La seconde guerre Zhili–Fengtian () est un conflit opposant en 1924 deux puissantes cliques chinoises pendant la période des seigneurs de la guerre. La clique du Fengtian de Mandchourie, soutenue et armée par le Japon, se dresse contre la puissante clique du Zhili qui domine alors le gouvernement de Beiyang.

Cette guerre est considérée comme étant la plus importante de la période des seigneurs de la guerre de la Chine ; elle est marquée par le coup de Pékin, fomenté par le seigneur de la guerre Feng Yuxiang et qui conduit à la défaite totale de la clique du Zhili. Pendant la guerre, les deux clans se livrent à de multiples petites escarmouches et à des sièges mais le sort de la guerre est décidé à la grande bataille de Tianjin, en .

Lors de la guerre, Feng Yuxiang trahit le Zhili et rallie la clique du Fengtian de Zhang Zuolin. Ensemble, ils acceptent de donner le contrôle du gouvernement de Beiyang à Duan Qirui. Dans le sud et le centre de la Chine, la chute du Zhili et les conquêtes territoriales du Fengtian provoquent une vague de protestations de la part des autres cliques chinoises et accélèrent la préparation de l'expédition du Nord par le Kuomintang depuis la province du Guangdong.

Contexte Durant l'été 1924, la clique du Zhili, dirigée par Cao Kun et soutenue par l'armée de Wu Peifu, contrôlait une grande partie de la Chine proprement dite et dominait très largement le gouvernement de Beiyang depuis sa retentissante victoire durant la première guerre Zhili-Fengtian. La clique n'avait aucun rival sérieux et était soutenue par la Grande-Bretagne et les États-Unis.

La cause première du conflit portait sur le contrôle de Shanghai, la plus grande ville chinoise, et de son port, qui s'étendait jusqu'à l'autre rive du fleuve bleu, laquelle appartenait à la province du Jiangsu, contrôlée par le général du Zhili Qi Xieyuan. Cependant, la ville était administrée par Lu Yongxiang puisqu'elle était située dans la province du Zhejiang. Or celle-ci était sous le  contrôle de la clique de l'Anhui. C'était, avec le Shandong, les ultimes provinces que la clique de l'Anhui contrôlait encore après son écrasement durant la guerre Zhili-Anhui de 1920. La clique de l'Anhui était tolérée par la clique du Zhili aussi longtemps qu'elle restait neutre dans les conflits chinois. Or, en , des affrontements éclatèrent lorsque les autorités du Zhejiang refusèrent de céder l'administration de la ville à Qi Xieyuan. La première guerre Jiangsu-Zhejiang éclata alors. Zhang Zuolin et Sun Yat-sen promirent alors de défendre la neutralité du Zhejiang. Les tensions s'augmentèrent alors car la clique de Fengtian était impatiente d'en découdre et de se venger de l'humiliante défaite de la première guerre Zhili-Fengtian de 1922, et elle s'y était longuement préparée.

La clique du Zhili, en revanche, avait surestimé ses propres forces et se trouva dépourvue quand il s'agit de faire face à ce second conflit. vignette|Carte de la Chine de 1923 à 1924

Préparatifs de guerre du Fengtian Du fait de sa précédente défaite humiliante contre la clique du Zhili, la clique du Fengtian s'était beaucoup affaiblie et s'était repliée sur sa base mandchou. Elle s'était, durant deux ans, consacrée principalement sur sa réforme militaire et à moderniser son armement. Zhang Zuolin soigna également l'instruction militaire de ses troupes avec l'aide de conseillers japonais.

Le chef de l'état-major, le général Yang Yuting, fut nommé Inspecteur Général de l'armement du Fengtian, tandis que Wang Yintai (王荫泰) devint directeur du Département du matériel de l'armement. Grâce à ces deux hommes énergiques, l'armement de la clique s'étoffa, permettant de produire chaque année environ d'artillerie (à l'exclusion des mortiers), plus de , et  modernes par an, permettant de renouveler en profondeur les armes d'une très large partie des troupes. La production d'obus d'artillerie était de par an et la clique produisit manuellement plus de . Cet armement donna un avantage décisif à l'armée du Fengtian durant le conflit.

L'armée de l'air et la marine avaient également été renforcées. Le fils de Zhang Zuolin, Zhang Xueliang, fut nommé directeur du ministère de l'Aviation, assisté par Zhou Peibing (周培炳) et Yao Xijiu (姚锡九). Des avions allemands et italiens furent achetés, ce qui porta l'effectif total à près de , répartis en quatre groupes d'escadrille. De nouvelles bases aériennes furent construites dans des villes stratégiques. On créa également un grand quartier général pour la Marine et une école de formation à Harbin. Sous la supervision du grand quartier général de la Sécurité, la direction de la police maritime fut créée, avec Shen Honglie (沈鸿烈) comme directeur. Cette réforme permit la création d'une véritable flottille fluviale et côtière de la Chine du Nord-est.

Pour améliorer les déplacements et le ravitaillement des unités, de vastes réserves d'eau et de charbon furent constituées à Suizhong, Xingcheng et Dayaogou (大窑沟) afin de faciliter le déploiement rapide des troupes par le biais du chemin de fer. Le Fengtian fit bâtir de nouvelles voies ferrées supplémentaires afin de pouvoir évacuer rapidement la population mandchou en cas de guerre. De nouvelles routes furent construites pour améliorer le transport dans les zones non desservies par le rail, et chaque armée disposait de son propre réseau de communications (téléphone et télégraphe), relié au quartier général. Des radios furent aussi affectés en grand nombre à chaque unité. Et, pour améliorer davantage les communications radio, des stations de radio furent construites à Shenyang, Harbin et Linghai.

Outre la modernisation de la logistique, la clique du Fengtian mis en place une ambitieuse réforme militaire. Immédiatement après la première guerre Zhili-Fengtian, le commandant Bao Deshan (鲍德山) et Xu Changyou (许昌有) avaient été blâmés pour leur attitude et leur rôle dans la défaite de la clique. Ils furent condamnés et exécutés au printemps 1923. De nombreux conseillers, disposant à la fois de compétences militaires et civiles, furent nommés comme Liang Hongzhi, Wang Jitang (王揖唐), Zeng Yuxi (曾毓隽) et Li Sihao (李思浩). Le ministère de l'inspection du Nord-est de la Chine (东三省巡阅使署) et le poste du vice-Roi (奉天督军署), datant de la dynastie des Qing, fusionnèrent pour former l'Administration Centrale de Sécurité pour la Chine du Nord-est (东三省保安司令部). Cela rationalisa grandement l'administration de la Mandchourie. Une Direction de Réorganisation de l'Armée de la Chine du Nord-est (东三省陆军整理处) fut également créée spécifiquement pour gérer les besoins des forces du Fengtian. Le vice-roi du Jilin, Sun Liechen (孙烈臣), fut nommé inspecteur-général, avec pour adjoints Jiang Dengxuan (姜登选), Han Chuntian (韩田春) et Li Jinglin. Enfin, durant l'été 1923, le haut quartier général de l'armée du Xingcheng–Suizhong s'était établi au Xian de Suizhong, avec à sa tête Jiang Dengxuan, nommé commandant en chef, de sorte qu'une fois la guerre déclarée, la hiérarchie administrative de commandement pouvait être rapidement convertie en quartier général de front.

Les forces du Fengtian passèrent de 25 à 27 brigades, organisées en trois armées de trois divisions chacune. Chaque division comportait donc trois brigades. La cavalerie, quant à elle, passa de trois à quatre divisions, comprenant chacune trois brigades. Des régiments auxiliaires de cavaleries furent attachés à des divisions d'infanterie. Cette augmentation de la puissance militaire alla de pair avec l'augmentation de la production de l'armement. Les régiments d'artillerie lourde passèrent de quatre à dix. Chaque division était composée de trois brigades accompagné soit d'une autre une brigade d'infanterie auxiliaire, soit d'une brigade combinée. Chaque division possédait aussi un bataillon du génie et un bataillon de transport. Les brigades combinées étaient soutenues par une compagnie de génie et une de transport, affectées en propre.

Après ces intenses réforme, la force militaire de la clique du Fengtian représentait plus de , bien équipés et expérimentés. Les meilleures troupes furent placées dans la brigade, commandée par Zhang Xueliang, et la brigade, commandée par Guo Songling. Ils représentaient l'élite et le modèle à suivre pour les autres unités de l'armée fengtiane.

Le casus belli Le prélude de la Deuxième Zhili–Fengtian Guerre avait été la première guerre Jiangsu-Zhejiang, qui éclata le , et fournit un casus belli idéal pour la clique du Fengtian. Dès le lendemain, Zhang Zuolin tint une réunion dans sa résidence avec tous les officiers de l'armée commandant au moins une brigade. Zhang Zuolin décida de déclarer officiellement la guerre contre la clique du Zhili et, le , tous les trains circulant sur le réseau ferré reliant Pékin et Harbin furent stoppés.

Stratégies et plans militaires vignette Contrairement à la clique du Zhili, qui n'avait pas pu faire une préparation adéquate, la clique du Fengtian avait élaboré une stratégie détaillée depuis le printemps 1923. Ces plans furent mis au point par Fu Xingpei (傅兴沛) et Yu Guohan (于国翰). Ils tablaient sur plusieurs points ; d'abord, que la supériorité numérique des forces de la clique du Zhili était nettement amoindrie par sa dispersion sur de vastes provinces éloignées ; ensuite que la clique du Zhili mettrait beaucoup de temps pour rassembler ses forces sur un front précis. Cela supposait donc que le Fengtian devait obtenir une victoire rapide. Pour cela, elle misa sur la supériorité locale, en concentrant rapidement ses hommes en un point du front et, dans un second temps, en s'attachant à la réduction des poches de résistance. 

L'objectif principal était tout d'abord d'anéantir les forces ennemies et de conquérir Pékin et Tianjin. Pour y parvenir, Shanhaiguan devait être prise. Une puissante force fengtiane devait donc se trouver dans la région de Xujialing (徐家岭), sur la rive occidentale du Shi He (石河), ainsi que dans les régions adjacentes au nord et au sud de Xujialing. Une fois ces régions sécurisées et contrôlées, les troupes du Fengtian pourraient encercler puis assiéger Shanhaiguan afin de la capturer. La mission fut confiée à la et armée, regroupées en un seul corps d'armée combiné. Après la prise de Shanhaiguan, elle continuerait sa poussée vers Beijing et Tianjin.

Si Shanhaiguan ne pouvait pas être prise, deux brigades devaient se porter dans la région de Qiansuo (前所), un nœud ferroviaire à 20 km à l’est de Shanhaiguan. De là, la force principale de l'armée fengtiane se déploierait autour du xian de Suizhong pour une seconde tentative de prendre Shanhaiguan.

Ensuite, la armée devait se porter sur le Rehe, également appelé Jehol. Elle devait s'emparer du xian de Yi et de Dayaogou. Cette force fengtiane pourrait alors conquérir Chaoyang, Jianping et Chengde, pour atteindre l'ouest de Lingyuan, sa cible principale. La conduite des opérations fut confiée à Zhang Zongchang de la 3ème brigade combinée. Les unités qui devaient prendre Chaoyang étaient commandés par Li Jinglin de la division. Après la réalisation de ces objectifs, le groupe devrait aider le corps combiné à conquérir Shanhaiguan. Enfin, il devait se porter à Lengkou (冷口关) et attaquer Luanzhou via le xian de Qian'an.

Troisièmement, le groupe de cavalerie du Fengtian devait attaquer le Rehe à Zhangwu via Jianping et Fuxin, avec l'objectif de capturer Chifeng. La cavalerie devrait aussi couvrir le flanc des autres forces armées et empêcher tout débordement ennemi par l'aile gauche. Lorsque la situation serait favorable, la cavalerie attaquerait les flancs des forces du Zhili aux abords de la Grande Muraille via Xifengkou (喜峰口) et/ou Gubeikou.