Le massif des Vosges ou les Vosges Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, . est un massif de moyennes montagnes du Nord-Est de la France qui sépare le Plateau lorrain de la plaine d'Alsace. D'origine varisque et majoritairement constitué de grès et de granite, il atteint des altitudes culminant à au Grand Ballon.
On en distingue généralement — sur des bases géologiques et morphologiques — trois parties. : les Basses Vosges gréseuses — communément appelées « Vosges du Nord » — se situent au nord du seuil de Saverne et se poursuivent au-delà de la frontière allemande par la forêt palatine avec laquelle elles forment la réserve de biosphère transfrontalière des Vosges du Nord-Pfälzerwald. Les principaux sommets sont le Grand Wintersberg (), le Petit Wintersberg (), le Mohnenberg () et le Maimont (). ; les Hautes Vosges gréseuses — communément appelées « Vosges gréseuses » ou « Vosges moyennes » — s'étendent entre le seuil de Saverne au nord, la vallée de la Fave et Saint-Dié-des-Vosges au sud et la vallée de la Bruche à l'est. Les principaux sommets sont le rocher de Mutzig (), le Donon (), le Narion (), le Noll () et le Grossmann () ; les Hautes Vosges cristallines — communément appelées « Hautes Vosges » — au sud-est du massif regroupent les sommets les plus élevés majoritairement constitués de roches granitiques. Le point culminant de tout le massif se situe au Grand Ballon () suivi du Storkenkopf (), du Hohneck (), du Kastelberg () et du Klintzkopf ().
Seules les Hautes Vosges, cristallines et gréseuses, forment la « montagne vosgienne » à proprement parler alors que les Vosges du Nord constituent une zone boisée de basse montagneCertains auteurs plus anciens, comme von Eller (1972, 1984), n'incluent pas les Basses Vosges gréseuses dans le massif montagneux entrainant ainsi un décalage du référentiel géographique. Leurs ouvrages distinguent alors la montagne vosgienne à proprement parler en trois entités : les Vosges du Nord, les Vosges moyennes et les Vosges du Sud. Aussi dans ces ouvrages les « Vosges du Nord » désignent la partie des Hautes Vosges gréseuses de Saverne à la ligne Saint-Dié/Barr, les « Vosges moyennes » poursuivent jusqu'à la ligne La Bresse/Colmar et les « Vosges du Sud » terminent le massif jusqu'à la Trouée de Belfort..
L'ensemble du massif se caractérise par des pentes abruptes sur le versant alsacien alors que le versant lorrain connait une déclivité plus douce. Cette géomorphologie entraîne un effet de foehn qui fait bénéficier la plaine alsacienne d'un climat plus ensoleillé et plus sec que le Plateau lorrain et qui a notamment permis le développement du vignoble alsacien. Par ailleurs, les Vosges restent un massif très boisé où subsistent quelques pâturages d'altitude — les chaumes — essentiellement d'origine anthropique du fait du défrichement des sommets débuté à l'âge du bronze..
Les crêtes vosgiennes, du Donon au ballon d'Alsace, comportent encore les bornes de l'ancienne frontière entre l'Allemagne et la France (frontière de 1871), marquées D pour Deutschland d'un côté et F de l'autre. Cette limite est aujourd'hui celle entre l'Alsace-Moselle et la Franche-Comté au sud ainsi que le reste de l'ancienne région Lorraine sur le reste de son tracé.
Toponymie Les Vosges Le nom des Vosges est attesté depuis l'AntiquitéLouis Détry, Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Les Usuels, Le Robert, 1992. Notice sur "Vosges". : la première mention est géographique : ex monte Vosego désigne une montagne entre Gaule celtique et belgique, telle que César la décrit dans la Guerre des Gaules (IV, 10). Cette contrée forestière correspond à la frontière antique entre les Leuques, à l'ouest, les Médiomatriques et les Séquanes à l'est.. Pline, qui est chargé d’avitailler la marine romaine, connaît déjà le sapin des Vosges ; la seconde est une épiclèse de Mercure, Vosegus, qui apparaît au Donon dans le titre Merc[urio] vosego.... Pour la plupart des historiens du , cet antique Vosegus est un génie des forêts obscures, un dieu topique de cette montagne forestière.. On peut y voir plus simplement une dédicace au « Mercure vosgien » ; une troisième inscription antique tardive du montre l’équivalent du terme actuel « forêt vosgienne », avec une forte connotation sauvage et menaçante, silva vosego. ; au , Jonas de Bobbio, biographe de saint Colomban, écrit à son propos : « Erat enim tunc vasta eremus Vosagus nomine (...). Ibi cum suis resedit » (il y avait en effet alors un vaste désert nommé Vosge (...). C'est là qu'il s'établit avec les siens). ; on trouve encore : à Zinswiller (Bas-Rhin), vo[se]go sil[vano] ; à Gœrsdorf (Bas-Rhin), vosego sil[vano] ; à Bad Bergzabern (Palatinat), vosego. ; à Busenberg (Palatinat), Silva Vosegus... ; à la Maison forestière de Breitensteiner (Bad Dürkheim), vosego ; à Bärenbrunner Hof (Pirmasens), vosego silvan[o] E. Mensching, « Vosegus und die Vogesen, Die Vogesen als geographischer Begriff in römischer und frühmittelalterlicher Zeit », Pfälzer Heimat, , 1982, ..
La cité des Leuques, centrée à Nasium puis à Toul, est déjà une province ouverte depuis le . Les Bagaudes généralisées au . semblent reprendre avec une violence accrue au milieu du et ce monde, tout en restant, paradoxalement à nos yeux, structuré dans le cadre rigoureux de la latinité et du Bas-Empire, passe sous hégémonie germanique.
Alors apparaît un terme éphémère au , ce siècle de la renaissance croissante des vieilles hiérophanies - lieux du sacré - oubliées, dévoyant et perdant le sens global du toponyme gaulois latinisé. Le vocable germanisé s'écrit Wasgauen ou « districts ou contrées des étendues », sous-entendu « de l'ouest » selon les historiens lorrains ou alsaciens du C'est le cas du chanoine D. Ruyr dans ses Antiquitez de la Vosge, parue à Épinal en 1633. Le pluriel du terme Wasgau se retrouve en français dans l'adaptation Wasgovie qui englobe pour nombre de savants d'alors l'ensemble des antiques forêts et montagnes de la Vôge et des Vosges prolongées jusqu'au Vosges du Nord et aux reliefs dominant le Palatinat. Au siècle des Lumières, l'érudit Jean-Daniel Schoepflin s'offusque de ces dénominations qu'il juge floues et inopérantes. Il réserve Wasgau à une contrée historique précise des Vosges du Nord et considère le pluriel ou sa généralisation comme infondée ou vague. Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Illustrata, édition de Mulhouse, 1849, réédition du Palais Royal, Paris, 1974. Tome I et , Tome 3 ..
Les aristocrates francs, puis des associations chrétiennes d'hommes solidaires autour d'intérêts communs ont émancipé des territoires et dénommé les bans au . Soumises à une christianisation profonde, ce sont de véritables et nouvelles découpes du diocèse qui, à terme, instaurent une vie politique et religieuse, voire économique, autonome par rapport à la vieille cellule fondatrice du Bas-Empire que représente la cité de l'évêque. Les ducs francs d'Alsace, constatant la vacance du roi mérovingien, ont protégé les bans dès leurs fondations, puis ont accaparé à leur compte l'administration supérieure de ces grands bans quasi-autonomesParmi les bans très étendus des Hautes Vosges, mais pas encore au haut Moyen Âge, on peut citer les futurs bans de Ramonchamp ou de Vagney. Le plus connu à l'époque carolingienne est le ban de Champs sur les terres indivises de l'insigne église des chanoinesses de Remiremont avec pour siège l'actuel Champ-le-Duc. Au Moyen Âge, le grand ban de La Bresse obtiendra également son propre droit coutumier, ., en particulier sur les confins orientaux du vaste comté de Chaumontois.. Ils ont ainsi réduit momentanément l'influence de l'évêché de Toul et ont fait de même au nord et au sud de l'Alsace, c'est-à-dire avec le Nordgau pris sur l'évêché de Spire et le Sundgau capté sur l'évêché de Bâle. Les Carolingiens, restaurateurs d'une centralité du pouvoir, ont assujetti ces entités autonomes, les plaçant sous tutelle d'administrations religieuses initialement à leur service royal.
La civilisation paysanne impose progressivement ses repères après le . Le singulier Vosge ou Vôge provenant du premier toponyme gaulois latinisé se perpétue pour caractériser le pagus ou pays vert observable en contrée frontalière au sud de l'antique Belgica prima, à la limite de l'ancienne Austrasie et déjà en Burgondie.
Au , le latin d’église a gardé la forme Vosagum qui évolue en Vogia ou Vosgia, d'après la forme romane. En ancien français, on trouve conjointement « par Vouge trespassa », ce qui signifie « il passa par les Vosges ».
Des formes au pluriel en langues romanes et germaniques, du premier toponyme gaulois latinisé, influencées par les interprétations savantes mérovingiennes, prennent désormais en compte la diversité du domaine royal, une foresta primitive et royale dispersée dans ce monde paysan en gestation en grands bans montagnards, parfois morcelés ultérieurement au gré des pouvoirs politiques plus ou moins sacrés, engendrant plus tard au les anciennes grandes paroisses, en particulier celles de la montagne, puis le massif montagneux lui-même.
L'historien peut en conclure que la montagne, bien que soumise à une semblable administration du Bas-Empire jusqu'au début du , s'affirmait en foyer germanique et la Vôge en une grande contrée précocement latinisée entre Saône et Moselle. Les études dialectales confirment cette assertion. L'ethnologie des anciennes coutumes et des vieux moyens de transports ruraux montrent des frontières au-delà de la Moselle, les zones au voisinage des voies romaines demeurant fortement romanisées.
Le département des Vosges a été formé en 1790 sur la partie méridionale des États de Lorraine.
Orthographes retenues dans les titres, cartulaires et actes officiels Plusieurs manières d'écrire le nom des Vosges apparaissent dans les pièces officielles avec une très forte récurrence de la graphie « Vosge » dans l'Ancien Régime. Le fait de l'écrire avec ou sans accent circonflexe ne change rien dans la perception que l'on en avait à cette époque. Quand les titres et ordonnances parlent de « Vôge », ils n'évoquent nullement le pays de la Vôge actuel, mais l'ensemble du bailliage, subdivision officielle du duché de Lorraine. Dom Calmet explique dans sa Notice de la Lorraine que .. Au déjà, les érudits avaient une définition très élargie des montagnes vosgiennes puisque, pour reprendre Dom Calmet, les « montagnes de Vôge » commencent à la frontière de Franche-Comté et se divisent à Bad Dürkheim dans le Palatinat d'où . L'abbé bénédictin semble avoir une préférence pour le terme avec l'accent circonflexe puisque, dans un autre de ses ouvrages, Histoire de Lorraine, il parle des . quoique, dans une charte ducale en latin, il traduise par « en forêt de Vosge »., probablement par rapprochement de la forme masculine singulier au datif en latin confirmé par le dictionnaire Gaffiot qui donne comme seule définition de Vŏsĕgus., masculin de la première déclinaison : « les Vosges (chaîne de montagne en Gaule) »Le dictionnaire latin-français n'évoque nullement le dieu génie des forêts. En revanche, on lit également la ville de la Lyonnaise, Vosgium.. Ceci met bien en évidence l'opposition entre le masculin singulier du terme archaïque et le féminin pluriel du mot contemporain.