alt=Ruelle d'Essaouira|vignette|Ruelle au cœur de la ville d'Essaouira Essaouira (anciennement appelée Mogador par les Portugais, en arabe : aṣ-Ṣawîrah, en tachelhit : ⵜⴰⵚⵚⵓⵕⵜ Taṣṣuṛt) est une ville portuaire du Souss et une commune du Maroc, chef-lieu de la province d'Essaouira, dans la région de Marrakech-Safi. Elle est située au bord de l'océan Atlantique et compte en 2024.
Bien que la région d'Essaouira soit habitée dès l'Antiquité de manière discontinue par les Phéniciens, par les Gétules à l’époque de Juba II puis par les Romains, ce n'est qu'à partir du que le site est véritablement occupé par les Portugais, qui édifient en 1506 une forteresse, le Castelo Real, et des remparts rapidement abandonnés devant la résistance acharnée de la population locale.
La fondation de la ville d'Essaouira proprement dite sera le fait du sultan Mohammed ben Abdallah, qui lance sa construction à partir de 1760 et fait une expérience originale en confiant celle-ci à plusieurs architectes de renom, notamment Théodore Cornut, qui trace le plan de la ville, et avec pour mission d'édifier une cité adaptée aux besoins des marchands étrangers. Une fois bâtie, elle ne cesse de croître et connaît un âge d'or et un développement exceptionnel, devenant le plus important port commercial du pays mais aussi sa capitale diplomatique entre la fin du et la première moitié du . Elle devient également une ville multiculturelle et artistique.
La situation de la ville se dégrade considérablement entre la fin du et le début du à la suite du bombardement qu'elle subit en 1844. Elle perd de son importance et n'est plus le port international et la capitale diplomatique du pays. Après l'indépendance, le départ de la communauté juive cause également des dommages économiques très importants à la ville.
Toutefois, depuis la fin du , Essaouira connaît une renaissance spectaculaire due essentiellement au tourisme, mais aussi à sa vocation culturelle. La médina d'Essaouira est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001.
Toponymie Essaouira connaît plusieurs appellations mais la plupart restent incertaines et leurs étymologies spéculatives. Il est possible que le comptoir phénicien des îles Purpuraires soit l' citée vers le par l'explorateur Hannon, tirant son nom d'une racine phénicienne Har Anbin, qui signifie ., mais certains auteurs pensent qu'il pourrait s'agir plutôt de (ou Kerne), île dont la découverte clôture le premier voyage de l’explorateur, hypothèse toutefois largement contestée tant sont nombreux les sites candidats.
Au , l'historien antique Ptolémée mentionne l'existence d'une localité sur la côte atlantique de la Maurétanie Tingitane appelée par les Romains et située entre le et celui d', sans qu'on en connaisse la localisation précise mais que certains commentateurs rapportent au site d'Essaouira, tandis que des recherches plus récentes penchent plutôt pour un site plus méridional appelé par l'historien romain.
Au , l'historien et géographe d'al-Andalus Abou Obeid el-Bekri fait état d'une certaine . Ce nom a peut-être une origine sémitique, issu du punique ou (MGDL) qui signifie « lieu fortifié » ou « tour de surveillance », à l'instar de sites antiques de la côte syro-libanaise.
Au début du , en 1506, avec l'arrivée des Portugais qui y construisent un , le site d'Essaouira connaît un nouveau souffle. Les portugais évacuent le site dès 1510. Le diplomate et chroniqueur Louis de Chénier note, à la fin du , que la ville est appelée , nom formé d'après un Sidi Mogdoul, saint régional dont le tombeau est alors encore visible au sud de la ville. C'est sur le nom de ce dernier que les Portugais auraient formé le nom de . Lors du protectorat français du Maroc, Mogador devient la dénomination officielle de la ville entre 1912 et 1956..
À l'indépendance, en 1957, le nom d'Essaouira est définitivement adopté. Deux interprétations sur l'étymologie de ce mot arabe se confrontent. La première suit la toponymie berbère Tassurt ou Tassort, fondée sur la notion de « muraille », qui se traduit en arabe par Sour dont le dérivé Souira peut désigner des murailles ou une enceinte mais sert régulièrement à désigner des ruines dans la région : le nom serait apparu après l'abandon du site par les portugais en 1510. Selon la deuxième, le nom Essaouira serait dérivé de Tasaouira et ses variantes (Atassouira, At'souira, Sawira, Saouira) qui signifie tableau, image, la dessinée rappelant la disposition de la ville : la bien dessinée, la bien tracée, la bien conçue.
Essaouira est communément surnommée la « cité du vent »., la « cité des alizés » ou encore la « Saint-Malo marocaine »..
Al-Bakri a également mentionné Amogdoul (Essaouira) qu'il était situé à Souss et qu'il y avait là un port.
Géographie Situation vignette|Vue satellite d'Essaouira. Située sur le littoral atlantique, la ville d'Essaouira se trouve à au nord d'Agadir., à à l'ouest de Marrakech. et à au sud-ouest de Casablanca.. Elle est le chef-lieu éponyme de la province d'Essaouira, au sein de la région de Marrakech-Safi. La ville est délimitée au sud et à l'est par la commune de Sidi Kaouki, au nord par la commune de Lagdadra, à l'est par la commune de Aït Saïd et à l'ouest par l'océan Atlantique .. Essaouira est reliée directement par la et la ..
Relief, géologie ou hydrographie Essaouira se trouve dans une baie de grâce à une incurvation au sud, tandis que le littoral nord est rectiligne, formant un cap. Son synclinal, qui fait partie du bassin d'Essaouira, est positionné sur une zone de faible altitude. Son relief se compose d'une série de plateaux étagés où il faut s'enfoncer à pour pouvoir atteindre les . Ces plateaux sont orientés parallèlement au littoral suivant une direction méridienne. Le plateau d'Essaouira est limité au nord par le plateau d'Akermoud et au sud par le plateau des Ida Ou Groud. Plusieurs collines couvertes d'arganiers se trouvent à proximité de la ville..
vignette|gauche|Les îles Purpuraires, au large d'Essaouira.
À l'est de la ville, un massif dunaire s'est accumulé entre la ville et le talus ouljien, avec une très faible altitude, de 25 à . Le Moghrébien est la formation plio-pléistocène la plus développée, qui se compose de cinq systèmes dunaires. Elles mettent en jeu le facteur éolien et sont issues de la dynamique marine. Les systèmes maarifien, ouljien et pléistocène supérieur sont édifiés lors de phases climatiques tandis que les systèmes historique et actuel semblent consécutifs à l'anthropisation.
Pour l'alimentation en eau de la ville, les principales sources souterraines viennent des nappes du Villafranchien et du Turonien qui se trouvent dans le bassin d'Essaouira. La nappe du Turonien est difficilement exploitable en raison d'un coût élevé. Les eaux du Ksob sont également utilisées pour l'alimentation de la population et des terres agricoles des alentours. Le Ksob est un fleuve qui se situe à seulement quelques kilomètres au sud, un barrage y est construit.. Lorsque de fortes pluies touchent les environs, ce fleuve provoque souvent des crues et des inondations dans la ville, pouvant occasionner beaucoup de dégâts., bien que des initiatives soient prises pour la construction de digues.. Les îles Purpuraires, qui forment un archipel, se situent à seulement quelques centaines de mètres du rivage de la ville et sont la principale protection de la baie contre les puissantes vagues de l'océan Atlantique..
Faune et flore vignette|Arganiers aux environs d'Essaouira. Essaouira et ses alentours disposent d'une faune et d'une flore exceptionnelles, notamment présentes dans l'îlot de Mogador, et de paysages uniques..
Classé réserve biologique depuis 1980, l'îlot de Mogador est un site naturel et ornithologique très prisé. Il compte plusieurs espèces d'oiseaux tels que mouettes, goélands, grands cormorans, martinets pâles et grands corbeaux, mais il est surtout un lieu d'accueil pour les très rares de faucons d'Éléonore qui viennent s'y reproduire entre avril et octobre avant de repartir pour la lointaine Madagascar. S'ajoutent à ces oiseaux quelques reptiles et lapins..
Contrairement à sa faune, la richesse floristique de l'îlot de Mogador reste pauvre ; en juin 2010, elle ne compte que recensées, relevant de de plantes vasculaires à fleurs. Toutefois, elle compte floristiques à valeur patrimoniale..
L'arganier (argan) est la principale richesse floristique endémique à la région d'Essaouira. Il occupe une place très importante dans la région puisqu'il a un rôle à la fois environnemental et socio-économique. Pourvoyeur de bienfaits écologiques, cosmétiques et physiologiques, l'arbre permet de produire l'huile d'argan, réputée dans le monde entier. L'arganier permet de faire vivre près de d'habitants dans le pays..
Climat Le climat à Essaouira est très influencé par l'océan Atlantique nord et ses eaux froides à cette latitude.
Le climat est codé « BSk » voire « BSn » dans la classification de Köppen (la lettre « n » soulignant la présence de brouillards côtiers fréquents). Il s'agit d'un climat semi-aride doux.
Les conditions à Essaouira sont très comparables à celles que l'on trouve le long des côtes californiennes notamment à San Francisco avec un retard saisonnier très important (les mois les plus chauds sont septembre et octobre) en raison de l'influence de l'océan.
Sur une petite péninsule, la ville profite d'un climat doux tout au long de l'année et se trouve dans l'axe du courant des Canaries et des alizés..
Les hivers sont doux et légèrement pluvieux et les étés sont tout juste chauds, secs et sans chaleur excessive. Durant cette saison il arrive cependant de manière très exceptionnelle que les températures soient caniculaires lorsque les vents d'est venus du désert du Sahara soufflent fort et transportent du sable jusque sur la côte et même dans l'océan. Dans ces conditions, les températures deviennent alors torrides et peuvent même dépasser les sous abri ce qui est rarissime.
Une fois l'épisode terminé les températures reviennent généralement à la normale, autour de en journée de juillet à octobre.
La pluviométrie annuelle moyenne approche les et l'ensoleillement annuel moyen est de . La saison plus pluvieuse s'étale d'octobre à avril et la saison sèche de mai à septembre. Les jours de pluie couvrent en moyenne .
Histoire Antiquité upright=1.1|thumb|Assiette Punic, , retrouvée sur l'île de Mogador. Musée Sidi-Mohammed-ben-Abdellah. D'après la tradition rapportée par Hérodote, après la fondation de Carthage en 814 av. J.-C., des marchands puniques se sont dirigés vers l'ouest, ont franchi les colonnes d'Hercule et longé la côte atlantique méridionale pour y installer des échelles, des comptoirs. Ils y nouent des contacts commerciaux avec les populations indigènesHistoire, IV, 196, traduction française en ligne ; cité par véronique Krings, cf. infra.
Plusieurs chercheursVéronique Krings, La civilisation phénicienne et punique, éd. Brill, 1995, et suiv., extrait en ligne identifient l'île de Cerné, décrite dans le Périple du navigateur et explorateur carthaginois Hannon, probablement au , à l'îlot au large d'EssaouiraCertains auteurs identifient pour leur part Cerné sur une île du Sebou.. Certains évoquent la fondation d'une colonie (ou le peuplement d'une colonie préexistante) par le navigateur carthaginois dès cette époque : protégée des alizés et riche en eau potable, elle aurait pu servir de poste avancé sur la route du cap Vert et de l'équateur.