L’arrêté français du relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales a été publié (avec sa liste annexée) au Journal officiel du . Il abroge l'arrêté du lui aussi relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales.
Une nouvelle « recommandation concernant les noms d’États, d’habitants, de capitales, de sièges diplomatiques ou consulaires (liste établie par le ministère des affaires étrangères et européennes) », élaborée par la Commission générale de terminologie et de néologie (devenue en 2015 la Commission d'enrichissement de la langue française), a été publiée au Journal officiel du Recommandation concernant les noms d’États, d’habitants, de capitales, de sièges diplomatiques ou consulaires, Journal officiel 0223 du 24 septembre 2008 ( fac-similé).. Cette recommandation a été mise à jour par une nouvelle « Recommandation concernant les noms d'États, d'habitants, de capitales, de sièges diplomatiques ou consulaires » publiée au Journal officiel le , Journal officiel 0095 du 21 avril 2019.., qui vient compléter l'arrêté de 1993 qui demeure en vigueur.
Présentation
L'arrêté du ou « arrêté Juppé » a été pris conjointement par le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé et le ministre de l'Éducation nationale François Bayrou le . Il concerne l'exonymie des toponymes les plus utilisés dans les relations internationales et diplomatiques.
L'arrêté a été pris sous le gouvernement Balladur (1993-1995), qui a également fait adopter en 1994 la loi Toubon relative à l'emploi de la langue française, nommée d'après le ministre de la culture et de la francophonie, Jacques Toubon.
L'arrêté du est pris sur avis de la commission de terminologie du ministère des Affaires étrangères, et remplace un arrêté précédent du relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales.. Les « recommandations » qu'il contient s'imposent aux fonctionnaires, notamment à ceux du ministère des Affaires étrangères, et répondent aux besoins rencontrés dans les relations internationales (le « nom entier développé » par exemple est toujours mentionné : par exemple, Fédération de Russie).
L'arrêté a bénéficié d'un avis favorable de la Délégation générale à la langue française (DGLF) et du Conseil international de la langue française (CISL).
Les entités non reconnues par la France en 1993 ne figurent pas dans sa Liste annexée : la république turque de Chypre du Nord (RTCN) ; la Palestine ; la république de Macédoine.
Certaines modifications dans les noms de pays ou de capitales, survenues depuis la publication de l'arrêté en 1993, ne sont pas prises en compte dans sa Liste annexée : le Zaïre est devenu la république démocratique du Congo ; le Kosovo a proclamé son indépendance, reconnue par la France, en 2008 ; le Monténégro, le Soudan du Sud et le Timor oriental n'avaient pas encore accédé à l'indépendance ; certaines capitales, comme celles de la Birmanie ou des Palaos (Melekeok), ont été déplacées ; certains noms longs et régimes politiques ont évolué : « État plurinational de Bolivie » ou « république démocratique fédérale du Népal ».
L'arrêté n'a pas toujours été bien reçu , certains faisant remarquer que l'on aurait privilégié des appellations particulièrement en usage parmi les diplomates. Les formes suivantes ne se sont guère imposées dans l'usage courant depuis 1993 : forme désuète Assomption (avec Asuncion en variante sans accent) pour la capitale du Paraguay, forme Iraq (avec Irak en variante et Iraquien comme seul gentilé), forme Baghdâd donnée en variante de Bagdad, République hellénique donné comme seul « nom entier développé » (et Grecs comme seul gentilé) de la Grèce, Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste donné comme seul « nom entier développé » de la Libye, Negara Brunei Darussalam donné comme seul « nom entier développé » du Brunei. D'un autre côté, les points suivants ont sans doute été mieux compris, en conservant la francisation historique des toponymes : Pékin est la seule forme indiquée alors que les textes en français provenant de Chine utilisent souvent la forme Beijing, Algérie est la seule forme indiquée : pas de forme du type Al-Djazaïr indiquée même en variante.
Portée Article :
Principes L'article 2 définit dix principes retenus par la commission de terminologie du ministère des Affaires étrangères pour le choix des formes recommandées.
Exonyme
Forme locale
Diacritiques
Il y a 5 diacritiques utilisés en français: l'accent aigu (é) l'accent grave (à, è, ù), l'accent circonflexe (â, ê, î, ô, û), le tréma (ë, ï, ü, voire ÿ - mais aussi ä et ö pour de rares mots étrangers devenus français) et la cédille (ç) avec des restrictions d'emploi (les combinaisons possibles sont indiquées entre parenthèses).
D'où les exemples tirés de la Liste annexée : Asuncion (capitale du Paraguay) indiqué en variante d'Assomption (mais la forme espagnole Asunción serait contraire à la règle puisque si l'accent aigu existe en français mais pas sur le o) ; Aboû Dabî (capitale des Émirats arabes unis) admis (en variante d’Abou Dabi) ; Baghdâd (capitale de l'« Iraq ») admis (en variante de Bagdad) ; Brasilia (capitale du Brésil) seule indiquée (et non Brasília contraire à la règle puisque l'accent aigu existe en français mais pas sur le i) ; Chisinau (capitale de la Moldavie) indiqué avec la mention « ex-Kichinev » (Chişinău serait contraire à la règle) ; Panama (et non Panamá contraire à la règle puisque l'accent aigu existe en français mais pas sur le a) ; (Ar) Riyâd (capitale de l'Arabie saoudite) admis en variante de Riyad ; Santa Fe de Bogota (capitale de la Colombie) et sa variante Bogota (et non Santa Fe de Bogotá et Bogotá) ; Sao Tomé-et-Principe (avec Saint-Thomas-et-l'Ile du Prince en variante) et non São Tomé-et-Príncipe (pas de tilde ni d'accent aigu sur le i en français) ; Tokyo (capitale du Japon) indiqué sans variante (Tōkyō serait contraire à la règle indiquée ; Tôkyô serait conforme à la règle mais n'est pas mentionné non plus) ; et Viêt Nam indiqué avec la seule variante Vietnam (Việt Nam serait contraire à la règle).
Par ailleurs, les majuscules initiales ne sont pas accentuées. Cette pratique, contraire aux règles typographiques habituelles, résulte des principes de composition du Journal officiel en 1993 et ne doit donc pas être considérée comme une règle imposée par l'arrêté lui-même. On trouve ainsi Egypte (graphie soignée : Égypte), Emirats arabes unis (graphie soignée : Émirats arabes unis), Equateur (graphie soignée : Équateur), Equato-Guinéen (habitant de la Guinée équatoriale, graphie soignée : Équato-Guinéen), Erythrée (graphie soignée : Érythrée), Etats-Unis (graphie soignée : États-Unis), Ethiopie (graphie soignée : Éthiopie) et Saint-Thomas-et-l'Ile du Prince (graphie soignée : Saint-Thomas-et-l'Île du Prince).
Autres exemples tirés de la Liste annexée : Belize, mais Béliziens ; Brunei, mais Brunéiens ; Erevan (capitale de l'Arménie), mais Erévanais (la graphie soignée serait : Érévanais) ; le Guatemala, mais Guatémaltèque ; Guatemala (capitale du Guatemala), mais Guatémalien ; Kenya, mais Kényan ; Liberia, mais Libérien ; Maseru (capitale du Lesotho), mais Masérois ; Montevideo (capitale de l'Uruguay), mais Montévidéen ; Nigeria, mais Nigérian ; Sarajevo (capitale de la Bosnie-Herzégovine) mais Sarajévien ; et Sierra Leone, mais Sierra-Léonais.
La règle ne s'applique pas dans Buenos Aires (capitale de l'Argentine) et Buenos-Airien parce que l'habitude est bien établie en français de prononcer « Beunozair » et « Beunozairien » ; ni dans Tel Aviv et Telavivien parce que, malgré la soudure graphique, la coupure syllabique est « Tel a vi vien » dans la prononciation.
Lesotho et Lesothan (au lieu du Lésothan attendu) est sans explication.
De façon analogue, on peut trouver l'adjonction d'un tréma sur le i : Praia (capitale du Cap-Vert) mais Praïen.
Trait d'union
Par exemple : Burkina Faso, Costa Rica, Kuala Lumpur (capitale de la Malaisie) et Sierra Leone.
Port d'Espagne (variante Port of Spain, capitale de Trinité-et-Tobago) est aussi dépourvu de trait d'union.
À noter cependant : Addis-Abeba, Dar-es-Salam (capitale économique de la Tanzanie), Oulan-Bator (capitale de la Mongolie), Phnom-Penh, Porto-Novo (capitale administrative du Bénin), et Tel-Aviv.
Exemples tirés de la liste annexée : Antigua-et-Barbuda, Saint-Christophe-et-Niévès (Saint-Kitts-et-Nevis en variante), Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Trinité-et-Tobago.
On constate dans la liste annexée : la disparition des traits d'union entourant l' -et- dans les gentilés : « Antigua-et-Barbuda, mais Antiguais et Barbudiens ; l'apparition d'un trait d'union dans le gentilé : « Buenos Aires, mais Buenos-Airien », « Sierra Leone, mais Sierra-Léonais », « Sri Lanka, mais Sri-Lankais » ; la disparition par soudure de traits d'union dans les gentilés : « Phnom-Penh, mais Phnompenhois », « Tel-Aviv, mais Telavivien ». Parfois c'est une espace qui disparaît par soudure dans le gentilé : « Costa Rica, mais Costaricain ».
Îles
Mais les Kiribati, archipel, féminin pluriel, et dont la forme originelle vient de l'anglais, au pluriel, (les îles) Gilberts (Islands), est proposé comme étant féminin singulier et sans article.
Capitale
Ce point 6 intéresse avant tout les diplomates : on note Bonn et Berlin pour l'Allemagne et Tel-Aviv uniquement pour Israël.
Pour les Kiribati, ce n'est pas la capitale qui est indiquée, en ce cas Tarawa-Sud, mais l'atoll sur laquelle elle se situe.
Gentilé
Variantes
Aucun organisme de l'Union européenne n'est cité.
Majuscule et diplomatie Le problème concerne les mots tels que république, royaume, principauté, grand-duché, union...
L'arrêté Juppé suit implicitement la règle imposant une capitale initiale si ces mots sont complétés par un simple adjectif de nationalité : « République française (la). » « République algérienne démocratique et populaire (la). »
L'arrêté Juppé est implicitement en désaccord avec l'Imprimerie nationale qui dans son Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale (qui a un caractère officiel sans avoir de portée réglementaire) indique ( Pays ou États (noms de)) que ces mots s'écrivent entièrement en lettres minuscules s'ils sont précisés par un nom propre : « République socialiste du Viêt Nam (la). » mais la république socialiste du Vietnam dans le Lexique « Grand-Duché de Luxembourg (le). » mais le grand-duché de Luxembourg dans le Lexique (d'où Grand-duché de Luxembourg en tête de phrase ou de titre) « Royaume des Pays-Bas (le). » mais le royaume des Pays-Bas dans le Lexique « Principauté de Monaco (la). » mais la principauté de Monaco dans le Lexique « Union de Birmanie (l'). » mais l'union de Birmanie dans le Lexique L'arrêté Juppé et le Lexique s'accordent sur : « République fédérale d'Allemagne (la). » et « la République fédérale d'Allemagne (RFA) », mais le Lexique y voit une « transcription littérale de la dénomination allemande » consacrée par l'usage. C'est par ce même usage que le Lexique justifie la capitale sur des adjectifs dans les États-Unis (É.-U.) et le Royaume-Uni alors qu'on peut aussi y voir un effet induit par le trait d'union.
Dans son Manuel S. Aslanoff remarque (§ 533.1) à propos des règles traditionnelles exposées dans le Lexique : « De telles graphies pourraient heurter la fierté nationale des intéressés et la courtoisie commande parfois de faire une entorse aux règles typographiques en ajoutant une majuscule au début de la dénomination. » L'arrêté Juppé ne fait donc qu'officialiser cette courtoisie toute diplomatique. Il était difficile de refuser la majuscule initiale à la République fédérale d'Allemagne (invoquer un germanisme n'est guère convaincant) puisque les règles traditionnelles l'accordaient à la République démocratique allemande. L'arrêté Juppé n'étend pas cette courtoisie au-delà de l'initiale : on trouve République algérienne démocratique et populaire sans majuscule à Algérienne par exemple.