Félicité Angers, dite Laure Conan, est une écrivaine québécoise, née à La Malbaie le et morte le à l'Hôtel-Dieu de Québec. Elle est considérée comme la première femme francophone à faire une carrière littéraire au Québec.
Biographie
Enfance et formation Née le à La Malbaie, Félicité Angers est la fille d'Élie Angers (1800-1875), un forgeron, et de Marie Perron (1811-1879). Le couple s'est marié le aux ÉboulementsLaure Conan, J'ai tant de sujets de désespoir : correspondance (1878-1924), recueillie et annotée par Jean-Noël Dion, Montréal, éditions Varia, 2002, p. 427-428. Les enfants qui meurent en bas âge sont: anonyme, 26-28 mars 1829; Calixte, 26 septembre 1830-11 janvier 1832; Émilie, 13-16 mars 1835 ; Anonyme, 25 mars 1843; Sara, 9 mai 1847-28 octobre 1851..
Elle est la huitième d'une famille de onze enfants, dont six atteignent l'âge adulte. Les parents Angers tiennent un magasin général et un bureau de poste à La Malbaie. Félicité grandit dans ce village de plus en plus recherché par les estivants en quête de villégiature à l'époque.
Après des études primaires de 1851 à 1859, Félicité part à Québec poursuivre son éducation chez les Ursulines de 1859 à 1862. Elle y réussit bien, obtenant même des prix pour ses excellents résultats scolairesNicole Bourbonnais, Angéline de Montbrun, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2007, p. 130.. C'est là qu'elle écrit ses premiers textes. Six d'entre eux paraissent dans le Papillon littéraire, le journal de son couvent. Elle y traite de thèmes historiques et religieuxLaure Conan, J'ai tant de sujets de désespoir : correspondance (1878-1924), recueillie et annotée par Jean-Noël Dion, Montréal, éditions Varia, 2002, p. 30.. Dès son plus jeune âge, elle lit également beaucoup. Ses choix sont assez divers : saint Augustin, Bossuet, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Louis Veuillot, les Relations des Jésuites, Marie de l'Incarnation, François-Xavier Garneau, Paul Féval, Johann Goethe, Silvio Pellico et beaucoup de poésie. Elle termine diplômée de la classe supérieure. vignette|Félicité Angers naît et passe une grande partie de sa vie à La Malbaie. Une prétendue relation avec le député Tremblay C'est sœur Jean-de-l'Immaculée qui évoque pour la première fois, au début des années 1960, la relation que Félicité aurait entretenue avec l'arpenteur-géomètre et député Pierre-Alexis Tremblay à partir de 1862. Elle l'aurait rencontré peu après son retour des Ursulines et l'aurait ensuite fréquenté de 1863 à 1867Laure Conan, J'ai tant de sujets de désespoir : correspondance (1878-1924), recueillie et annotée par Jean-Noël Dion, Montréal, éditions Varia, 2002, p. 431.. Sœur Jean-de-l'Immaculée écrit : « le mot "passion" n'est pas trop fort, car Félicité Angers a aimé "à la folie" (témoignage de Lucien Lemieux) Pierre-Alexis TremblayJean-de-l'Immaculée, Angéline de Montbrun. Étude littéraire et psychologique, thèse de M.A., Université d'Ottawa, 1962, p. 16. ». Roger Le Moine renchérit en s'appuyant sur les informations du prêtre-historien Victor Tremblay. Selon Le Moine, Tremblay aurait voulu rester chaste. Il soutient : « La situation nous semble bien claire. Laure Conan éprouve pour Tremblay des sentiments qui sont partagés. Il la demande en mariage tout en la mettant au courant de son vœu et des conséquences qu'il comporte sur le plan sexuel. Comme la jeune femme ne saurait se satisfaire d'un mariage blanc, elle essaie de le faire changer d'attitude, d'abord, par les seules vertus du raisonnement, puis, par des moyens moins avouables. Et elle commet une fauteRoger Le Moine, « Laure Conan et Pierre-Alexis Tremblay », Revue de l'Université d'Ottawa, vol. XXXVI, no 2, avril-juin 1966, p. 267.... ». Leur relation se serait finalement terminée par une douloureuse rupture autour de 1867Roger Le Moine, « Laure Conan et Pierre-Alexis Tremblay », Revue de l'Université d'Ottawa, vol. XXXVI, no 2, avril-juin 1966, p. 263.. Pour sœur Jean-de-l'Immaculée, celle-ci serait attribuable à leur différence d'âge et à une faute qu'aurait commise Félicité et que Pierre-Alexis n'aurait pu lui pardonner. Bien qu'il n'y ait pas de preuves tangibles de cette relation, certaines personnes ont cherché des traces de celle-ci dans la correspondance de l'écrivaine. D'autres, en s'appuyant sur Louis FréchetteLouis Fréchette, « Angéline de Montbrun », Journal de Françoise, no 1, 7 avril 1906, cité dans Roger Le Moine, « Laure Conan et Pierre-Alexis Tremblay », Revue de l'Université d'Ottawa, vol. XXXVI, no 2, avril-juin 1966, p. 258. qui percevait « un grain d'autobiographie » dans Angéline de Montbrun, font des parallèles avec certains passagesRoger Le Moine, « Laure Conan et Pierre-Alexis Tremblay », Revue de l'Université d'Ottawa, vol. XXXVI, no 2, avril-juin 1966, p. 264.. vignette|La résidence familiale des Angers à La Malbaie. Elle est démolie en 1953.Certaines personnes, comme Madeleine (Madeleine Huguenin), s'opposent toutefois à ce rapprochement. Cette dernière écrit : « Je crois que c'est à tort qu'on lui attribua le rôle de son héroïne dans Angéline de MontbrunMadeleine, Portraits de femmes, Montréal, La Patrie, 1938, p. 338. ». De plus, comme Maurice Lemire le fait remarquer : « dans ses confidences aux religieuses, jamais Félicité Angers ne fait mention de ses déceptions amoureusesNicole Bourbonnais, Angéline de Montbrun, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2007, p. 15. ». Nicole Bourbonnais résume bien cette question : « Jusqu'à maintenant, aucune source sûre n'est venue corroborer l'authenticité de cette histoire d'amour ».
Félicité Angers semble plutôt être demeurée célibataire par choix. À sœur Saint-François-Xavier, elle écrit en effet en 1884 : « Je n'ai pas l'ombre d'une inclination pour le cloître – également pas le moindre pour le mariage – ce grand sacrement ne m'attire pas... Ah que j'y souffrirais ! ». Son amie Renée des Ormes soutient pour sa part : « Mlle Angers n'eut pas de fiancéRenée des Ormes, « Laure Conan: un bouquet de souvenirs », Revue de l'Université Laval, vol. VI, no 5, janvier 1952, p. 383-391. ».
Décès des parents Angers et gestion du bureau de poste Après ses études, son frère Élie (1832-1923) revient s'installer à La Malbaie comme notaire en 1864. La même année, sa sœur Madeleine (1841-1934) épouse Jean Célestin Desmeules, arpenteur et agent des terres.
Le magasin familial ferme en 1871. Puis, le père Angers décède en . Après cette épreuve, Félicité séjourne à la pension du monastère des Sœurs adoratrices du Précieux-Sang en 1877. Elle y fait la connaissance de la fondatrice, Aurélie Caouette, avec qui elle commencera une longue correspondanceLaure Conan, J'ai tant de sujets de désespoir : correspondance (1878-1924), recueillie et annotée par Jean-Noël Dion, Montréal, éditions Varia, 2002, p. 32-33..
Les débuts de la femme de lettres vignette|Charles Angers, avocat, député et frère de Félicité. En 1878, à l'âge de 33 ans, Félicité fait paraître une nouvelle intitulée Un amour vrai, publiée en feuilleton dans la Revue de Montréal entre et . Elle y utilise le pseudonyme de Laure Conan pour la première foisElle conserve ce nom de plume tout au long de sa carrière..
C'est à cette époque qu'elle fait la connaissance de Thomas Chapais, par l'intermédiaire de son frère Charles (1854-1929) alors qu'il étudie le droit à l'Université Laval (1877-1880). Chapais se souvient : « Il y a de cela plusieurs années, un de nos amis, très épris de littérature, entrait dans notre bureau, tenant à la main le plus récent fascicule de la Revue de Montréal […]. "Voulez-vous me permettre, nous dit-il, de vous lire une page de la revue" […]. Bientôt nous nous sentîmes captivéSophie Imbeault et Carolyne Ménard, « Laure Conan et les historiens. Livres et réseaux de sociabilité dans la province de Québec à la fin du XIXe siècle », dans Louise Bienvenue et François-Olivier Dorais, dir., Profession historienne ? Femmes et pratique de l'histoire au Canada français, XIXe-XXe siècles, Québec, PUL, 2023, p. 38. ».
La mère de Félicité meurt le de la petite véroleNicole Bourbonnais, Angéline de Montbrun, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2007, p. 131.. Désormais sans l'appui de ses parents, Félicité écrit le suivant à son amie Aurélie CaouetteLes femmes célibataires et majeures ont la pleine capacité juridique. Elles peuvent administrer leurs biens. Sophie Imbeault et Carolyne Ménard, « Laure Conan et les historiens. Livres et réseaux de sociabilité dans la province de Québec à la fin du XIXe siècle », dans Louise Bienvenue et François-Olivier Dorais, dir., Profession historienne ? Femmes et pratique de l'histoire au Canada français, XIXe-XXe siècles, Québec, PUL, 2023, p. 31. : « Je voudrais me mettre à écrire. Mon premier essai a été remarqué. Si possible, je voudrais me servir de cette aptitude pour gagner ma vieCité dans Nicole Bourbonnais, Angéline de Montbrun, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2007, p. 23. ». C'est donc grâce à sa plume que cette femme célibataire compte subvenir à ses besoinsMaurice Lemire, « Félicité Angers sous l'éclairage de sa correspondance », Voix et Images, vol. 26, no 1, 2000, p. 31.. Ce court texte a par ailleurs été imprimé, dans une version remaniée, sous forme de livre en 1878 et en 1893 par les éditeurs Leprohon et LeprohonUn amour vrai, notice bibliographique, Bibliothèque nationale de France (collection Gallica). Consulté le 7 avril 2024.. vignette|Le fidèle ami Thomas Chapais. En , elle remplace son frère Élie, qui était maître de poste depuis 1874. Il quitte sa place le temps de faire la lumière sur un déficit du bureau de posteLaure Conan, J'ai tant de sujets de désespoir : correspondance (1878-1924), recueillie et annotée par Jean-Noël Dion, Montréal, éditions Varia, 2002, p. 427.. Thomas Chapais affirme que : « mademoiselle Angers, une personne accomplie sous tous les rapportsThomas Chapais à son père, 2 avril 1879, cité dans Laure Conan, J'ai tant de sujets de désespoir : correspondance (1878-1924), recueillie et annotée par Jean-Noël Dion, Montréal, éditions Varia, 2002, p. 34. ». Le , il écrit à son père Jean-Charles, sénateur conservateur, d'intervenir auprès d'Hector-Louis Langevin, qui dirige le département des postes à Ottawa. Il écrit : « s'il est vrai que la famille Angers n'appartient pas à notre parti [...]. Il ne s'agit pas de donner une place, comme on dit, à un adversaire politique, il s'agit de maintenir une jeune fille dans une situation qui peut aider beaucoup une famille estimableSophie Imbeault et Carolyne Ménard, « Laure Conan et les historiens. Livres et réseaux de sociabilité dans la province de Québec à la fin du XIXe siècle », dans Louise Bienvenue et François-Olivier Dorais, dir., Profession historienne ? Femmes et pratique de l'histoire au Canada français, XIXe-XXe siècles, Québec, PUL, 2023, p. 39. ». Cette demande est faite en vain, le bureau est finalement transféré à un notaire de La Malbaie, John Andrew Joseph Kane, en juillet de la même annéeLaure Conan, J'ai tant de sujets de désespoir : correspondance (1878-1924), recueillie et annotée par Jean-Noël Dion, Montréal, éditions Varia, 2002, p. 35..
Le premier roman psychologique de l'histoire littéraire québécoise : Angéline de Montbrun