vignette|Tampon du mot « bullshit » sur le bureau d'un photographe de rue. Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API. est à l'origine un terme d'argot américain vulgaire Bullshit, Online Etymology Dictionary : (littéralement « merde de taureau »), généralement traduit par ... mais également traduisible par « foutaises », « conneries »Étienne et Simone Deak, Grand dictionnaire d'américanismes, Éditions du Dauphin, Paris, édition, 1987, rubrique « Bullshit », p. 101 : .Bullshit, Cambridge Dictionary.. L'apocope , les initiales ou l'euphémisme sont des équivalents modérés. L'interjection () sert à dénoncer un mensonge ou une exagération.
Aspects linguistiques Anglais britannique Bullshit est présent, sans indication géographique (Br ou Am), dans Pardon My French!, dictionnaire de poche d'argot français-anglais et anglais-français paru en 1998 chez Harrap (p. 13).
Un équivalent britannique de l'interjection est Rubrique bollocks, reference.com., terme aussi orthographié .
Traductions en français Les dictionnaires anglais-français traduisent bullshit en fonction de la nature grammaticale du terme : substantif, modificateur (adjectif), interjection, verbe transitif, verbe intransitif.
Le substantif se traduit par « connerie » (singulier) ou « conneries » (pluriel)Dictionnaire bilingue anglais-français Larousse..
L'interjection a pour traduction « c'est des conneries ! »Entrée Bullshit du dictionnaire Collins français-anglais en ligne..
Le verbe se traduit par « raconter des conneries à » quand il est transitif et par « déconner », « raconter des conneries » quand il est intransitif.
Employé en tant que modificateur d'un substantif, peut être rendu par « à la con » ou « de merde », voire « merdique », ainsi dans , « emploi à la con », « boulot de merde », « boulot merdique »site tr-ex.me..
Franglais Si le terme ne figure ni dans l'ouvrage Les mots anglais du français publié chez Belin éditeur en 1998 par le linguiste Jean TournierJean Tournier, Les mots anglais du français, Belin, 1998, 588 p., ni dans le livre Évitez le franglais, parlez français ! d'Yves Laroche-Claire paru chez Albin Michel en 2004Yves Laroche-Claire, Évitez le franglais, parlez français !, Albin Michel, coll. « Les dicos d'or de Bernard Pivot », 2004, 295 p., il est en revanche recensé comme emprunt à l'anglais par Alfred Gilder dans son Dictionnaire franglais-français paru au Cherche midi en 1999. Cet auteur qualifie « » de et lui donne trois acceptions : Alfred Gilder, En vrai français dans le texte. Dictionnaire franglais-français, le cherche midi, 1999, 376, p. 51 (rubrique )..
Philosophie Analyse de Harry Frankfurt Une théorie du a été élaborée par feu le philosophe américain Harry Frankfurt dans un essai intitulé On Bullshit, dont la traduction en français par Didier Sénécal (De l'art de dire des conneries) date de 2006. Elle distingue nettement le (« conneries », « baratin ») du mensonge : alors qu'un menteur fait délibérément des déclarations fausses, le « diseur de conneries » est simplement indifférent à la vérité. Si un menteur a besoin de connaître la vérité pour mieux cacher celle-ci à son interlocuteur, le diseur de conneries en revanche, ne s'intéressant qu'à ses objectifs personnels, n'en a pas nécessairement besoin. Cette indifférence est jugée particulièrement dangereuse pour la vie civique et les institutions, car elle mine la distinction fondamentale entre le vrai et le faux (Frankfurt, 2002 : 343, cité par Townsen en 2024 ).
Sur cette base, des chercheurs ont défini deux grandes sous-catégories de bullshit : le hard bullshit (produit avec l’intention de tromper sur les intentions du locuteur) ; et le soft bullshit (produit sans souci de vérité mais sans volonté démontrable de tromper). Des exemples comme les publicités Marlboro, qui suggèrent que fumer rend courageux comme un cow-boy, illustrent ce soft bullshit où l’énonciateur ne prétend pas croire à son propre message. Cette distinction peut inclure des types de discours apparemment anodins mais potentiellement destructeurs, que l'on peut retrouver dans certaines conversations creuses de réseaux sociaux, dans de nombreux slogans publicitaires ou dans de nombreuses réponses d'IA génératives (voir plus bas), qui par leur fréquence, contribuent à banaliser le bullshit et à une perte de sens de certains espaces de discussion, un effet que Frankfurt identifie comme une menace civilisationnelle. En 2006, le philosophe a publié un ouvrage complémentaire, , réflexion sur le désintérêt de nos sociétés pour la vérité, et plaidoyer pour la valeur de la vérité.
Analyse de Pascal Engel Pascal Engel, tout en rappelant que le choix du traducteur du livre de Frankfurt est le mot « connerie », lui préfère celui de « foutaise ».. Il s'en justifie ainsi : Selon Engel, le est indifférent à la valeur de vérité de ses assertions et il n'est ., il est plutôt .. En ce sens, il rejoint Frankfurt pour distinguer le du menteur : il n'est pas soucieux de mentir, mais insoucieux de savoir s'il dit vrai.. Il convient donc pour Engel, comme pour Frankfurt, de caractériser la foutaise non à partir de l'assertion produite, mais en tant qu'activité, marquée par , une indifférence à la vérité et un ..
Autres analyses John Searle aimait reprendre un trait d'esprit selon lequel Jacques Derrida était le genre de philosophe qui donne une mauvaise réputation au bullshit. L'identité de l'auteur originel de la remarque est cependant incertaine..
Selon Irati Zubia Landa (2005), il existe une injustice épistémique face à la foutaise car tout le monde ne peut pas se permettre d'être un baratineur, considéré comme un individu indifférent à la responsabilité de ce qu'il énonce.
Bullshit dans la philosophie française Selon le philosophe anglais Gerald Cohen, repris par le neuroscientifique suisse Sebastian Dieguez, la France, et plus spécifiquement Paris, constituerait un terreau particulièrement propice à l'épanouissement du bullshit académique. On peut en trouver des exemples dans les écrits des penseurs postmodernes comme Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Jacques Lacan ou Julia Kristeva. Une de ses spécificités serait de se parer d'une fausse profondeur par le biais d'énoncés peu clairs (et impossibles à clarifier sans déformation), accompagnés d'une certaine indifférence à l'égard du vrai ou de sa recherche (voir également sous : Effet Gourou). Cohen explique ce phénomène par trois facteurs principaux qui se combinent entre eux.
Le premier de ces facteurs se trouve dans l'autorité prédominante qu'exerce Paris sur le monde intellectuel, politique (et Dieguez ajoute médiatique)Ibid., p. 97., ainsi que l'interpénétration de ces sphères entre elles. Cette centralisation, cette confusion entre domaines distincts, de même que l'uniformité du système académique français, empêcheraient la survenue de courants de pensées critiques, voire divergents, et favoriseraient ainsi l'émergence d'impostures intellectuelles comme le bullshitCohen, 2012, pp. 105..
Le deuxième facteur est à chercher dans le goût et l'aptitude des Français pour le style, qui bien souvent prédomine sur le fond, et permet de dissimuler plus aisément le bullshit le cas échéant, tout en favorisant sa diffusion par son aspect saisissantIbid., p. 110.. Comme le note Dieguez: « Le discours devient pour ainsi dire une affaire esthétique plutôt qu'épistémiqueDieguez, 2018, p. 98. ». La France possède en outre une solide tradition d'écrivains-philosophes, tels que Diderot, Rousseau, Sartre ou Camus, ce qui favoriserait également un mélange des genres et empêcherait, dans une certaine mesure, une application rigoureuse de l'appareil critique à l'égard des thèses philosophiques avancéesCohen, 2012, pp. 111-112..
Enfin, le troisième et dernier facteur prépondérant se situe, toujours selon Cohen, dans l'intérêt soutenu du grand public français pour la production intellectuelle dans des domaines dont il n'est pas spécialiste (comme la philosophie), ce qui favoriserait une certaine tendance à s'intéresser à ce qui est décrété intéressant par l'intelligentsia parisienne, au détriment de ce qui est vrai, mais pourrait s'avérer potentiellement plus ennuyeuxIbid., pp. 110-111.. On préférera ainsi un discours passionné qui sonne radical mais comporte potentiellement plus d'inexactitudes à un discours plus rigoureux mais de facture plus conformisteIbid., p. 112.. « D'une façon ou d'une autre, [ces] facteurs concourent à ce que les auteurs recherchent quelque chose de nouveau, d'intéressant et, si possible, de choquant, plutôt que ce qui augmente notre contact avec la réalité. Dans ce qui constitue peut-être l'apogée du développement du bullshit, un apogée que Hegel aurait pu appeler "le bullshit élevé à la conscience de lui-même", la vérité est (comme dans une grande partie du postmodernisme) expressément dénigrée. En partie parce que la vérité n'est même pas visée, les thèses fausses ou, plutôt, fallacieuses, foisonnent, et elles sont protégées contre leur révélation par un énoncé obscur et/ou par une défense obscure lorsqu'elles sont contestées : ainsi, le bullshit foisonne également"In one way or another, the features conspire to make authors go for something novel, and interesting, and, if possible, shocking, rather than for what increases contact with the truth. In what perhaps ranks as the consummation of the development of bullshit, a consummation that Hegel might have called “bullshit risen to consciousness of itself,” truth is (as it is in much postmodmernism) expressly disparaged. Partly because truth is not even aimed at, false, or, rather, untrue theses, abound, and they are protected against exposure by obscure statement and/or by obscure defense when they are challenged: so bullshit, too, abounds." Ibid., pp. 113-114, (c'est nous qui traduisons).. »
Intelligence artificielle générative Dans le domaine de l'IA générative et en particulier des larges modèles de langage (LLMs), une « bullshit machine » est une intelligence artificielle qui produit des réponses ne tenant pas compte de la vérité ni des faits. Certains auteurs comme Hicks et al. (2024) soutiennent que ces réponses de l'IA, et même que comme de l'intelligence. Ils s'appuient sur une définition philosophique du « bullshit » (type d'énoncés écrits ou dits produits sans souci de leur véracité) telle que formulée par Harry Frankfurt, et notamment reprise par Bergstrom (2021) Bergstrom, C. T. and West, J. D. Calling bullshit: The art of skepticism in a data-driven world. Random House Trade Paperbacks, 2021 Carl T. Bergstrom, C. B. O. ChatGPT Isn't ‘Hallucinating.' It's Bullshitting. — undark.org. https://undark.org/2023/04/06/chatgpt-isnt-hallucinating-its-bullshitting Carson, T. L. Frankfurt and cohen on bullshit, bullshiting, deception, lying, and concern with the truth of what one says. Pragmatics & Cognition, 23(1):53–67, 2016. .
Contrairement aux hallucinations, qui traduisent l'équivalent d'une réelle perte de contact avec la réalité, le bullshit décrit une production montrant un désintérêt structurel pour la véracité (désintérêt qui serait, a priori, un biais de l'IA, le plus souvent motivé par des objectifs de persuasion ou de satisfaction de l'utilisateur. C'est pourquoi certains auteurs (comme Hicks, Humphries et Slater dans un essai intitulé « ChatGPT, c'est du pipeau » ), pour chatGPT préfèrent parler de machine à produire du « canular » ou du contenu « pipeau », estimant que des termes trop anthropomorphisant courants tels qu'« hallucination » et « fabulation » déforment les LLM et sèment une confusion potentiellement néfaste pour la société. D'autres comme le chercheur en histoire des philosophies et des religions, Jimmy Alfonso Licon (2025), critiquent cette dernière approche comme étant trop caricaturale, car .
« Bullshit Index » (bullshit dans les larges modèles de langage)