Antoine Sylvère, né à Ambert le et mort dans le arrondissement de Paris le Acte de décès 3012 du 27 octobre 1963 sur le site des archives de Paris., est un auteur français.

Biographie Enfance et adolescence Antoine Sylvère, dit , est issu d'une famille très pauvre de métayers d'Ambert, dans le Livradois. Il est le petit-fils d'Antoine Sylvère, enfant abandonné à la naissance auquel les religieuses donnèrent le nom du saint du jour. Dans Toinou. Le cri d'un enfant auvergnatPlon, collection Terre humaine, 1980, préface de Pierre-Jakez Hélias., il raconte son enfance misérable et précise que

Maltraité chez les Frères des écoles chrétiennes et par ses parents, il fait l'école buissonnière jusqu'à se retrouver en marge de la société : Cependant, grâce à son goût passionné pour le savoir, il est reçu premier de sa classe au certificat d'études primaires et poursuit ses études jusqu'à 13 ans, âge limite de la scolarité obligatoire.

En 1905, il fuit la France après avoir détourné dans le bureau de poste d'Ambert où il travaille. D'après deux fac-similés d'articles de presse reproduits à la fin du Légionnaire Flutsch (Plon, 1982) les faits litigieux ont eu lieu en octobre, et il a disparu le . Contrairement à ce qu'il écrit dans Toinou et dans Flutsch en datant sa fuite du , il a donc 17 ans et non pas 16 ans au moment des faits. Après un périple qui le fait passer par Marseille, la Corse et la Tunisie, il s'engage pour deux ans dans la Légion étrangèreIl s'engage sous le nom de Gabriel Flutsch., en Algérie. À cette époque, La Légion n'est pas engagée dans un conflit militaire, mais les bagarres entre recrues font souvent des victimes. Il écrit pourtant dans Le Légionnaire FlutschPlon, 1982. : (p. 117).

En 1906, il est condamné par contumace à 20 ans de travaux forcés, 20 ans d'interdiction de séjour et d'amende pour le détournement de fonds. À son retour en 1907, il passe en jugement. Son avocat plaide le manque de discernement, puisqu'il était mineur au moment des faits. Ses excellents états de service dans la Légion plaident également en sa faveur et il est acquitté.

Mariage et Première Guerre mondiale Pendant son service militaire, il devient l'ami de Gabriel Rigaud, dont la mère Fanny exploite une usine de chaux et ciment à Clermont-Ferrand. Le 10 avril 1912 il épouse Suzanne, la sœur de Gabriel. Le couple aura trois enfants : Ginette (1913), Jean-Damien (1914), et Jany (1921).

En 1913, il commence des études à l'École spéciale des travaux publics à Paris (ESTP). Il y acquiert les compétences d'un ingénieur électricien, sans toutefois aller jusqu'au diplôme :

En 1914, il est mobilisé. Il est tout d'abord agent de liaison motocycliste près la ligne de front, sur la frontière belge, puis il bénéficie d'un poste moins exposé de régulateur du trafic des convois militaires à l'arrière. Il finit la guerre comme lieutenant. Gabriel Rigaud meurt le à Salonique, en Grèce, où il était mobilisé.

Toinou déménage avec toute la famille, belle-mère comprise, dans le Nord de la France, pour mettre ses compétences au service de la reconstruction. À partir de 1920, il dirige l'usine de chicorée La cantinière, à Sainte-Olle, près de Cambrai. À partir de 1924, il dirige la distillerie d'alcool de la Lys à La Gorgue, près de Lille. Il tente de monter une coopérative avec ses fournisseurs betteraviers, mais se heurte aux intérêts des grandes familles de la région. La distillerie est rachetée par les opposants au projet. Il démissionne.

Ayant également renoncé à ses responsabilités à l'usine de chicorée, il se met à spéculer en Bourse sur le cours des matières premières. La crise de 1929 le ruine. Sermonnés par sa belle-mère Fanny, les actionnaires de La cantinière acceptent de lui payer une rente annuelle de pendant 10 ans..

Adhésion au Parti communiste français En 1930, la famille Sylvère déménage à Paris. Après ses expériences professionnelles malheureuses, Toinou est séduit par les idées communistes et adhère au Parti communiste français. Il gagne un peu d'argent en écrivant des articles sur des sujets scientifiques pour la revue humoristique Ric et Rac (voir sur Gallica). C'est également à cette époque qu'il rédige l'histoire de son enfance, le manuscrit de Toinou.

Pendant la guerre d'Espagne, il se met à la disposition du camp républicain qui combat le coup d'État du général Franco. Il est supervisé par le responsable communiste clandestin Jean Jérôme. En 1937, il est envoyé à Amsterdam avec la mission de réceptionner et réexpédier sur Marseille des machines-outils destinées à faire des obus. Par souci de ne pas gaspiller l'argent destiné aux républicains espagnols, Toinou dort à l'Armée du salut. Son allure est si négligée qu'il fait mauvaise impression au responsable de l'usine, ce qui oblige Jean Jérôme à le rappeler en France :

Un quatrième enfant, Jean-Sylvestre, lui naît d'une autre relation, en 1939. Il ne le reconnaîtra pas officiellement, mais l'aidera à réussir ses études.

Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, toujours en liaison avec Jean Jérôme, il dirige une exploitation forestière près de Quarré-les-Tombes, dans le Morvan. L'entreprise fait du charbon de bois qui est expédié sur Paris pour les véhicules à gazogène. Elle sert aussi de cache pour les clandestins.

Courant 1942, il est présenté à Georges Beaufils, le militant communiste qui négocie avec le colonel Rémy, agent de la France libre, le ralliement du mouvement FTP (Francs-tireurs et partisans) au général de Gaulle.. Ces négociations aboutissent notamment au premier parachutage d'armes de Londres à destination des FTP, qui a lieu le , dans une clairière près de Quarré-les-Tombes.. Toinou participe au réceptionnage.

En , l'enquête de la Gestapo a permis de l'identifier. Alors que les Allemands fouillent Quarré-les-Tombes à sa recherche en interrogeant les habitants, c'est lui-même qui les envoie sur une mauvaise piste : Il doit fuir la région. En représailles, ses trois enfants Ginette, Jean-Damien et Jany, qui participaient par ailleurs à d'autres actions de Résistance, sont arrêtés et déportés. Ginette ne reviendra pas de Ravensbrück.

Toinou rejoint le maquis FTP Louis-Sabatié du Tarn-et-Garonne, dont il devient le commandant.

Après-guerre et postérité Toinou et sa femme Suzanne recueillent leur petite-fille Gabrielle, fille de Ginette, dont le père, le polytechnicien Jacques Hamelin, a été tué en 1940 lors de l'offensive allemande sur la Somme. C'est Toinou qui fait toute l'éducation de sa petite-fille à domicile. Il continue également à diriger des entreprises pour le compte du Parti communiste.

Grand fumeur, il meurt en 1963 d'un cancer du poumon.

Après avoir retrouvé le manuscrit de Toinou dans un tiroir, sa femme et sa fille Jany parviennent à le faire éditer par la collection Terre humaine de Plon en 1980. L'ouvrage rencontre un grand succès ; « ce livre est un miracle », écrit Gilles Lapouge« Toinou et la tribu des "sabots" », Le Monde, 13 juin 1980..

Récits autobiographiques édités Toinou : Le cri d'un enfant auvergnat, suivi du Pont des Feignants, récit écrit dans les années 1930, Plon (), 1980 Le Légionnaire Flutsch, Plon, 1982

Pour approfondir Bibliographie Jean-Damien Sylvère, Fils de Toinou, afin que vous sachiez, Éditions des écrivains, 1999 Jean Jérôme, La Part des hommes, éditions Acropole, 1983, page 218 Jean Jérôme, Les Clandestins (1940-1944), éditions Acropole, 1986, page 278 Jean-Claude Martinet, Histoire de l'Occupation et de la Résistance dans la Nièvre, éditions Delayance, 1978, page 131 Pierre Durand, "Joseph" et les hommes de Londres, éditions Le Temps des cerises, 1994, pages 140-145

Liens externes

Le Toinou : retour au pays sur ina.fr Gabrielle Hamelin, petite-fille d'Antoine Sylvère : Radioscopie, par Jacques Chancel sur ina.fr

Notes et références

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