thumb|Course à pied. Amphore panathénaïque du Peintre de Cléophradès. Musée du Louvre (F 277).

Les jeux olympiques antiques (en grec ancien : ) sont des concours sportifs pentétériques (qui ont lieu tous les quatre ans) organisés entre les cités grecques antiques. Ils sont créés au cours du (en selon la datation traditionnelle) dans le cadre d'un festival religieux en l'honneur de Zeus olympien et perdurent pendant plus de mille ans. On fixe traditionnellement les derniers concours en , peu après l'édit de Théodose ordonnant l'abandon des lieux de culte de la religion grecque antique.

Sources historiques

Les concours athlétiques d'Olympie sont connus principalement par la Description de la Grèce de Pausanias, les odes de Pindare, les vestiges du site archéologique d'Olympie et la peinture sur vases. Ces témoignages renvoient tous à des périodes différentes : Pausanias écrit au milieu du , alors que le stade d'Olympie date au plus tard de 350 av. J.-C. et que les vases représentant des épreuves athlétiques datent principalement de la fin du et du De plus, une partie de ces vases dépeignent en fait les épreuves des Panathénées athéniennes. L'interprétation de ces témoignages doit donc être menée avec précaution. Enfin, l'historien peut s'appuyer sur une reconstitution des jeux néméens organisée le par la Société pour la renaissance des jeux néméens, qui a permis de tester en pratique différentes hypothèses.

Concours sportifs dans la Grèce antique

Les jeux olympiques sont la première manifestation des jeux panhelléniques qui se déroulent régulièrement en Grèce, avec des cycles de deux ou quatre ans. À partir du sont créés trois autres concours, l'ensemble constituant la « période » : les jeux isthmiques à Corinthe ; les jeux néméens à Némée ; les jeux pythiques à Delphes.

Origine mythique thumb|left|Pélops et Hippodamie. Metropolitan Museum of Art.

La première mention de jeux sportifs dans la littérature grecque remonte à Homère qui décrit dans le chant XXIII de l’Iliade des jeux funéraires organisés par Achille pour honorer la mémoire de Patrocle tué lors de la guerre de TroieNathalie Roy, « Tous aux Jeux ! Le sport dans l’Antiquité », exposition du 12 mai au 30 septembre 2012 au Musée départemental des Antiquités de Rouen..

L'origine des jeux olympiques est expliquée par plusieurs mythes concurrents. Dans le premier, les jeux sont fondés par le héros Pélops. Pélops demande la main d'Hippodamie, fille du roi Œnomaos. Celui-ci a l'habitude d'organiser une course de chars l'opposant aux prétendants de sa fille ; les vaincus sont tués. Treize candidats ont déjà échoué quand Pélops fait sa demande. Le héros fait appel à Poséidon, son ancien éraste, qui lui confie un char en or et des coursiers ailés : Pélops remporte la victoire et la main de la jeune fille. PhérécydeFGrH, 3F37a. précise qu'Hippodamie, éprise du jeune homme, fait saboter le char de son père, qui se brise pendant la course et cause la mort d'Œnomaos. Pélops institue alors les Jeux olympiques pour expier ce crime, ce que rappelle l'oracle de Delphes dans l'une de ses déclarations : « [Pélops] institua des festivités et un concours pour la mort d'ŒnomaosCité par .. » Des images votives de chevaux, découvertes sous les fondations du plus ancien sanctuaire d'Olympie tendent à prouver que des courses de chars eurent lieu sur cet emplacement, bien avant la date traditionnelle de 776 donnée par Strabon pour la première victoire dans la course à pied remportée par KorœbosStrabon, Géographie, livre VIII, 30..Werner Jaeger, Paideia, La formation de l'homme grec, Gallimard, coll. Tel, 1988, 250..

Dans un deuxième mythe, également cité par l'oracle de Delphes, Héraclès institue les jeux en l'honneur de Pélops : . Phlégon, un affranchi d'Hadrien, fait de Pélops et d'Héraclès respectivement les deuxième et troisième fondateurs des Jeux olympiques, le premier ayant été un certain Pisos, éponyme de Pise en Élide, lieu où se déroulent les jeuxPhlégon, FGrH, 257F1.. La version la plus courante associe simplement les jeux olympiques à Pélops. L'apologiste chrétien Clément d'Alexandrie écrit ainsi au que , II, 34, 1. Extrait de la traduction de Claude Mondésert revue par André Plassart, Sources chrétiennes, 2004.. Chez Pindare, Héraclès fonde les jeux après avoir tué Augias, qui lui avait refusé un salaire après l'avoir fait nettoyer ses écuriesPindare, Olympiques, X. :

Les orateurs attiques, tel Lysias, adoptent ce point de vue et en font un lieu communLysias, Discours olympique, §1. .

Chez Pausanias, le fondateur des Jeux n'est pas Héraclès fils de Zeus, mais son homonyme, l'un des Dactyles du mont Ida de CrèteNotamment V, 64, 3 ; VIII, 3, 30 ; , V, 7, 6-10. :

Histoire

thumb|right|upright=1.3|Mosaïque représentant des athlètes couronnés. Musée archéologique d'Olympie. Les premiers jeux Olympiques sont réputés avoir pris place à l'initiative d'Iphitos, roi d'Élide. Pausanias écrit ainsi : « Iphitos, descendant d'Oxylos, et contemporain de Lycurgue, qui donna des lois à Lacédémone, fit célébrer des jeux à Olympie, renouvela les fêtes olympiques, et la trêve dont l'usage avait cessé, V, 4, 5. Extrait de la traduction de Clavier, 1821. Voir aussi Polémon d'Ilion cité par le scholiaste de Pindare, Olympique V, 3-8.. » Au cours de cette trêve aurait été organisée la première épreuve sportive, une course à pied (le stadion), remportée par un certain Corèbe d'Élis, cuisinier de son étatPausanias, VIII, 26, 4.. Le sophiste Hippias d'Élis fixe la date de ces premiers jeux en 776 av. J.-C.

La date de 776 est retenue selon toute probabilité apocryphe : elle correspond à 75 olympiades (périodes de quatre ans) en comptant à partir de 476 av. J.-C., date des premiers Jeux après la victoire grecque de Salamine contre les Perses : durant ces Jeux se tient pour la première fois une cour olympique chargée d'arbitrer les conflits entre les Grecs.. Chargé en 400 av. J.-C. par la cité d'Élis d'écrire l'histoire des premiers temps olympiques, Hippias aurait arbitrairement choisi la date de 776 av. J.-C. pour célébrer la naissance de l'olympisme 75 olympiades plus tard. Les détails fournis par Hippias pour le premier et le deuxième siècle des jeux sont probablement inventés : aucune trace écrite n'était conservée à l'époque. L'attribution par Hippias de la création des Jeux par un roi d'Élis permet de légitimer la mainmise de la cité, son commanditaire, sur l'organisation du concours ; elle fait également de la paix et de l'harmonie entre Grecs l'élément central des jeux. Ce programme politique explique que la chronique d'Hippias soit considérée avec suspicion dès l'AntiquitéPlutarque, Vie de Lycurgue, 2 et 23 ; Vie de Numa, 1...

L'archéologie conforte néanmoins la tradition selon laquelle les cultes sont très anciens sur le site : un grand nombre d'offrandes de l'époque géométrique ont notamment été retrouvées à OlympieHelmut Kyrieleis (trad. Aude Virey-Wallon), « Les fouilles allemandes à Olympie », dans Alain Pasquier (dir.) Olympie, 59.. Le premier culte rendu par les premiers habitants de la vallée de l'Alphée, au , est en l'honneur de la déesse Gaïa.. Au siècle suivant, un autel est dressé à Zeus et se voit associer un oracle qui lui préexistait peut-être ; un culte héroïque est rendu à Pélops sur sa tombe présumée tandis que le culte rendu aux déesses de la fertilité, Déméter, Aphrodite et Artémis se poursuit. Vers 700 av. J.-C., le festival en l'honneur de Zeus olympien gagne en renommée, conduisant à la création d'un stade. Ainsi, des jeux sont instaurés dans le programme olympique parce que le sanctuaire est réputé, et non l'inverse : les cérémonies religieuses précédent les jeux sportifs, et restent prédominantes dans le programme des Jeux..

La popularité des jeux Olympiques se développe d'abord en Sicile, dont les cités ont été fondées par des colons péloponnésiens avec l'aide des devins d'Olympie. Au , les épinicies (odes de victoire) de Simonide de Céos, Bacchylide et Pindare montrent que les tyrans siciliens apprécient particulièrement les jeux, mais que les vainqueurs proviennent de l'ensemble de l'Hellade.. À cette époque, Olympie tient des registres fiables des noms des champions olympiques à toutes les épreuves. La liste compilée par Hippias de son côté est révisée par Aristote. Aucune de ces listes ne nous est parvenue, si ce n'est pas l'intermédiaire d'auteurs postérieurs comme PausaniasNotamment V, 8, 3.. L'information est complétée, à partir du , par l'habitude prise par les athlètes de faire recenser leurs victoires sur les socles de leurs effigies..

À l'époque hellénistique puis romaine, le prestige des Jeux explique l'organisation, dans différentes cités du monde grec, de concours isolympiques, c'est-à-dire « pareils aux jeux olympiques », dont les épreuves et le déroulement sont copiés sur ceux d'Olympie S. R. F. Price, « Gods and Emperors: The Greek Language of the Roman Imperial Cult », JHS 104 (1984), 88, note 77 [79-95].. Des jeux olympiques sont ainsi institués à Antioche sous le règne d'Auguste ; ils perdurent jusqu'en 520 ap. J.-C., soit bien après ceux d'OlympieGlanville Downey, «The Olympic Games of Antioch in the Fourth Century A.D. », TAPhA 70 (1939), 428 [428-438].. Au , Néron prend personnellement part à la course de charsSuétone, Vie des douze Césars, Néron, XXIV, 4. et fait élever à Olympie une « maison des athlètes. » qui sera achevée par Domitien..

Sylla organisa à Rome en 81 et 80 av. J.-C. des ludi Victoriae Sullanae, des jeux pour célébrer sa victoire. La première année, les compétitions furent principalement artistiques, mais en 80, des épreuves athlétiques furent organisées. Pour les rendre intéressantes, le dictateur romain convoqua tous les athlètes grecs. Cela eut pour conséquence la quasi-annulation des Jeux olympiques cette année-là. Seul le stadion des enfants fut couru, remporté par Épaénétos d'Argos.

En 393, l'empereur Théodose , sous l'influence d'Ambroise, évêque de Milan, ordonne l'abandon des rites et des lieux de culte païens. L'édit signe probablement la fin des jeux olympiques., même si aucun document ne permet de connaître la date des derniers jeux avec certitude.. On a longtemps cru qu'à l'époque, le site était déjà semi-détruit à la suite des incursions barbares et des séismes. Les fouilles menées récemment dans la zone sud-ouest du sanctuaire ont révélé qu'Olympie avait été épargnée par l'invasion des Hérules en 267 et que les dégâts causés par le tremblement de terre n'avaient été que partiels.. Le site est resté prospère aux . Il est possible que la fin des Jeux ne date pas de Théodose , mais de († 450)..

Organisation Préparatifs

Élis est la cité sur le territoire duquel se trouve le sanctuaire d'Olympie ; elle a donc la charge d'organiser les jeux et joue le rôle du village olympique moderne.. Polybe en fait une « nation sacrée », bénéficiant d'une immunité permanente, IV, 73, 9-10., mais on a soupçonné qu'il se contentait là de rapporter une tradition sans fondementHistoires, 430, n. 170, édition de Denis Roussel pour Gallimard, 2003.. Dans les faits Élis n'était qu'une cité de second ordre, sans poids politique, ce qui, paradoxalement, a pu favoriser le succès de ses jeux et l'opulence du sanctuaire d'Olympie, dans le contexte de rivalités permanentes entre les cités-États plus puissantes.