La prévision des crues est la modélisation des quantités de précipitations, solides ou liquides, reçues dans un bassin hydrographique et de leur effet sur l'écoulement dans les cours d'eau. Dans une approche plus globale, la prévision des crues en France couvre la surveillance, la prévision et la transmission de l'information sur les crues aux maires, responsables de la sécurité publique sur le territoire communal, afin qu'ils puissent prendre toutes mesures propres à en atténuer ou à en éviter les conséquences dommageables.
Cette prévision des crues est assurée par l’État, mais peut être complétée par des systèmes locaux mis en place par les collectivités territoriales. L’organisation est définie pour chaque bassin hydrographique par un schéma directeur de prévision des crues.
Le réseau de prévision des crues, dénommé Vigicrues, est constitué du Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations (SCHAPI) situé à Toulouse, de de prévisions de crues (SPC), de d'hydrométrie et des cellules de veille hydrologique en Corse et dans les départements et régions d’outre-mer. Il assure une veille hydro-météorologique permanente 24 h sur 24 sur l’ensemble des cours d’eau suivis par l’État.
Ce réseau émet des bulletins de vigilance crues permettant de prévenir le public et les autorités qu’il existe un risque de crue.
Histoire Annonce des crues Après la crue catastrophique de la Loire de 1846, le Conseil général des ponts et chaussées met en place un programme d'études sur le cours de la Loire et un effort métrologique avec la mise en place d'échelles de crue. Il entreprend également une cartographie de la vallée de la Loire avec le report des limites de la crue et des suivantes (1856 et 1866), au 1/20 000, en seulement , de 1848 à 1852, en mobilisant plusieurs promotions de l'École nationale des ponts et chaussées. Un peu plus tard, en 1854, l'ingénieur Eugène Belgrand est chargé de créer, sur la Seine, le premier service hydrométrique de transmission de prévisions aux ingénieurs riverains. En une vingtaine d'années, des services d'annonce de crue sont créés sur les principales rivières de France (Loire, Rhône, Saône, Isère, Drôme, Durance, Garonne, Seine, Aisne, Marne, Oise, Meuse). Pour la crue de la Seine de 1876, le service fondé par Belgrand a ainsi été capable de produire une alerte à échéance de cinq jours..
Avec l'avènement de la microinformatique à la fin des années 1980 et des données topographiques à haute résolution toujours plus détaillées, comme celles acquises par laser aéro-porté.., les modèles hydrauliques et hydrologiques sont de plus en plus performants et permettent de simuler des scénarios de crue toujours plus détaillés. Couplés à des systèmes d'information géographiques eux-aussi toujours plus puissants, la représentation de ces scénarios est d'autant plus lisible et précise. Trois types de modèles hydrauliques sont utilisés.. : Modèle 1D où on privilégie une dimension d’espace par rapport aux deux autres (modèles de rivière, de réseaux de conduites). Des quantités moyennes sont calculées sur une section en travers ; Modèle 2D où on privilégie deux dimensions d’espace ( plaines d’inondation, modèles maritimes) et où on calcule des quantités moyennes sur la verticale ; Modèle 3D où les paramètres et les variables sont des fonctions des trois directions de l’espace ( plaines d’inondation, modèles maritimes, modèles détaillés de circuits hydrauliques). Ils utilisent très peu de lois empiriques (par rapport au 1D et 2D).
Sur le plan organisationnel, une réforme est mise en place en 1984, faisant suite aux conclusions d'une commission interministérielle chargée d'examiner les conditions de transmission des alertes aux crues pendant les inondations catastrophiques de 1983 sur la Saône, le Doubs et la Moselle, . Des services d'annonce des crues (SAC) sont créés et définis par deux arrêtés du , l'un réorganisant l'annonce des crues et la transmission des avis, l'autre les services d'annonce des crues eux-mêmes. L'État, sans en avoir l'obligation légale, organisait l'annonce des crues et la transmission des avis de crues. L'alerte aux crues et les informations sur leur évolution devaient permettre aux maires, responsables de la sécurité publique sur le territoire communal, de prendre toutes mesures propres à en atténuer ou à en éviter les conséquences dommageables. Contrairement à l’alerte météorologique, qui concernait l’ensemble du territoire national, l’annonce des crues ne concernait qu’un nombre limité de sections de cours d'eau équipés de dispositifs de surveillance en amont et seules les communes situées en aval de ces dispositifs étaient alertées.
En 2000, les services d'annonce des crues sont présents sur de rivières et de cours d'eau en France. Le préfet est responsable de l'organisation de l'annonce des crues dans le département : leur mise en œuvre est confiée à différents ( (DDE), trois directions départementales de l'agriculture et de la forêt, quatre directions régionales de l'environnement, cinq services de navigation), dont aucun n'a compétence sur l'ensemble d'un bassin : il y a par exemple et un service de navigation compétents pour l'annonce des crues sur le bassin de la Loire, de plus la DIREN Centre joue également un rôle. Les SAC emploient alors 400 à sur l'ensemble du pays, ce qui correspond à environ en équivalent temps plein. Toutefois le rapport sur les causes et conséquences des inondations répétitives ou exceptionnelles de la fin des années 1990 et en particulier de celles de la Somme en 2001 est très critique sur les ce réseau. D'abord le réseau n'est pas exhaustif mais surtout, la simple annonce des crues assurée par ces services bien que déjà peu ambitieuse est mal remplie. Il y a en fait un décalage entre l'information disponible, les progrès scientifiques en matière de modélisation, de connaissance des inondations et l'absence d'organisation structurée de la prévision.. Ces observations rejoignent celles du rapport Mariani sur les causes des inondations et les moyens d'y remédier établi en ..
Prévision des crues
En 2002, le ministère du Développement durable engage une réforme du dispositif de l’annonce des crues dont les objectifs sont définis dans la circulaire du : il s'agit de regrouper les moyens disponibles autour d'un nombre réduit de centres, « fiables en toutes circonstances », afin qu'ils acquièrent une taille critique pour pouvoir mettre en œuvre les outils et les techniques les plus performants en matière des prévisions de crues. l'organisation jusqu'alors basée sur « des services ayant une responsabilité le plus souvent limitée à des tronçons de cours d'eau » doit évoluer vers « une organisation où les nouveaux services seront attachés à des territoires sur lesquels, pour renforcer leur mission de prévision des crues, ils disposeront de compétences élargies à l'analyse des caractéristiques des bassins versants et à l'observation des phénomènes d'inondation »..
Le support législatif de la réforme consiste en trois articles du code de l'environnement, les articles L. 564-1 L. 564-2 et L. 564-3, créés par l'article 18 la loi du relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages. dont les principales dispositions sont que : L’organisation de la surveillance, de la prévision et de la transmission de l’information sur les crues est assurée par l'État ; Pour chaque bassin, un schéma directeur de prévision des crues (SDPC) est arrêté en vue d'assurer la cohérence entre les dispositifs mis en place par les collectivités avec ceux de l'État et de ses établissements publics; L’organisation de la surveillance, de la prévision et de la transmission de l’information sur les crues par l'État, ses établissements publics et, le cas échéant, les collectivités territoriales ou leurs groupements fait l’objet de règlements arrêtés par le préfet.
Le décret d'application de ces articles est signé le pris pour l'application des articles L. 564-1, L. 564-2 et L. 564-3 du code de l'environnement et relatif à la surveillance et à la prévision des crues ainsi qu'à la transmission de l'information sur les crues.. Il définit les objectifs, les modes d'élaboration et les contenus attendus des deux documents définis dans la loi de 2003 : le schéma directeur de prévision des crues ainsi que le règlement relatif à la surveillance et à la prévision des crues et à la transmission de l'information sur les crues. Il est complété par la circulaire du qui précise les conditions d'application de ces textes et met en place une procédure de vigilance crue inspirée de la procédure de vigilance météorologique. et par l'arrêté du qui précise la nouvelle organisation des services d'annonce des crues modifiant l'arrêté du 27 février 1984 modifié portant réorganisation des services d'annonce des crues.. D'une part 22 services de prévisions des crues (SPC) remplacent les 52 services d’annonce des crues (SAC) préexistants sur les principaux cours d’eau. D'autre part est créé à Toulouse un service d'appui et de coordination de ces SPC, le Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations (SChAPI)., qui établit, en synergie avec Météo-France, une veille hydrométéorologique 24 heures sur 24 sur les bassins rapides, ..
En décembre 2007, Météo-France met en place une nouvelle carte de vigilance pluies-inondations afin d’améliorer l’efficacité de la chaîne d’alerte et la communication relative aux risques par des bulletins de suivi et des conseils de comportement (disponibles sur le site internet de Météo-France). Il s'agit d'un système d’information en continu fournissant au grand public et aux autorités de tous les échelons une information qualitative et graduée sur le risque de crues et des prévisions hydrologiques sur les cours d’eau du territoire métropolitain faisant l’objet d’une surveillance, , ..
En 2010 l’organisation pour la prévision des crues et l’hydrométrie connaît une évolution importante : les territoires couverts par des SPC qui se situent en dessous des dimensionnements définis ci-dessous font l’objet de redistributions et de regroupements : un nombre maximal de six à huit départements majoritairement couverts, dans des cas de crues rapides ; un nombre maximal de dix départements simultanément et fortement concernés par des crues lentes. Les SPC devront compter un effectif minimum de 6 prévisionnistes, dont au moins 5 chargés d’études permanents au SPC. Par ailleurs pour faire bénéficier ces services d’un soutien technique plus solide et d’une plus forte proximité avec les unités d’hydrométrie et les services traitant d’hydrologie, les SPC antérieurement rattachés à une DDT ou à un service de la navigation, seront rattachés à une DREAL correspondant soit à l’échelon régional, soit à l’échelon du bassin..
Prévision des inondations En situation de crise, les informations fournies par Vigicrues ne permettent pas toujours aux gestionnaires de crise d’en évaluer les conséquences à l’échelle de leur territoire. D'où le souhait du Schapi de passer de la prévision des crues à la prévision cartographique des inondations visant à faciliter la gestion de la crise par les autorités locales, en diffusant, notamment, des cartes de zones inondées potentielles (ZIP), ou emprises des inondations, correspondant à des hauteurs d’eau prévues en certains points du cours d’eau. C'est l'objet du nouveau portail Viginond dont le Schapi a finalisé l’architecture en 2014. Ce portail serait alimenté par les services de l’État et les collectivités, notamment pour inventorier et capitaliser les données existantes. La diffusion des ZIP par Vigicrues est possible depuis le printemps 2021.
Organisation
Schéma directeur de prévision des crues