Joseph Antoine Poniatowski (en polonais : Józef Antoni Poniatowski), né le à Vienne dans l'archiduché d'Autriche et mort noyé le près de Leipzig dans le royaume de Saxe, est un prince, militaire et homme d'État polonais de la fin du et du début du .
Neveu du roi de Pologne Stanislas Auguste Poniatowski et prince du Saint-Empire romain germanique par sa naissance, il intègre l'armée autrichienne où il sert jusqu'au grade de lieutenant-colonel. Rejoignant la Pologne en 1789, il prend le commandement des troupes polonaises en Ukraine lors de la guerre russo-polonaise de 1792. En 1794, il rejoint l'insurrection de Kościuszko puis, après l'échec de cette révolte, se retire sur ses terres.
Au cours du Premier Empire, il se rallie à Napoléon qui le nomme ministre de la Guerre du duché de Varsovie et généralissime des Polonais. Outre une réorganisation profonde de l'armée, Poniatowski participe aux guerres napoléoniennes. Ayant combattu avec succès les Autrichiens pendant la campagne de 1809, il sert en Russie à la tête du corps polonais de la Grande Armée, notamment aux batailles de la Moskova et de la Bérézina. Il se bat encore lors de la campagne d'Allemagne de 1813.
En récompense de ses faits d'armes et de sa fidélité, Napoléon l'élève à la dignité de maréchal d'Empire le , au début de la bataille de Leipzig. Il est ainsi le seul général étranger à avoir reçu cet honneur. Trois jours plus tard, lors de la retraite française, il se noie en tentant de traverser l'Elster. Son corps n'est retrouvé que cinq jours après. À Sainte-Hélène, l'Empereur se souvient de son allié polonais : .
Biographie
Jeunesse
vignette|gauche|redresse|Portrait du jeune Joseph Poniatowski par Marcello Bacciarelli, vers 1778, musée national de Cracovie.
Joseph-Antoine Poniatowski naît le au palais Kinsky de Vienne, dans l'archiduché d'Autriche, et est baptisé le jour même à la Schottenkirche, une église voisineSzymon Askenazy précise que .. Il est le fils d'André Poniatowski (1734-1773), frère du roi de Pologne Stanislas Auguste Poniatowski, et de Thérèse-Hérulie Kinsky, fille du comte Léopold Kinsky, peu fortunée mais fort en honneur à la cour des Habsbourg. Nommé ambassadeur de Pologne auprès du gouvernement autrichien et déjà prince polonais depuis l’accession de son frère à la dignité royale, André Poniatowski est fait prince du Saint-Empire par l'empereur ..
Son fils Joseph n'a que lorsque son père meurt à l'âge de et est inhumé à Vienne dans les caveaux de la cathédrale Saint-Étienne. L'éducation du jeune prince se déroule alors sous la houlette de sa mère et surtout de son oncle, le roi Stanislas Auguste, qui lui voue une grande affection. Selon l'historien Szymon Askenazy, . Ses maîtres sont Koenigsfeld pour l'équitation et les exercices physiques, Hennequin pour la théorie et Plunkett pour les aspects militaires. Sous l'influence de Stanislas, le jeune Joseph nourrit très vite une conception du dévouement à sa patrie d'origine, la Pologne, et le sentiment d'être un sujet polonais à part entière.
vignette|Le colonel Königfels apprenant au prince Poniatowski à monter à cheval, huile sur toile de Bernardo Bellotto, 1773, musée national de Varsovie.
En 1777, encore adolescent, il est présenté à l'empereur , venu assister à Prague à des manœuvres militaires. Au cours des deux années suivantes, il se mêle aux mondanités de Varsovie et se rend également en Lituanie pour se familiariser avec la gestion des domaines de son défunt père. En , il est affecté avec le grade de sous-lieutenant au de carabiniers cantonné en Bohême, dont le commandant honoraire est l'archiduc François (plus tard l'empereur , futur beau-père de Napoléon). Quelques mois plus tard, le roi polonais Stanislas désigne son neveu pour le représenter aux obsèques de l'impératrice Marie-Thérèse : pour la première fois, le prince est investi d’une mission officielle à la cour de Vienne.
Son ascension militaire, quant à elle, est rapide : chef d'escadron en second en , il est nommé chef d'escadron titulaire en puis major en , grade avec lequel il prend la tête d'une unité de uhlans galiciens à la fin de l'année. Il passe ensuite au régiment de chevau-légers Levenehr dont il devient lieutenant-colonel en second en puis lieutenant-colonel en premier en 1786, avant d'être transféré au prestigieux régiment de chevau-légers de l'empereur Joseph II (automne 1786). Il y fait la connaissance d'un officier à la réputation déjà bien établie, le capitaine Karl Mack, qui devient à la fois son ami et son mentor. En 1787, alors qu'il accompagne Stanislas Auguste à Kaniv en vue d'un entretien avec la tsarine , il est envoyé au-devant de cette dernière à Kiev et fait bonne impression auprès de la souveraine ; c'est à cette occasion qu'il se lie d'amitié avec le jeune prince Charles de Ligne, fils du célèbre général et homme de lettres, en compagnie de qui il fréquente à Vienne le cercle des « Indissolubles », composé de jeunes gens de la haute société viennoise.
Premiers combats contre les Ottomans et en faveur de l'indépendance polonaise
vignette|Le prince Poniatowski dans les années 1790, par Aleksander Orłowski.
Peu avant l'entrée en guerre de l'Autriche contre l'Empire ottoman en 1788, Poniatowski est affecté à l'état-major de Joseph II en qualité d'aide de camp. Il participe activement aux combats et se distingue le à la prise de Šabac où il est grièvement blessé à la cuisse. C'est au cours de cette campagne qu'il fait la connaissance d'un jeune officier autrichien, le prince Charles Philippe de Schwarzenberg, son futur allié puis adversaire des champs de bataille napoléoniens. En récompense de ses services, il est promu colonel en second des chevau-légers de l'empereur Joseph au mois de novembre.
En , il quitte l'armée autrichienne pour rejoindre son oncle à Varsovie et intègre l'armée polonaise avec le grade de général-major, qui lui est décerné le . Il intègre de plus une commission chargée de la mise en place des règlements militaires, ce qui ne l'empêche pas de continuer à mener grand train dans la capitale polonaise. Au printemps 1790, il prend le commandement de la division de Kiev, en Ukraine, et se consacre avec vigueur à la remise en état de son armée en dépit de ses lacunes en matière de commandement ; il a la chance d'être secondé dans sa tâche par Tadeusz Kościuszko, un subordonné de talent avec lequel il entretient de bonnes relations. Il regagne Varsovie à l'automne et assiste au vote de la Constitution du 3 mai 1791, qui consomme la rupture entre les Polonais et la Russie de Catherine II. Il regagne ensuite son poste en juillet suivant et poursuit l'entraînement de ses troupes qui, en partie grâce à Kościuszko, ont effectué de sensibles progrès, avant de revenir dans la capitale en novembre peu après la naissance de son fils, fruit de sa liaison avec une actrice française.
Au printemps 1792, Poniatowski est promu général de division. Le de la même année, sans déclaration de guerre, plus de russes franchissent la frontière polonaise et attaquent les forces de Pologne-Lituanie, fidèles au roi Stanislas Auguste et à la Grande Diète (Sejm Wielki), qui défendent la Constitution du . Handicapé par de multiples carences logistiques et disposant d'effectifs bien inférieurs à ceux de ses adversaires — environ —, le prince est contraint de battre continuellement en retraite, d'abord en direction de Lubar où il arrive début juin avec une armée réduite à . Alors qu'il se trouve dans une situation stratégique délicate, son aile gauche menaçant d'être tournée, il se replie ensuite vers Zasław mais, le , ses troupes font volte-face et infligent une défaite au corps russe du général Morkov lors de la bataille de Zieleńce. Poniatowski s'expose personnellement durant le combat en galvanisant un bataillon malmené par le feu russe. Cette victoire demeure toutefois sans lendemain, le prince n'ayant pas su l'exploiter. Le roi Stanislas Auguste ne l'en qualifie pas moins de .
vignette|gauche|Carte de la guerre russo-polonaise de 1792 avec, au sud, le secteur d'opérations de Poniatowski.
Malgré cet échec, les forces russes continuent leur progression. L'armée de Poniatowski se replie en bon ordre sur la rivière Boug où, le , les unités de Kościuszko résistent avec habileté à une armée russe quatre à cinq fois plus puissante au cours de la bataille de Dubienka. Les Polonais ne peuvent cependant se maintenir sur la ligne du Boug et Poniatowski organise la retraite sur Chełm puis Lublin. Il apprend dans cette ville — de la princesse Izabela Czartoryska — la capitulation de Stanislas Auguste qui a décidé de rallier la confédération de Targowica, favorable à Catherine II. Dans une lettre adressée à Poniatowski, le monarque confirme la rumeur et ordonne à son neveu de suspendre immédiatement les hostilités. Le dernier affrontement de la guerre se déroule le à Markuszów et voit une attaque russe repoussée par la cavalerie polonaise sous les ordres directs de Poniatowski.
vignette|Le roi de Pologne Stanislas Auguste, oncle de Poniatowski (huile sur toile de Marcello Bacciarelli, 1786, galerie d'art de Lviv).
Indigné par la reddition de Stanislas, un groupe d'officiers échafaude un projet d'enlèvement du roi afin de le contraindre à poursuivre la lutte contre les Russes. Poniatowski, en sa qualité de chef de l'armée, soutient initialement cette option, mais il finit par y renoncer après de nombreuses hésitations. Bien décidé malgré tout à marquer avec éclat son opposition à l'attitude de Stanislas, il remet sa démission à ce dernier le , imité en cela par bon nombre de généraux. Le prince séjourne alors quelques semaines à Varsovie pour y superviser la dissolution de ses troupes, suscitant l'enthousiasme lors de ses apparitions en public. Sa popularité irrite fortement le roi qui saisit le prétexte d'une circulaire adressée par Poniatowski à ses soldats, dans laquelle celui-ci laisse transparaître clairement son désir de revanche sur la Russie, pour l'éloigner de la capitale.
D'abord réfugié à Lwów, Poniatowski s'installe à Vienne au mois d'octobre et continue d'arborer en public la croix de Virtuti Militari, malgré l'interdiction dont cet insigne fait l'objet. Il refuse également de prêter serment à la confédération de Targowica et provoque en duel Félix Potocki, un des représentants de cette assemblée. Les autorités russes procèdent en rétorsion à la confiscation de ses biens. Le prince mène cependant toujours grand train grâce aux subsides versés plus ou moins de bon cœur par Stanislas. En , cédant aux récriminations de Saint-Pétersbourg qui estime que sa présence à Vienne constitue un danger potentiel, il part rejoindre sa sœur à Bruxelles. Au cours de ce séjour, il s'éprend d'une comtesse française, Henriette de Vauban, plus âgée que lui d'une dizaine d'années.
Insurrection de Kościuszko et échec de la révolte
Poniatowski met à profit sa période d'exil pour rédiger ses souvenirs sur la dernière guerre russo-polonaise. Toutefois, bien que conservant un certain crédit auprès des émigrés polonais, il est tenu dans l'ignorance des préparatifs d'une nouvelle insurrection qui s'organise cette fois sous l'égide de Kościuszko. Lorsque le soulèvement éclate au printemps 1794, le prince est ainsi mis devant le fait accompli. Quoique sceptique sur les chances de succès des insurgés et dérouté par la dimension populaire de la révolte, il rejoint l'insurrection et rencontre Kościuszko à la fin du mois de . Ce dernier l'accueille sans chaleur mais lui offre un commandement que Poniatowski refuse pour se rendre auprès de Stanislas, demeuré à Varsovie. Il se bat ensuite comme simple volontaire au sein de la division du général Mokronowski et prend part au succès remporté par les Polonais sur les Prussiens à Błonie, en juillet, puis au repli sur la capitale.