vignette|La caserne Serret, ici vers , où était stationné le dont une partie des éléments a perpétré les violences. La « nuit des Paras », aussi appelée « ratonnade de Metz », est un événement s'étant déroulé dans la nuit du au à Montigny-lès-Metz puis à Metz.

Suite au rapatriement à Metz d'un régiment de parachutistes favorable à l'Algérie française , les tensions s'installent entre les militaires et la communauté nord-africaine. Après une altercation dans un dancing entre des Algériens et des parachutistes la veille, une expédition punitive des seconds en nombre se déroule le soir du ; elle se solde par la mort de deux appelés du contingent et du barman. Plusieurs centaines de militaires se livrent alors à une ratonnade visant spécifiquement la communauté nord-africaine de la capitale lorraine, ainsi que toute personne suspectée y appartenir.

Le bilan officiel fait état de quatre morts et plusieurs dizaines de blessés ; les autorités civiles font ouvrir deux enquêtes judiciaires (une sur les morts du dancing, et l'autre sur la ratonnade elle-même). Mais seule la première obtient des résultats ; la seconde, malgré un rapport fourni, ne donne lieu à aucune poursuite envers les militaires. Le travail de mémoire sur les événements est réalisé à partir du début du .

Contexte

Le de chasseurs parachutistes () est envoyé en Algérie à partir de l'automne , au moment où la guerre d'Algérie débute, après la Toussaint rouge. Composé d'environ , il se distingue durant la bataille d'Alger de à . En , le régiment est stationné à Philippeville (Skikda), sous le commandement du lieutenant-colonel Plassard. Le , il participe au putsch des généraux ; le , le putsch échoue. Plassard est écarté du commandement et envoyé devant le tribunal militaire ; le régiment, lui, est rapatrié en France le , et s'installe le en Lorraine, à la caserne Serret, située à Châtel-Saint-Germain, en limite de Moulins-lès-Metz. Lors de leur transfert depuis la gare, dans la nuit du au , les Messins sont réveillés par les cris de , et peuvent voir dès le lendemain les parachutistes évoluer en tenue de camouflage dans la ville, notant leur agressivité envers la communauté nord-africaine. Le préfet de la Moselle envoie une note au ministre de l'Intérieur alertant sur l'attitude des officiers du , hostiles au gouvernement et toujours favorables aux putschistes, alors prisonniers ou en fuite.

En , la ville de Metz, siège de la région militaire du Nord-Est et ville militaire depuis plusieurs siècles, abrite également une forte population de travailleurs algériens ( dans toute la Lorraine, environ dans le quartier de Pontiffroy où l'événement a lieu). Arrivés après la Seconde Guerre mondiale pour servir comme manœuvre dans les usines de la région, les travailleurs algériens, sous-payés, sont logés dans de petites chambres au confort spartiate. Cette communauté a déjà connu les tensions de la guerre d'Algérie, via la lutte entre les deux mouvements indépendantistes, le Mouvement national algérien (MNA) et le Front de libération nationale (FLN) : leur rivalité pour le contrôle de la communauté donne lieu à des dizaines d'assassinats, et d'attentats visant les cafés fréquentés par les nord-africains. En , le FLN contrôle la collecte de fonds et gère la lutte sur le territoire lorrain.

Des heurts sont réguliers entre les Algériens et les militaires, notamment les nouveaux venus du et du (groupe de livraison par air). Le soir du , notamment, une rixe entre une quinzaine d'Algériens et des hommes du GLA a eu lieu au dancing Le Trianon de Montigny-lès-Metz ; un soldat est blessé à la main. Un rapport établi par la de police judiciaire relate la bagarre ; le lendemain soir, un groupe encore plus important de militaires, et notamment de parachutistes, se rend au Trianon avec, selon le rapport, l'intention d'.

Nuit du au

Déroulement Les militaires sont nombreux au dancing, ouvert aux clients ce dimanche . Le militaire blessé la veille croit reconnaître l'un de ses agresseurs ; les premiers coups partent et les Algériens, peu nombreux, fuient l'établissement, les militaires à leurs trousses. Rattrapés, deux Algériens ouvrent le feu : un appelé du contingent du GLA, Henri Bernaz, meurt sur le coup. Se retrouvant à nouveau face à un groupe de paras, les Algériens tirent à nouveau, blessant un appelé du contingent du RCP, Francis Soro (), qui décède de ses blessures à l'hôpital Bon-Secours. Au milieu de la fusillade, le barman du Trianon, Jean-Marie Defrannoux (), est également tué.

Pour venger la mort de leur collègue, la soixantaine de parachutistes présents dans la boîte de nuit vont chercher des renforts dans les casernes Serret et Raffenel. Plus tard, trois cents « bérets rouges » déferlent sur la ville, par camions militaires ou en taxi, puis quadrillent le centre-ville et le quartier de Pontiffroy par groupe de quinze, armés de bouteilles, de bâtons, de couteaux et de quelques armes à feu. Tout homme suspecté d'être d'origine maghrébine est violemment frappé. Des hommes sont ainsi agressés au jardin botanique, dans un café marocain de la rue Pasteur, au buffet de la gare de Metz (où une centaine de militaires saccage le mobilier et agressent les consommateurs à la peau foncée), dans la rue des Jardins, au Pontiffroy. Un Italien est molesté et finit à l'hôpital. Un Algérien, Embarek Aougeh, marchand ambulant, est abattu par balles rue Gambetta (à plusieurs kilomètres du Trianon), près du kiosque à journaux.

La ratonnade dure plusieurs heures. Selon les autorités civiles et militaires, elle se termine à du matin, les militaires étant alors tous rentrés dans leurs casernes respectives. Le bilan officiel est de quatre morts (trois au Trianon, un à Metz), et enregistrés dans les hôpitaux. Il faut sans doute ajouter plusieurs dizaines d'autres blessés, qui ne se sont pas rendus dans un établissement public pour être soigné par crainte des autorités. Des témoignages à chaud (recueillis par les journalistes parisiens de Libération, L'Humanité, L'Express) relatent également des scènes de lynchage, des hommes poussés dans la Moselle depuis les ponts du Pontiffroy ; d'autres suspectent l'existence de cadavres que les militaires auraient fait disparaître. Certains témoignages font enfin état de violences encore en cours envers des Nord-Africains dans la matinée du .

Suites et conséquences Le mardi , Le Républicain lorrain titrera en une : « La nuit sanglante de Metz ». Le , la Ligue des droits de l'homme émet , tandis que l'éditorial de L'Est républicain dénonce . Le Républicain lorrain parle d'un ayant provoqué, en représailles, .

La population maghrébine est retenue par les autorités civiles dans des zones de la ville interdites aux militaires. Une note, classée , est rédigée le par le lieutenant-colonel Gauroy, commandant le groupement de gendarmerie de la Moselle, et transmis à sa hiérarchie, décrivant les événements de la nuit. Le préfet de la Moselle écrit au ministre de l'Intérieur, Roger Frey, pour lui indiquer que, même si l'incident du Trianon est à mettre sur le compte d'une provocation du FLN, de nombreux incidents ont opposé les parachutistes et la , citant les nombreuses agressions sporadiques dont font état ses services durant le mois. Le , c'est le directeur de cabinet du préfet qui écrit que les autorités militaires cherchent à , tentant de justifier ainsi .

Deux enquêtes judiciaires sont décidées : une sur les trois morts du Trianon, une sur ce qui s'est passé dans la ville ensuite - y compris le meurtre d'Embarek Aougeh. Concernant la première enquête, moins de trois semaines après les faits, trois Algériens membres du FLN sont arrêtés et admettent leur culpabilité, ajoutant que le , ils avaient rencontré un responsable du FLN qui leur avait remis à chacun un pistolet pour donner une leçon aux paras, responsables de plusieurs agressions contre leur communauté. Si la première enquête est donc couronnée de succès, la seconde n'en obtient aucun : malgré un rapport de remis en à un juge d'instruction du tribunal de Metz, aucune poursuite contre un militaire n'est engagée. La seule sanction à laquelle est soumise le régiment est une consignation de quarante-huit heures dans ses quartiers, et une assignation de son commandant durant deux semaines.

Francis Soro, l'un des deux militaires tués, est déclaré mort pour la France.. et reçoit la médaille militaire à titre posthume..

Un travail de mémoire Les événements de la nuit du au à Metz ont peu retenu l'attention des historiens jusqu'à la thèse de doctorat de l'historien franco-allemand Lucas Hardt soutenue en ; .. Jusqu'alors, seuls des journalistes, et notamment ceux du Républicain lorrain, se sont penchés sur cette nuit messine de . Pour l'opinion publique, l'explication de la rixe tient à une rivalité galante liée à une jeune femme, hypothèse non démontrée et que Lucas Hardt met à mal en citant le rapport sur la rixe du .

En , le journaliste Jean-Baptiste Allemand, alors étudiant en licence de webjournalisme à l'université Paul-Verlaine de Metz, publie un reportage vidéo sur le sujet.. Il est conseillé pour ce travail par l'historienne Laura Tared, qui a rédigé une thèse de doctorat d'histoire en intitulée Interprétations et répercussions de la guerre d'Algérie en Lorraine.. Jean-Baptiste Allemand écrit en un mémoire de d'histoire à ce sujet, interviewant les protagonistes et les témoins de l'époque.

À l'occasion du de l'événement, un collectif () est créé en pour assurer le travail de mémoire et tenter de faire la lumière sur cette nuit. Son président, Yvon Schleret, qui avait en , explique qu'.

En , Pierre Hanot a publié le roman Aux vagabonds l'immensité. inspiré de l'événement..

En , une classe de terminale au lycée Jeanne-d'Arc à Nancy effectue un travail de recherche afin de produire des notices sur la période, et notamment sur cet événement..

En , le maire de Metz, François Grosdidier, refuse la pose d'une plaque commémorative..

Références

Voir aussi Bibliographie

Sources académiques .

Sources journalistiques .

. .

Article connexe Massacre du

Liens externes

Floréal Torralba, « Témoignages de membres du FLN sur la traque parachutiste de et les manifestations d' à Metz », dans le 19/20, France 3 Lorraine, , reproduit sur ina.fr, Panorama Grand Est, contexte historique par Étienne Augris. Site internet du collectif

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