Nina Bouraoui, née le à Rennes, est une écrivaine française.

Le déracinement, la nostalgie de l'enfance, le désir, l'écriture et l'identité amoureuse sont les thèmes majeurs de son travail. Elle est commandeure de l'ordre des Arts et des Lettres et ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues..

Biographie Enfance et adolescence Nina Bouraoui, née Yasmina Bouraoui, est la fille de Rachid Bouraoui, haut fonctionnaire international algérien, originaire de Jijel en Petite Kabylie, et de Maryvonne Henry, iconographe française, originaire de BretagneThe International Who's Who of Women 2002, Taylor & Francis Group, 2001, ..

Ses parents se rencontrent à Rennes, en 1960, en pleine guerre d'Algérie alors qu'ils sont étudiants. Son père souhaitait partir pour le maquis, où son frère avait été tué, pour lutter pour l'indépendance, mais, brillant élève, il avait été envoyé en France à Vannes, pour poursuivre ses études. Il y passe son bac qu'il obtient avec mention et, recommandé par le proviseur de son lycée, entre comme boursier à la faculté d'économie de Rennes où il obtient un doctorat d'économieNina Bouraoui : « Quelle richesse, cette homosexualité qui fut un long chemin ! » par Annick Cojean, Le Monde, 22 septembre 2018.. Parallèlement, il milite pour l'indépendance de l'Algérie. La mère de Nina Bouraoui, fille de parents chirurgiens-dentistes, est étudiante en droit. Ils se marient à Rennes en 1962, malgré l'opposition des parents maternels.

Nina Bouraoui passe, avec sa sœur ainée, les quatorze premières années de sa vie à Alger. Issue d'une double culture fortement marquée par la guerre d'Algérie, elle est une enfant réservée, un peu sauvage, sportive (tennis). C'est lors d'un été en Bretagne, dans sa famille maternelle, qu'elle apprendra la décision de ses parents de ne pas retourner en Algérie, ses parents craignant le début de violence dans le pays ; ici naît le déracinement, véritable fêlure accentuée par l'absence d'aurevoirs. Elle vivra son adolescence successivement à Paris, Zurich et Abou Dabi, puis revient à Paris après son baccalauréat pour étudier la philosophie et le droit. Attirée dès l'enfance par le dessin et l'écriture, c'est l'écriture qui lui permettra de . Elle dit , pour elle, l'écriture est un temps où

Certains de ses romans relatent des désirs ou amours homosexuels ; Nina Bouraoui elle-même est ouvertement lesbienne. Elle précise cependant qu'elle ne se sent . Dénonçant le catalogage souvent associé à l'homosexualité féminine, , à ses yeux « Écrire, c'est retrouver ses fantômes », L'Express, 31 mai 2004.. Elle se déclare gênée lorsqu'on lui demande d'aborder son intimité, chose dont elle ne parle jamais sinon à travers le .

Œuvres Littérature C'est grâce à l'envoi de son manuscrit par la poste, sans recommandation, qu'est publié son premier roman La Voyeuse interdite (Gallimard) en 1991« Nina Bouraoui publie un nouveau roman », La Dépêche de Kabylie, 28 mai 2007., qui connaîtra un succès international et recevra le prix du Livre Inter.

L'écriture de Nina Bouraoui ne cesse d'évoluer au fil de ses romans. Les premiers, publiés dans les années 1990 (La Voyeuse interdite, Poing mort, Le Bal des murènes et L'âge blessé) sont faits d'une écriture poétique, très travaillée, qui contraste avec la violence des thèmes abordés (la condition de la femme, la mort, la guerre, la mémoire transgénérationnelle et collective…).

Cycle d'autofiction Puis Le jour du séisme, Garçon manqué, La Vie heureuse et Poupée Bella s'inscrivent dans un cycle que certains rapprocheront de l'autofiction (Nina Bouraoui elle-même dit ne pas se reconnaître dans ce qualificatif), la structure des phrases se modifie (virgule, juxtaposition d'images et de mots, phrases courtes) et les thèmes abordés s'ouvrent plus concrètement sur le désir et la quête amoureuse, les problématiques du métissageLe Renaudot à Nina Bouraoui, Libération, 4 novembre 2005. ou de l'identité, y compris sexuelleNina Bouraoui. La Vie heureuse, Libération Next, 2 avril 2004., les premiers sentiments et sensations de l'enfance et de l'adolescence, l'impuissance face à la violence du monde extérieur.

Le spécialiste de la littérature Belgacem Belarbi voit en l'écriture autofictionnelle de Bouraoui une forme de déconstruction du passé afin de rentrer dans un processus de coming in et de rechercher la source de son lesbianisme dans le récit de son enfance..

À partir de 2008 Avec Appelez-moi par mon prénom, publié en 2008, elle raconte la passion naissante entre une écrivaine parisienne et l'un de ses admirateurs suisse, un jeune homme de près de 16 ans son cadet qui, lors d'une dédicace dans sa ville de résidence à Lausanne, lui apporte un DVD inspiré de son dernier roman et l'adresse de son site internet ; malgré les obstacles à leur relation (écart d'âge, rompre ou pas la barrière entre l'artiste et son admirateur, distances géographique et culturelle entre ces deux villes de pays différents : Paris et Lausanne), il naît un désir progressif et envahissant de cette femme pour ce jeune homme ; désir attisé par le renvoi à sa propre jeunesse lors de ses études passées justement en Suisse, par l'imaginaire, le fantasme de l'autre via son identité numérique (site internet), l'attente, les non-dits, et qui a pour support l'instantanéité des nouveaux modes de communication (sms, mails)Appelez-moi par mon prénom, Mediapart, 017 mars 2010.. La séduction par l'écriture, l'ajustement mystérieux des mots donnés ou non à l'autre, deviennent le support premier à la construction d'une possible relation amoureuse. Un écho en forme d'hommage à la relation qu'ont entretenu Marguerite Duras et Yann Andréa, que Nina Bouraoui avait d'ailleurs rencontrés à l'âge de 25 ans : Nina Bouraoui dans l'interview à propos de cet ouvrage, journal télévisé suisse de la RTS, octobre 2008. Consulté le 9 juin 2013..

Avec Sauvage, elle effectue un retour au socle central de son travail : la terre poétique et algérienne, décor de l'histoire entre Alya et Sami son premier amour, qui disparaît, absorbé par la campagne à la veille des années 1980. Elle y développe une approche métaphysique de l'amour, Sauvage, de Nina Bouraoui, Le Magazine littéraire, 5 juillet 2011..

Avec Beaux rivages, roman d'une séparation amoureuse, elle écrit pour « tous les quittés du monde » en 2016 et publie en 2020 Otages, roman féministe tiré de sa pièce du même nom qui sera jouée au théâtre de Valence puis adaptée en 2024 en opéra sous la direction de Richard Brunel et de Sebastian Rivas.

Nina Bouraoui publie en 2024 Grand Seigneur, livre-hommage à la suite de la mort de son père ainsi qu'un recueil de l'ensemble de ses textes écrits entre 1999 et 2024 sous le titre Le désir d'un roman sans fin.

Liste Romans

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, 222 p.

Championne, JC Lattès, Rentrée Littéraire 2026

Textes (Liste non exhaustive)

Dix ans sous la Bleue, collectif, 2004 Stock. Plus loin le désert, nouvelle incluse dans le recueil Vers de nouveaux horizons, 2005, Folio et le magazine Senso Palaces, ouvrage collectif, Éditions Prisma, 2012 Une histoire d'amour aussi, texte pour l'ouvrage collectif Toi, mon frère, Toi, ma sœur, Albin Michel 2013 Le Corps géographique, texte pour l'ouvrage Alger sous le ciel, éditions Barzhac et le Bec en l'air, La Part manquante, dans Les Lucioles, 2014, pour l'association Le Refuge Soleils, pour l'exposition photographique de Richard Schroeder (2014) Séismes, dans l'ouvrage Lire, vivre et rêver dirigé par Alexandre Fillon, Les Arènes, Otages, théâtre, pour le « Paris des Femmes », au théâtre des Mathurins, « L'écriture féminine n'existe pas », préface de Crimes et châtiments, dix pièces courtes pour le « Paris des Femmes » (éditions des quatre-vents, L'avant-scène théâtre) 2015 Naissance de la poésie, préface de Articles, Essays, Presentations d'Ingmar Bergman, Norstedts (Suède), 2017 Journal (fragments) et dessins, Ny Prosa / 10Tal (Suède), 2017 Vita Nova, préface à Icônes, photographies de François Fontaine, Éditions La Pionnière, 2018 Je suis la faussaire de mon passé, Revue des Deux Mondes, février- Texte sur Aloïse Sauvage pour son EP Jimy (Initial Artiste Services), 2019 Une nuit à Timimoun pour le recueil de nouvelles Une nuit à l'hôtel, Le 1, hors série, Le Poisson d'argent pour OLI / France Inter , diffusion Simone et moi, Zadig le mag, Kaléidoscope, L'Obs (huit textes), mars- Le Tableau, ELLE , Fantasy, Marie Claire, Blue Jean, Gala, 2021 Edito, l'Est Républicain, 2021 Farid, SOS Homophobie, 2021 L'Occupation d'Annie Ernaux, Une bibliothèque féministe, L'Iconoclaste,2021 Passion Simple d'Annie Ernaux, La Bibliothèque des Écrivains, Flammarion 2021 Je vous écris, Têtu, 2019-2021 La fête, L'Obs, 2021 Le fil, Maison Chanel, 2021 Lanterne Magique, Préface aux photographies de François Ferrier, 2022 Les feux follets, Unicef, Livre de poche, 2022 Comme dans un film de Claude Sautet, Harper's Bazaar, 2024 Lee Miller, Harper's Bazaar, 2024 Arm in Arm with the Night, (Dans les bras de la nuit), pour le catalogue de l'exposition Brassaï au Moderna Museet de Stockholm, 2026

Musique

Elle est également parolière, pour le groupe Les Valentins en 1993, pour Céline Dion en 2007 et en 2012, pour Garou ainsi que pour Sheila avec la chanson Une arrière-saison. La Nuit de plein soleil, poème mis en musique par Les Valentins : il en résulte une chanson de près de 19 minutes parue en 1993 sur un album homonyme. Plusieurs voix récitent le poème, l'ambiance sonore est au spleen et se forme ainsi une spirale de mots. L'une des voix qui récite le poème est celle de Nina Bouraoui. Immensité et Les Paradis, écrites pour Céline Dion, mises en musique respectivement par Jacques Veneruso et Gildas Arzel, parues sur l’album D'Elles, en 2007. Un nouveau monde, Garou, musique Jacques Veneruso, album Version intégrale, 2010 Celle qui m'a tout appris, écrite pour Céline Dion, musique Jacques Veneruso, album Sans attendre, 2012 Les cinq doigts de la main, coécrite avec Jacques Veneruso, chantée par Chimène Badi pour le Grand show de Céline Dion diffusée sur France 2 le Une arrière-saison, écrite pour Sheila, musique J. Veneruso, album Solide sorti le 7 déc 2012 et reprise par Renée Martel en 2018 Dix chansons pour monalbumcomptines.com (Sonacom/M6) Mille et une femmes chantée par Chimène Badi, musique Jacques Veneruso, album Gospel & Soul, sorti le

Reconnaissance

Prix littéraires

1991 : prix du Livre Inter pour La Voyeuse interdite 1991 : prix Emmanuel Roblès pour La Voyeuse interdite 2005 : prix Renaudot pour Mes mauvaises pensées 2020 : prix Anaïs Nin pour Otages

Nominations

2018 : Première sélection du prix Femina pour Tous les hommes désirent naturellement savoir. 2019 : Nomination aux Out d'or - Coup d'éclat artistique pour Tous les hommes désirent naturellement savoir 2026 : Première sélection du prix Femina pour Championne 2026 : Première sélection du prix Femina des lycéens pour Championne

Décorations

. Elle est promue au grade de commandeure par l'arrêté du Arrêté du 31 août 2018 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Sophia Schnack. Nina Bouraoui en dialogue avec Marguerite Duras, Annie Ernaux et La Nausée : L'Harmattan, 2023 Rabiaa Marhouch. Nina Bouraoui : la tentation de l'universel. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2023 Myriam-Naomi Walburg. Zeit der Mehrsprachigkeit : literarische Strukturen des Transtemporalen bei Marica Bodrožić, Nina Bouraoui, Sudabeh Mohafez und Yoko Tawada. Würzburg : Ergon Verlag, 2017 Rosie MacLachlan. Nina Bouraoui, Autofiction and the search for selfhood, Oxford ; New York : Peter Lang, 2016. Kirsten Husung. Hybridité et genre : chez Assia Djebar et Nina Bouraoui. Paris : L'Harmattan, 2014 Mokhtar Atallah. Études littéraires algériennes : Albert Camus, Nina Bouraoui, Boualem Sansal, Ahmed Kalouaz, Paris : L'Harmattan, 2012