Joseph-Alexandre DeSève, né à Montréal le et mort à Montréal le , est un distributeur et producteur de films, et le fondateur de Télé-Métropole. Il est l'un des premiers Canadiens français à instituer une fondation charitable de son vivant.

Ce fils d’une famille nombreuse de Saint-Henri, devenu orphelin de père alors qu’il est encore un enfant, doit apprendre à se débrouiller tôt. Avec un sens des affaires aiguisé et une grande force de travail, DeSève tracera lui-même la voie de sa carrière jusqu'à devenir l'une des personnalités les plus importantes du Québec dans le milieu du cinéma et de la télévision.

Très tôt, le cinéma l’attire, particulièrement la distribution des films français. DeSève fonde d'abord la Franco-Canada Films avec Édouard Garand, puis entre à France-Film de Robert Hurel en 1934. Il y gravit rapidement les échelons jusqu'à en devenir président et directeur général quatorze ans plus tard, en 1948. Toutes les étapes de la production d'un film l'animent, de sa conception jusqu'à sa distribution. Au fil des ans, il fonde de nombreuses compagnies, dont certaines seront de courte durée alors que d’autres connaîtront le succès. Il participe en outre à la production des premiers films québécois parmi lesquels Le Gros Bill, La Petite Aurore, l'enfant martyre et Tit-Coq. DeSève se retrouve également à la tête des plus grandes salles montréalaises, dont le Théâtre Saint-Denis, Le National, le Beaubien et L’Arcade.

La télévision, qui arrive au Québec en 1952, l'intéresse également. Avec un groupe d'hommes d'affaires, il obtient un permis d'exploitation en 1960. Inaugurée en 1961, la station CFTM-TV (Télé-Métropole) est rapidement adoptée par la population. DeSève vient par là de donner naissance à la deuxième chaîne de télévision francophone privée du Québec.

Biographie

Enfance et formation Joseph-Alexandre DeSève naît le à Saint-HenriYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 15.. Il est le fils de François-Xavier DeSève et d'Adeline OuimetElle est la nièce de Gédéon Ouimet, ancien premier ministre du Québec.. Le couple s'était marié le Yves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 21.. De leurs 16 enfants, Joseph-Alexandre est le dixièmeYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 22-23.. La famille DeSève est installée dans la petite ville de Saint-HenriAujourd'hui un quartier de Montréal.. Son père est longtemps responsable du service de l'aqueduc et de la distribution de l'eau en plus d'être secrétaire-trésorier de la municipalité. Quand Joseph-Alexandre est enfant, François-Xavier devient secrétaire-trésorier de la commission scolaireYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 26-27..

Joseph-Alexandre grandit dans une maison en pierres, construite peu avant sa naissance, située au 270, rue Delinelle. Comme ses frères, Joseph-Alexandre fréquente le Collège Sainte-Élisabeth de 1902 à 1909. Il y a intégré la fanfare. vignette|Saint-Henri vers 1915. Joseph-Alexandre grandit dans cette petite ville ouvrière.

La vie familiale prend un dur tournant en 1907, alors que le père décède d'une crise cardiaque. Il s'ensuit une période difficile pour la famille DeSève. Joseph-Alexandre doit faire sa part et ramène l'argent de ses petits métiers de commissionnaire ou de vendeur pour le Canadien Pacifique. Le chroniqueur Rudel-Tessier rapporte ainsi qu'à l'âge de « treize ans, le futur multimillionnaire promenait son éventaire de cigarettes, de tablettes de chocolat et de chewing gum dans les trains du Pacifique. Il gagnait alors trois dollars par semaineRudel-Tessier, « Les confidences de M. J.-A. De Sève. Comment gagner 1 million... 10 millions! », Photo-journal: tout par l'image, 10 décembre 1960, p. 16. ! »

C'est à cette époque qu'il apprend l'anglais. Le jeune adulte devient ensuite garçon de courses pour un cabinet immobilier, commis de banque puis travaille au service du contentieux de la même institution. Joseph-Alexandre décide ensuite de se perfectionner et s'inscrit à un cours d'expert-comptable par correspondanceYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 30-31..

Vie de famille Le , Joseph-Alexandre épouse Juliette ChalifouxYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 36-37.. Ils ont une première fille, Marie Évelina Juliette Rollande, le puis une deuxième, Marie Adeline Anita Jacqueline, le . La famille vit au 1231, rue Saint-Denis puis s'installe au 1507, toujours rue Saint-Denis et enfin au 478, rue RivardYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 38..

Joseph-Alexandre aurait alors travaillé comme comptable pour l'avocat et notaire Pierre-Édouard Blondin, puis pour le syndic de faillites Wilfrid Damphousse. Non content de travailler pour les autres, il tente de fonder son entreprise en 1923. Il lui faudra toutefois encore patienter quelques années avant que cela ne se concrétise vraimentYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 41..

S'il est toujours marié à Juliette Chalifoux, le couple s'éloigne. Joseph-Alexandre rencontre Juliette Champagne, avec qui il a une fille, Marie Thérèse Alexandrine, en 1930Yves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 52-53..

La piqûre pour le cinéma En 1929, Joseph-Alexandre DeSève se rend au cinéma pour voir le film Broadway Melody en anglaisYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 42.. C'est à ce moment que se dessine le rêve de sa vie : fonder une compagnie de distribution de films parlant français et qui possèderait en même temps un réseau de salles à travers le Québec. Il commence à mettre son projet en branle. Or, le krach boursier, survenu en , vient ralentir le toutYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 44-46..

En attendant de pouvoir réaliser ce projet, il se tourne d'abord vers l'immobilier. Lors d'une balade dans les rues de Montréal, il aperçoit un terrain vague. Ses talents d'homme d'affaires commencent dès lors à se révéler. Il se fait prêter l'argent nécessaire et y fait construire un immeuble. Il acquiert ensuite d'autres terrains, atteignant un capital de 25 000$. Mais, la crise économique qui sévit fait en sorte que le marché immobilier s'effondre, il doit trouver une solution. DeSève décide alors d'investir 4000$ dans de petites épiceries-crémeries. Un an plus tard, il se retrouve à la tête de neuf épiceries-crémeries - les Crémeries Papineau. DeSève finit par les vendreYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 48-49..

Le Théâtre Saint-Denis vignette|Devenu locataire du Théâtre Saint-Denis à Montréal en 1933, DeSève fait entreprendre quelques travaux de rénovation. Depuis plusieurs années déjà, Joseph-Alexandre DeSève convoite le Théâtre Saint-Denis. En 1933, Joseph Cardinal, qui en est locataire, doit renouveler son bail. DeSève parvient toutefois à mettre la main sur celui-ciPierre Véronneau, Le succès est au film parlant français, Histoire du cinéma au Québec, vol. I, Cinémathèque québécoise et Musée du cinéma, 1979, p. 263.. Le , DeSève s'associe avec Raoul Rickner. Les deux hommes fondent une compagnie qui opérera le théâtre. Après des travaux de rénovation, la salle rouvre sous cette nouvelle administration le Yves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 65..

Franco-Canada Films DeSève cherche maintenant à s'approvisionner en films. Il propose à Édouard Garand, un éditeur qui s'est lancé dans le cinéma en 1931, un partenariat. Ils en viennent à un accord et la nouvelle société - Franco-Canada Films - commence ses activités le Yves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 70-71..

DeSève est le président de Franco-Canada Films tandis que Garand en devient directeur. Léo-Ernest Ouimet est pour sa part nommé directeur général et Maurice West, directeur des ventes. Franco-Canada Films ouvre ensuite un bureau d'achats à Paris, administré par M. W.-R. Bader. La compagnie sollicite aussi les sociétés américaines, comme Paramount, Fox et Universal, qui produisent des films en français. vignette|L'éditeur Édouard Garand devient partenaire avec Joseph-Alexandre DeSève. Franco-Canada Films parvient rapidement à placer ses films dans une trentaine de salles au Québec. De plus, elle obtient la gérance de l'Impérial et du National à Montréal ainsi que du Princess et de l'Empire à Québec.

À l'époque, le grand joueur dans la distribution de films en français au Québec est France-Film, fondée par Robert Hurel en 1930Yves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 77.. DeSève explique qu'il avait « besoin de films. Hurel en importait. J'allai donc le trouver pour lui demander de me fournir cinquante-deux films par année. Je lui proposais un contrat de trois ans. [...] Hurel m'accorde tout ce que je lui demandais à condition que je mette 10 000 dollars dans sa compagnieYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 78.. »

France-Film Les deux sociétés ne se font pas longtemps compétition sur le marché québécois. Le , on annonce en effet qu'Hurel et DeSève ont uni leurs activités sous une seule entité, celle de France-FilmYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 79-80., afin d'assurer le « succès du film parlant français au QuébecYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 82. ». L'entente devient effective le . Robert Hurel demeure président, Michel de Roussy, directeur commercial, tandis que J.-A. DeSève est nommé premier vice-président et directeur généralYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 83.. Garand ne fait pas partie de cette nouvelle entente. vignette|Les films de Marcel Pagnol sont diffusés au Québec par Joseph-Alexandre DeSève.

Spectacles forains et Le National Pour Joseph-Alexandre DeSève, l'année 1934 débute par la fondation de la Montreal Century of Progress World Fair. Avec Raoul Rickner, Armand Vincent, Armand Renaud et L. Ouellette, il fait venir à Montréal des spectacles forains présentés initialement à la Foire universelle de ChicagoYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 95..

DeSève prend par ailleurs la tête du théâtre Le National aux dépens de Joseph Cardinal. Le , il rouvre le National sous sa direction et lui donne la vocation de salle de spectaclesDenis Carrier, « Les administrateurs du Théâtre National », L'Annuaire théâtral, (5-6), 1988, p. 264.. En septembre suivant, le programme est annoncé. Il « comporte, en plus d'une pièce en cinq actes, généralement un mélodrame populaire qui a fait ses preuves, un film français ainsi que plusieurs courts sujets et des tours de chantLa Presse, 8 septembre 1934. Cité dans Yves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 85. ». DeSève embauche Raoul Lery comme directeur artistique alors qu'il désigne Raoul Rickner comme gérant du Saint-DenisYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 86..

Une société en expansion Même si le cinéma américain occupe encore plus de 80% de la programmation des salles québécoises, ce qui amène le clergé et une partie de l'élite à dénoncer l'américanisation de la sociétéYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 90., la diffusion de films en français progresse. Elle passe ainsi de 1% en 1931 à 17% en 1934. Cette année-là, le Québec compte 54 salles qui présentent environ 72 filmsYves Lever, J.A DeSève, diffuseur d'images, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 88..