Hector Guimard, né le à Lyon et mort le à New York, est un architecte français et le représentant majeur de l'Art nouveau, en France.

Dans la mouvance artistique internationale de son temps, Guimard fait figure de franc-tireur isolé : il ne laisse aucun disciple derrière lui, ni aucune école et c’est la raison pour laquelle il a pu être longtemps considéré comme un acteur secondaire de ce mouvement. Cette absence de postérité contraste avec l'inventivité formelle et la profusion typologique extraordinaires de son œuvre architecturale et décorative, où l’architecte donne le meilleur de lui-même en une quinzaine d'années d’intense activité créatrice et dont, outre les entrées des stations de métro parisiennes, le Castel Béranger et l'hôtel Guimard sont les réalisations les plus abouties.

Biographie Les années d'étude gauche|vignette|upright|Eugène Viollet-le-Duc, projet de chapelle au Palais des Papes ().

Hector Germain Guimard naît à Lyon le Archives municipales de Lyon, arrondissement, année 1867, acte de naissance au de l'avenue de Saxe. Son père, Germain René Guimard, est un orthopédiste né à Toucy dans l'Yonne. Sa mère, Marie Bailly, née à Larajasse dans le Rhône, est lingère..

Aux environs de 1880, la famille abandonne Lyon pour Paris. Mais le jeune Hector quitte rapidement le giron familial et trouve refuge auprès d'une parente de la famille, Apollonie Grivellé, riche propriétaire à Auteuil ; ce fait, comme d'autres, apporte un certain crédit à une hypothétique mésentente du fils avec sa famille.

En 1882, le jeune Guimard, âgé de quinze ans, entre à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et est admis en section d'architecture l'année suivante. Il suit alors l'enseignement d'Eugène Train et de Charles Genuys, disciple de Viollet-le-Duc., qui sensibilise le futur architecte aux théories de Viollet-le-Duc, dont les Entretiens sur l'architecture qui jettent, dès 1863, les bases des futurs principes structurels de l’art nouveau.. Guimard utilisera directement certains des modèles de Viollet-le-Duc en hommage à son maitre.. Il sera aussi « profondément un adepte de Viollet-le-Duc dans l’utilisation de la nature pour la décoration »..

L'enseignement reçu à l’École des arts décoratifs semble convenir parfaitement au jeune Hector qui y remporte de beaux succès et aspire en 1885 à intégrer l'École nationale des beaux-arts. Admis, il s'inscrit dans l'atelier libre de Gustave Raulin, fondé en 1860 par Vaudremer. L'enseignement qu'il reçoit présente sans doute peu de rupture avec le précédent, mais ses résultats sont plus pâles que ceux obtenus à l’École des arts décoratifs. Il tente en 1892 le concours du prix de Rome, mais échoue à la deuxième éliminatoire. Le diplôme d'architecte lui échappe également, étant donné qu'il avait atteint la limite d'âge de trente ans, en 1897..

Les premières réalisations vignette|upright|gauche|Hôtel Jassedé au numéro 47, rue Chardon-Lagache (1893) - Paris 16e. vignette|upright|gauche|Castel Béranger (1898).

Guimard commence sa carrière d'architecte par l'édification en 1888 d'un café-concert, Le Grand Neptune, sur les quais d'Auteuil. Il participe l'année suivante à l'Exposition universelle de 1889, en construisant le Pavillon de l'électricité, un édicule voué aux techniques de l'électrothérapie.

Les premières réalisations importantes, marquées tant par l'héritage théorique de Viollet-le-Duc que par le vocabulaire formel de ce dernier, apparaissent avec les années 1890. L'hôtel Roszé (1891), et surtout l'hôtel Jassedé (1893), combinent ainsi avec bonheur recherche de pittoresque organique et expression rationnelle du programme. L'école du Sacré-Cœur (1895) apparaît, quant à elle, comme un hommage encore plus direct au maître spirituel : Guimard y expérimente les étranges colonnes en V du douzième Entretien.

La même année 1895 le voit aménager pour le compte d'Amélie Clotilde Carpeaux, veuve du célèbre sculpteur, un « musée-dépôt », connu sous le nom d'Atelier Carpeaux. C'est sans doute elle qui, par le biais de la Société historique d'Auteuil et de Passy, introduit Guimard dans le milieu de la bourgeoisie locale, où il rencontre notamment Elisabeth Fournier, la commanditaire de l’œuvre qui le rendra célèbre : le Castel Béranger, situé au , de la rue La Fontaine , dans le arrondissement de Paris.

La conversion à l'Art nouveau vignette|upright|Castel Béranger (1898).

La conversion de Guimard au style linéaire, qui reste attaché à son nom, est subite et circonstanciée : elle se fait en 1895 lors d’un voyage à Bruxelles où il rencontre Victor Horta, qui lui fait visiter l’hôtel Tassel, conçu sur les leçons de Viollet-le-Duc..

S'il est trop tard pour modifier le gros œuvre du Castel Béranger — important immeuble de rapport s'étendant sur — qui commence à sortir de terre, Guimard parvient à son retour à Paris à convaincre madame veuve Fournier d'en reprendre toute la décoration. Celle-ci donne lieu à une véritable frénésie créative que les dessins aujourd'hui conservés dans le « Fonds Guimard » du musée d'Orsay permettent de suivre presque au jour le jour. En parallèle des travaux du Castel Béranger, il construit aussi une villa, la villa Berthe, en 1896 au Vésinet.

D'où l'esthétique variée et parfois contradictoire de ce Castel Béranger, à son achèvement, en 1898, illustrant dans la carrière de Guimard une période de transition radicale de près de cinq ans : sur les volumes géométriques et rectilignes du gros œuvre inspiré de Viollet-le-Duc se répand à profusion (ferronneries, fontes, vitraux, lambris, papiers peints) la ligne organique « en coup de fouet » importée de Belgique.

Cette combinaison effervescente et la nouveauté formelle qui en découle attire le regard de la presse spécialisée, en tout premier lieu, celui de La Critique qui sera le premier périodique à le défendre et le promouvoirBruno Montamat, « Les cercles artistiques, littéraires et philosophiques d'Hector Guimard, « architecte d'Art » », in Romantisme : la revue du dix-neuvième siècle, , Armand Colin, 2017, , .. L'architecte est sollicité en 1899 par Le Figaro pour exposer son œuvre dans les salons du journal et l'immeuble est lauréat du premier concours de façades de la ville de Paris, organisé la même année. Guimard exploite lui-même son succès : il publie dès 1898 un luxueux ouvrage de soixante-cinq planches couleurs, Le Castel Béranger. L'art dans l'habitation moderne.

La célébrité Le Castel Béranger rend Hector Guimard célèbre du jour au lendemain et entraîne une flambée de commandes qui vont faire de lui la figure de proue de l'art nouveau en France. Celles-ci restent cependant essentiellement circonscrites aux notables de son quartier, Auteuil, ces clients constituant une sorte de réseau quasi « familial » de gens se connaissant généralement de près ou de loin.

vignette|Maison Coilliot (1898).

C'est donc dans ce contexte que sortent de terre, sur près de deux ans seulement, l'hôtel Roy (1898) du boulevard Suchet, le Modern Castel (1899) de Garches, la Maison la Bluette (1899) d'Hermanville-sur-Mer, ou encore le Castel Henriette (1899) de Sèvres. Située hors de la région parisienne ou des stations balnéaires fréquentées par ses clients, la maison Coilliot (1898) de Lille fait partie des rares édifices du moment à être commandés en dehors du cercle de connaissances local de l'architecte.

gauche|vignette|upright|Vase de Cerny (1900). vignette|upright|Entourage Guimard (1900) installé au square Victoria à Montréal. C'est parallèlement à la mise en œuvre de tous ces projets que Guimard est sollicité par un père dominicain pour réaliser l'édifice le plus important de sa carrière : la salle de concerts Humbert-de-Romans. Rencontré par l'entremise de madame Carpeaux, le révérend père Lavy lui commande en effet un vaste complexe culturel et musical peu avant 1900. Celui-ci est inauguré en 1901 mais, malgré des critiques techniques plutôt élogieuses — l'architecte avait notamment bénéficié des conseils en acoustique de Camille Saint-Saëns — le projet s'avère un fiasco financier et la salle est rasée quelques années après son édification.

Cette période très active pour l'architecte s'achève en quelque sorte par la réalisation qui lui assure encore aujourd'hui sa célébrité universelle : les édicules et entourages du métro parisien. Son contexte est celui de l'Exposition universelle de 1900, où la ville de Paris souhaite rattraper son retard sur les autres grandes métropoles déjà pourvues de ce moyen de transport. La Compagnie du Métropolitain organise bien un concours, mais les résultats en sont tellement peu originaux que celle-ci choisit de l'annuler et impose Hector Guimard, un non-inscrit ; et malgré plusieurs mésententes (financières notamment) avec l'architecte, celle-ci installera ses célèbres entourages en fonte, réalisés par la fonderie d'art du Val d'Osne, jusqu'en 1913..

Occupé par le chantier du métro, Guimard participe quand même à l'Exposition universelle, quoique de manière disparate. Il conçoit notamment le pavillon du fabricant de malt Déjardin et celui de la parfumerie Millot, et lance également un projet d'un ensemble d'immeubles rue Agar. Il est également sollicité — signe d’un succès encore tangible à ce moment — par la Manufacture nationale de Sèvres, qui lui commande successivement plusieurs modèles de vases.

vignette|Castel Béranger (1898).

La maturité vignette|upright|Hôtel Guimard (1910).

L'après-1900 voit l'activité de Guimard ralentir sensiblement. On a pu parler d'une sorte d'assagissement, sinon d'une perte d'intérêt. En fait il n'en est rien, et l'on peut même estimer que c'est précisément durant la décennie 1900-1910 que son art atteint sa perfection et son point d'équilibre, l'architecte affinant sa manière et approfondissant ses principes esthétiques toujours davantage.

La conscience de cette maturité stylistique le pousse à inventer une formule — qui sera mal comprise par la majorité du public — pour qualifier son art : le style Guimard. Celle-ci est lancée officiellement lors de l'Exposition internationale de l’Habitation organisée en 1903 au Grand Palais par le journal Le Bâtiment.

Bien que moins nombreuses, les commandes restent régulières jusqu'en 1914 mais se limitent à un cercle de clients encore plus restreint qu'auparavant. Parmi ceux-ci figure notamment le négociant en métaux Léon Nozal, véritable mécène qui lui commande des entrepôts (1902) à Saint-Denis, un atelier d'artiste (1903) avenue Perrichont — en fait destiné à Guimard lui-même et à son personnel —, un imposant hôtel particulier (1905) rue du Ranelagh. et une villa (1903) à Cabourg.

Cette période voit également Guimard s’associer à des projets immobiliers au succès mitigé, qu’ils soient suburbains comme le lotissement du parc Beauséjour à Villemoisson-sur-Orge — initié par Achille Laurent, pour lequel est construit le sculptural Castel d'Orgeval (1905) — ou parisiens, comme le groupe d’immeubles de la rue Moderne (aujourd’hui rue Agar) aux alentours de 1910.

gauche|vignette|Salle à manger de l'hôtel Guimard (1910), reconstituée au Petit Palais.

Tout aussi relatif est le résultat de ses tentatives de partenariat avec l’industrie d’art. Le plus célèbre est celui qu’il noue au cours des années 1900 avec la fonderie d'art du Val d'Osne, située aux environs de Saint-Dizier, et qui aboutit vers 1910 à la publication d’un catalogue d’éléments en fonte applicables à l’architecture : les Fontes Artistiques. Style Guimard. Il dessine aussi, à partir de 1910, des modèles de lustres — les lustres Lumière — exécutés par la maison Langlois. La guerre vient ruiner un projet similaire concernant cette fois du mobilier, entrepris avec la maison Olivier & Desbordes.