thumb|« À la préfecture de police. Le service d'identité des criminels ». Une du Supplément littéraire illustré du Petit Parisien, du 28 février 1892.
Le bertillonnage, appelé aussi système Bertillon ou anthropométrie judiciaire, est une technique criminalistique mise au point par le Français Alphonse Bertillon en 1879. La technique repose sur l'analyse biométrique (système d'identification à partir de mesures spécifiques) accompagnée de photographies de face et de profil.
À peu près contemporain de l'identification judiciaire au moyen des empreintes digitales, le bertillonnage intégrera progressivement celle-ci, avant d'être en grande partie supplanté par elle.
Histoire L'identification judiciaire avant Bertillon Dès 1819, Huvet, employé au Bureau des prisons, avait proposé la technique du « physionotrace ». Cette idée de compléter par l'image des récidivistes les « fiches de signalement », utilisées jusqu'alors mais se révélant peu fidèles, va plus tard tirer profit du développement de la photographie, technique dont va se servir Bertillon lorsqu'il deviendra chef du service photographique de la préfecture de police de ParisPh. Vigier et A. Faure, 1987, 271-272..
Sous Louis-Philippe, la flétrissure est abrogée par la loi du « (1) Ancien article abrogé par la loi de ce jour : 20 », dans Bulletin des lois. : Ordonnances, 1832, n° 151, Section, (393) du recueil . – Cfr. article 20 du Code pénal de 1810.. Face à la recrudescence des récidivesAdolphe Quetelet écrit à ce sujet : , la police commence à imaginer d'autres moyens de procéder à l'identification judiciaire. Les policiers expérimentent différentes méthodes – « moutons », c'est-à-dire des détenus espions (parfois des policiers), indicateurs…Michelle Perrot, « Délinquance et système pénitentiaire en France au », dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1975, vol. 30, n° 1, 67-91. – En ligne sur Persée. – pour obtenir des informations sur les délinquants mais, bien vite connues et déjouées par les malfaiteurs, celles-ci sont jugées insuffisantes.
En 1848, le procureur du Roi Arnould Bonneville de Marsangy crée le casier judiciaire.
Alphonse Bertillon dans son service photographique Bertillon est d'abord, en 1879, simple employé au sein d'un service photographique désorganisé : 60 000 photographies, prises sous des angles variés et classées sans logique, s'accumulent, alors que c'est une centaine d'individus que la police parisienne arrête quotidiennement. Chargé des fiches de signalement, Bertillon s'inspire des travaux de statistique d'Adolphe Quetelet, notamment de l'ouvrage Sur l'homme et le développement de ses facultés, ou Essai de physique sociale, paru en 1835, pour établir des « fiches d'identité ». Les critères retenus, fondés sur des mesures osseuses, ont divisions possibles, ce qui rationalise leur classement.
La technique prend le nom de « bertillonnage » en 1883. Expérimentée durant trois mois sur des détenus, elle permet pour la première fois une identification anthropométrique le , soit quelques jours avant la fin de l'expérimentation, grâce à l'analyse des mesures d'un certain Léon Durand, déjà fiché par Bertillon à la suite d'un vol de bouteillesCharles Diaz, Les Pratiques professionnelles du pénal, Lamy, 2001. Malgré les critiques qui jugent cette méthode peu fiable et attentatoire aux libertés individuelles, elle permet d'obtenir des résultats significatifs49 identifications en 1883, 241 en 1884, en 1887, concourant notamment à l'arrestation de Ravachol. De nombreux pays décident de l'intégrer à leur système judiciaire, comme les États-Unis en 1888, ou l'Angleterre en 1894.
Les différents relevés
Bertillon utilise les postulats de la loi de Quetelet pour établir neuf mesures osseuses (figures sur le relevé ci-contre) constituant le signalement anthropométrique : taille (fig. 1) ; envergure : longueur du corps depuis l'épaule gauche jusqu'au majeur droit (fig. 2) ; buste : longueur du tronc de la tête au postérieur, prise en position assise (fig. 3) ; longueur de la tête, du crâne au front (fig. 4) ; largeur de la tête, de la tempe gauche à la tempe droite (fig. 5) ; longueur de l'oreille droite (fig. 6) ; longueur du pied gauche (fig. 7) ; longueur du medius gauche (fig. 8) ; longueur de la coudée gauche (fig. 9).
thumb|left|Verso de la fiche anthropométrique d'Henri-Léon Scheffer (mort au bagne en 1905), 1902.
Le relevé est cependant peu fiable en ce qui concerne les très jeunes hommes, dont le squelette osseux continue sa croissance, et en ce qui concerne les femmes, car la chevelure peut gêner la prise des mesures ; le fait qu'il existe des jumeaux peut également induire en erreur. Aussi, Bertillon utilise en complément d'autres relevés : le « portrait parlé » – appelé aussi « formule signalétique » ou « signalement descriptif » –, qui décrit morphologiquement le visage sur une quinzaine de critères : caractéristiques du nez, de l'œil, le « relevé des marques particulières » (tatouage, grain de beauté, cicatrice…), etc.Ph. Vigier et A. Faure, 1987, 276. Bertillon choisit pour chaque caractéristique des mots, qu'il abrège par des lettres : chaque formule est composée d'une suite de lettres que les inspecteurs doivent apprendre par cœurVoir notamment le tableau « Reproduction en écriture abrégée des exemples de marques particulières mentionnées », , dans A. Bertillon, Identification anthropométrique. Instructions signalétiques. Album, 1893, pl. 77..
Enfin, il élabore progressivement la « photographie judiciaire » : photographie géométrique pour les lieux de crime, photographie signalétique pour les individus (photographie de face et de profil, réduite au 1/7)Alphonse Bertillon, « Photographie judiciaire à la préfecture de police de Paris », dans La Nature, , 18 mai 1889..
Désormais, chaque fiche d'identité judiciaire contient le de la personne, son , son et les deux photos.
Droit par pays Canada Au Canada, le terme bertillonnage est utiliséBrown c. Baugh et autre, 1984 CanLII 134 (CSC) pour parler de « la prise des empreintes digitales, des photographies et de toute autre mensuration — ainsi que toute autre opération anthropométrique approuvée par décret du gouverneur en conseil » de prévenus en vertu de la Loi sur l'identification des criminelsL.R.C. (1985), ch. I-1. Il s'agit d'un usage linguistique concernant des techniques modernes d'identification des criminels, qui s'écarte bien sûr de la méthode historique de Bertillon.
France Le bertillonnage est utilisé en France jusqu'en 1970, avant d'être remplacé par l'analyse des seules empreintes digitales, méthode à laquelle Bertillon était farouchement opposé, même s'il fut apparemment le premier à l'appliquer pour l'arrestation d'Henri-Léon Scheffer, en octobre 1902Héliane de Valicourt de Séranvillers, La Preuve par l'ADN et l'erreur judiciaire, Paris, L'Harmattan, 2009, 31-32.« Dossier Scheffer », en ligne sur le site Police scientifique. – Consulté le 7 septembre 2015..
Voir aussi vignette|Bertillonnades, caricature par Cesare Musacchio, L'Assiette au beurre , .
Articles connexes Physiognomonie Portrait-robot Empreinte digitale
Bibliographie
Martine Kaluszynski, « Alphonse Bertillon et l'anthropométrie judiciaire. L'identification au cœur de l'ordre républicain », 2014. – En ligne sur le site Criminocorpus. Laurent López, « Policiers, gendarmes et signalement descriptif. Représentations, apprentissages et pratiques d'une nouvelle technique de police judiciaire, en France à la Belle Époque », Crime, Histoire & Sociétés / Crime, History & Societies, , , 2006, , lire en ligne. Pierre Piazza (dir.), Aux origines de la police scientifique. Alphonse Bertillon, précurseur de la science du crime, Karthala, 2011. – Extraits en ligne sur Google Books. Pierre Piazza, « Alphonse Bertillon et l'identification des personnes (1880-1914) », 2014. – En ligne sur le site Criminocorpus. Philippe Vigier et Alain Faure (dir.), Maintien de l'ordre et polices en France et en Europe au , Paris, Creaphis, , 1987 .
Liens externes
Notes et références
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