, né le à Rome, est un monarque et un homme d'État espagnol, roi d'Espagne du jusqu'à son abdication le .
Fils du prince Juan de Borbón, comte de Barcelone, et de María de las Mercedes de Borbón y Orleans, il est un petit-fils du roi et un membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon. Reconnu prince héritier en 1969 sous le titre de « prince d'Espagne » par le dictateur Francisco Franco, il accède au trône à la mort de ce dernier en 1975, et contribue à la transition démocratique espagnole, qui met un terme au régime dictatorial franquiste.
Très populaire au début de son règne, notamment pour sa contribution à la consolidation de la démocratie et par son opposition au coup d'État de 1981, il connaît par la suite une fin de règne difficile, entachée par la révélation, en 2012, de sa participation à un coûteux safari de chasse à l'éléphant au Botswana, alors que l'Espagne est plongée dans une grave crise économique. Il abdique en 2014 en faveur de son fils, le prince Felipe.
Son image est à nouveau écornée à la suite de révélations en 2019 sur des dizaines de millions d'euros de commissions occultes que l'ancien monarque aurait perçues. En , soupçonné de corruption et sous le coup d'une enquête de la Cour suprême espagnole, il s'exile aux Émirats arabes unis. Toutes les enquêtes le visant sont classées sans suite en 2022.
Jeunesse Enfance et formation Juan Carlos naît à Rome en 1938, où sa famille est exilée. Son grand-père paternel, le roi , est parti pour l'exil en Italie après la victoire des républicains aux élections municipales laissant s'instaurer la Deuxième République. La Guerre civile qui déchira l'Espagne de 1936 à 1939 se termina par l'établissement de la dictature du général Francisco Franco. Entre-temps le roi en exil avait contraint ses deux fils aînés à renoncer à leur droit au trône (pour raison de santé). Son troisième fils, l'infant Juan, devint de fait à 20 ans héritier de la prétendance au trône mais n'appréciait guère le caudillo Franco. Aussi le dictateur, tout en proclamant que l'Espagne était une monarchie, désigna-t-il en 1949 le fils aîné de l'infant Juan, Juan Carlos, âgé de 11 ans, comme futur roi. Il le fit éduquer au sein d'écoles militaires espagnoles réputées. Il rencontre Franco à 11 ans, après avoir passé son enfance en Italie.
Le , le jeune prince tue accidentellement son frère cadet Alfonso d'une balle de pistolet dans le front, dans la résidence de ses parents à Estoril, au Portugal, les rumeurs et hypothèses abondant pour expliquer la cause exacte du drame. Le pistolet avait été offert quelques semaines auparavant par Francohttp://www.lepoint.fr/societe/nouveau-derapage-dans-la-famille-royale-espagnole-11-04-2012-1450349_23.php, Diane Cambon, Le Point.fr..
Il étudie à l'Institut Le Rosey (Rolle, Suisse)Ghislain de Montalembert, « Le Rosey : le pensionnat de la jeunesse dorée », Le Figaro Magazine, semaine du 28 février 2020, p. 62-70. et à la Villa Saint-Jean, aujourd'hui Collège Sainte-Croix (Fribourg, Suisse).
Prince héritier vignette|redresse|gauche|Juan Carlos en 1971. Pendant la dictature, en 1969, Franco crée le titre de prince d'Espagne (plutôt que prince des Asturies, titre porté par les princes héritiers) pour Juan Carlos. Ce dernier avait épousé la princesse Sophie de Grèce et le couple occupe le palais de la Zarzuela. Il est nommé capitaine général des forces armées dès 1975, le grade le plus élevé, avant de prêter serment le lendemain de la mort de Franco (mais il ne prendra ses fonctions que le jour suivant). Il s'applique alors à démocratiser le système espagnol et apporte une certaine modernité à son pays. Il parvient également à unifier l'armée et les différentes régions d'Espagne, soutenant Felipe González.
Roi d'Espagne vignette|Carte des voyages à l’étranger de en tant que roi d’Espagne.
Transition démocratique vignette|100 pesetas à l'effigie du roi (1988).
Durant les périodes de maladie de Franco en 1974 et 1975, Juan Carlos est nommé chef de l'État par intérim. Proche de la mort, Franco le qu'il était trop malade pour gouverner, mais ce ne sera que deux jours après la mort du dictateur, survenue le , que Juan Carlos sera proclamé roi d'Espagne.
Les manifestations et les grèves se multiplient à travers le pays, malgré la répression sanglante. Face à la résistance armée d'ETA et des communistes du Front révolutionnaire antifasciste patriotique (FRAP) et des Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO), le roi d'Espagne prend conscience que le maintien du franquisme est impossible et que le changement est inévitable. Ainsi, Juan Carlos promulgue des réformes démocratiques, au grand dam des éléments conservateurs, notamment les forces armées, qui s'attendaient à ce qu'il maintienne l'État franquiste (ce sur quoi Franco lui-même ne nourrissait aucune illusion, se considérant comme une sorte de régent, à l'instar de l'amiral Horthy en HongriePío Moa, « Franco, un balance histórico », Planeta 2005). Juan Carlos nomme pourtant Adolfo Suárez, ancien chef du Mouvement national, au poste du président du gouvernement. La pièce maîtresse des réformes démocratiques est la loi pour la réforme politique (Ley para la Reforma Política) présentée par le gouvernement Suárez, adoptée par le Parlement le et par le peuple espagnol lors du référendum du (94,2 % de oui). Cette loi, de rang constitutionnel (« loi fondamentale », selon la terminologie franquiste), crée les bases juridiques nécessaires à la réforme des institutions franquistes depuis l'intérieur et permet que se déroulent le les premières élections démocratiques depuis l'instauration de la dictature. Le Congrès des députés (Congreso de los Diputados) et le Sénat (Senado) issus de ces élections seront chargés d'élaborer, notamment, la nouvelle Constitution démocratique que le roi approuvera au cours d'une session conjointe des deux Chambres le .
En 1977, le père du roi, Juan de Borbón, renonce à ses prétentions au trône ; Juan Carlos le dédommagera en officialisant le titre de comte de Barcelone, titre suzerain appartenant à la couronne espagnole, que Juan de Borbón s'était donné comme titre de courtoisie pendant son exil. Dans son article 57 al. 1, la Constitution de 1978 désigne Juan Carlos comme l'« héritier légitime de la dynastie historique », alors que les droits de la branche aînée (infant Jacques et sa descendance) n'ont jamais été abolis par le Parlement. A fortiori, Franco ayant déclaré que la nouvelle monarchie était une instauration, non une restauration, la légitimité de ne pouvait s'établir sur l'histoire, mais sur sa nomination comme prince d'Espagne en 1969, puis sur le suffrage universel en 1978.
La Constitution de 1978 L'Espagne a été un . Après la prise du pouvoir, le général Franco légiférait à coups de Fuero de los Españoles, de lois organiques et de lois de succession.
Point d'orgue de l'idéal consensuel de la transition, l'élaboration du texte constitutionnel repose sur un esprit de tolérance prôné conjointement par le parti au pouvoir et les formations de l'opposition. Celles-ci — PSOE et PCE notamment — acceptent la voie ouverte par la « loi de réforme politique » et finissent par conserver le seul héritage qui leur paraît acceptable : le système monarchique, signe que le seul dilemme d'actualité se réduit désormais à l'alternative entre monarchie parlementaire et monarchie absolue et non plus, comme en 1931, à l'alternative république-monarchie.
Le , la nomination de la Commission des affaires constitutionnelles et des libertés publiques, présidée par le centriste Emilio Atard ouvre la période constituante. De cette première émane un groupe de sept personnalités qui constituent la Ponencia Constitucional : Manuel Fraga Iribarne, Gabriel Cisneros Laborda, Miguel Herrero, Gregorio Peces Barba, José Pedro Pérez Llorca, Miquel Roca et Jordi Solé Tura. Après quatre mois de travail, les « Pères de la Constitution » achèvent la rédaction de l'avant-projet qui sera modifié par près de présentés par les députés et les sénateurs. Enfin, le , le texte est adopté par les parlementaires. Au Congrès des Députés, l'approbation est écrasante : 94,2 % sont favorables au « oui » (UCD, PSOE, PCE et la plupart des députés d'Alliance populaire — dont Manuel Fraga Iribarne et une partie du groupe mixte). Au Sénat, les résultats sont identiques : 94,5 % de « oui ». Le corps électoral apparaît cependant un peu moins motivé que ne l'est la classe politique, un tiers des électeurs ne prenant pas part au référendum du . Près de 88 % se prononcent en faveur du texte.
Finalement le , le roi d'Espagne se présente devant le Parlement — députés et sénateurs réunis — pour ratifier la Constitution.
vignette|Effigie du roi sur les anciennes pesetas.
Le roi règne en tant que monarque constitutionnel, sans exercer de réel pouvoir sur la politique du pays. Il est considéré comme un symbole essentiel de l'unité du pays, et ses interventions et points de vue sont écoutés respectueusement par des politiciens de tous les côtés. Son discours annuel la veille de Noël est diffusé par la plupart des chaînes de télévision espagnoles. Étant le chef suprême des forces armées espagnoles, son anniversaire est une fête militaire.
Tentative de coup d'État de 1981
Une tentative de coup d'État militaire surprend le Congrès des députés le . Des officiers, avec à leur tête le lieutenant-colonel Tejero, tirent des coups de feu dans la Chambre parlementaire durant une session. L'irruption des putschistes est retransmise en direct à la radio, filmée par la télévision et retransmise le lendemain. On craint alors la déroute du processus démocratique, jusqu'à ce que le roi étonne la nation par une allocution télévisée exigeant que l'armée apporte son soutien inconditionnel au gouvernement démocratique légitime. Le roi avait auparavant appelé plusieurs chefs de l'armée pour leur ordonner en tant que commandant en chef de défendre la démocratie.
Lors de sa prestation de serment devant les Cortes Generales (le Parlement), un dirigeant communiste, Santiago Carrillo, lui avait donné le sobriquet « Juan Carlos el Breve » (Juan Carlos le Bref)Monica Dorange, Civilisation espagnole et hispano-américaine, Hachette Éducation, 2013, , prédisant qu'il se trouverait rapidement écarté avec les autres restes du fascisme. Après l'échec du coup d'État du , ce même homme politique, ému, dira aux médias : .. Si les démocrates et les partis de gauche s'étaient jusque-là montrés réservés, après l'échec du coup d'État, leur soutien deviendra plus affirmé, un ancien chef de la République déclarera : . Néanmoins, une expression courante dit que les Espagnols ne sont pas des monarchistes, mais des « juancarlistes ».
Cet évènement reste cependant controversé et couvert de zones d'ombres. En effet, le roi entretenait des liens étroits avec le chef de la rébellion, qui l'avait servi en tant que secrétaire général de la Maison royale. Surtout, Juan Carlos et les principaux partis politiques connaissaient l'existence d'un plan visant à confier au général Alfonso Armada la direction du gouvernement, en particulier afin de durcir la répression de l'organisation indépendantiste basque Euskadi ta Askatasuna (ETA). Si Juan Carlos condamna énergiquement la tentative de coup d'État , il est encore difficile d'établir s'il a agi par conviction démocratique ou parce que l'opération se déroulait moins bien que prévu, ne rencontrant que peu de soutien. Les attendus du jugement des putschistes sont toujours classés secret-défense.
Plus tard, une tentative d'assassinat par des membres de l'ETA avortera à Majorque, lieu de villégiature de la famille royale.
Sur les questions de politique internationale, il se tient proche des États-Unis. Il s’engage notamment en faveur de l'intervention militaire de l'OTAN au Kosovo ou du Plan Colombie (visant à soutenir le gouvernement colombien contre les guérillas de gauche), parvenant à convaincre José María Aznar de contribuer à son financement..