thumb|Elin Wägner, 1914. La ou LKPR (Association nationale pour le droit de vote des femmes) est une association féministe suédoise qui milite pour le droit de vote des femmes.
Fondée en 1902, d'abord sous le nom de Föreningen för kvinnans politiska rösträtt (Société pour le droit de vote des femmes), elle devient la Landsföreningen för kvinnans politiska rösträtt (LKPR) en 1903. Les fondatrices sont Anna Whitlock, Lydia Wahlström et Signe Bergman. La LKPR devient une organisation nationale regroupant par branches locales des organisations militant pour le suffrage féminin. L'organisation est dissoute en 1921, lorsque le droit de vote, accordé deux ans plus tôt, est mis en œuvre pour la première fois lors des élections législatives.
Au niveau international, elle est membre de l'Alliance internationale pour le suffrage des femmes .
Contexte historique Les femmes suédoises non mariées peuvent, depuis 1862, participer aux élections communales, sous condition de revenus. Si elles se marient, elles (re)deviennent mineures et perdent le droit de vote. La première motion pour un suffrage des femmes égal à celui des hommes - qui ne disposent pas encore du suffrage universel - est présentée au Riksdag par en 1884. Sa motion est rejetée par 53 voix contre 44.
En 1899, Agda Montelius et Gertrud Adelborg, représentantes de l'Association Fredrika Bremer, présentent leur propre demande pour le suffrage féminin au Premier ministre Erik Gustaf Boström. Aucune réponse ne leur parvient.
En 1902, deux nouvelles motions relatives à la réforme du suffrage féminin sont présentées au Parlement. L'une, émanant du ministre conservateur de la Justice, Hjalmar Hammarskjöld, propose d'accorder deux voix aux hommes mariés, puisqu'ils peuvent être considérés comme votant également à la place de leurs épouses. L'autre motion, présentée par le social-démocrate Carl Lindhagen, propose le suffrage féminin au nom de l'Association Fredrika-Bremer, dont il est secrétaire. Cette proposition est critiquée par les libéraux et les sociaux-démocrates, qui y voient une menace pour le suffrage masculin, qui est alors l'objectif principal de la gauche. La proposition de Hjalmar Hammarskjöld suscite la colère des militantes féministes, qui forment un groupe de soutien à la motion de Carl Lindhagen. Le groupe de soutien parvient à remettre une liste de 4154 noms à Stockholm et de 1487 à Göteborg mais la motion est rejetée. au motif récurrent que cette revendication n'émane pas des femmes elles-mêmes.
La même année, une grève générale est organisée pour revendiquer le suffrage égal et universel.
Landsföreningen för kvinnans politiska rösträtt
Fondation Le , la Föreningen för Kvinnans Politiska Rösträtt ((Société pour le droit de vote des femmes, FKPR) est fondée simultanément à Stockholm et Göteborg, entre autres par Anna Whitlock, Lydia Wahlström et Signe Bergman. Au printemps 1903, six associations forment la Landsföreningen för kvinnans politiska rösträtt (Association nationale pour le droit de vote des femmes, LKPR. Frigga Carlberg et d'autres membres de la direction, entreprennent alors un travail intensif pour constituer un réseau national d'associations. La LKPR se développe et compte jusqu'à 300 associations locales et environ 17 000 membres – exclusivement des femmes. Ces dernières sont principalement issues de la classe moyenne, souvent instruites et attachées aux valeurs libérales. On y trouve également des femmes de la classe ouvrière, des femmes de droite et des femmes social-démocrates.
La revendication officielle de l'Association est que les femmes doivent pouvoir voter dans les mêmes conditions que les hommes. A ce moment là et jusqu'à l'instauration du suffrage universel masculin en 1909, cela signifie que les femmes majeures, contribuables et disposant d'un revenu, qui ont déjà le droit de voter aux élections communales depuis la réforme de 1862, doivent également pouvoir voter aux élections nationales. Après l'instauration du suffrage universel masculin en 1909, cette même devise englobe automatiquement le droit de vote pour toutes les femmes. Cette décision ne satisfait pas à certaines femmes qui souhaitent revendiquer dès le départ le suffrage universel et quittent donc la LKPR au profit d'organisations de gauche ou syndicales .
La LKPR n'est pas la seule organisation féminine en Suède à revendiquer le suffrage féminin. L'Association Fredrika Bremer et d'autres encore ont le droit de vote des femmes à leur agenda mais la LKPR est la plus grande et la seule organisation dont la principale mission est le suffrage féminin, et ce jusqu'en 1917, date à laquelle une fraction de femmes de droite, avec notamment , , et , fonde la Moderata kvinnors rösträttsförening (Société pour le suffrage des femmes modérées).
La LKPR pense que le suffrage féminin permettra de résoudre d'autres problèmes affectant les femmes, et, avant tout, va aboutir, à terme, à l'abolition de la tutelle légale de l'homme sur la femme mariée.
Principes et fonctionnement Plusieurs autres femmes de renom soutiennent l'Association nationale pour le droit de vote des femmes. L'écrivaine Selma Lagerlöf utilise sa notoriété internationale pour défendre le droit de vote des femmes et renforcer la crédibilité et la visibilité du mouvement. Elen Key, également écrivaine est une féministe et une suffragiste de la première heure. Elin Wägner, une des militantes les plus actives à partir de 1909. « » (1910), le roman de cette dernière prônant l'amour hors mariage, est considéré comme la « bible du mouvement suffragiste suédois ». Parmi les principales et importantes donatrices du mouvement suédois pour le suffrage féminin figurent Lotten von Kræmer et .
L'adhésion est réservée aux femmes. En effet, le principal argument des opposants au suffrage féminin est que les femmes ne souhaitent pas voter, et il est donc nécessaire de prouver leur capacité à s'organiser politiquement et à assumer les responsabilités que le suffrage leur conférerait en tant que citoyennes à part entière.
L'Association nationale pour le droit de vote des femmes se démarque des méthodes agressives des suffragistes britanniques, les jugeant contre-productives et risquant de discréditer le mouvement. La LKPR privilégie la mobilisation de l'opinion publique par le biais de la presse, de discours publics, de la distribution de tracts et de pressions exercées sur les politiciens et les décideurs, même si le seul fait de s'exprimer en public est déjà une violation des normes et expose les femmes aux moqueries et à la répression.
La LKPR est officiellement une organisation politiquement neutre. Ses premières présidentes ont des orientations politiques variées : Lydia Wahlström est conservatrice, Signe Bergman, social-démocrate) Anna Whitlock et Ann-Margret Holmgren libérales. Cette neutralité politique est abandonnée de facto, lorsque, en 1911, la LKPR décide d'appeler les électeurs à boycotter les hommes politiques opposés au suffrage féminin, c'est-à-dire les conservateurs, et de favoriser ceux qui y sont favorables c'est-à-dire les libéraux et les sociaux-démocrates qui y sont favorables dès l'instauration du suffrage universel masculin, en 1909.
L'Association décide d'abord de ne pas publier de journal, pour de raisons financière et parce que les journaux Dagny et Social Tidskrift couvrent déjà le sujet. En 1912, le Conseil d'administration décide cependant la publication d'un bimensuel dont le premier numéro paraît le , avec le titre Rösträtt för kvinnor (Le suffrage féminin) et sous la direction d'. Son slogan est .
Action
1902-1911 En 1905, la LKPR présente ses revendications au gouvernement libéral de Karl Staaff, qui promet que le suffrage féminin serait instauré dès l'obtention du suffrage masculin, condition préalable. La LKPR envoie une délégation, conduite par Gertrud Adelborg, auprès du roi Oscar II de Suède en 1907. Elle lui rappelle les réformes concernant les droits des femmes qui avaient été votées par son père, le roi Oscar Ier de Suède, et exprime le souhait que . Oscar II promet son soutien, mais ajoute qu'en tant que monarque constitutionnel, il ne peut pas faire beaucoup sans l'action du le gouvernement actuel.
En 1907-1909, sous le gouvernement conservateur d'Arvid Lindman, des réformes du système électoral ont lieu. Le droit de vote est accordé aux hommes de plus de 24 ans, qui paient des impôts et ont accompli leur service militaire, pour les élections à la Seconde Chambre du Riksdag et supprime les conditions de revenus et de patrimoine. Le suffrage féminin n'est pas mentionné.
1911 et le congrès international En , la LKPR accueille la sixième conférence de l'Alliance internationale pour le suffrage des femmes, à Stockholm. De nombreuses oratrices internationales y participent, parmi lesquelles Anna Shaw, Rosika Schwimmer et Carrie Chapman Catt. Selma Lagerlöf prend la parole à l'Opéra royal de Suède et Ellen Key à Skansen. À cette occasion, un groupe de soutien masculin est créé, comptant parmi ses membres Carl Lindhagen, Ernst Beckmann, Knut Wicksell, Mauritz Hellberg et Henrik Petrini.
1912-1914 En 1912, Karl Staaff présente une motion sur le suffrage féminin mais elle est rejetée par les Conservateurs, tandis que les Libéraux et les Sociaux-démocrates votent pour. Karl Staaff encourage la LKPR à présenter une liste de soutien au Parlement afin de réfuter l'argument selon lequel les femmes n'auraient pas demandé elles-mêmes le droit de vote. En 1913, la LKPR présente une liste de 351 000 noms de femmes favorables au suffrage féminin, ce qui représente environ 18% des femmes suédoises de plus de 18 ans à l'époque.
1914-1917 La Suède est un pays neutre durant la Première Guerre mondiale. La LKPR suspend tout de même son action pour le droit de vote des femmes. Plusieurs organisations féminines suédoises lancent une vaste opération de secours sous le nom de « Women's Abdoor ». Elles collectent et distribuent de la nourriture et des vêtements.
La LKPR prend l'initiative de créer une organisation pacifiste composée de femmes des pays neutres, dans le but de faire pression sur les gouvernements neutres pour qu'ils interviennent comme médiateurs entre les belligérants. Le Mouvement suédois pour la paix comprend, outre le LKPR, des membres de l'Association Fredrika Bremer, de la KFUK, des organisations féminines social-démocrates (dont le Stockholms allmänna kvinnoklubb et ses sections locales). Anna Whitlock, Emilia Broomé et Kerstin Hesselgren en sont les figures de proue. Le Mouvement envoie 16 déléguées au Congrès international des femmes de La Haye en .
1917-1918 En 1917, la LKPR présente au Premier ministre Carl Swartz une demande de suffrage féminin. Plusieurs autres motions en faveur du suffrage féminin sont présentées au Parlement, mais toutes sont rejetées. Après les élections de 1917, les conservateurs sont battus par les libéraux et les sociaux-démocrate, ce qui crée une majorité en faveur du suffrage féminin. La LKPR rappelle alors aux partis de gauche leur promesse d'instaurer le suffrage féminin dès que le suffrage universel serait accordé aux hommes.