vignette|droite|300px|Accueil du shabbat le vendredi soir sur l'esplanade du Kotel à Jérusalem.

Le shabbat ou chabbat (hébreu : , « cessation, abstention » ; en yiddish ou , ) est le jour de repos assigné au septième jour de la semaine biblique, qui commence dès la tombée de la nuit du vendredi soir jusqu'au samedi soir. Le shabbat est officiellement jour chômé en Israël et les magasins et les transports publics ne fonctionnent pas.

Élément fondamental des religions israélites, il est observé par beaucoup de fidèles. Au-delà des notions de « prescrit » et de « proscrit » (ou, selon une interprétation plus littérale, de « permis » et d'« interdit »Cela permet plusieurs interprétations du Tanakh, des plus littérales (peshat, drash) aux plus ésotériques (remez, sod) : ; « Derash » (Heb. דְּרָשׁ or דְּרוּשׁ from דָּרַשׁ, « interpréter »), Encyclopaedia Judaica, The Gale Group .), le shabbat est surtout considéré comme un jour hors du temps et des contingences matérielles, un jour durant lequel toutes les activités extérieures doivent être réduites pour se concentrer sur la famille et le foyer. Il y est surtout question d'activités dans son cercle familial, de moments pour se ressourcer, de repas en famille.

Il commence le vendredi, avant le coucher du soleil et se termine le samedi après l'apparition de moyennes (approximativement après le coucher du soleil), soit une durée variant entre et selon les saisons. La période supplémentaire () avant le coucher du soleil n'est pas partout de , car pour certains, elle est de 22 ou , à Safed de , à Jérusalem de . L'observance des heures est très précise chez les et il existe des « tableaux des heures dites » () distribués dans les communautés. Maale Adumim et Petach Tikvah observent la même heure que Jérusalem car leurs premiers habitants venaient de Jérusalem et ils y ont apporté leurs traditions.

() : entrée du Shabbat.. () : sortie du Shabbat.

Selon les interprétations, les femmes mariées pourraient ne pas être astreintes à s'arrêter de travailler pendant le shabbat, car elles ne sont pas mentionnées dans le livre de l'Exode (20,8-11) : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour : c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié. » En effet, dans la société ancienne, elles étaient principalement vouées aux activités domestiques, quotidiennement nécessaires et tolérées pendant le shabbat dans leur cercle familial.

Le mot provient de l'hébreu shābbath, « sabbat », , dérivant du verbe shābath, « s'arrêter, se reposer » (), passé ensuite au grec puis au latin sabbatum..

Le mot a donné « chabbat » ou « sabbat » en français, « » en anglais, « » () en arabe, « » () en arménien, « sábado » en espagnol et portugais, « » en polonais, « » en russe et en serbe et « En espéranto « » signifie « samedi » et « shabbat » et peut aussi se dire « Ŝabato » : PIV. » en espéranto et en italien. Plus indirectement, « samedi » en est dérivé à partir de « sambe-di » en vieux français, ainsi que « », « samedi » en allemand, à travers le gothique sambaz-tac puis samez-tac.

Le concept d'« année sabbatique » y est associé ; il dérive surtout de la notion juive d'« année de jachère », la .

Étymologie La racine bilitèreComposée de deux lettres. de chabbat est (), d'où (), s'asseoir. shabbat, bien que couramment rendu par « repos », signifie « abstention (du travail) », « cessation », qui peut comporter une nuance de repos, comme dans , qui signifie « (faire la) grève » — c'est une abstention active et voulue. Il n'y a pas de rapport (direct) entre () et ().

ne signifie donc pas « le septième jour », qui se dit (), mais « le jour d'abstention », même s'il tombe le septième jour de chaque semaine.

Ceci répond à la question théologique : « pourquoi Dieu, l'Omnipotent, aurait-t-Il eu besoin de repos ? ». Selon le Talmud, Dieu n'en avait nul besoin ; l'Homme oui, surtout pour régénérer son âme. Et c'est pourquoi Dieu a institué ce septième jour : la possibilité, le choix de ne pas créer, d'« Être », tout simplement, selon le théonyme (eyeh asher eyeh, « être ce qui est ») à l'origine du tétragramme yōḏ (), hē (), wāw (), hē () retranscrit YHWH en français Shmuel Bolozky, , . et pouvant, entre autres, signifier « Être invariable » selon la Bible du Rabbinat., « je suis celui qui est » ou « je suis celui qui suis ». ou « je suis ce que tout est ou je suis qui je serai »., en résumé : « l'Éternel »..

Institution biblique du shabbat vignette|Table dressée pour shabbat, comté de Sanok (Pologne).

Le shabbat trouve son origine dans le livre de la Genèse, premier livre de la Bible.Genèse 2,2-3 : Dieu acheva au septième jour Son œuvre, qu'il avait faite, et Il s'abstint au septième jour de toute son œuvre, qu'il avait faite.Et Dieu bénit le septième jour, et Il le sanctifia, car en ce jour, Il S'abstint de toute Son œuvre qu'il avait créée en la faisant. L'observance du shabbat est mentionnée en de nombreuses occurrences dans la Torah, les plus notables étant Exode 20:8-11 et Deutéronome 5:12-15.Exode 20,8-11 : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et Il s'est reposé le septième jour : c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié.Le shabbat est présenté ici comme un trait d'union entre l'humain et le divin, créature et Créateur, marquant les deux rythmes, les synchronisant, chacun à son échelle. « Soyez saints comme je suis Saint ».Deutéronome 5,12-15 : Observe le jour du repos, pour le sanctifier, comme l'Éternel, ton Dieu, te l'a ordonné. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l'étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c'est pourquoi l'Éternel, ton Dieu, t'a ordonné d'observer le jour du repos.Le Shabbat n'est pas seulement le tribut à « Dieu le créateur » (), il est aussi celui à « Dieu le Sauveur » (YHWH), qui exige l'abolition des barrières non seulement professionnelles mais aussi sociales en ce jour. Ainsi que le rappelle le Shema Israël, YHWH est , il est unique.

Il existe d'autres occurrences importantes à , , , , et .

D'autres citations directes dans le Tanakh incluent , Ezéchiel () et , sans compter les nombreuses allusions et citations dont le shabbat n'est pas le sujet central.

Statut dans le judaïsme vignette|Vendredi pour Dieu par Josef Budko, 1921.

Le Tanakh et le (livre de prières juives) décrivent trois rôles au shabbat : une commémoration de la rédemption des israélites de l'esclavage en Égypte ; une commémoration de la création du monde par Dieu, et de l'abstention qu'il fit au septième jour ; un avant-goût du monde aux temps messianiques.

Bien que la plupart des autres cultures et religions ne considèrent pas le shabbat comme un jour saint (exception faite des Sabbatarianistes et Soubbotniks), le judaïsme lui accorde au contraire un statut prééminent, quasiment inégalé, au sein des célébrations religieuses : le shabbat est le premier jour saint mentionné dans le Tanakh, et Dieu fut le premier à l'observer ( supra) ; la liturgie qualifie le shabbat de fiancée (), l'arrivée du shabbat, le vendredi soir, étant comparée à celle d'une fiancée, que tout le monde doit accueillir à l'entrée du foyer ou de la synagogue, et de reine (), qu'un festin accompagne pour son départ (, infra) ; le est lu lors de la lecture de la Torah, partie intégrante de l'office du samedi matin, et la lecture est plus longue que celles du lundi et jeudi (instaurées par Ezra). La Torah, comportant est entièrement lue au cours du cycle annuel, à raison d'une par chabbat (parfois deux). Le shabbat, la lecture est divisée en sept sections, encore une fois plus nombreuses que le nombre de sections lues lors d'une autre célébration, y compris . Après la Torah est lue la haftarah, passage des livres prophétiques ; Rabbi Shimon bar Yohaï a enseigné que le Messie viendrait le jour où tous les Juifs observeront correctement deux shabbats consécutifs (Talmud, ). si c'est sur l'enseignement de ce sage qu'est basé le , il ne faut pas y voir un message exclusivement ésotérique : l'observance impeccable d'un shabbat requiert déjà des efforts fortement considérables de la part d'une personne (certains n'ont jamais observé un seul shabbat de leur vie) ; l'observance du shabbat par l'ensemble d'un peuple, y inclus les assimilés et les apostats, et ce pendant plus d'un shabbat, donc pas pour « marquer un coup » mais de façon continue, voire routinière, reviendrait à dire de ce peuple qu'il possède de si grandes vertus que le royaume de Dieu serait déjà sur terre (voir également et principes de foi du judaïsme).

Observance vignette|La table typique du shabbat : une coupe de , deux (recouvertes d'un napperon) et deux bougies.

Le chabbat est un jour de célébration autant que de prière. Trois repas meilleurs que l'ordinaire, les , sont offerts à la fin de chaque office : le , le vendredi soir. après + , le samedi, un peu après midi. , entre et (la prière du soir qui clôture shabbat), en fin d'après-midi les meilleures denrées sont réservées pour shabbat. Dans certains milieux moins favorisés, c'est le seul jour où l'on mange de la viande, bien qu'il n'y ait pas de stricte obligation à en consommer, comme ce serait le cas à . représente le dernier repas à la sortie de shabbat destiné à retarder le départ de ce jour saint : seuls les plus pratiquants ajoutent ce dernier repas. L'affluence des fidèles est également plus importante le shabbat qu'en semaine (même si elle n'égale pas ). Elle est pour certains le seul jour de pratique religieuse.

Le shabbat étant un jour de fête et de réjouissance, tout jeûne y est proscrit. Tout autre jeûne que celui de (qui n'est pas un jour de deuil malgré les signes extérieurs de mortification) tombant un shabbat doit être reporté au jeudi précédent, en règle générale. De même, les endeuillés en période de schiv'ah doivent se conduire « normalement » durant le chabbat, sans exprimer ouvertement les signes extérieurs de deuil (comme la ). Ils restent toutefois astreints au deuil en privé, ne se lavant pas et se réfrénant de toute activité joyeuse ou sexuelle.

Celui qui observe le shabbat, en respectant les prohibitions et en pratiquant les prescriptions positives est appelé , soit « gardien du shabbat ».

Activités prescrites vignette|Dernier samedi par Iouri Pen, 1910-1920.