est une guerre qui se déroula de 1930 à 1933 et opposa l'armée tibétaine de Thubten Gyatso, le dalaï-lama, et la clique du Sichuan, dirigée par Liu Wenhui, soutenue par le Kuomintang. Elle eut pour objet le contrôle du Xikang. Le conflit s'embrasa sur un litige sur les monastères bouddhiques de cette région et le contrôle du Kham. Mais le Tibet ouvrit par la suite en 1932 un second conflit parallèlement à celui-ci, la guerre Tibet-Qinghai, pour le contrôle de l'Amdo. Dès lors, le seigneur de la guerre de la clique des Ma, Ma Bufang, expédia secrètement un télégramme au seigneur de la clique du Sichuan, Liu Wenhui, et à Tchang Kaï-shek, le nouveau maître de la République de Chine, pour coordonner leurs forces, ce qui aboutit à ce qui suggère une attaque conjointe sur les forces dispersées tibétaines. Le Tibet ne put résister et faire face sur les deux fronts. Il fut donc totalement défait. Il perdit alors tout et une grande partie de l'Amdo pour la clique des Ma.
Contexte Les racines du conflit plongent dans la zone frontalière mouvante séparant le territoire tenu effectivement par le gouvernement tibétain, le territoire théoriquement tenu par la république de Chine mais sous contrôle de la clique du Sichuan, et une zone dominée par une majorité de Tibétains, liée à Lhassa par des liens de suzeraineté mais assez autonome et incluse dans des provinces chinoises. C'est le cas de la province du Qinghai, englobant l'Amdo tibétain et le Kham, englobé dans le Xikiang.
Le Kham, après la révolution chinoise de 1911, avait été incorporé dans une province plus vaste, le Xikiang. Or, une partie du Xikiang était sous le contrôle de la clique du Sichuan. Le Kham proprement dit appartenait au Tibet. Lorsque le Tibet proclama unilatéralement son indépendance le , de nombreux litiges eurent lieu pour délimiter sa frontière surtout à propos de l'Amdo et du Kham. La convention de Simla de 1914 puis le traité de Rongbatsa tentèrent de régler ces litiges. Mais, de facto, le Tibet y exerçait une autorité spirituelle et une suzeraineté dans ces régions fortement peuplés de TibétainsAndreas Gruschke (2004). The Cultural Monuments of Tibet's Outer Provinces: The Qinghai part of Kham. White Lotus Press. and p. 124. . Retrieved 2011-04-09.. gauche|vignette|144x144px|Thubten Gyatso, Dalaï-Lama.
La situation évolua à partir des tensions croissantes entre le dalaï-lama, Thubten Gyatso, et le Panchen-Lama, Thubten Choekyi Nyima. Afin de réduire les pouvoirs de ce dernier qui, à l'époque, régnait sur une région de fait autonome autour de Shigatsé, Thubten Gyatso exigeait le paiement de nouveaux impôts féodaux. Cela finit par provoquer l'exil de l'influent panchen-Lama en ChineYa Hanzhang (1991), The Biographies of the Dalai Lamas, Foreign Languages Press, pp. 352 et 355, . Retrieved 2010-06-28.. La complexe relation de pouvoir entre Lhassa et les multiples dignitaires religieux locaux en fut déséquilibrée par des rivalités et des contestations d'obédiences et provoqua in fine l'étincelle qui mit le feu aux poudres.
Déroulement
Le casus belli et les premiers combats vignette|Cavalerie tibétaine, années 1930. alt=Liu Wenhui|gauche|vignette|219x219px|Liu Wenhui. Le casus belli a eu pour origine une dispute très locale. Le chef de Beri, dans la région de Hor, confisqua en 1930 les propriétés du monastère tibétain de Nyarong. Le chef de Beri y avait été incité par les partisans du Panchen-Lama. Le lama de Nyarong, ayant perdu son monastère, demanda de l'aide au monastère Dhargyä. Lorsque le lama de Nyarong et les moines du monastère de Dhargyä reprirent le contrôle du monastère de Nyarong en , le chef de Beri fit appel à son suzerain, le seigneur de la guerre de la clique du Sichuan Liu Wenhui. Depuis le Sichuan, des unités de Liu Wenhui reprirent rapidement le contrôle de la région. C'est à ce moment qu'à son tour, le lama de Dhargyä demanda de l'aide au gouvernement tibétain. Ce dernier y envoya une partie de son armée pour conquérir Beri et chassèrent l'armée de Liu WenhuiGoldstein, Melvyn C.; Gelek Rimpoche. A History of Modern Tibet, 1913-1951. Berkeley, Los Angeles, and London: University of California Press. ..
Le Kuomintang envoya alors un émissaire musulman hui, Tang Kesan, pour négocier un cessez-le-feu tandis que l'armée de la clique du Sichuan subissait défaite sur défaite. Une trêve fut donc finalement conclue. Mais Tang Kesan reçut l'ordre de la part de Ma Fuxiang, président de la commission des affaires mongoles et tibétaines, de violer et dénoncer ce cessez-le-feu qu'on venait de négocier car il craignait que les opposants de Tchang Kaï-chek n'utilisent ce conflit à leur avantage pour le discréditerOriental Society of Australia (2000). The Journal of the Oriental Society of Australia, Volumes 31-34. Oriental Society of Australia. p. 34. Retrieved 2010-06-28..
La guerre s'est donc poursuivie en 1931 et en 1932 durant lesquels l'armée tibétaine attaqua à plusieurs reprises Liu Wenhui mais fut souvent repoussée. Mais la situation militaire était alors globalement en faveur de Lhassa qui contrôlait une bonne partie du Kham.
Les choses basculèrent lorsque le Tibet se lança dans une seconde guerre pour recouvrer l'Amdo en 1932. Avec le déclenchement de la guerre Tibet-Qinghai, l'armée tibétaine devait se battre sur deux fronts éloignésAlastair Lamb (1989). Tibet, China & India, 1914-1950: A History of Imperial Diplomacy. Roxford Books. p. 221. Retrieved 2010-06-28..
Le tournant du conflit : 1932 vignette|Soldats tibétains paradant à Lhassa. Avec la guerre Tibet-Qinghai, Liu Wenhui se trouvait un puissant allié en la personne de Ma Bufang, seigneur de la guerre de la clique des Ma. Aussitôt, ce dernier coordonna ses opérations militaires avec Liu Wenhui pour briser l'armée tibétaine. L'objectif de guerre élaboré était désormais de conquérir tout le Xikang pour la Chine, officiellement, et pour leurs propres cliques officieusementFrederick Roelker Wulsin, Joseph Fletcher, Peabody Museum of Archaeology and Ethnology, National Geographic Society (U.S.), Peabody Museum of Salem (1979). Mary Ellen Alonso, ed. China's inner Asian frontier: photographs of the Wulsin expedition to northwest China in 1923 : from the archives of the Peabody Museum, Harvard University, and the National Geographic Society (illustrated ed.). The Museum : distributed by Harvard University Press. p. 49. . Retrieved 2010-06-28.. Ainsi, le général Ma de la , dite Kokonor en l'honneur du nom mongol à l'origine de la province du Qinghai, était entièrement composée de troupes hui musulmanes aguerries et préparées en vue d'une offensive contre les TibétainsThe China weekly review, Volume 61. Millard Publishing House. 1932. p. 185. Retrieved 2011-06-01.The China Monthly Review, Volume 61. FJ.W. Powell. 1932. p. 185. Retrieved 2011-06-01.. Les troupes chinoises coalisées furent placées sous le commandement du général Ma BiaoJoint Centre for Asia Pacific Studies (1998). Historical themes and current change in Central and Inner Asia: papers presented at the Central and Inner Asian Seminar, University of Toronto, April 25-26, 1997. Joint Centre for Asia Pacific Studies. p. 70. ... gauche|vignette|Cavalerie de la clique des Ma.
Très vite, L'armée de la clique des Ma écrasa les Tibétains et les refoula en grande partie hors du Xikang. Shiqu, le Xian de Dêgê et d'autres xian furent ainsi perdus par LhassaJiawei Wang, Nimajianzan (1997). The Historical Status of China's Tibet. 五洲传播出版社. p. 150. . Retrieved 2010-06-28.B. R. Deepak (2005). India & China, 1904-2004: a Century of Peace and Conflict. Manak Publications. p. 82. . Retrieved 2010-06-28.. Les Tibétains furent rejetés de l'autre côté du fleuve JinshaInternational Association for Tibetan Studies. Seminar, Lawrence Epstein (2002). Khams pa Jistories: Visions of People, Place and Authority : PIATS 2000, Tibetan Studies, Proceedings of the 9th Seminar of the International Association for Tibetan Studies, Leiden 2000. BRILL. p. 66. . Retrieved 2010-06-28.Gray Tuttle (2005). Tibetan Buddhists in the Making of modern China. Columbia University Press. p. 172. . Retrieved 2010-06-28. et les deux seigneurs de la guerre chinois lancèrent un avertissement à Lhassa de ne plus envoyer aucun autre fonctionnaire tibétain par delà de ce fleuveXiaoyuan Liu (2004). Frontier Passages: Ethnopolitics and the Rise of Chinese Communism, 1921-1945. Stanford University Press. p. 89. . Retrieved 2010-06-28.. En outre, la guerre Tibet-Qinghai tournait également au désastre pour le Tibet. Ma Bufang vainquit les Tibétains à Dan Chokorgon. Plusieurs généraux tibétains se rendirent et furent ensuite rétrogradés par le dalaï-lama. En , les Tibétains avaient perdu une grande partie de leur territoire du Kham à Liu Wenhui et de l'Amdo à Ma Bufang.
Traités de paix et conséquences Le dalaï-lama ouvrit alors les pourparlers de paix en envoyant un télégramme au vice-roi britannique de l'Inde pour se porter en médiateur. Le Royaume-Uni fit de fortes pressions à Nanjing pour que Tchang Kaï-chek impose aux cliques des Ma et du Sichuan un cessez-le-feuRichardson, Hugh E. (1984). Tibet and Its History. Edition, . Shambhala Publications, Boston. (pbk). . Deux trêves séparées ont été signées par Ma et Liu Wenhui avec les Tibétains en 1933, mettant fin aux combatsOriental Society of Australia (2000). The Journal of the Oriental Society of Australia, Volumes 31-34. Oriental Society of Australia. pp. 35, 37. Retrieved 2010-06-28.Michael Gervers, Wayne Schlepp, Joint Centre for Asia Pacific Studies (1998). Historical Themes and Current Change in Central and Inner Asia: Papers Presented at the Central and Inner Asian Seminar, University of Toronto, April 25–26, 1997, Volume 1997. Joint Centre for Asia Pacific Studies. pp. 73, 74, 76. . Retrieved 2010-06-28.Wars and Conflicts Between Tibet and China. Le Tibet perdait définitivement tous ses territoires situées à l'est du fleuve Yangtse. Sa frontière était dès lors fixée le long du cours supérieur du YangtseGoldstein, M.C. (1994). "Change, Conflict and Continuity among a community of nomadic pastoralists—A Case Study from western Tibet, 1950-1990". In Barnett, Robert; Akiner, Shirin. Resistance and Reform in Tibet. London: Hurst & Co. Retrieved 24 April 2014..
. Le Tibet ne conservait que le Kham occidental.
Le gouvernement chinois et Ma Bufang ne cessèrent, tout au long de la guerre, d'accuser la Grande-Bretagne de fournir des armes et des munitions aux forces tibétaines. Dans les faits, de très lourdes présomptions semblent le confirmer car, outre les efforts diplomatiques britanniques pour trouver un règlement au conflit, Londres et, plus tard, New Delhi ont formé et entraîné des unités tibétaines et les ont équipées durant toute la période de l'indépendance de facto du Tibet allant de 1912 à 1951Richardson, Hugh E. (1984) . Tibet & Its History (Second, Revised and Updated ed.). Shambhala. p. 116 to 124, 134 to 138, 146 and 147, 178 and 179. ..
Articles connexes Expédition britannique au Tibet (1903-1904) Révolte tibétaine de 1905 Invasion du Tibet par l'armée impériale mandchoue Guerre Tibet-Qinghai (1932) Seigneurs de la guerre chinois Histoire du Tibet (1912-1951) La décennie de Nankin
Références
Liens externes Les guerres et les conflits entre le Tibet et la Chine La frontière entre le Tibet et la Chine Nationaliste
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