Le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), quelquefois appelé Crave corallin ou simplement Crave, est une espèce d'oiseaux de la famille des corvidés, l'une des deux seules espèces du genre Pyrrhocorax, avec le Chocard à bec jaune (P. graculus). Ses huit sous-espèces vivent sur les montagnes et les falaises côtières depuis l'Irlande et l'Ouest de la Grande-Bretagne jusqu'à l'Asie centrale, l'Inde et la Chine, en passant par l'Europe du Sud et l'Afrique du Nord.
Son plumage est noir avec des reflets iridescents, son long bec incurvé et ses pattes sont rouge vif. Son cri d'appel est sonore et retentissant. Son vol, rémiges primaires largement écartées, est puissant et acrobatique. Le Crave à bec rouge s'apparie pour la vie, restant également fidèle à son site de reproduction habituellement situé dans une caverne ou dans la crevasse d'une falaise. Dans un nid fait de radicelles et de laine, la femelle pond trois à cinq œufs. Particulièrement sociables en période inter-nuptiale, les craves vivent souvent en bandes et cherchent leur nourriture ensemble, dans les prairies à l'herbe rase, telles les pâtures, consommant principalement des invertébrés. À l'occasion, il consomme aussi des fruits, comme des cerises et des myrtilles.
Bien qu'elle soit sujette à la prédation et au parasitisme, la principale menace pour cette espèce reste les changements des pratiques agricoles, qui ont mené au déclin des populations, à des extinctions locales et à la fragmentation de la répartition en Europe ; cependant l'oiseau n'est globalement pas menacé. Le Crave à bec rouge était autrefois associé à la pyromanie et a des liens avec le saint Thomas Becket et le comté des Cornouailles. L'oiseau a été représenté sur les timbres-poste de quelques pays, y compris l'île de Man, avec quatre timbres différents, et la Gambie, où l'oiseau n'est pourtant pas présent.
Description thumb|left|Représentation de 1905 d'un Crave à bec rouge. thumb|Mesure de l'aile pliée d'un poussin de Crave à bec rouge lors du baguage, à Goulien, en Bretagne. Dimensions Les adultes mesurent entre 39 et de longueur, du bec à la queue., pour une envergure allant généralement de 76 à ., pouvant atteindre .. L'aile mesure 27 à , la queue 15 à , le bec de 4 à et le tarse de 4,5 à .
Il n'y a pas de grand dimorphisme sexuel, mais le sexe des oiseaux peut être déterminé à partir de la taille du bec et du tarse..
Le Crave à bec rouge pèse de 280 à , pour une moyenne de ..
Morphologie et plumage
thumb|Détail de la tête et du bec. Le plumage est entièrement noir, avec des reflets verts, bleus et violacés, plus discrets chez la femelle. Les pattes sont rouges. Le bec, rouge vermillon, est long et légèrement incurvé, s'affinant graduellement vers la pointe, adapté à son mode d'alimentation. Il est surmonté d'une touffe nasale ne dépassant pas le sixième de sa longueur totale. Les ailes sont longues et étroites, mesurant environ le double de la longueur de la queue.
Le juvénile est plus terne. à l'exception des pennes. Son bec est jaune-orangé et ses pattes plutôt roses, jusqu'à son premier automne. Les jeunes ont également le bec et les ailes plus courts que les adultes.
Espèces similaires thumb|upright=0.8|Représentation d'un Crave à bec rouge et d'un Chocard à bec jaune, illustrant les différents éléments de comparaison. Bien que l'espèce, et surtout ses juvéniles, soit assez ressemblante au Chocard à bec jaune () et qu'elle partage sa zone de distribution, ce dernier a le bec plus court, moins courbé, et jaune. Au sol, la pointe des ailes du crave arrive au moins au niveau de la queue, alors que celles du Chocard sont comparativement plus courtes. Même en vol, les deux espèces peuvent être distinguées par les ailes moins rectangulaires du Chocard, et sa queue plus longue et moins carrée. Le Crave a également la « main » (la partie externe de l'aile) large et nettement digitée, alors que celle du Chocard est plus arrondie et moins digitée.. L'hybridation de ces deux espèces a déjà été observée dans la nature..
Un autre oiseau pouvant se rencontrer avec le crave est le Choucas des tours (). Il est plus petit et son plumage est plus mat, ce qui le rend facilement distinguable. De plus, le court bec et les pattes du choucas sont noirs.
Une quatrième espèce, originaire d'Australie, rappelle les traits du crave : le Corbicrave leucoptère () a suivi une évolution convergente, menant à des similitudes portant sur le plumage, sombre et sur le bec, courbe.
Écologie et comportement Locomotion thumb|Crave à bec rouge en vol dans les Cornouailles, Angleterre. Tout comme le chocard, il est très à l'aise en vol et tire pleinement profit des courants ascendants et autres mouvements de l'air. Son vol gracieux et puissant lui permet des acrobaties stupéfiantes, comme des piqués vertigineux, des vrilles ou des loopings.. Ses rémiges primaires largement écartées, il sait également admirablement planer, sa queue lui servant de gouvernail.
Alimentation Régime alimentaire thumb|left|Deux craves à bec rouges prospectant dans l'herbe rase, à Penwith dans les Cornouailles, Angleterre.
Cet oiseau se nourrit de divers invertébrés tels les insectes ou les araignées trouvés à la surface du sol. Les fourmis représentent probablement la plus grande part de son régime, qu'il complète de bousiers ou de jeunes diptères. Il se sert également de son long bec courbé pour creuser à la recherche de vers et d'autres invertébrés, comme les escargots ou les limaces. S'il vit près des côtes, il se nourrit aussi de crustacés et de mollusques. Dans les bouses et les crottes, il trouve aussi bien des coléoptères coprophages et autres invertébrés que des graines.
La profondeur à laquelle il sonde habituellement le sol est de 2 à , ce qui reflète d'une part la faible épaisseur des sols sur lesquels il se nourrit, et d'autre part le fait que ce soit la profondeur à laquelle vit une grande part des invertébrés du sol. Il est cependant capable de creuser jusqu'à 10 à de profondeur quand les conditions le requièrent... Des spécimens de la sous-espèce du centre de l'Asie, ont également été observés perchés sur le dos de mammifères sauvages ou domestiqués, pour se nourrir de leurs parasites..
Bien que les invertébrés composent la majeure partie de son alimentation, il se nourrit également de matière végétale comme les graines, notamment à la fin de l'automne et durant l'hiver, lorsque les arthropodes se font plus rares. En Himalaya il est même préjudiciable aux cultures d'orge en interrompant la maturation du fruit par l'extraction du grain, et il forme dans cette région de grands groupes en hiver. En plus des céréales, il consomme fruits et semences de genévriers, sorbiers, poiriers, pruniers, aubépines, rosiers, houx, ficus, oliviers, argousiers, vignes, agrumes et airelles.
Il peut également se nourrir de charognes (de chamois, lapins, moutons).
Zones de prospection Les types de terrain favoris du Crave à bec rouge pour trouver sa nourriture sont les champs d'herbe courte servant de pâturage, par exemple aux moutons et aux lapins, dont l'abondance est même liée au succès des couvées de l'oiseau. Le crave peut également se nourrir sur les terrains aux sols pauvres, par exemple en bordure de mer, où la croissance des plantes est limitée par la salinité de la côte...
Concurrence Là où chocard et crave cohabitent, il n'y a qu'une faible concurrence alimentaire. Une étude italienne a en effet prouvé qu'en hiver, lorsque les deux espèces sont contraintes à compléter leur alimentation de végétaux, le Crave à bec rouge se rabat presque exclusivement sur des bulbes de gagées, tandis que le Chocard à bec jaune préfère les baies et les cynorrhodons. En juin, les craves à bec rouge se nourrissent de chenilles de lépidoptères et les chocards à bec jaune de pupes de Tipulidés. Plus tard dans l'été, le chocard consomme principalement des sauterelles, tandis que le crave ajoute à son régime pupes de Tipulidés, larves de diptères et de coléoptères.. Les deux espèces cachent leur nourriture dans les fentes et les fissures, et referment la cachette avec quelques cailloux..
Voix
Le cri d'appel fort et strident en chee-ow du crave ressemble à celui du choucas, en plus clair et plus fort, également agrémenté de kiah, de kaah, de tschaf ou de skirrik. En revanche sa voix est très distincte de celle du chocard, qui émet un preep vibrant et des sifflements en sweeeooo.
On peut l'entendre crier tout le long de l'année. Les petites sous-espèces du crave ont des appels aux fréquences plus élevées, la taille du corps et la fréquence d'émission étant inversement liées..
Comportement social Le Crave à bec rouge a un comportement territorial, défendant son site de reproduction et le territoire environnant. Les craves restent principalement en couple mais sont grégaires durant l'hiver, se regroupant en petites bandes, ou même en groupes plus gros et hiérarchisés, comptant jusqu'à des centaines d'individus, pour dormir ou chercher leur nourriture..
En dehors de la période de reproduction, le Crave à bec rouge est peu farouche, et on peut le voir s'approcher des habitations, notamment des chalets de montagne.
La pariade a lieu au printemps, et pour sa parade nuptiale le mâle réalise de superbes prouesses aériennes.
Reproduction Nidification
Les couples de craves sont très unis, fidèles pour la reproduction ainsi qu'à leur site de reproduction (philopatrie).. Ils ne se reproduisent généralement qu'une fois par an, pouvant très rarement refaire une couvée après la perte de la première par les prédateurs.. Les craves nichent dans les endroits difficiles d'accès, comme les falaises, les grottes et les crevasses des rochers. Dans les sols sablonneux et suffisamment meubles, les oiseaux peuvent creuser des trous de près d'un mètre de profondeur.. Ils peuvent également construire leur nid dans de vieux bâtiments. Au Tibet, on les trouve dans des monastères en activité, de temps en temps dans les bâtiments modernes de villes mongoles, y compris à Oulan-Bator, la capitale. Le Crave à bec rouge peut aussi utiliser d'autres emplacements artificiels, et s'installer par exemple dans des carrières ou des puits de mine..
Le nid est imposant mais désordonné, avec une base de tiges de bruyère parfois liées à l'aide de boue. Il est composé pour le reste de racines et de tiges de callune, d'ajoncs ou d'autres plantes, avec le fond garni de laine ou de poils. En Asie centrale, les poils peuvent être directement prélevés sur des Jharals.
La femelle pond en général quatre ou cinq œufs, les couvées de trois ou six œufs étant relativement peu fréquentes., celles d'un seul exceptionnelles. La taille de ces œufs a pour valeurs extrêmes 34,3- × 21,5-, et leur poids moyen est de , dont 6 % de coquille. Ils sont elliptiques, lisses et brillants, plus ou moins tachetés et de couleurs très variables, allant de diverses nuances de brun et de gris vers le crème et l'ocre. Les dimensions des œufs sont indépendantes de la taille de la nichée et de l'emplacement du nid, mais peuvent varier d'une femelle à l'autre..
Élevage des jeunes thumb|left|Poussin de crave à bec rouge lors du baguage, à Goulien. L'incubation dure de 17 à 18 jours, exceptionnellement jusqu'à 21 jours, durant lesquels la femelle est nourrie au nid par le mâle. Les poussins sont nidicoles et la femelle reste au nid avec eux pendant une dizaine de jours., puis les deux parents se partagent les tâches d'alimentation des jeunes et d'entretien du nid. Ils nourrissent les jeunes environ sept fois par jour, d'insectes et de larves qu'ils apportent principalement entre et . Les poussins sont recouverts de plumes et capables de voler 31 à 41 jours après l'éclosion.