thumb|Couverture de la revue Nature, l'une des revues scientifiques les plus prestigieuses de notre époque.

Le classement des revues scientifiques réfère à l'évaluation et la hiérarchisation des revues scientifiques selon différents critères tels l'existence et la constitution d'un comité de lecture, le nombre de citations par d'autres chercheurs du domaine des articles publiés, le prestige des auteurs et de la publication, etc.

Dans plusieurs pays, l'évaluation et le classement des revues scientifiques est utilisé comme outil d'évaluation des différents acteurs de la recherche scientifique de sorte que de nos jours, il est fréquent de voir les institutions de recherche exiger d'un chercheur qu'il soit cité dans des revues à fort facteur d'impact. Ainsi, la publication d'articles dans des revues prestigieuses influence l'avancement professionnel du chercheur et peut augmenter ses chances d'obtenir des subventions pour lui-même, son équipe et ses projets de recherches.

L'évaluation et le classement des périodiques scientifiques suscite certaines interrogations liées aux modalités de sa mise en œuvre et de son utilisation comme outil d'évaluation de la recherche, et plus particulièrement celle des chercheurs..

Historique vignette|Montage de la page couverture et des deux premières pages de la première édition du Journal des savants (1665). vignette|L'une des revues scientifiques les plus prestigieuses de notre époque, Science, a été publiée pour la première fois en 1880.

Dès le , la communauté scientifique s'organise avec les sociétés savantes et le développement des réseaux de correspondance européens. En 1665 paraissent les premières revues scientifiques à Londres et à Paris (Journal des savants) qui serviront de modèle aux futurs revues scientifiquesJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris. La Royal Society de Londres limitait le contenu de sa propre revue, le Philosophical Transactions, spécifiquement aux domaines scientifiques. Cette dernière produisait des comptes rendus des ouvrages récents et, surtout, ne publiait que des articles évalués au préalable par un membre de la Royal Society, avec une distinction des revues et des publications par co-optation (revue à comité de lecture selon ce que rapporte l'AERES)..

Le nombre de revues, et en particulier de revues scientifiques, progresse considérablement au cours des , en raison notamment d'une multiplication des domaines de compétence et de spécialisation. Entre 1926 et 1935 s'effectuent les premiers travaux de bibliométrie par Alfred Lotka, Samuel Bradford et George Kingsley Zipf. Vers 1950, Derek John de Solla Price établi les fondements de la discipline en mettant en avant l'utilisation des articles scientifiques comme indicateurs quantitatifs de la recherche scientifique.. En 1954, il crée la scientométrie et durant la même décennie, Eugene Garfield développe l'idée d'utiliser les citations présentes dans les articles scientifiques qui renvoient à d'autres articles pour les lier entre eux. LInstitute for Scientific Information (ISI) est créé en 1960 par Garfield et en 1963, l'ISI met en place le Science Citation Index (SCI). Dès 1970 apparaît la préoccupation d'une normalisation des indicateurs d'impacts par champ d'étude. En 1975, l'ISI met en place le Journal Citation Reports (JCR) qui donne une mesure de l'impact des articles et des revues référencés par le Web of Science. En 2004, l'éditeur Elsevier lance la base de données bibliographiques Scopus, qui utilise des algorithmes similaires au PageRank de Google afin de rendre compte du prestige des revues scientifiques (SRJ indicator).

Au début des années 1990, Paul Ginsparg met en évidence le potentiel technique et économique offert par la publication numérique, remettant en cause les modèles éditoriaux dominants. En 1992, l'ISI est acquis par Thomson Scientific & Healthcare et est renommé Thomson ISI.

En 2000, la mise en place de politiques européennes visant à définir les modalités d'évaluation des publications scientifiques pour une indexation des ouvrages traitant des sciences humaines et sociales est effectuée par lEuropean Index For The Humanities (ERIH). L'année 2004 correspond à l'année de lancement de Scopus, une base de données bibliométrique comparable à celle de l'ISI. La même année, Google Scholar apparaît sur Internet. Peu de temps après, l'outil bibliométrique Publish or Perish est créé. Il permet de calculer certains indicateurs destinés à l'évaluation des chercheurs et des revues ou revues scientifiqueshttp://www.harzing.com/resources/publish-or-perish. En 2009 a lieu le lancement de la Public Library of Science (PLoS), une base d'indexation de plusieurs articles de revues en libre accès et qui propose plusieurs indicateurs alternatifs pour évaluer les acteurs de la recherche scientifique et notamment les revues.

En 2005, Jorge Hirsch propose l'indice H comme indicateur composite de la production scientifique et de la visibilité des chercheurs. À la suite de la fusion avec Reuters en 2008, la compagnie Thomson ISI fait maintenant partie de la Thomson Reuters Corporation. En 2009, PLoS propose plusieurs indicateurs alternatifs pour tous ses articles, permettant ainsi d'évaluer les acteurs de la recherche scientifique et notamment les revues à partir des publications en accès libre..

Description générale

L'évaluation et la classification des revues scientifiques sont possibles en premier lieu grâce aux outils de la bibliométrie. Elle a comme objectif de rendre compte de la distinction, de l'impact ou de l'influence de ces différents périodiques scientifiques au sein de leurs domaines d'étude respectifs tant en recherche et développement que dans un contexte académique et pédagogiqueLowry, Paul Benjamin; Moody, Gregory D.; Gaskin, James; Galletta, Dennis F.; Humpherys, Sean; Barlow, Jordan B.; and Wilson, David W. (2013). Evaluating journal quality and the Association for Information Systems (AIS) Senior Scholars' journal basket via bibliometric measures: Do expert journal assessments add value?,” MIS Quarterly (MISQ), vol. 37(4), 993–1012. Also, see YouTube video narrative of this paper at: https://www.youtube.com/watch?v=LZQIDkA-ke0&feature=youtu.be.Lowry, Paul Benjamin; Romans, Denton; and Curtis, Aaron (2004). "Global journal prestige and supporting disciplines: A scientometric study of information systems journals," Journal of the Association for Information Systems (JAIS), vol. 5(2), pp. 29–80 (http://aisel.aisnet.org/amcis2005/276). Les systèmes d'évaluation des périodiques scientifiques devraient également permettre de mesurer le prestige ou la notoriété qui leur sont attribués et ainsi refléter la difficulté de publier dans ceux-ci. La plupart de ces systèmes de classification sont basés sur une fréquence et un nombre de citations différentiel, mais de nombreux autres critères peuvent être pris en compte, d'où le nombre important de classements et d'indicateurs bibliométriques différents.

Trois principales bases d'indexation permettent de faire le suivi du nombre de citations par revues, mais aussi par articles et par auteurs. Ces bases sont Web of Science, Scopus et Google Scholar. Ensuite, le suivi des citations permet la production d'indicateurs variés mettant en évidence les revues scientifiques les plus influentes dans un domaine de la recherche en particulier, mais également les plus populaires et encore les plus prestigieuses. Le facteur d'impact est l'outil le mieux connu et le plus utilisé pour l'évaluation et la classification des revues scientifiques et il est présenté dans un classement annuel des périodiques scientifiques, le Journal Citation Report de l'ISIPontille D., Torny D., «La manufacture de l'évaluation scientifique : algorithmes, jeux de données, outils bibliométriques », Réseaux, 177, 25-61, 2013.. Certains indicateurs d'impact des revues comme le SCImago Journal Rank Indicator (SJR) et le Eigenfactor sont issus d'un algorithme emprunté au PageRank de Google.

Tout calcul d'indicateur bibliométrique basé sur la citation différentielle et visant à l'évaluation des revues scientifiques nécessite des choix méthodologiques. Premièrement, il faut établir un cadre temporel de calcul soit, la longueur de la période où l'on dénombre les citations après la publication du journal ou de la revue. Cette dernière comprend certains compromis inévitables entre l'utilisation d'une période plus importante notamment pour les disciplines lentes (humaines et sociales) et la nécessité d'une période plus courte pour les disciplines plus rapides comme les (biomédicales). À titre d'exemple, il existe le facteur d'impact sur deux ans et celui calculé pour une période de 5 ans ... Ensuite, une normalisation des indicateurs dérivés par disciplines ou encore par domaines de la recherche est souvent nécessaire pour la production d'indicateurs significatifs qui pourront être utilisés afin d'évaluer et classer les revues scientifiques en fonction de leur influence sur la recherche..

Il existe d'autres mesures ou indicateurs alternatifs () qui se développent à partir de l'usage qui est fait des articles contenus dans les différents revues et ce, même en dehors du réseau scientifique traditionnel via les réseaux sociaux. Cette notion d'usage diffère de celle de l'impact et la pertinence de ces mesures alternatives et varie selon les domaines de la recherche. En effet, pour certains de ces indicateurs alternatifs, c'est le nombre de citations émises qui est suivi plutôt que celui des citations reçues, ce dernier étant utilisé pour calculer le facteur d'impact du Web of Science. Les notions de reconnaissance et du prestige émergent également dans les mesures alternatives d'évaluation des revues scientifiquesC. Lee Giles et Isaac G. Councill. Who gets acknowledged: Measuring scientific contributions through automatic acknowledgment indexing. In Proceedings of the National Academy of Sciences 101(51):17599–17604, 3 décembre 2016..

Bases bibliométriques Les bases bibliométriques permettent l'indexation et le suivi du nombre et de la fréquence de citation des articles des différentes revues scientifiques. Les trois principales en ordre croissant d'ancienneté sont Web of Science, Scopus et Google Scholar.

Le Web of Science (WoS) est une base de données documentaires internationales au contenu multidisciplinaire produite par l'ISI de la Thomson Reuters Corporation.. Il comprend à lui seul trois bases d'indexation des citations pour les sciences fondamentales, sociales, humaines et les arts. Celles-ci correspondent respectivement au Science Citation Index (SCI), Social Sciences Citation Index (SSCI) et au Arts and Humanities Citation Index (A&HCI). En 2016, WoS indexe ainsi environ publiées de 1900 jusqu'à nos jours.... Le facteur d'impact est l'indicateur qui lui est associé et présenté annuellement dans le Journal Citation Reports.