L (masculin) () est un fleuve côtier du nord de la France, dans la région Hauts-de-France, qui se jette dans la mer du Nord. Pour partie canalisé, il traverse les villes de Saint-Omer et Gravelines.
Hydronymie Le nom du cours d'eau est attesté sous les formes Agnona en 648, Agniona en 723, Ennena en 828..
L'Aa était au Moyen Âge désigné par le nom dEnulaDans Martene thes. Novus Ane V3, : Ébrard, Chronique du monastère de Watten., qui aurait dérivé en Enela (Malbrancq), et a donné son nom à des chenaux et des petits cours d'eau près de Gravelines s'appelant Enna, Grand Dena ou encore Denna.
L'hydronyme Aa est d'origine germanique et se rattache au proto-germanique *ahwō « eaux, rivière », dont sont issus l'anglo-saxon ēa « eau, cours d'eau, rivière », le vieux norrois á (islandais á) « cours d'eau, rivière » et le néerlandais aa « eau, cours d'eau »...
Comme d'autres mots de deux voyelles (Eu, Io, Oô, Ui...), l'Aa est particulièrement connu des cruciverbistes, avec des définitions telles que "premier fleuve de France".
Géographie Le cours du fleuve
L’encyclopédie méthodique de géographie moderne (1782)Voir page 283 de l’encyclopédie méthodique de géographie moderne imprimée à Paris, M DCC. LXXXII (1782), chez Plomteux, Imprimeur des états présente l'Aa comme suit : « AA, rivière des Flandres, qui prend sa source dans le Boulonnais, passe à Saint-Omer, au-dessus de laquelle elle forme les marais où sont les îles flottantes, se divise en trois branches, dont la droite, dite Haute-Colme, fournit aux canaux de diverses villes de Flandres, telles que Bourbourg, Mardyck, Dunkerque. La gauche se rend dans le canal de Calais ; celle du milieu, qui garde son nom, se dirige sur Gravelines, et se jette un peu au-dessus dans la mer, après un cours d'environ 14 lieues. Le nom de cette rivière, qui est commun à d'autres en Suisse, en Allemagne, dans les Pays-Bas & dans la Livonie, est une dégradation du mot latin aqua. »
La longueur de son cours est de (55,7 + 33).
vignette|L'Aa à Merck-Saint-Liévin. L'Aa prend sa source dans les collines de l'Artois à Bourthes et se jette dans la mer du Nord à Gravelines après avoir traversé et drainé le marais audomarois.
Ce petit fleuve sert de frontière entre les départements du Nord et du Pas-de-Calais sur une partie de son cours. Ses principaux affluents sont le Bléquin, le Thiembronne.
Le cours de l'Aa comprend trois parties principales : la Haute Aa entre Bourthes et Arques sur environ , n'est pas navigable. Un accident géologique, dû à la tectonique de socle, fait que l'Aa forme entre Lumbres et Arques un coude spectaculaire, passant d'un tracé orienté ouest-est vers un tracé sud-nord, le cours tombant quasiment au niveau de la merLe Relief de la France, Y. Battiau-Queney, ; le marais audomarois, cuvette de près de de marais cultivés. À Arques, le cours d'eau devient navigable, une écluse, l'ascenseur à bateaux des Fontinettes, permettant de franchir un dénivelé important et d'être relié au canal de Neufossé. Le canal de l'Aa traverse sur environ le marais audomarois du sud au nord ; la Basse Aa entre Watten et Gravelines traverse sur environ la plaine maritime pour se jeter dans la mer du Nord à Gravelines.
Bassin versant vignette|Bassins versants des fleuves du Nord-Pas-de-Calais (en rouge, celui de l’Aa)
L'ensemble du bassin versant couvre sur une surface de une partie du Haut-Pays ou Artois, l'Audomarois, et sépare la Plaine Maritime Flamande du Calaisis.
Le bassin versant de l'Aa correspond dans sa partie amont à une des zones les plus pluvieuses de la région Hauts-de-France. La Haute Aa est alimentée par la nappe de la craie, bénéficiant d'un régime naturel sur une pente assez forte, entaillant parfois la craie et même le socle primaire.. La Haute Aa passe ainsi en d'une altitude de à Bourthes. à à Arques (pente moyenne de 2,22 pour mille.). À Lumbres, le Bléquin joint ses eaux à l'Aa qui forme un coude à angle droit vers l'est, puis part brusquement vers le nord à Arques, à cause de la tectonique des blocs. À Blendecques, l'Aa se sépare entre Haute Meldyck et Basse Meldyck, premières tentatives de canalisation du cours du fleuve au . À Arques, la Haute Meldyck suit le canal de Neufossé, tandis que la Basse Meldyck rejoint la déviation de Saint-Omer du canal de Neufossé.
thumb|Un des bras de l'Aa à Arques (Basse-Meldyck).
À la sortie de Saint-Omer, les deux canaux ne font plus qu'un : le canal de l'Aa traverse alors le marais audomarois en pente très douce, voire quasi nulle ( d'altitude environ). C'est une zone de marais, irriguée par un réseau de watergangs (fossés), géré par l'Institution Interdépartementale des Wateringues. La rivière de la Houlle est le principal affluent du côté Artois. L'Aa étant principalement alimentée dans le marais par des affluents venant de l'Artois (ouest), le fleuve s'est déplacé côté Flandre (est), d'où l'importance de sites d'accostages tels que Saint-Momelin ou Watten à l'Antiquité.
Après le passage du goulet de Watten-Eperlecques, le canal de l'Aa entre dans la plaine maritime, qui correspond à l'ancien delta de l'Aa. À Watten, l'Aa se sépare en trois branches, le canal de la Haute-Colme vers Dunkerque, le canal de Calais qui reçoit les eaux de la rivière La Hem, et l'Aa canalisé vers Gravelines.
L'estuaire est aujourd'hui très artificialisé. Un canal y a été creusé pour en limiter l'envasement. Voici comment F.J. Grille décrit l'estuaire en 1825 : « Le port est plein de vase, et des bancs se forment à son entrée. Une écluse, placée au bas de la citadelle (construite en 1699 par Vauban), devait, par le moyen des eaux de la rivière de l'Aa, chasser les sables et débarrasser le passage ; mais le port fait un coude ; le chenal a une lieue de long, et l'eau de l'écluse, quelle que soit sa force, n'en a point assez pour entraîner, dans une si grande étendue, tous les obstacles qui s'offrent devant elle. Dans sa chute, elle creuse en certains endroits 5 dans d'autres, elle élève la terre, et elle augmente ainsi le mal qu'elle était appelée à diminuer. »Description du département du Nord par François Joseph Grille (d'Angers) Paris, éd. Sazerac & Duval, 1825-1830 (livre commencé en 1824). À l'époque, alors que les stations d'épuration n'existaient pas, FJ Grille en devançant les hygiénistes estime que ces envasements contribuaient à la mauvaise santé des habitants qu'on attribuait aux marécages (il écrit : On était jadis à Gravelines sujet à des fièvres gastriques qui disparurent par l'effet du canal creusé jusqu'à la mer ; mais elles reviendront si on le néglige. Nous disons confidemment aux dames qu'ici les couches sont difficiles, et que le tems [temps] critique y devient parfois calamiteux). Le même auteur ajoute au chapitre sur Gravelines : « Les bords de l'Aa sont fertiles ; l'eau qui se précipite par l'écluse sur le pont de laquelle on passe à la marée basse, forme une chute rapide et écumante qui, si elle ne produit pas le résultat que les ingénieurs en voulaient obtenir, offre du moins au peintre et au curieux des effets assez pittoresques » ().
L'Institution interdépartementale des Wateringues gère depuis 1974 l'évacuation des eaux vers la mer, notamment pour l'Aa la première et la septième section (Audomarois). Le Schéma d'aménagement et de gestion des eaux Audomarois correspond au bassin versant de l'Aa de Bourthes à Watten. Il couvre , comprend répartis sur 72 communes. Le Schéma d'aménagement et de gestion des eaux du Delta de l'Aa comprend le cours du fleuve sur les communes comprises entre Watten et la mer du Nord, dans l'ancien golfe de l'Aa. Il couvre , comprend répartis sur 103 communes.
Organisme gestionnaire L'organisme gestionnaire est le SmageAa ou Syndicat mixte pour l'aménagement et la gestion des eaux de l'Aa.. Le territoire du SmageAa ; depuis ses sources à Bourthes (62) à l’exutoire du marais audomarois à Watten (59), couvre environ , irrigué et drainé par de cours d’eau dont l’Aa et ses affluents puis le marais audomarois qui couvre de terres, zones humides et eauxSMAGEAA Le territoire physique ; consulté le 29 juillet 2025| https://www.smageaa.fr/le-smageaa/le-territoire/le-territoire-physique/..
Affluents L'Aa non canalisée (rivière) a dix-neuf tronçons affluents référencés. Son seul affluent de plus de dix kilomètres de longueur est le Bléquin (rgrd pour rive droite et rg pour rive gauche), avec trois affluents dont deux de rang de Strahler.
Six autres affluents ont un rang de Strahler de deux (supérieur à un donc avec au moins un affluent) : le ruisseau du Marais (rg), Thiembronne (rg), le ruisseau de Campagnette (rg), la Becque (rg), le watergang liene (rd), la rivièrette de Wizernes , bras droit de l'Aa
Les autres affluents de rang de Strahler un et de longueur inférieure à six kilomètres sont : le Bout des Rues () la Pourchinte () Setques () le Houvoy () le Catelet () Ouve-Wirquin () la Pourchinte () Valtencheux () Verchocq () Houvoy () L'Aa canalisé (fleuve) possède quant a lui quatorze tronçons affluents référencés:
Rivière Aa (56 km) Rivière d'Oye (14 km) Schelvliet (12 km) Tiret (à ne pas confondre avec la Hem)(10 km) Watergang du Chemin Vert (7 km) Rivière du Ham (6 km) Houlle (5 km) Moerelak (5 km) Watergang du ruth (4 km) Reninghe (3 km) Densification de la base toponyme hydrographique inconnu (2 km) Rivière la bombe (1 km) Rivière d'oye (1 km) Le grand drack (0 km)
Rang de Strahler Le rang de Strahler de l'Aa (rivière) est de trois.
Hydrologie L'Aa a un débit moyen de /s. Il est de /s à Wizernes.. Le bassin versant est sous l'influence du climat océanique, avec une moyenne de précipitations annuelles allant de en amont à en aval du fleuve. La partie amont est plus pluvieuse du fait de sa proximité des reliefs (d'environ d'altitude) de l'Artois et du Boulonnais.
On peut interroger une banque de données sur les stations hydrométriques de l'Aa en consultant le site hydro.eaufrance.fr. Elle permet, par exemple, de savoir que les bassins versants sont : à Wizernes de ; à Lumbres de ; à Fauquembergues de .
Son régime hydrologique est dit pluvial océanique.
Climat
Histoire
Préhistoire Un auteur ancien (A. Briquet) a estimé (par des observations personnelles) que l'Aa, à une époque très ancienne, s'écoulait vers la Lys par la vallée de Neuffossé (vallée sèche de Neuffossé, bordée par les terrasses de Neuffossé, explorée par le Pontier) vers le SE, au lieu de s'écouler comme aujourd'hui vers le NWBriquet A, Quelques phénomènes de capture dans le bassin de l'Aa, A.S. Geol du Nord, XXXIV, 1905, , B. La capture de l'Authie, in France. In: Annales de géographie. 1906, , 83. Bibliographie géographique annuelle, 1905. (voir )..
vignette|Carte de l'ancien golfe de l'Aa dans l'Antiquité (copie d'un plan du ) : l'Aa alimentait alors un vaste complexe de zones humides, au nord de Thérouanne, qui était le centre administratif, religieux et politique de la région.
L'occupation humaine dans la vallée de l'Aa est attestée par les nombreux objets retrouvés lors de fouilles archéologiques.
L'Homme semble y avoir côtoyé (et peut-être exterminé) une riche faune ; Courty à propos d'une grande abondance d'os de mammouths trouvés dans la vallée entre Arques et Blendecques écrivait en 1916 : . Il ajoute qu.
Ainsi une occupation préhistorique est prouvée par divers silex taillésG. Courty, La Vallée de l'Aa dans le pays de l'Artois ; Bulletin de la Société préhistorique française, 1916, volume 13, numéro 6, (Version PDF) sur les plateaux d'une vallée qui a été fréquentée par de nombreux mammouths.
Période celte On trouve des traces plus récentes des Gaulois : la tribu des Morins a succédé aux gallo-celtes qui occupaient le site, avant d'être eux-mêmes chassés par les Ménapiens. Au , la mer envahit la plaine maritime dans le delta de l'Aa (transgression marine).
Conquête romaine