vignette|Culture de niébé irriguée par jarres enterrées.
L'irrigation par jarre (poterie poreuse ou ollas) est une technique d'irrigation souterraine, économe en eau et particulièrement adaptée pour les petites exploitations dans les zones arides.
Cette technique repose sur l'utilisation d'un pot d'argile cuit à "basse température" (afin de garder la bonne porosité) que l'on enterre jusqu'au col et remplit d'eau pour irriguer les plantes placées alentour. Les parois poreuses diffusent lentement l'eau qui sera absorbée par les racines des plantes.
Technique ancestrale, , elle fait l'objet de multiples recherches scientifiques depuis les années 1960.
L'irrigation par ollas présente de nombreux avantages : elle est simple et rentable, par rapport à l'arrosage classique, elle économise l'eau (de 50 à 70 %) en réduisant l'évaporation et le drainage.
L'olla humidifie la terre, permettant ainsi aux plantes situées autour de mieux se développer. Elle diminue le problème des adventices ("mauvaises herbes"), car la croute de terre sèche ne permet pas le bon développement de leurs graines en période sèche, par manque d'eau.
En revanche, elle représente un certain investissement, mais rentabilisé dans le temps (gain de biomasse, baisse de consommation d'eau, etc ...). Les ollas sont fragiles (en matériau naturel, et sans antigel, contrairement à certain pots de fleurs), elles sont gélives et doivent être protégées du gel (en les rangeant ou en les paillant).
Origine L'agronome, mentionne l'irrigation par jarre poreuse, il y a en Chine.. Le chercheur T.M. Stein considère, quant à lui, que la technique pourrait provenir de l'Afrique du Nord ou de l'Iran.. D'autres chercheurs d'Amérique latine pensent qu'elle proviendrait de l'Empire romain..
Appellations
Cette technique est aussi connue sous d'autres noms, parmi lesquels : olla ou oya (termes provenant de l'espagnol « pot, marmite terre cuite pour le four », « canaris enterrés ». et « vases de céramiques poreux »., pitcher farming., pitcher irrigation. porous ou buried clay pot. en anglais, cápsulas porosas. en portugais, ou encore potes de arcilla. ou riego por succion. en espagnol.
Diffusion actuelle Son utilisation actuelle par les agriculteurs (notamment les maraîchers) et le jardinier lambda est difficile à mesurer, mais la technique tend à être de plus en plus connue, bien qu'elle soit encore a priori globalement méconnue par le grand public.
Vous trouverez des ollas fabriquées en France, mais aussi des ollas importées, ce qui réduit leur intérêt écologique, qui reste un de leurs objectifs. Il est donc important de vérifier les garanties du lieu de fabrication.
Asie En Inde et au Pakistan, cette technique semble être encore utilisée et connue de façon traditionnelle. On la retrouve souvent avec une variante : la méthode de la ficelle.... Le chercheur , considéré comme le père de l'horticulture en Inde, connu pour ses travaux sur l'irrigation en zone aride, aurait promu la technique des jarres, avec et sans ficelle, depuis les jardins botaniques de Lalbagh. et dans plusieurs districts du pays.
Amérique latine La technique des ollas a fait l'objet de plusieurs recherches dans de nombreux pays d'Amérique latine (Cuba, Panama, Argentine, Brésil, Mexique, Saint-Domingue).
Le Brésil serait le seul pays où la méthode des ollas a fait l'objet d'un projet institutionnel, mené par la Empresa Brasileira de Pesquisa Agropecuária dans l'État du Pernambouc dans les années 1980. Là encore, une variante est appliquée avec l'utilisation de capsules poreuses faites de matériaux différents de l'argile. Selon David A. Bainbridge, la technique serait répandue aussi parmi les agriculteurs du Mexique.
Amérique du Nord On trouve aux États-Unis un mouvement autour des ollas, diffusé par internet et soutenu par les acteurs de l'agriculture écologique. Ce sont à la fois des petits fabricants qui vendent des jarres spécialement conçues pour l'irrigation, et aussi de nombreuses vidéos de particuliers proposant des méthodes Do It Yourself (DIY) à l'aide de pots de fleur en terre cuite.
Ce pays, qui compte de vastes zones arides, a bénéficié par ailleurs du dynamisme du chercheur , qui a beaucoup travaillé à la vulgarisation des techniques d'irrigation pour les zones arides..
Afrique Malgré l'intérêt porté par certains chercheurs (des expériences ont été menées au Nigeria, en Afrique du Sud, au Kenya, en Éthiopie), les acteurs du développement agricole ne semblent pas s'être emparés de cette technologie.
Des chercheurs en Éthiopie affirment que la méthode des jarres d'irrigation est encore totalement méconnue dans leur pays., où elle serait cependant très adaptée.
On peut mentionner pourtant le cas de l'ONG française GRET qui fait mention de cette technique dans un ouvrage dédié à la question de l'eau pour le maraîchage, ou encore la fiche technique mise au point par le projet PACE () et les récents essais menés par l'ONG Acra dans la région du Guéra au Tchad..
Europe La technique des ollas est presque totalement inconnue en Europe où l'agriculture est très modernisée et où le goutte-à-goutte domine totalement le secteur de la micro-irrigation. Une production artisanale à destination des particuliers se développe en Europe au travers de productions locales de potiers et d'un artisanat localisé, mais aussi par la vente à distance et aux magasins de jardinerie avec des oyas françaises ou étrangères.
Océanie Depuis quelques années, un fabricant de « oyya » s'est aussi installé en Australie. Il propose notamment un système de jarres reliées entre elles par des tubes de plastique, eux-mêmes reliés à un réservoir extérieur. Le public est principalement celui de très petits exploitants et jardiniers amateurs.
Le cas de la permaculture Pour finir, un secteur particulier de l'agriculture s'est intéressé à la technique des ollas : la permaculture. En effet, il semblerait que le fondateur de la permaculture, Bill Mollison, ait qualifié ce système comme étant « le meilleur système d'irrigation au monde », dans ses vidéos The Global Gardener.. Des acteurs de référence de la permaculture, comme la ferme The Urban Homestead aux États-Unis, promeuvent ainsi les ollas depuis de nombreuses années.
Dynamique de la recherche scientifique
Des chercheurs du monde entier se sont penchés sur les ollas depuis les années 1960, parmi lesquels on peut citer : et R.C.Mondal en Inde, D.A. da Silva, et A. de S. Silva au Brésil, David A. Bainbridge aux États-Unis, Stein T.M. en Allemagne, A.A. Siyal au Pakistan, Majeb Abu-Zreig en Jordanie, ou encore A.E. Daka en Afrique du Sud.
On recense presque une centaine d'articles scientifiques s'intéressant aux divers aspects techniques, et depuis les années 2000, on trouve aussi de nombreuses publications de particuliers sur internet (page web, vidéos). La plupart des publications sont en anglais, mais on en trouve parfois aussi en espagnol, en portugais et en français.
Les débuts, les années 1960 - 1970 Il existe de nombreuses publications dans le monde entier sur le sujet. Les premières publications spécifiques sur ce sujet datent des années 1960 et proviennent du Mexique. Il y a aussi quelques publications dans les journaux de la FAO sur les pratiques liées à la reforestation en Amérique latine qui en font mention... Dans les années 1970, les publications se multiplient au Mexique, initiées par le chercheur P.C. Olguín sous l'égide du Colegio de Postgraduados de Chapingo.... La technique est alors appelée riego por succion, ou irrigation par aspiration.
Le premier chercheur de langue anglaise ayant travaillé sur les jarres est certainement , qui travailla sur les techniques d'irrigation en zone aride entre 1951 et 1977, à sa retraite. Cependant, le premier article en anglais dont on ait une trace est écrit par le chercheur indien R.C. Mondal en 1974., qui sera suivi par un second en 1979. Il appelle alors cette technologie celle des pitcher : les pichets. À la fin de la décennie, on trouve les premiers articles qui mentionnent l'application de cette technique en Afrique. et au Moyen-Orient (Iran)., publiés par des auteurs anonymes.
Les années 1980, fort dynamisme de la recherche Les années 1980 sont les plus fertiles en recherches et articles, toujours dominées par l'Amérique latine et l'Asie.
On note en particulier l'entrée en jeu du Brésil et notamment de la Empresa Brasileira de Pesquisa Agropecuária. Des chercheurs tels que D.A. da Silva et S. Silva ont écrit une série d'articles sur la techniques des capsulas porosas : les capsules poreuses, pouvant être en argile ou dans d'autres matériaux... Ici on ne se limite pas seulement à l'intérêt scientifique, on met aussi en pratique, et à relativement grande échelle. Cela stimule l'intérêt d'autres chercheurs en Amérique latine : Panama, Saint Domingue.., Argentine.… On trouve d'autres appellations, comme les potes de barro en espagnol, ou encore les porous pots en anglais.
Pendant ce temps, R.C. Mondal en Inde se penche sur la question de l'utilisation de la technique des jarres sur des terres salinisées ou avec de l'eau salée.. Le Pakistan voisin publie son premier article sur la technologie des pitchers.. Des expériences sont aussi réalisées au Royaume-Uni par des étudiants de Master, mais ne font pas l'objet de publication...
Enfin, en 1986 sort la première publication aux États-Unis., par David A. Bainbridge dont les travaux feront référence par la suite. Reprenant l'appellation de R.C. Mondal, il parle pour le moment de pitcher irrigation.
Les années 1990, baisse d'intérêt et coopération internationale Les années 1990 marquent une forte baisse des publications, mais ouvrent l'ère de la coopération pour le développement, et des publications en français.
Les agences des Nations unies font la promotion de la technologie des jarres : la FAO y consacre un plein chapitre dans une publication sur l'irrigation en 1997 (disponible en français), et l'UNEP aussi en 1998. Le Gret, un institut français pour la coopération internationale, mentionne la technique dans une publication sur le maraichage en Afrique.
En Allemagne, le chercheur T.M. Stein fait plusieurs expériences pour comprendre les facteurs affectant la porosité, et écrit des articles qui feront ensuite référence.. Quelques publications africaines sortent, en provenance de pays anglophones: Kenya., Zimbabwe. et Afrique du Sud..
Des années 2000 à nos jours, mondialisation et nouvelles technologies Dans les années 2000, les publications reprennent un rythme plus soutenu.
Elles ne proviennent quasiment plus d'Amérique latine (exception faite de Cuba avec C.M. Peña...), mais surtout d'Asie, avec le Pakistan et en particulier l'auteur A.A. Siyal...., du Moyen-Orient avec notamment Majeb Abu-Zreig en Jordanie, et des États-Unis avec David Bainbridge...
En 2001, pour la première fois, une thèse de doctorat y consacre un chapitre entier, publiée par l'Université de Pretoria en Afrique du Sud.. De plus en plus d'universités africaines s'y penchent : Ghana., Nigéria, Éthiopie…
Enfin, depuis les années 2000, un phénomène nouveau apparait : internet. On commence à trouver les premières pages internet sur les ollas (articles et vidéos), publiées par des particuliers. Certains font référence à des fabricants, d'autres aux recherches scientifiques, mais beaucoup promeuvent des méthodes DIY, avec des jarres faites maison à l'aide de pots de fleur... On constate aussi le développement de fabricants artisanaux d'ollas.
Aspects techniques alt=Comment installer facilement le oyas (ollas)|vignette|Notice d'installation illustrée des oyas (ollas)