaissent aucun découplage sur cette période, tandis que 27 connaissent un découplage absolu. Par ailleurs, ont connu des découplages temporaires seulement sur la période et ont vu, au bout d’un moment, leur empreinte carbone augmenter avec la croissance. Enfin, selon cette étude, la plupart des pays présentant un découplage sont des pays à faible développement humain.

Dans une étude de synthèse reprenant 179 études publiées entre 1990 et 2019, une équipe de chercheurs de l'université d'Helsinki conclut en 2020 que la possibilité d'un découplage à l'échelle nationale ou internationale de la consommation de ressources, permettant une économie à la fois durable et prospère, n'est pas établie. Même si le découplage des émissions de et de SOx, ainsi que de l'utilisation de terres et d'eau douce, est mentionné dans un cadre géographique limité, aucune étude ne présente de ..

Une autre étude publiée en 2023 par et menée par des chercheurs du (Grande-Bretagne) et de l’ (Espagne) estime qu'une croissance durable est impossible.. Selon Romaric Godin, journaliste de Mediapart, cette étude .

Entre 2005 et 2015, de nombreux pays riches ont enregistré un découplage absolu entre PIB et émissions de , même en tenant compte des échanges internationaux. Cependant, en raison de la , le découplage a été plus facile à obtenir.. Fin 2024, le Conseil économique, social et environnemental estime que le ..

Effets rebonds Les effets rebonds, qui ne sont pas suffisamment pris en compte, voire totalement ignorés, limitent les gains attendus du découplage qu'autoriserait l'efficacité énergétique.. L'impossibilité d'un découplage absolu serait due pour l'essentiel à ces effets. Schématiquement, les économies d’énergie ou de ressources atteintes pour la production d'un bien provoquent une hausse de la consommation de celui-ci, qui compense l'économie initiale..

Positions L'historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz tempère l'optimisme que peut susciter le développement des énergies renouvelablesJean-Baptiste Fressoz, Sans transition, Seuil, janvier 2024 , . :

estime l'analyste politique Vaclav Smil.. Il ajoute que

Philippe Escande, éditorialiste au Monde, relève que , soit ainsi qu'au . Il dément l'idée que : ..

Le scientifique spécialiste de l'environnement soutient dans la revue scientifique Ecological Economics que l'évaluation pessimiste formulée par des auteurs spécialisés en décroissance tels que Jason Hickel et Giorgos Kallis concernant le découplage ne repose pas sur des arguments solides, mais plutôt sur une interprétation erronée de ce qu'implique le découplage. Ils partent de l’hypothèse d’une réduction annuelle maximale de 4 % de l’intensité carbone du PIB, combinée à l’idée que le PIB mondial doit diminuer ou converger. Sur la base de ces hypothèses, limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C serait impossible, et même l’objectif de 2 °C ne serait atteignable que si les pays à revenus élevés réduisaient leur économie de plus de 90 %, et les pays à revenus intermédiaires d’environ 70 %. Or, un tel scénario est largement considéré comme politiquement irréaliste, ce qui pourrait à son tour compromettre les objectifs climatiques eux-mêmes. Selon Warlenius, leur pessimisme est également infondé. Il existe déjà des exemples de découplage absolu où les émissions ont diminué plus rapidement que le seuil de 4 % proposé par Hickel et Kallis. De plus, il estime qu'aucune raison convaincante n'est avancée pour expliquer pourquoi des mesures politiques fortes ne permettraient pas d'atteindre des taux de découplage plus élevés. Il trouve surprenant que des chercheurs tels que Hickel et Kallis ne puissent imaginer des politiques plus agressives que celles utilisées dans leur modèle. Dans des conditions normales, la croissance économique augmente les émissions, même si l'intensité carbone diminue, tandis que la décroissance stabilise les émissions. Mais la croissance économique est probablement mieux placée que la décroissance pour créer les conditions nécessaires à une action climatique ambitieuse, telle que les transitions profondes, transformatrices et coûteuses décrites par le GIEC..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

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Articles connexes

Cornucopianisme Croissance verte Écologisme Écomodernisme Économie de l'environnement Économie écologique Effet rebond Élasticité énergétique Empreinte écologique Économie stationnaire Glossaire de la post-croissance Identité de Kaya Limites planétaires Paradoxe de Jevons Post-croissance Sobriété économique

Liens externes Éloi Laurent, « Faut-il décourager le découplage ? » , Revue de l’OFCE / Débats et politiques, , Observatoire français des conjonctures économiques, 2011.

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