Árpád ( Árpád) dit « le Foudre » (en hongrois: . István; en croate : .; en slovaque: .; né en 1101, mort probablement le à Nagyvárad [auj. Oradea ], inhumé en cette même ville), fils de Coloman de Hongrie (« Koloman le Bibliophile ») et de Félicie de Hauteville, fille du comte Roger de Sicile, fut roi de Hongrie de 1116 à 1131. Son père l’avait fait couronner alors qu’il était encore enfant, empêchant son oncle Álmos d’accéder au trône. Dès la première année de son règne, Venise occupa la Dalmatie qu’Étienne ne parviendra pas, malgré de nombreux efforts, à reprendre et conserver. Par la suite son règne sera surtout marqué par les nombreux conflits frontaliers qui l’opposeront à ses voisins, notamment à l’Empire byzantin.

Contexte historique

avait été roi de Hongrie de 1077 à 1095. Il avait renforcé le pouvoir royal à l’intérieur du royaume au terme d’une série de guerres civiles; à l’extérieur il avait étendu la suzeraineté de la Hongrie sur la Croatie, suscitant déjà l’opposition de l’empereur byzantin . Les dernières années de son règne furent marquées par les relations tendues entre ses deux neveux, Coloman et Álmos, fils de son prédécesseur (r. 1074 - 1077).

La loi de succession, dite du « séniorat », prévalant chez divers peuples slaves ainsi qu’en Hongrie voulait que lors du décès d’un roi, ce soit le frère cadet du défunt qui lui succède et non le fils ainé de ce dernier. Ainsi tous les membres d’une même génération (généralement jusqu’au quatrième frère) pouvaient se succéder avant que l’on ne retournât à l’ainé du premier, ce qui pouvait donner lieu à des conflits sans nombreFiges (2022) . Or, Ladislas préférait le plus jeune de ses neveux, Álmos, qu'il avait nommé roi de Croatie après la conquête du pays, au détriment de l’ainé, Coloman, dit le bibliophile; doté d'un physique peu attrayant, malingre, boiteux, bossu et bègue, on le destinait à la vocation ecclésiastiqueSayous (1878) . Il réussit, on ne sait comment, à renoncer à l’épiscopat pour être couronné en 1095; chose certaine il dut négocier avec Álmos pour que celui-ci renonce au trôneKristo (2000) tout en conservant une profonde haine à l’endroit de son frère.

Jeunes années (1101 - 1116)

thumb|left|Álmos et son fils, Béla, sont aveuglés sur l’ordre de Coloman (extrait de la Chronicon Pictum).

Coloman épouse vers 1097, la fille de , FéliciaKristó & makk (1996) Font (2001) . Étienne et son frère jumeau, Ladislav, naquirent selon la Chronicon PictumAussi appelée « Chronique enluminée » ou « Chronique illustrée », elle fut rédigée en 1358 par Marc de Kalt (en latin : Marci de Kalt, en hongrois: Kálti Márk) et doit son nom aux enluminures qui furent terminées entre 1370 et 1373. Elle relate, comme l’indique son titre complet, « Chronicon Pictum – Marci de Kalt Chronica de Gestis Hungarorum », les hauts faits du peuple hongrois; dans les références elle est désignée par son titre anglais « The Hungarian Illuminated Chronicle ». en 1101The Hungarian Illuminated Chronicle, ch. 146.104, . Le fait que son père l’ait nommé Étienne, du nom du premier roi de Hongrie, indiquait qu’il destinait celui-ci à être son héritierFont (2001), . À cet effet, il le fit couronner vers 1105 alors qu’il n’était encore qu’un enfantKristó & Makk (1996) Font (2001) Makk (1989) .

Álmos, qui aspirait toujours à la succession, en prit ombrage et préféra quitter la HongrieBartl et al. (2002) . Il chercha d’abord refuge auprès de l’empereur germanique (r. 1111 - 1125) et appela aussi à l’aide le duc Makk (1989) . Ses efforts s’étant avérés vains, Álmos décida de rentrer en Hongrie, faisant soumission à son frère. Toutefois, il devait renouveler ses tentatives pour détrôner celui-ci au cours de la décennie qui suivitEngel (2001) . Excédé et voulant également assurer la succession de sa propre lignée, Coloman finit par se saisir de son frère et le fit aveugler avec son jeune fils, BélaKontler (1999) Makk (1989) . Voyant sa fin approcher en 1116, Coloman fit emprisonner son frèreKristó & Makk (1996) . Selon la Chronicon Pictum, il donna également ordre à son fils Étienne et à ses nobles d’envahir la Rus’ afin de venger la défaite qu’il avait subie en 1099 lors du siège de Permyshl (Przemyśl en Pologne)The Hungarian illuminated Chronicle, ch. 151.107, . Coloman devait mourir le 3 février 1116.

Guerres et intrigues domestiques (1116 - 1127)

thumb|right|Couronnement d’ (extrait de la Chronicon Pictum).

Alors âgé de 15 ou 16 ans, Étienne fut couronné par l’archevêque Laurent d’EsztergomLa tradition réservait à l’archevêque d’Esztergom, primat de l’Église de Hongrie, le privilège de couronner le roi. à Székesfehérvár moins de trente jours après le décès de son pèreMakk (1989) . Cette succession paisible démontrait l’efficacité des mesures prises par Coloman pour empêcher Álmos d’usurper le trôneKristó & Makk (1996) Font (2001) . Sur les conseils de l’archevêque, Étienne rencontra pour améliorer les relations entre les deux pays, lesquelles s’étaient passablement détériorées au cours de la dernière décennie Kristó & Makk (1996) Makk (1989) . Toutefois une vive méfiance continuait à exister entre les deux hommes qui fit dégénérer le début des négociations en escarmouches, lesquelles se terminèrent par une bataille en règle le 13 mai. Les Bohémiens infligèrent une cuisante défaite aux troupes d’Étienne. Le chroniqueur contemporain Cosmas de Prague blâma les conseillers du roi pour ce fiasco, mais les chroniques hongroises subséquentes (qui furent toutes complétées sous des rois descendant d’Álmos) attribuent plutôt celui-ci à la nature impétueuse du roi qui n’aurait pas pris avis de ses conseillersThe Hungarian Illuminated Chronicle (ch. 153.109.) Cosmas de Prague, The Chronicle of the Czechs (3.42.) .

La dernière année du règne de Coloman, le doge Ordelafo Faliero avait conquis une ile dans la baie de KvarnerMakk (1989) . Il revint en Dalmatie à la tête de la flotte vénitienne en mai 1116. Le 15 juillet, il défit les troupes hongroises venues protéger ZadarStephenson (2000) . Par la suite, l’une après l’autre, les villes de la côte devaient capituler face aux Vénitiens, y compris Biograd na Moru, Šibenik, Split et Trogir, mettant ainsi un terme à la suzeraineté d’Étienne le long de la mer AdriatiqueFine (1991) . Néanmoins les combats se poursuivirent entre les deux souverains jusqu’à ce que le doge Faliero trouve la mort dans une bataille près de Zadar, permettant ainsi le retour de Biograd na Moru, Split et Trogir à la souveraineté hongroise. Ce ne devait être qu’un court répit, car la même année le nouveau doge, Domenico Michele, réussit à reconquérir la Dalmatie. Une trêve de cinq ans fut alors conclue qui confirmait le statu quo; Venise conservait ses conquêtes.

thumb|left|Tombe de , duc de Bohême, qui mourut à la cour d’.

se tourna alors vers l’Autriche et en 1118 ses troupes y firent une incursion qui provoqua une contre-attaque du margrave Kristó & Makk (1996) . , duc de Bohême, qui était monté sur le trône à la suite du renversement de , appuya Léopold et pilla les régions du nord-ouest de la HongrieKristó & Makk (1996) . Mais lorsque Valdislav réussit à reprendre le trône, Bořivoj n’eut d’autre choix que de s’enfuir en Hongrie où il se réconcilia avec Étienne en 1120.

épousa une fille de au début de 1120Makk (1989) . Selon l’historien Paul Stephenson, cette alliance avec les Normands du sud de l’Italie aurait été, au moins en partie, dirigée contre les VénitiensStephenson (2000) . Effectivement, les princes normands avaient appuyé le pape lors de la « querelle des investitures » contre les empereurs romains germaniques. Ce mariage se serait ainsi inscrit dans la ligne de la politique pro-papale suivie par le père d’Étienne. Le mariage fut sans doute de courte durée, car l’année suivante, selon l’historien Włodzimierz Dworzaczek, Étienne aurait épousé Adélaïde, fille du burgrave Henri de RegensburgWłodzimierz Dworzaczek, Genealogia. Warszawa 1959. Table 84.Wincenty Swoboda: . (dans) Słownik Starożytności Słowiańskich. Vol. 8. Part 2. (1996), .

Les relations entre Étienne et Álmos devaient être cordiales à cette époque, car en 1123, une fille d’Álmos et donc cousine d’Étienne, vint chercher refuge à sa cour après que son mari, Sobešlav, ait été expulsé de MoravieKristó & Makk (1996) . Selon Cosmas de Prague, Étienne la reçut avec bienveillance, reconnaissant en elle un membre de sa familleCosmas of Prague, The Chronicle of the Czechs (3.51) .

La même année, le jeune roi lança une expédition contre la principauté de Volhynie pour aider le prince déposé, Iaroslav Sviatopolkovich, à regagner son trône. Même si Sviatopolkiovic mourut au début du siège de son ancienne capitale, Volodymir, Étienne était décidé à continuer la guerreKristó & Makk (1996) . Toutefois, selon la Chronicon Pictum, ses généraux auraient menacé de le déposer s’il continuait dans cette voie : Étienne dut lever le siège et retourner en HongrieKristó & Makk (1996) .

Prenant avantage en 1124 de l’absence de la flotte vénitienne en Adriatique, celle-ci étant en expédition au Levant, Étienne envahit la Dalmatie, comme en témoignent une charte confirmant la libération de Split et Trogir en juillet 1124Makk (1989) . Toutefois, la flotte vénitienne étant de retour, les villes dalmates se rendirent l’une après l’autre. Seuls les citoyens de Biograd na Moru, selon l’Historia Ducum Veneticorum, « osèrent résister au doge et à son armée […]; leur ville fut rasée jusqu’à ses fondations.

Guerre contre l’Empire byzantin (1125/1126 ou 1127/1129)

Vers 1125Makk (1989) , Álmos craignant pour sa vieThe Hungarian Illuminated Chronicle, chap. 157.112. , va chercher refuge avec de nombreux partisans dans l’Empire byzantin où (r. 1118-1143) les accueille avec bienveillance et les installe dans une ville de MacédoineCinnamus, Deeds of John and Manuel Comnenus, 1.4. . Étienne envoya alors une ambassade auprès de l’empereur byzantin exigeant qu’Álmos et ses partisans soient expulsés de l’empire, demande qui fut rejetéeFine (1991) . L’historien Ferenc Makk attribue ce changement abrupt dans l’attitude d’Étienne au fait qu’Álmos aurait profité des échecs d’Étienne en Volhynie et en Dalmatie pour comploter contre luiMakk (1989) . Pour sa part, ajouta de l’huile sur le feu en donnant refuge aux chefs petchenègues et coumans défaits par en 1122, ce qui ne fit qu’accroitre les tensions entre les deux ÉtatsSzabo (2013) .

Il en résulte une guerre avec l’Empire byzantin, rapportée différemment par les chroniqueurs Nicétas Choniatès (vers 1155-1217) et Jean Cinnamus (1143/1144 - après 1185). Ni l’un ni l’autre ne datent les évènements et ceux qu’ils relatent diffèrent substantiellement par leur teneur et leur séquence.

Nicétas Choniatès ne mentionne qu’une seule campagne dont il attribue la responsabilité aux citoyens de la ville byzantine de Braničevo, lesquels « attaquèrent et pillèrent des Hongrois venus dans l’Empire byzantin pour y faire commerce, commettant ainsi le pire des crimes contre eux. En représailles, les Hongrois prirent et rasèrent Braničevo. Les troupes hongroises se seraient alors enfoncées profondément en territoire impérial, avançant jusqu’à Sardica (aujourd’hui Sofia en Bulgarie) qu’elles pillèrent. C’est alors que l’empereur aurait réagi envoyant des troupes qui défirent les Hongrois, lesquels n’eurent d’autre choix que de demander la paixFine (1991) .

Jean Cinnamus pour sa part fait état de deux campagnes. La première aurait commencé à l’été 1127Treadgold (1997) et aurait été dirigée d’abord contre Belgrade. Par la suite, les troupes hongroises devaient saccager Braničevo, Naissus ainsi que les régions de Sardica et de Philippopolis, avant de retourner en Hongrie Angold (1984) .