Le taekwondo ( ; , ) est un art martial d'origine sud-coréenne, dont le nom peut se traduire par .

Le taekwondo, dont le nom a été proposé en 1955 par le général Choi Hong-hi, est le fruit de la fédération progressive, à partir des années 1950, après l'occupation japonaise de la Corée, de différentes écoles d'arts martiaux coréennes qui enseignaient le karaté. Sa création et son développement sont intimement liés à la promotion du nationalisme étatique coréen. L'unification n'est cependant pas complète car deux grandes fédérations cohabitent encore, l'International Taekwon-Do Federation (ITF), qui revendique actuellement 50 millions d'adhérents, et la Fédération mondiale de taekwondo (WT, anciennement WTF), qui a popularisé auprès de plus de 80 millions de personnes une pratique du taekwondo moins axée sur la self-défense et plus sur le sport de combat (en tant qu'exercice physique régulé, limitant la dangerosité de la pratique par l'interdiction de certaines actions, notamment les coups de poing au visage par rapport à l'ITF).

Le taekwondo se distingue des autres arts martiaux, surtout dans sa forme WT, par le haut degré de spécialisation de ses pratiquants en techniques de coups de pied bien plus que dans d'autres techniques, par les nombreuses protections utilisées lors des compétitions de combat et par son inclusion au programme des Jeux olympiques d'été depuis 2000. Depuis 2005, la pratique a été étendue aux athlètes handicapés, aboutissant à la création d'une nouvelle discipline, le para-taekwondo, devenue épreuve paralympique depuis les jeux paralympiques d'été de 2020 à Tokyo.

Description vignette|Exemple de dojang (salle d'entraînement). Le taekwondo est un art martial d'origine sud-coréenne, qui se pratique, en général, sans armes. Son nom, taekwondo, qui s'écrit à l'origine en hangeul : et en hanja, et dont la prononciation est , est formé à partir des mots , , « frapper du pied » et , , « frapper du poing », et enfin , , « méthode, art de vivre, voie spirituelle ». Il peut se traduire par , ou de manière plus abrégée par FFTDA, « Le taekwondo : la voie des pieds et des poings », fftda.fr.. De cette définition découle l'idée que le taekwondo est non seulement un art martial mais aussi une manière d'entraîner son esprit et d'atteindre la maîtrise de soi par des mouvements de combat.

Le pratiquant de taekwondo est appelé un taekwondoïste (et ce, même si le terme d'origine est ). La salle d'entraînement est appelée un . L'uniforme, lui, se nomme . Il est possible de pratiquer le taekwondo quel que soit son âge. En tant que sport, il fait travailler l'endurance et la souplesse et augmente la force physique.

Cet art martial est basé sur des techniques d'attaque où le pratiquant concentre son énergie sur telles que le bol du pied ou la tête des phalanges avec lesquelles il vise les points faibles de son adversaire et des techniques de blocage des attaques adverses. Les taekwondoïstes utilisent des techniques de coups de pied spectaculaires, notamment retournés et sautés, dont la fréquence d'usage est caractéristique de la discipline.

Il existe en 2010 plus de 20 millions de pratiquants du taekwondo dans 180 pays, et même selon certaines sources au moins 80 millions selon la WThttps://www.researchgate.net/publication/354604100_Subjective_Perceptions_of_South_Korean_Parents_Regarding_the_Effectiveness_of_Taekwondo_Education_for_Adolescents_and_Its_Characteristics_The_Q_Methodology_Application, voire un total de 200 millions selon la WTO.. Selon Rémi Mollet, les pratiquants sont attirés par le souhait de maintenir leur forme physique permettant notamment de lutter contre le stress, par les techniques d'autodéfense enseignées par ce sport, l'attrait pour la compétition ainsi que par l'enrichissement spirituel qui peut être amené dans l'enseignement des valeurs du taekwondo telles que la modestie, le respect ou le goût de l'effort.

Histoire

vignette|Le taekwondo est dérivé du karaté Shotokan ici représenté, tel qu'il était pratiqué et enseigné en Corée pendant l'occupation japonaise. Les origines du taekwondo sont à la fois culturelles et politiques. D'un point de vue culturel, le taekwondo est une unification des pratiques de plusieurs écoles sud-coréennes des années 1950 inspirées par le karaté shotokan (développé au Japon) et, selon certaines sources contestées, de quelques éléments caractéristiques des arts martiaux coréens (en particulier le taekkyon).. D'un point de vue politique, le taekwondo a été un outil de propagande nationaliste dont le but a été d'exalter le patriotisme de la jeune nation sud-coréenne à la suite de l'occupation japonaise et du conflit avec la Corée du Nord.

Le taekwondo a été nommé et codifié en Corée du Sud entre la fin des années 1950 et le début des années 1960.

À la suite de la diffusion de cet art martial en Corée du Nord par les responsables de la première organisation internationale, l'ITF, en 1972, une nouvelle organisation concurrente, la WTF, a tourné le dos aux membres de l'ITF.

Cette scission de nature politique, qui perdure depuis, ainsi que les motivations idéologiques à l'origine de la création du taekwondo, ont induit une forte propagande et une déformation volontaire des faits historiques dans chacune de ces organisations, notamment au sujet des origines et de la création du taekwondo.

Origines (avant 1959) vignette|Le président Syngman Rhee en 1948, idéologue du développement d'un art martial national sud-coréen. Le taekwondo est généralement présenté comme l'héritier des arts martiaux coréens antiques, comme le taekkyon et le ; on peut en effet retrouver certains points communs entre les techniques utilisées dans ces arts martiaux et celles du taekwondo, surtout du point de vue des techniques de jambes, prépondérantesYoung-Ryul Choi et Jeong-Woo Jeon, « The Comparative Study of the Techniques of Taekwondo and Taekkyon », The Korea Journal of Sports Science, 2006, vol.15, n°1, p.197-206.. Toutefois, ces points communs sont considérés par certains historiens de la discipline comme insuffisants et surtout postérieurs à la volonté politique de création d'un art martial spécifiquement national, après l'occupation japonaise de la Corée, d'autant plus que la pratique du taekkyon avait quasiment disparu au début du , à tel point que ces historiens qualifient la filiation entre le taekwondo et ces arts anciens de mensonger, d'argument de propagandeDakin Burdick, « People and events of taekwondo's formative years », Journal of Asian Martial Arts, 1997..

Les origines établies et incontestées du taekwondo remontent à la fédération progressive, entre la fin des années 1950 et le début des années 1960La liste des différentes réunions a été énumérée par Dakin Burdick dans son article « People and Events of Taekwondo's Formative Years » publié dans le Journal of Asian Martial Arts en 1997 (cf. , chapitre 5 : « Tae Kwon Do Is named In A Korean Geisha House »)., des principales écoles d'arts martiaux coréennes (kwans), qui enseignaient alors le , appelé Tang Soo Do () ou Kong Soo Do (), une pratique martiale issue du karaté Shotokan développé au Japon, notamment parce que la pratique des arts martiaux coréens avait été interdite par l'occupant, tout comme beaucoup d'autres éléments de la culture coréenne. À partir de 1955, sous l'impulsion du gouvernement coréen, et en particulier du président Syngman Rhee, dans le but politique d'exalter le patriotisme de la jeune nation sud-coréenne, le développement d'un art martial national et sa diffusion à l'ensemble des écoles d'arts martiaux coréennes ont été confiés principalement au général Choi Hong Hi, qui dirigeait le plus ancien des kwans, l’école Chung Do Kwan, et la principale école militaire d'arts martiaux, nommée Oh Do Kwan. Choi Hong Hi proposa, avec son instructeur , le nom de Tae Kwon Do, le Site officiel de l'ITF., et utilisa son influence pour imposer progressivement ce terme, qui commença à être popularisé en Corée principalement à partir de 1959, lorsque plusieurs écoles et organisations se réunirent sous l’égide de la (KTA), chapitre 5, ..

Promotion internationale du taekwondo (1959-1965)

Une des premières importantes étapes du processus d'unification est la promotion internationale du Taekwon-Do par des équipes de démonstration, composées de ses représentants les plus techniques et spectaculaires. En , une première tournée de démonstration fait découvrir à Taïwan et au Sud-Viêt Nam ce nouvel art martial.

Nommé ambassadeur en Malaisie, le général Choi abandonne la présidence de la KTA pour se consacrer à la diffusion du Taekwondo dans ce pays, après avoir effectué une démonstration dans un stade à la demande du premier ministre Malais. Ce travail de promotion aboutira à la création de l’Association malaise de Taekwondo en 1963.

Dès le départ en Malaisie du général Choi (1961), le président Park Chung Hee (박정희) décida d'ordonner une réunification des différentes écoles. En effet, hormis les élèves des écoles Chundokwan et Ohdokwan, seule une faible minorité pratiquaient le taekwondo tel que défini par le général Choi, et de nombreux maîtres, insatisfaits du nom « taekwondo » continuèrent à enseigner sous les noms « Gongsoodo », « Dangsoodo » et « Soobahkdo ». Hwang Kee (황기), le principal rival de la KTA, avait créé sa propre fédération : Korea Dangsoodo association, qui changera plus tard en Korea Soobahkdo Association. Le , une nouvelle réunion a lieu, et les différents représentants tombent d'accord sur le terme « taesoodo » qui combine les termes de taekkyon, gongsoodo, soobahkdo et dangsoodo. La KTA est donc renommée Korea Taesoodo Association.

En 1961-62, le taekwondo est pratiqué par les militaires coréens autant que par la population civile de ce pays, mais aussi par les forces armées américaines stationnées en Corée. Ces mêmes années, le taekwondo est introduit à l’académie militaire de West Point aux États-Unis.

En , une démonstration a lieu dans le bâtiment des Nations unies, à New York, et le Tae Kwon Do est choisi pour l’entraînement des militaires du Sud Viêt Nam.Toujours en 1963, les associations nationales de Singapour et de Brunei sont créées.

En 1964, Lee Jong soo (un élève de Lee Jong woo) introduit le Tae Kwon Do au Canada en y établissant le premier dojang, à Montréal.

En 1965, Choi Hong hi, Lee Jong soo et Kim Soon bae dirigent une nouvelle tournée de démonstration internationale pour assurer la promotion du Tae Kwon Do. La délégation compte 19 personnes en tout. La tournée inclut les pays suivants: Allemagne de l’Ouest, Italie, Égypte, Turquie, Émirats arabes unis, Malaisie et Singapour. Les membres de l'équipe de démonstration étaient Han Cha Kyo ( dan à l’époque), Kim Jun Kun ( dan), Kwon Jai Hwa ( dan) et Park Jong Soo ( dan). À l'issue de cette tournée, des associations nationales sont créées dans ces pays.

La même année, à son retour en Corée, le général Choi redevient président de la KTA. Le , il organise un vote pour évincer du nom de l'organisation le terme de taesoodo et restaurer celui de taekwondo. Les conditions de ce vote sont restées douteuses, car le nom taekwondo, qui ne contentait que l'Ohdokwan et le Chungdokwan, ne fut choisi qu'avec une voix d'écart. La KTA fut donc renommée Korea Taekwondo Association et l'usage du terme taekwondo s'imposa alors définitivement.

Scission entre la KTA et l'ITF (1966)

vignette|Choi Hong Hi, un des principaux fondateurs et promoteurs du taekwondo, ici à Téhéran en 1970.

Peu après, en 1966, Choi quitte la KTA, sous la pression des leaders d'autres écoles d'arts martiaux comme Lee Jong-woo et Uhm Woon-kyu qui le considéraient comme un « fauteur de troubles permanent », ., en ayant négocié la possibilité de fonder sa propre fédération, d'envergure internationale, l'International Taekwon-Do Federation (ITF), qu'il crée effectivement le Site officiel de l'ITF, Information., à l'hôtel Chosun de Séoul.