La Voie lactée, aussi nommée la Galaxie (avec une majuscule), est une galaxie spirale barrée qui comprend entre 200 et d'étoiles, et au moins autant de planètes. Elle abrite le Système solaire et donc la Terre. Le centre galactique est constitué d'un trou noir supermassif, Sagittarius A*. Le diamètre de la Galaxie est estimé à , voire jusqu'à , bien que le nombre d'étoiles au-delà de soit très faible. Son cortège de galaxies satellites et elle font partie du Groupe local, lui-même rattaché au superamas de la Vierge, appartenant lui-même à Laniakea.

Le Système solaire se situe à environ du centre galactique. Observée depuis le Système solaire, qui est situé sur le bord de sa structure en disque, la Galaxie ressemble à une bande blanchâtre. L'accumulation d'une multitude d'étoiles que l'on ne peut distinguer à l'œil nu lui donne son aspect « lacté », comme l'avancent dans l'Antiquité Démocrite et Anaxagore. Grâce à l’invention de sa lunette astronomique, Galilée démontre le premier, en 1610, que cette bande est due à la présence de nombreuses étoiles. L'astronome Thomas Wright élabore, en 1750, un modèle de la Galaxie, qui est repris par le philosophe Emmanuel Kant, lequel avance que les nébuleuses observées dans le ciel sont des « univers-îles ».

Dans les années 1920, l'astronome Edwin Hubble prouve qu'elle n'est qu'une galaxie parmi plusieurs et clôt ainsi le Grand Débat qui porte notamment sur la nature des nébuleuses. C'est à partir des années 1930 que le modèle actuel de galaxie spirale avec un bulbe central s'impose pour la Voie lactée.

Les plus anciennes étoiles de la Galaxie sont apparues après les âges sombres du Big Bang ; elles sont donc presque aussi âgées que l'Univers même. Par exemple, l'âge de HE 1523-0901, la plus vieille étoile de la Voie lactée, est de d'années. Selon des référentiels cosmologiques, l'ensemble de la Galaxie se déplace à une vitesse d'environ . Les étoiles et les gaz qui se trouvent à une grande distance de son centre galactique se déplacent à environ par rapport à ce centre. Les lois de Kepler ne pouvant expliquer cette vitesse constante, il est apparu nécessaire d'envisager que la majorité de la masse de la Voie lactée n'émet ni n'absorbe de rayonnement électromagnétique et est donc constituée d'une substance hypothétique, la matière noire.

Étymologie et histoire du nom vignette|L'Origine de la Voie lactée selon Le Tintoret. Le nom de « Voie lactée » est emprunté, par l'intermédiaire du latin , au grec ancien , signifiant littéralement « cercle galactique », « cercle lacté » ou « cercle laiteux » . .. . désignait une offrande de flan au lait selon Garnet et Boulanger ; .. Elle fait partie des onze cercles que les anciens Grecs ont identifiés dans le ciel : le zodiaque, le méridien, l'horizon, l'équateur, les tropiques du Capricorne et du Cancer, les cercles arctique et antarctique et les deux colures passant par les deux pôles célestes..

Cette désignation trouve son origine dans la mythologie grecque : dans le récit le plus courant, Zeus, désirant rendre Héraclès immortel, lui fait téter le sein d'Héra alors endormie. Celle-ci essaye d'arracher Héraclès de son sein, et y parvient en laissant une giclée de lait s'épandre dans le ciel, formant la Voie lactée.. Selon une seconde version, peu de temps après la naissance d'Héraclès, Hermès enlève l'enfant et le place dans le lit d'Héra endormie : aucun des fils de Zeus ne peut devenir immortel s'il n'a tété au sein de la déesse Allaitement par Héra : première mention, sans détails, dans , 38-39 et 1327-1328. Condition pour l'immortalité et intervention d'Hermès : pseudo-Ératosthène, Catastérismes, 44. Chez , , 25, 2, c'est Zeus qui agit mais on ne précise pas pourquoi. Héra endormie : , , 43.. Affamé, le bébé s'approche de celle-ci et commence à téter. Se réveillant, Héra aperçoit l'enfant et, indignée, le repousse ; le lait divin se répand dans le ciel en une traînée blanchâtre, la Voie lactéepseudo-Ératosthène, Catastérismes, 44.. Dans une troisième version, Alcmène abandonne son enfant par crainte de la vengeance d'Héra. Athéna convainc cette dernière d'allaiter le bébé, mais Héraclès tète trop goulûment et Athéna doit le rendre à sa mèreDiodore, , 9, 6.. Si les interprétations mythologiques de la Voie lactée sont nombreuses et diverses, la Galaxie est presque toujours considérée comme une rivière ou un chemin : des Arabes, des Hébreux, ou des Chinois, dans la tradition sanskrite..

L'adjectif en grec ancien , « de lait, lacté », formé du mot , au génitif , « lait », et du suffixe adjectival , est aussi l'origine du nom « Galaxie) puis, plus tard, de tous les ensembles d'étoiles. ....

Observations et découvertes

Dans l'Antiquité, les premières observations des comètes donnent naissance à de nombreuses mythologies de la Voie lactée puis à des interprétations issues de la philosophie naturelle grecque. Aristote dans son traité Du ciel divise le cosmos en monde céleste, composé d'éléments sphériques parfaits, et monde sublunaire avec ses objets imparfaits. Dans son traité des Météorologiques, il considère la Voie lactée comme un phénomène atmosphérique placé dans la moyenne région sublunaireAristote, Météorologiques, , 8, 345.. Selon Macrobe, Théophraste, disciple d'Aristote, regarde la Voie lactée comme le point de suture des deux hémisphères qui réunit et forme la sphère céleste ; là où les hémisphères se rejoignent, elle est selon lui plus brillante qu'ailleursMacrobe, Commentaire du songe de Scipion () lire en ligne.. Mais Démocrite et Anaxagore, bien plus anciens, jugent que cette blancheur céleste doit être produite par une multitude d'étoiles, trop petites pour les distinguer à l'œil nu.. Cette conception stellaire de la Voie lactée apparaît d'abord en Inde..

Claude Ptolémée synthétise 500 ans d'observations dans son Almageste rédigé au . Il propose un modèle mathématique où la Terre est au centre de l'Univers (il épouse donc la vision philosophique d'Aristote) et les autres objets célestes tournent autour selon des parcours circulaires. L'influence aristotélicienne, grâce à l’Almageste de Ptolémée, reste prédominante en Occident jusqu'au .. Cependant, le philosophe néoplatonicien Olympiodore le Jeune dès le réfute cette conception météorologique par deux arguments principaux : des planètes passent parfois devant la Voie lactée et elle n'a aucun effet sur la parallaxe..

Tandis que plusieurs astronomes arabes et perses du Moyen Âge penchent pour son origine stellaire, Al-Biruni, astronome perse du début du , décrit la Galaxie comme un rassemblement de nombreuses étoiles nébuleuses. Alhazen réfute la théorie d'Aristote en opérant une tentative d'observation et de mesure de la parallaxe. et ainsi . Au début du , l'astronome andalou Avempace est d'avis que la Voie lactée est faite d'un grand nombre d'étoiles, mais que la réfraction de l'atmosphère terrestre lui donne l'aspect d'un . Pour appuyer sa thèse, il étudie la conjonction de Mars et de Jupiter de : elle a l'aspect d'une figure élancée malgré l'aspect circulaire des deux planètes..

L'observation à l'œil nu de la Voie lactée ne permet de distinguer qu'une très faible partie des étoiles dont elle se compose. Avec sa lunette astronomique, Galilée découvre dès 1610 que la Voie lactée est un . mais considère à tort qu'elle n'est pas constituée de gaz ; traduit en anglais : .. (alors qu'il s'avérera qu'elle regorge de nombreuses nébuleuses).

Dans son (1734), le philosophe suédois Emanuel Swedenborg avance que les galaxies sont des univers-îles. En 1750, l'astronome Thomas Wright, dans son ouvrage , étudie la structure de la Galaxie et imagine qu'elle forme un nuage aplati, disque parsemé d'étoiles parmi lesquelles se trouve le Soleil. L'apparence de la Voie lactée est , écrit-il .. Le philosophe Jean-Henri Lambert parvient à des conclusions identiques en 1761. Dans un traité de 1755, le philosophe Emmanuel Kant, s'appuyant sur les travaux de WrightSelon , en , il avance que, malgré leur attraction gravitationnelle réciproque, les étoiles des constellations n'entrent pas en collision parce qu'elles suivent une orbite. La force centrifuge les maintient séparées ; en , l'astronome affirme que la Voie lactée est un anneau ; en , Wright spécule que le corps central de la Voie lactée, autour duquel le reste de la Voie lactée tourne, pourrait être invisible à nos yeux ; en , il surnomme la Voie lactée « » (le grand tourbillon) et estime son diamètre à () ; en , il spécule que la Galaxie comprend un nombre immense de planètes inhabités., spécule correctement que la Voie lactée pourrait être un corps en rotation composé d'un nombre immense d'étoiles retenues par la gravitation, de la même façon que le Soleil retient les planètes du Système solaire, mais à une échelle nettement plus vaste .

C'est à M. Wright de Durham, un Anglais, qu'il était réservé d'accomplir l'heureux pas vers une observation, qui semblait, pour lui et personne d'autre, nécessaire à la genèse d'une brillante idée, mais qu'il a insuffisamment exploité. Il a jugé que les étoiles fixes ne formaient pas un essaim désorganisé, éparpillées sans motif. Il a plutôt découvert une forme systématique dans l'ensemble ainsi qu'une relation générale entre ces étoiles et le plan principal de l'espace qu'elles occupent.. Le disque d'étoiles ainsi formé serait observé comme une bande dans le ciel depuis la Terre (qui se trouve à l'intérieur du disque). Il conjecture aussi que des nébuleuses, visibles dans le ciel nocturne, seraient des « galaxies » semblables à la nôtre. Il qualifie la Voie lactée et les « nébuleuses extragalactiques » d'« univers-îles ». .

.L'expression (univers-île) n'apparaît pas dans l'ouvrage de Kant de 1755. Il apparaît pour la première fois en 1850 dans .

Passage traduit en anglais : ( ) . Dans son Exposition du système du monde, ouvrage de vulgarisation publié en 1796, Pierre-Simon de Laplace fait l'hypothèse que de ..

vignette|gauche|Notre Galaxie vue par William Herschel en 1785. Il supposait que le Système solaire était près du centre.

La première tentative de décrire la forme de la Voie lactée et la position du Soleil au sein de celle-ci est effectuée par William Herschel en 1785 en dénombrant les étoiles dans différentes régions du ciel. Il construit un schéma mettant le Soleil près du centre de la Voie lactée. Le schéma d'Herschel apparaît immédiatement après la dernière page de l'article. (hypothèse fausse selon les données actuelles). Ne connaissant pas la distance des étoiles, il suppose pour élaborer son modèle quantitatif cinq hypothèses de base dont plusieurs se révéleront fausses : toutes les étoiles ont une même luminosité intrinsèque, leur distance décroît en proportion de leur magnitude apparente et absence d'extinction interstellaire.

En 1845, William Parsons construit un télescope plus puissant qui permet de différencier les galaxies elliptiques des galaxies spirales. Son instrument permet d'observer des sources de lumière distinctes dans quelques nébuleuses, ce qui conforte la conjecture de Kant ...

vignette|Photographie (1899) de la « Grande nébuleuse d'Andromède », plus tard appelée la galaxie d'Andromède.