La diaspora juive ( Tefutzah, « dispersé » ou Galout, « Exil ») est la dispersion du peuple juif à travers le monde.

Histoire Diaspora pré-romaine Après le renversement en du royaume de Juda, et la déportation d'un nombre considérable d'habitants vers les vallées de l'Euphrate, le peuple juif se concentrait en deux points : Babylone et la Terre d'Israël.

Bien qu'une majorité du peuple juif, spécialement les plus riches, se trouvât à Babylone, son existence y fut difficile sous les règnes des Achéménides, des Séleucides, des Parthes, des néo-Perses et des Sassanides. Les plus pauvres ainsi que les plus fervents parmi les exilés sont retournés en Terre d'Israël pendant le règne d'Achéménès. Avec la reconstruction du Temple de Jérusalem, ils s'organisent en une communauté animée par des personnalités religieuses attachées à la Torah et à la prise de conscience de l'identité juive.

Après de nombreux aléas, spécialement les problèmes au sein de la dynastie des Séleucides d'une part, et le soutien intéressé des Romains d'autre part, la cause de l'indépendance triompha finalement. Sous le règne des Hasmonéens, l'État juif atteint une certaine dimension et annexe quelques territoires. Cependant, les discordes au sein de la famille royale et la désaffection accrue des pieux envers les dirigeants ont fait de l'État juif une proie facile pour l'Empire romain. En , Pompée envahit Jérusalem et Gabinius assujettit les Juifs au tribut.

Populations de la première diaspora Durant le , les auteurs du troisième livre de l’Oracula Sibyllina s'adressent au « peuple élu » en disant : « Chaque pays et chaque mer également en sont remplis ».

La prise de Jérusalem par Pompée en entraîne l'envoi en esclavage de nombreux prisonniers à Rome.. C'est l'élément fondateur de la diaspora en Occident. Des témoins divers comme Strabon, Philon d'Alexandrie, Sénèque et Flavius Josèphe (Yosef ben Matthias), qui écrivent entre et , témoignent du fait que les Juifs étaient déjà disséminés dans le monde connuLes Juifs de Parthie connaissent sous les rois Arsacides une longue période de paix qui permet le développement d'importantes communautés comme celles que mentionne Flavius Josèphe, principale source sur cette période : Nehardea, Séleucie et Ctésiphon. Voir Flavius Josèphe, Antiquités juives, Livre XVIII, IX et Flavius Josèphe, Antiquités juives, Livre XX, II, ainsi que l'article Histoire des Juifs en Irak..

Le roi Hérode Agrippa , dans une lettre à Caligula, énumère parmi les provinces de la diaspora juive presque tous les pays grecs et non grecs de l’Orient, et cette énumération est loin d'être complète car l'Italie et Cyrène ne sont pas mentionnées. Des découvertes épigraphiques augmentent d'année en année le nombre de communautés juives connues. Il n'y a que peu d'informations à propos du nombre précis de ces communautés juives, et elles doivent être employées avec précaution. Après la Terre d'Israël et Babylone, c'est en Syrie que, selon Yosef Ben Matthias, la population juive était la plus dense ; particulièrement à Antioche et ensuite à Damas, où à l', furent massacrés. Philon d'Alexandrie avance le chiffre d'un million de Juifs habitant en Égypte, soit un huitième de la population. Alexandrie était de loin la plus importante communauté, où les Juifs étaient installés dans deux des cinq quartiers de la ville. À Rome, au commencement du règne d'Auguste, on comptait plus de . Les montants confisqués par le propréteur Flaccus en 62, représentant les impôts, font croire qu'au moins , ou un total d'au moins vivaient en Asie Mineure. D'après le nombre de personnes massacrées en 115, le nombre d'habitants juifs de Cyrénaïque, de Chypre et de Mésopotamie devait aussi être important.

Deuxième diaspora La destruction de la Judée

La domination romaine continue jusqu'à la révolte qui dure de 66 à 70. Celle-ci se conclut par la prise de Jérusalem et la destruction du Temple, le centre de la vie nationale et religieuse des Juifs du monde entier. Après cette catastrophe, la Judée devient une des provinces de l'Empire romain. Elle est gouvernée par un légat propréteur (ensuite de rang consulaire) et qui est aussi le commandant des armées romaines d'occupation.

Malgré la destruction de Jérusalem, décrite par Flavius Josèphe dans son ouvrage la Guerre des Juifs, les Juifs se révoltent à nouveau vainement sous Trajan, puis pendant le règne d'Hadrien en 133, sous la direction de Bar Kokhba.

L'indépendance dure de 133 à 135. Depuis cette période, en dépit de quelques mouvements sans importance sous Marc Aurèle et sous Septime Sévère, les Juifs de Palestine, réduits en nombre, destitués et défaits, perdent leur prépondérance. Jérusalem devient ensuite, sous le nom de Ælia Capitolina, une colonie romaine entièrement païenne dont l'accès est interdit aux Juifs sous peine de mort.

La dispersion des Juifs

La répression menée en Judée par Titus en 70 joue un rôle important dans la dispersion du peuple juif à travers le mondeDe nombreux captifs sont emmenés à Rome comme en témoigne la description du triomphe de Titus par Flavius Josèphe. Voir . Mais l'événement capital pour le judaïsme est la destruction du Temple, qui transfère de facto l'autorité religieuse des grands-prêtres du Temple aux rabbins.

Des Juifs sont vendus comme esclaves et déplacés, d'autres rejoignirent les diasporas existantes. D'autres encore commencent à travailler sur le Talmud. Ces derniers sont alors généralement acceptés au sein de l'Empire romain. Mais avec la montée du christianisme, de nouvelles restrictions apparaissent.

Au Moyen Âge, les Juifs se répartissent en groupes distincts. On les divise communément aujourd'hui en deux grands groupes : les Ashkénazes du nord et de l'est de l'Europe, et les Séfarades de la péninsule Ibérique et du bassin méditerranéen. Ces deux groupes partagent une série d'histoires parallèles de persécutions et d'expulsions. De nombreux Juifs rejoignent la terre d'Israël au .

Communautés juives de la diaspora Les Juifs ont habité de nombreux territoires à travers l'Ancien puis le Nouveau Monde, et existent depuis le millénaire avant l'ère commune. Des cultures juives extrêmement diversifiées ont donc existé, s'exprimant dans de nombreuses langues.

Souvent très autonomes, ces groupes ont cependant correspondu entre eux, permettant le maintien d'une identité juive relativement stable. Le rituel séfarade s'est ainsi répandu à partir d'Espagne à travers tout le bassin méditerranéen, tandis que les Juifs de Cochin (Inde) faisaient traditionnellement venir leurs livres saints du Yémen.

Les communautés vraiment isolées, comme les juifs de Chine, les Bene Israël de Bombay (Inde) ou les Beta Israel d'Éthiopie ont fini par s'assimiler totalement (juifs de Chine), assez largement (Bene Israël), ou par développer des formes religieuses très particulières (Beta Israel).

Sans être exhaustif, on peut cependant citer de grands ensembles culturels, autonomes mais plus ou moins interconnectés.

Les communautés juives hellénisées Celles-ci sont apparues avec l'expansion de la culture hellénistique à travers le Moyen-Orient à la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand. Elles étaient particulièrement nombreuses à Alexandrie et Eléphantine en Égypte, ainsi qu'en Grèce ou en Anatolie. La civilisation hellène avait également pénétré la terre d'Israël (cf. Livres des Macchabées), entraînant parfois des relations conflictuelles avec les Juifs non helléniséscf. notamment Bereshit Rabba 1:9..

Leur influence sur la naissance du christianisme primitif est importante. Elles lui ont donné leur version de la Bible, la Septante (différente de la Bible hébraïque actuelle), laquelle servira de base à la Bible catholique. Leur théologie, mariant tradition juive et philosophie grecque, a également influencé les premiers théologiens chrétiens.

Après la disparition des Juifs hellénisés (convertis au christianisme ou réabsorbés par le judaïsme orthodoxe), des Juifs de culture grecque ont cependant continué à exister jusqu'au , à travers les Romaniotes du sud des Balkans, ayant adopté le rituel séfarade.

En effet, la Grèce, principalement Rhodes et la Thessalonique fut le berceau d'une importante communauté sépharade et d'une autre karaïte, après l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492. Elles ont aujourd'hui quasiment disparu, à la suite de la Shoah et de l'émigration qui a suivi vers Israël.

Les Juifs originaires de la péninsule Ibérique

Les Juifs de la péninsule Ibérique s'y installèrent après la chute du Second Temple de Jérusalem. Après la conquête arabe au , ils deviennent une communauté soumise à la double influence de la culture mozarabe (culture latine influencée par le monde arabe) et de la culture arabo-musulmane.

À partir du , les chrétiens réfugiés dans le Nord de la péninsule Ibérique commencent à augmenter sensiblement leurs zones d'influences, jusqu'à l'éviction des musulmans en 1492. Les Juifs passent alors sous influences culturelles espagnole et portugaise. C'est à partir de cette période qu'on peut parler d'une culture juive espagnole séfarade indépendante de la culture mixte des Juifs des époques précédentes. Que ce soit sous les royaumes arabes ou chrétiens, de ce terreau séfarade vont sortir certains des noms parmi les plus prestigieux du judaïsme : Salomon ibn Gabirol (), Juda Halevi (), Moïse Maïmonide () et Nahmanide ().

Après la victoire des chrétiens contre le royaume de Grenade, les Juifs sont expulsés dans la vague d'exaltation religieuse qui suit, d'Espagne en 1492 (décret de l'Alhambra) et du Portugal en 1496.

Les Juifs de la péninsule émigrent alors (sauf ceux qui se convertissent, devenant alors des marranes) vers l'Italie, les Balkans, les pays d'Afrique du Nord, l'empire ottoman (principalement la Syrie mais aussi le Yichouv). Les Juifs séfarades se retrouveront dans la Compagnie des Indes, atteignant les Amériques. Par ailleurs, de nombreux marranes se réfugient aux Pays-Bas, l'Angleterre et, pour certains le sud de la France (Bordeaux), rejoignant les populations provençales ; la plupart se reconvertissent.

Cette population dispersée mais dotée d’une riche culture espagnole a longtemps conservé sa spécificité culturelle, parlant le judéo-espagnol, et évitant de se mélanger avec les autres communautés juives qu'ils finiront par assimiler. Son influence religieuse a été forte, puisque les communautés balkaniques et du monde arabe, quelles que soient leurs origines, ont fini par adopter les rituels religieux séfarades. Finalement, les communautés méditerranéennes ont fini par être désignées comme séfarades. Avec leur diaspora, les Séfarades sont devenus en général multiculturels, mélangeant les influences arabes, berbères, espagnoles, portugaises, grecques ou turques puis françaises.

Les communautés balkaniques ont été décimées par la Shoah.

Les survivants ou les communautés judéo-espagnoles vivant dans le monde arabe ont émigré en très grand nombre vers Israël ou la France (pour les juifs maghrébins, où ils ont profondément marqué le paysage juif français, bien que la seconde génération tende à adopter la culture occidentale environnante). Les communautés plus modestes des Amériques ont pratiquement perdu l'usage de leur langue, ainsi que celles des Pays-Bas, largement détruite par la Shoah. La culture judéo-espagnole semble en voie de disparitionShmouel Trigano sur a7.fr..

Les Juifs de culture allemande et est-européenne

Des Juifs sont présents en Europe occidentale depuis l'Empire romain. Vers l'an 1000, des communautés sont identifiées dans la vallée du Rhin, axées autour des villes de Worms, Spire et Magenza (Mayence), où le Rav Guershom ben Juda codifie les bases du judaïsme ashkénaze.