Les vitraux de l'église Saint-Malo de Dinan sont mis en place après l'achèvement de la nef en 1865. Les vitraux du chœur, du transept et des chapelles de la nef sont posés durant la fin du , ceux des bas-côtés de la nef, durant la première moitié du , puis les vitraux de la chapelle axiale sont renouvelés au début de la deuxième moitié du . L'ensemble des vitraux témoigne de l'évolution de cette production artistique du au .

Renaissance du vitrail au Le est la deuxième grande époque du vitrail après celle des . Après avoir diminué tout au long du Moyen Âge et durant la Renaissance, la production de vitrail disparait pratiquement à partir du . La contre-réforme et le développement de l'architecture classique modifient la vision de la décoration de l'église, les vitraux assombrissent les églises et une grande quantité d'entre eux est remplacée par des vitres claires à motifs géométriques. Leur nombre diminue encore à la Révolution, les vitraux présentant des signes liés à la féodalité ou à la royauté doivent être détruits (décrets 1793).

Plusieurs facteurs vont provoquer la renaissance du vitrail au : le concordat de 1801 puis la restauration redonnent à l'église sa pleine légitimité ; l'essor économique de la France durant le provoque un accroissement des villes et une multiplication des paroisses, de nouvelles églises doivent alors être construites, les plus anciennes sont agrandies ou rebâties ; en opposition avec le rationalisme du siècle des lumières, le romantisme favorise la renaissance de la religion, le Génie du Christianisme de Chateaubriand en est un bon exemple ; le Moyen Âge est alors vu comme un âge d'or, le néo-gothique représente la modernité et devient le style dominant pour les bâtiments religieux.

L'art du vitrail est fortement influencé par ce retour au Moyen Âge. Au , les références au médiéval sont incontournables dans le décor des églises.

Les vitraux « archéologiques » ou néo-médiévaux (inspirés du Moyen Âge) se multiplient, puis au début du , le vitrail se libère peu à peu de l'attrait pour le Moyen Âge, les goûts évoluent, le tableau d'histoire a beaucoup de succès et les représentations en « vitrail-tableaux » remplacent rapidement les vitraux néo-médiévaux.

L'église Saint-Malo de Dinan possède ces deux catégories de vitraux, vitraux néo-gothiques du et vitrail-tableaux de la première moitié du . Les vitraux néo-gothiques sont ici qualifiés de « vitraux mixtes », car ils sont constitués d'une partie « vitrail tableau » entourée d'architectures néo-gothiques. Excepté dans les chapelles rayonnantes et dans le haut-chœur, ces nouveaux vitraux ont peu à peu remplacé les anciennes verrières composées de vitreries à losanges.

Le déambulatoire, le transept et les chapelles de la nef sont ornés de « vitraux mixtes » du à motifs néo-gothiques, voire néo-renaissance. Les deux côtés de la nef accueillent les grands « vitraux-tableaux ».

Jusque dans les années 1980, les vitraux de Saint-Malo de Dinan n'intéressent personne : en 1922, l'architecte des bâtiments civils décrit les vitraux néogothiques du comme « dépourvus d'intérêt » ; en 1950, l'architecte en chef des Monuments Historiques évoque des « vitraux à personnages du siècle dernier sans aucun intérêt » ; en 1974, l'architecte en chef des Monuments Historiques note le mauvais état des vitraux de l'église et les décrit comme "grandes compositions à personnages sans intérêt datant d'une cinquantaine d'années". Il faut attendre les années 1990 pour qu'ils retrouvent un intérêt culturel : « les vitraux qui longent les bas côtés et le déambulatoire, tous des , sont de qualité tout à fait exceptionnelle » déclare l'architecte en chef des Monuments Historiques en 1991.

Contexte historique Les relations entre l'église et les communes La décoration de l'église et les vitraux en particulier expriment le message religieux délivré par le clergé auprès des fidèles. Ce programme iconographique dépend du contexte historique dans lequel il s'exprime, des moyens dont dispose la paroisse et des acteurs pouvant le prendre en charge ou l'influencer.

Au , le concordat de 1801 puis le décret du organisent les relations entre les religions, les communes et l'état : ils rétablissent la fabrique en tant qu'organe de gestion du culte dans la paroisse, c'est elle qui est responsable de l'entretien de l'église et de sa décorationart. 37 du décret du 30/12/1809 ; ils attribuent la propriété des églises paroissiales aux communes qui doivent les maintenir en état et ont la charge des grosses réparations. Jusqu'en 1905, les vitraux, éléments décoratifs, sont de la responsabilité des fabriques, ils sont tenus de les réparer et de les restaurer. Le maire et le curé étant membres de droit de la fabrique, l'église et la commune sont parties prenantes dans les décisions relatives à la décoration de l'église. De plus, les décisions nécessitant une dépense importante (supérieures à 200 Francs en 1809) doivent être soumises au préfet - il assure la tutelle administrative des fabriques - et discutées en séance de Conseil Municipal. La pose de nouveaux vitraux ne peut donc se faire qu'en concertation entre la fabrique et le conseil municipal.

Les archives de la fabrique de l'église Saint-Malo de DinanV 1162 à V 1169, Archives départementales des Côtes d'Armor ne révèlent malheureusement aucune information concernant les vitraux posés dans le chœur et une partie de la nef avant 1905.

En 1905 est votée la loi de séparation des églises et de l'état. : la fabrique est remplacée par l'association cultuelle, refusée par l'église, elle sera remplacée par l'association diocésaine. (accords Poincaré-Ceretti signé entre la papauté et la France en 1924) ; l'association diocésaine ne se situe plus au niveau de la paroisse mais au niveau du diocèse, l'évêque en est le président, la commune n'y intervient plus. La responsabilité de l'entretien des églises paroissiales (construites avant 1905) se partage entre le curé (pour l'entretien courant, en tant qu'affectataire des lieux) et les communes (pour leur maintien en état, en tant que propriétaire) ; après 1905, à la suite du refus de l'Église de créer les associations cultuelles prévues par la loi de séparation, les biens meubles et immeubles présents dans les bâtiments religieux restent propriété des communes (à l'exception des biens acquis ou construits après 1905), ils sont affectés au curé (et non à l'évêque) pour les besoins du culte. Ce sont les communes, propriétaires des lieux, qui prennent en charge les travaux relatifs à l'immobilier.

De 1905 à 1924, la fabrique n'existe plus, l'association diocésaine n'est pas encore créée, la situation juridique de l'église reste floue. Dans l'église Saint-Malo de Dinan, le curé, affectataire de l'église, semble être le principal décisionnaire en matière de choix des vitraux entre 1920 et 1926. Les vitraux sont financés par la paroisse, le bulletin paroissial de cette époque fait appel aux donateurs (contrairement à d'autres églises, leur nom est rarement inscrit sur le vitrail).

À partir de 1925 (création de l'association diocésaine de l'évêché de Saint-Brieuc-Tréguier.), le curé, l'association diocésaine chargée de l'organisation du culte et la commune, propriétaire de l'église. doivent dialoguer pour aménager l'église.

De 1920 à 1930, les bulletins paroissiauxCP 146, Archives Départementales des Côtes d'Armor ainsi que les archives de la Médiathèque du patrimoine ne mentionnent que le curé et les architectes des monuments historiques en tant qu'acteurs de la décoration de l'église. Ni le conseil municipal, ni le diocèse ne participent au financement et au choix des vitraux.

Après la seconde guerre mondiale, apparaitront les Commissions diocésaines d'art sacré, le concile Vatican II les rendra obligatoire. La pose de vitraux sera dorénavant soumise à l'accord de cette commission dans chaque diocèse.

Les relations avec l'état L'état intervient par le biais des architectes des bâtiments civils, des architectes diocésains puis des architectes des Monuments Historiques.

Au , leur intervention se signale surtout lors de la construction de la nouvelle nef, les vitraux n'y sont pas évoqués.

L'église est classée monument historique le aout 1907 et les interventions des architectes des Monuments Historiques après cette date sont nombreuses.

En 1920, M. Hambold, architecte en chef de Monuments Historiques, demande que soit modifié le sujet en bas du vitrail commémoratif (maquette de Marcel Magne),

En 1925, les Beaux Arts et les Monuments Historiques souhaitent que les verres composant les nouveaux vitraux proposés par l'atelier G. Merklen (cartons de J. Virolle) soient de petite dimension et les plombs nombreux.

De 1923 à 1928, l'architecte en chef des Monuments historiques donne son avis sur les nouveaux vitraux de la nef et note que les frais de réalisation et de pose sont entièrement à la charge de la paroisse.

Théologie Le Saint-Siège, après la période révolutionnaire veut restaurer l'église en lui donnant une vocation universelle respectant une liturgie identique partout dans le monde. Cette volonté s'oppose à l'approche gallicane de l'église de France et durant la première moitié du , gallicans et ultramontains s'affrontent à coup d'articles et de livres. Vers 1860, les ultramontains ont gagné, tous les évêchés ont abandonné la liturgie locale pour la liturgie romaine. Le bréviaire, le missel sont conformes à cette liturgie, les pratiques locales sont abandonnées et le latin est affirmé comme la langue de l'église universelle (la plupart des vitraux du sont écrits en latin).

La doctrine ultramontaine veut relancer la pratique religieuse et souhaite s'appuyer sur des messages simples et compréhensibles par tous. L'éducation religieuse, la famille, les valeurs chrétiennes prennent beaucoup d'importance. La piété religieuse envers le Christ (Sacré-cœur) et la Vierge Marie (Immaculée Conception), sont essentielles. La primauté du pape est affirmée. Durant son pontificat (1846-1878), le pape Pie IX officialise le dogme de l'Immaculée Conception en 1854, étend la fête du Sacré-Cœur à l'ensemble de l'église catholique romaine en 1856, publie, en 1864, l'encyclique Syllabus où il condamne un grand nombre d'évolutions dans le domaine des idées, de la politique, de la science et en 1870 il définit le dogme de l'Infaillibilité pontificale à la suite du concile Vatican I.

Le pontificat de Léon XIII (1878-1903) assouplira la position dogmatique de l'église et l'orientera vers de préoccupations plus sociales (voir l'encyclique Rerum novarum et ses conséquences). Cette nouvelle orientation laissera plus de liberté aux concepteurs des programmes iconographiques des églises.

Peintre-verriers Plusieurs ateliers de peintre-verriers se sont succédé à l'intérieur de l'église : l'atelier Eugène Denis (1828-1878) de Nantes. pour les "vitraux mixtes" du (chœur, transept, chapelles de la nef et façade occidentale), actif de 1851 à 1878, il réalisa beaucoup de vitraux dans l'ouest de la France ; initialement Eugène Denis faisait lui-même ses cartons, puis, à la suite du développement de l'atelier, il en chargea les dessinateurs Hussenet et Livache ; l'atelier Charles Lorin de Chartres pour le vitrail du rosaire dans la nef (1901) ; Charles Lorin. (1874-1940), actif de 1901 à 1940, intervint dans de très nombreuses églises françaises ; Charles Champigneulle fils. (1853-1905) pour le vitrail du purgatoire ; membre d'une dynastie de peintres-verriers, fils de Charles-François Champigneulle, son atelier est situé à Paris (rue ND des Champs, ) ; il signe Ch. Champigneulle et Cie (jusqu'en ) et ancienne maison Coffetier ; l'atelier Ch. Champigneulle. (successeurs de Charles Champigneulle fils) pour le vitrail commémoratif de la première guerre mondiale (1921) ;