vignette|redresse=2|Les routes les plus fréquentées du passage du Nord-Ouest à travers l'archipel canadien.

Le passage du Nord-Ouest (ou les passages du Nord-Ouest) est un espace maritime bordier de l'océan Arctique. Il offre plusieurs routes maritimes, dont la plus courte est de , permettant de relier l'océan Pacifique à l'océan Atlantique en passant par la mer de Béring (dont le détroit de Béring), la mer des Tchouktches, la mer de Beaufort puis entre les îles de l'archipel Arctique (dans le Nord canadien), à travers les eaux territoriales et la zone économique exclusive du Canada, avant de rejoindre les côtes orientales de l'île de Baffin et de l'île d'Ellesmere.

Sur le plan historique, l'exploration de ces régions, commencée peu après le premier voyage de Christophe Colomb (1492), a d'abord été liée à la recherche d'une voie maritime reliant l'Europe à l'Asie (d'où le nom de « passage du Nord-Ouest », en opposition avec le passage du Nord-Est), s'ajoutant aux itinéraires du cap de Bonne-Espérance (1498), du détroit de Magellan (1520) et du passage de Drake (1616).

Le réchauffement climatique entraîne un regain d'intérêt pour le passage du Nord-Ouest dont la navigabilité progresse depuis le début des années 1990. Cette évolution se conjugue avec l'existence d'abondantes ressources minérales et énergétiques en Arctique, dans un contexte de tensions internationales croissantes. Cet ensemble de facteurs ravive les enjeux géopolitiques de l'Arctique depuis le milieu des années 2010.

Situation Deux espaces maritimes séparent le passage du Nord-Ouest (et par conséquent le Canada) du Groenland. Le premier, le détroit de Davis, permet de rejoindre l'océan Atlantique tandis que le second, la baie de Baffin, conduit à la mer de Lincoln, elle-même s'ouvrant sur l'océan Arctique. Il faut signaler par ailleurs que la baie d'Hudson qui borde le passage au sud ne fait pas partie du passage du Nord-Ouest, bien que ce dernier soit son seul accès maritime.

Situé entre le détroit de Davis au sud-est, la baie de Baffin à l'est, la mer de Lincoln au nord-est, l'océan Arctique au nord et la mer de Beaufort à l'ouest-sud-ouest, ce passage, généralement pris par les glaces, n'est aujourd'hui praticable que pendant le court été arctique. Mais le réchauffement climatique offre des perspectives telles que la souveraineté sur ces eaux est devenue un sujet de contestation. Le gouvernement canadien considère en effet les chenaux de ce passage comme des eaux intérieures, ce que d'autres pays comme les États-Unis contestent, les considérant comme un très long détroit international, statut qui implique le libre passage des navires marchands. Cependant, la plupart des pays dans le monde reconnaisse la position du Canada, conformément aux législations internationales.

Limites du passage L'Organisation hydrographique internationale définit les limites des passages du Nord-Ouest de façon très précise :

À l'ouest : Depuis Lands End (), le long de la côte sud-ouest de l'île du Prince-Patrick, jusqu'à Griffiths Point (), de là une ligne jusqu'au cap Prince-Alfred (), l'extrémité nord-ouest de l'île Banks, puis le long de la côte ouest jusqu'au cap Kellett (), la pointe sud-ouest de cette île, et de là une ligne jusqu'au cap Bathurst (), sur la terre ferme. Au nord-ouest : L’océan Arctique entre Lands End, sur l’île du Prince-Patrick et le cap Columbia (), sur l'île d'Ellesmere. Au nord-est : La côte de l’île d'Ellesmere entre le cap Columbia et le cap Sheridan () , la limite septentrionale de la baie de Baffin. À l’est : La côte est de l’île d'Ellesmere entre le cap Sheridan et le cap Norton Shaw () de là à travers mer jusqu’à la pointe Phillips (), sur l’île Coburg, à travers cette île jusqu’à la péninsule Marina () , puis jusqu’au cap Fitz Roy (), sur l’île Devon, ensuite le long de la côte est jusqu’au cap Sherard () et à travers mer jusqu’au cap Liverpool, sur l'île Bylot, () le long de la côte est de cette île jusqu’au cap Graham Moore (, sa pointe sud-est, et de là à travers mer jusqu'au cap Macculloch () et le long de la côte est de l’île de Baffin jusqu’à East Bluff, son extrémité sud-est, et de là la limite orientale du détroit d’Hudson. Au sud : une ligne depuis East Bluff, l'extrémité sud-est de l'île de Baffin (), à la pointe Meridian (), l'extrémité occidentale des îles Lower Savage, puis le long de la côte jusqu'à l'extrémité sud-ouest de l'archipel, et de là une ligne à travers mer jusqu'à l'extrémité occidentale de l'île de la Résolution, ensuite le long de ses rivages sud-ouest jusqu'à Hatton Headland (), sa pointe sud, et de là une ligne jusqu'au cap Chidley, au Nunavut (). De là, la terre ferme entre le cap Chidley et la pointe Nuvuk (îles Nuvuk, ) ; ensuite une ligne depuis cette pointe jusqu'à la pointe Leyson (), l'extrémité sud-est de l'île Southampton, le long des rivages méridionaux et occidentaux de l'île Southampton jusqu'à son extrémité septentrionale, et de là une ligne rejoignant Beach Point (). Enfin, la terre ferme jusqu'au cap Bathurst ( ).

La recherche de routes maritimes de l'Europe à l'Asie à partir du À la fin du Moyen Âge, les Européens de l'Ouest sont à la recherche de routes maritimes permettant de relier l'Europe à l'Asie en évitant de passer par les États musulmans du Proche-Orient. Les Portugais explorent la côte d'Afrique à partir de 1420 et font une percée décisive en 1498, avec la découverte du cap de Bonne-Espérance par Vasco de Gama, qui atteint Calicut dans la foulée.

La tentative de Christophe Colomb en 1492 est un échec, puisqu'il découvre des terres qui apparaissent très vite comme un obstacle entre l'Europe et l'Asie. Désormais, le contournement de l'Amérique devient un enjeu important.

La seconde percée décisive est faite en 1519 par Magellan, qui découvre un passage au sud de l'Amérique, le détroit de Magellan.

Cependant, dès 1497, le navigateur vénitien Jean Cabot émet l'hypothèse d'un passage vers l'Asie en passant au nord du nouveau continent, donc du point de vue des Européens, un passage du Nord-Ouest. Après le voyage de Magellan, apparaît une variante, celle d'un passage traversant l'Amérique du Nord, dont les dimensions ne sont pas du tout connues.

Pendant près de trois cents ans, de nombreux explorateurs vont en vain chercher un passage du Nord-Ouest, au prix de pertes humaines et de naufrages, mais en permettant de mieux connaître le monde arctique américain. La recherche d'un passage du Nord-Est, par le cap Nord et la Nouvelle-Zemble, a aussi été tentée, avec le même résultat jusqu'au .

C'est le Norvégien Roald Amundsen qui est le premier à réussir le franchissement du passage du Nord-Ouest entre 1903 et 1906.

Premières tentatives du au 350px|right|thumb|Route supposée du détroit d'Anián.

L'exploration du golfe de Basse-Californie (1539) et le mythe du détroit d'Anian À la suite de la conquête du Mexique, Hernán Cortés commissionne en 1539 Francisco de Ulloa pour naviguer le long de la péninsule de Basse-Californie sur la côte Ouest d'Amérique.

Ulloa conclut que le golfe de Californie est la partie méridionale d'un grand détroit, reliant le Pacifique au golfe du Saint-Laurent. Ce voyage perpétue la notion d'une île de Californie et marque le début de la recherche du « détroit d'Anian ». Ce nom, utilisé par les Espagnols pour désigner le passage du Nord-Ouest, vient probablement d'« Ania », nom d'une province de Chine mentionnée dans l'édition de 1559 du livre de Marco Polo.

Il apparaît pour la première fois sur une carte de l'Italien Giacomo Gastaldi vers 1562. Cinq ans plus tard, Bolognini Zaltieri dessine une carte montrant un étroit et arrondi détroit d'Anian séparant l'Asie de l'Amérique.

En 1592, Juan de Fuca affirme avoir découvert le détroit d'Anian menant au Passage. Ce détroit grandit dans l'imaginaire européen comme une voie maritime facile, reliant l'Europe à la résidence du Grand Khan à Cathay (Chine du Nord). Ce détroit, que l'on situe à la latitude de San Diego, conduit à nommer « Anians » les habitants de cette région.

Voyages à partir de l'Atlantique Nord : de Cabot (1497) à Ellis (1747) Premières explorations (1497-1535) La première tentative confirmée pour découvrir le passage du Nord-Ouest est le voyage de Giovanni Cabot (1450-1498) en 1497, envoyé par Henri VII d'Angleterre. Cabot a probablement atteint la région de Terre-Neuve en 1497.

En 1524, Giovanni da Verrazzano découvre l'estuaire du fleuve Hudson pour le compte de la France, mais cela reste sans suite. En 1534, Jacques Cartier explore l'estuaire du Saint-Laurent et initie la colonie de Nouvelle-France. Il se rend compte rapidement que le Saint-Laurent n'est pas le début d'un détroit vers l'océan Pacifique.

Les explorations anglaises (1576-1631) De 1576 à 1578, Martin Frobisher entreprend trois voyages vers l'Arctique canadien pour trouver le passage. Il découvre notamment la baie de Frobisher. En , Sir Humphrey Gilbert, second de Frobisher et auteur d'un traité sur le passage, proclame le rattachement de Terre-Neuve à la couronne d'Angleterre. Le , l'explorateur anglais John Davis pénètre dans la baie Cumberland (Île de Baffin).

En 1609, Henry Hudson, alors au service de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, remonte l'Hudson à la recherche du passage. En 1610, revenu au service de l'Angleterre, il explore l'Arctique canadien et atteint la baie d'Hudson où il meurt l'année suivante à la suite de la mutinerie de son équipage, qui refuse de poursuivre la recherche du passage.

En 1631, Luke Fox, grâce au financement d'Edward Sackville, comte de Dorset, fait le tour de la baie d'Hudson, constatant qu'elle n'est qu'une très grande baie. Le , il atteint le cap Dorset.

Expédition de Henry Ellis (1746-1747) thumb|Voyage à la , fait en 1746 et 1747.

De nombreuses expéditions sont entreprises entre 1740 et 1745 dont celles de Christopher Middleton et William Moor.

Henry Ellis, né en Irlande, fait partie d'une expédition pour la découverte du passage du Nord-Ouest qui part en .

Il navigue le long des côtes du Groenland, où il échange des marchandises avec des Inuits (). Il traverse la ville de . Il renouvelle ses efforts en , sans succès, avant de rentrer en Angleterre.

Il publie le récit de ses voyages dans un ouvrage nommé Voyage à la Baie d'Hudson en 1746, pour découvrir un Passage du Nord-ouest et publie en 1750 Considérations à propos du Passage du Nord-Ouest.

Voyages à partir du Pacifique Nord Même si la plupart des tentatives pour trouver le passage du Nord-Ouest (d'où son nom) partaient d'Europe ou de la côte est de l'Amérique et espéraient franchir le passage d'est en ouest, quelques progrès dans l'exploration furent aussi réalisés par l'ouest. En 1728 Vitus Béring, un officier danois servant la marine impériale russe, emprunta le détroit découvert par Simon Dejnev en 1648 (bien que découvert après, il en fut crédité et le détroit nommé détroit de Béring), confirmant que la Russie et l'Amérique du Nord étaient des continents séparés. Plus tard en 1741 avec le lieutenant Alexei Tchirikov, il partit à la recherche de terres au-delà de la Sibérie. Alors que leurs navires étaient séparés, Tchirikov découvrit plusieurs des îles Aléoutiennes tandis que Béring cartographiait la région de l'Alaska avant que son navire, avec un équipage ravagé par le scorbut, ne fasse naufrage au large du Kamtchatka.

En 1762, le navire anglais de commerce Octavius se risqua dans un passage vers l'ouest mais fut pris dans les glaces. En 1775, le baleinier Herald trouva lOctavius à la dérive près du Groenland avec des corps de l'équipage gelés sous le pont. L'Octavius aurait peut-être été le premier navire à franchir le passage. Mais le fait que le navire n'ait été retrouvé que treize ans plus tard, sans équipage en vie, pose un sérieux doute sur la véracité de cette aventure.

Les voyages de Cook et de Vancouver right|thumb|Passage du Nord-Ouest.