vignette|Photo d'un cavalier khampa rebelle en 1958 au Tibet. Le programme tibétain de la CIA est un ensemble d'opérations secrètes étalées sur deux décennies et consistant en mesures politiques, en propagande et en opérations paramilitaires et de renseignement liées aux engagements pris par le gouvernement des États-Unis à l'égard du dalaï-lama en 1951 et 1956 : .

Des documents des services secrets, déconfidentialisés par le ministère des Affaires étrangères des États-Unis en 1998, montrent que pour déstabiliser le régime communiste chinois durant la guerre froide et appuyer le projet d'un Tibet autonome, la CIA finança, dans les années 1960, le , à hauteur de par an, et alloua de dollars par an à l'ensemble du mouvement (Sauvegarde archive.org sauvegarde archive.is : ..

Bien qu'assigné officiellement uniquement à la CIA, le programme tibétain était également coordonné étroitement avec le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Défense : .

Il a progressivement ralenti à la fin des années 1960 pour cesser avec la visite de Richard Nixon en Chine en 1972. .

Révélations médiatiques Une bonne partie des informations sur le soutien de l'Agence à la guérilla tibétaine et au dalaï-lama a été révélée par la presse américaine au grand public à la fin des années 1990, d'abord en 1997 par le quotidien Chicago Tribune Paul Salopek, The Cia's Secret War In Tibet, Chicago Tribune, January 26, 1997., confirmant en cela les accusations portées naguère par les maoïstes chinois, puis en 1998 à la fois par le Los Angeles Times. et le New York Times World News Briefs; Dalai Lama Group Says It Got Money From C.I.A., The New York Times, 2 octobre 1998., tirant parti de la déconfidentialisation de documents de l'Agence : .

La période 1942-1949 Les États-Unis commencent à s'intéresser au Tibet lors de la Seconde Guerre mondiale, après que les forces armées japonaises ont envahi la Chine et coupé, en , la route par laquelle les forces armées du Kuomintang sont approvisionnées en armes et munitions depuis l'Asie méridionale : .

Ilya Tolstoy et Brooke Dolan II au Tibet (1942) Le Bureau des services stratégiquesOffice of Strategic Services, en abrégé OSS., l'ancêtre de la CIA, envoie alors comme agents au Tibet, Ilia Tolstoy, fils de l'écrivain russe Léon Tolstoï, et Brooke Dolan II, avec pour mission principale la recherche de voies de communication entre l'Inde et les provinces chinoises du Yunnan et du Sichuan pour compenser la perte de la route de Birmanie. Ils ont pour mission annexe de se faire des amis haut placés dans une région du monde destinée, selon le directeur de l'OSS, à devenir très importante sur le plan stratégique. Ils rencontrent ainsi le jeune dalaï-lama, Tenzin Gyatso, alors âgé de huit ans, et le gouvernement tibétain, notamment en la personne de Surkhang Dzasa, lequel leur confie le désir de son gouvernement de voir les Américains soutenir les efforts de l'Angleterre pour empêcher l'intervention chinoise. Lorsqu'ils font leur rapport à l'ambassade américaine à Chongqing, ils ne font pas mystère du fait qu'ils sont acquis à la cause de l'indépendance tibétaine, ce qui amène le ministère des Affaires étrangères de la république de Chine à protester : Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, Open Road + Grove/Atlantic, 2007, 496 p., p. 293 : .. À leur retour aux États-Unis, les deux agents ont en poche le plan d'une nouvelle route et une foule de renseignements sur le pays et ses habitants : .

Lowell Thomas et Lowell Thomas Jr. au Tibet (1949) Au retour d'un séjour à Lhassa en 1949, le journaliste Lowell Thomas et son fils, Lowell Thomas Jr., plaident pour que des armes modernes et des instructeurs capables de former à leur maniement soient envoyés au Tibet et qu'une mission américaine soit établie à Lhassa. Ils sont porteurs de documents écrits et de messages oraux du dalaï-lama et de son régent destinés au président Truman et au ministre des Affaires étrangères Dean Acheson.

Les Lowell avaient transmis au gouvernement tibétain, par des voies confidentielles, l'espoir du président de . Par la même occasion, ils avaient transmis la proposition du ministre des Affaires étrangères d'introduire au Tibet un haut responsable américain sous le couvert d'un simple voyage, pour évaluer les possibilités d'un programme de soutien.

Par la suite, les interventions radiophoniques de Lowell Thomas père en faveur de l'indépendance tibétaine, valurent à celle-ci de nouveaux soutiens américains : James August Duncan, [https:/lib.dr.iastate.edu/etd/12231 American Journalism and the Tibet Question, 1950-1959], Graduate Theses and Dissertations 12231 : .

La période 1949-1951 En 1949, après la prise de pouvoir de Mao Zedong et du Parti communiste chinois et le basculement de la Chine (hormis Hong Kong et Taïwan où le Guomindang s'était retiré) dans le bloc communiste, les États-Unis cherchent à utiliser le Tibet dans leur lutte contre le communisme. Leur objectif est de maintenir en vie le concept politique d'un Tibet autonome chez les Tibétains et parmi les nations étrangères, principalement l'Inde, et de bâtir une force de résistance à d'éventuelles évolutions à l'intérieur de la Chine communiste : .

La mission secrète de Douglas Mackierman et Frank Bessac (1949) Pensant que toute tentative ouverte d'armer les Tibétains conduirait à une intervention de l'armée chinoise au Tibet, le ministère des Affaires étrangères américain, en 1949, envoya à Lhassa, depuis le Sinkiang où il était posté pour surveiller les essais nucléaires soviétiques, un officier de la CIA, , en mission secrète auprès du dalaï-lama. Mais Mackiernan fut tué par des garde-frontière tibétains qui avaient l'ordre d'abattre tout étranger dans cette période tendue. Le compagnon de Mackierman, Frank Bessac, reprit la mission à son compte, rencontra le dalaï-lama et s’adressa à l’assemblée tibétaine (le tsongdu) pour qu’elle demande à son pays une aide militaire clandestine. Il quitta Lhassa la demande en poche, la transmettant sous forme codée au ministère des Affaires étrangères. Les Chinois, conscients que Mackierman et Bessac étaient des agents secrets et craignant que cette mission ne traduise la volonté des États-Unis d'apporter une aide militaire aux Tibétains, précipitèrent leur attaque, pour couper court à des « complots impérialistes ». Les États-Unis avaient effectivement commencé, quelques semaines avant l'assaut d', d'aéroporter de l'équipement à l'armée tibétaineInto Tibet. The CIA’s First Atomic Spy and his Secret Expedition into Lhasa, publicité du journaliste Thomas Laird pour son livre du même nom (Grove Press, Hardcover, 1st edition, May 2002, 364 pages) : ..

Les plans américains pour le départ en exil du dalaï-lama Le ministère américain des Affaires étrangères chargea l’ambassadeur américain en Inde, Loy Henderson, de mettre au courant le dalaï-lama de la position des États-Unis. En 1951, pour que le dalaï-Lama puisse quitter le Tibet en sécurité, l'ambassade américaine en Inde demanda au représentant du Royaume-Uni de faire pression avec lui sur le gouvernement indien, pour que celui-ci prenne l'initiative d'inviter le dalaï-Lama. L'ambassade américaine en Inde élabora même un plan pour accompagner le départ du dalaï-lama FRUS (Foreign Relations of the United States), VII, China area, The ambassador in India (Henderson) to the Secretary of State, 1951, p. 1759. Dans les archives du FRUS, une lettre en question des responsables américains souligne : « Si vous restez au Tibet, cela sera dommageable pour votre peuple. Si vous voulez aller au Sri Lanka ou chercher refuge dans un autre pays, le Gouvernement américain sera prêt à vous aider à obtenir l'asile, à obtenir la permission de transiter dans les pays nécessaires, et à payer votre voyage et celui de votre entourage [...] La pré-condition de l'assistance et du soutien américains est que vous quittiez le Tibet, que vous rejetiez ouvertement l'accord signé entre les délégués du Tibet et les représentants communistes, et que vous veuilliez coopérer avec les États-Unis dans le domaine anticommuniste».: Sélectionner une petite équipe d'hommes de confiance de son entourage pour accompagner le Dalaï-Lama. Il vaut mieux partir dans la nuit, pour éviter que le Dalaï-Lama ne soit persuadé par des représentants de grands monastères et des institutions de Lhassa de retourner à Lhassa. Confier à [telle personne nommée] (noms supprimés depuis que les dossiers ont été rendus publics) la tâche d'accompagner le dalaï-lama secrètement en Inde. Si les deux plans susmentionnés sont impraticables, que le Dalaï-Lama envoie à [telle personne nommée] (noms supprimés dans le dossier) une lettre confiée aux intermédiaires du nom de Heinrich Harrer et de Il s'agit de George N. Patterson, ancien missionnaire dans le Kham et traducteur du consulat américain à Calcutta, cf Dr. Liu Chao, Secret CIA Sponsorship of Tibetan Rebels Against China Exposed - How a Ground-Breaking Book Unveiled History as it Was, entretien avec Kenneth Conboy, auteur de CIA's Secret War in Tibet, People's Daily, 28 mars 2008 ; autre adresse : CIa Secret War in Tibet : ., pour leur indiquer le lieu exact à Yadong où des personnes déguisées attendront le Dalaï-Lama pour l'accompagner en Inde.

Le gouvernement américain aurait conseillé au dalaï-lama de trouver exil en Inde ou au Sri Lanka, car cela aurait pu contribuer à sa cause. Il aurait été également proposé au dalaï-lama de s'exiler aux États-Unis avec les membres de sa famille et son entourage..

Les États-Unis auraient proposé d'entretenir des relations informelles avec le Tibet et d'exercer une influence sur le Royaume-Uni, la France, l'Inde notamment afin de promouvoir l'indépendance du Tibet. Enfin, Gyalo Thondup, frère aîné du dalaï-lama, pourrait trouver refuge aux États-UnisFRUS (Foreign Relations of the United States), VII, China Area, The Consul General at Calcutta to the Secretary of State, 1951, p. 1754..

Le gouvernement américain aurait fait clairement comprendre au dalaï-lama que l'assistance qu'il apporterait aux Tibétains serait utile uniquement « si les Tibétains s'efforçaient de résister résolument »FRUS (Foreign Relations of the United States), VII, China Area, The Secretary of State to the Embassy in India, 1951, p. 1693..

La période 1952-1959 Relations de l'Agence avec les frères du dalaï-lama Alors qu'en , des représentants du dalaï-lama ont signé, avec le gouvernement chinois, l'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, le pontife tibétain reçoit un message du gouvernement américain lui proposant de fuir son pays, de rejeter l'« accord en 17 points » et d'organiser une résistance en exilLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, p. 327, l'épreuve de force (1950-1959) : ..

À la même époque, Gyalo Thondup et Thupten Jigme Norbu, deux des trois frères aînés du dalaï-lama, s'exilent en Inde. En 1951 ou 1953 (selon les sources), la CIA entre secrètement en contact avec Gyalo Thondup, le plus jeune des deux frères, alors à DarjeelingEntretien avec Gyalo Thondup,Give up on the US, deal directly with China: Gyalo Thondup, sur le site LW, sous l'intitulé Reportage - 2005 : ., où celui-ci a commencé à établir un réseau clandestin faisant acheminer des textes de propagande à Lhassa et extrayant des renseignements sur la situation dans la capitale tibétaine. Sous son impulsion, la communauté tibétaine émigrée devient une sorte d'association d'aide non officielle : .. Gyalo Thondup devait devenir un atout majeur de l'Agence Barry Sautman, Tibet's Putative Statehood and International Law, in Chinese Journal of International Law, 1 March 2010, volume 9, issue 1, pp. 127–142, Oxford University Press : .