vignette|En rouge à l'est sur cette carte hollandaise dressée par Nicolas Visscher en 1656, la « Nouvelle-Angleterre appelée par les indigènes Almouchicosen ».

Les Amérindiens Almouchiquois sont un ensemble de tribus algonquines habitant avant la colonisation le long de la baie du Massachusetts entre les fleuves Pentagouët et J. B. Homann, « Anglia Nova », Nuremberg, 1759. au sud des Souriquois. Leur territoire, appelé Almouchicosen par les colons de Nouvelle-Néerlande, deviendra au la Nouvelle-AngleterreR. Litalien, J. F. Palomino, D. Vaugeois, La Mesure d'un continent: atlas historique de l'Amérique du Nord, 1492-1814., , Presses Paris-Sorbonne, Paris, 2007 ..

Étymologie Almouchiquois est la transcription française d'un terme autochtone le Jeune, Dictionarium geographicum universalis, , Johannes Strander, Johannes Ratelband & Hendrik Blank, Amsterdam, 1710.. Il a été donné par les colons de Nouvelle-France aux différents peuples indigènes de la région, The Jesuit Relations and Allied Documents Travels and Explorations of the Jesuit Missionaries in New France 1610—1791, , , The Burrows Brothers Company, Cleveland, 1898. et apparaît la première fois sous la plume du cartographe Samuel Champlain, qui explore une première fois la région en 1602, puis sous celle du jésuite Pierre BiardP. Biard, Relation de la Nouvelle-France, de ses terres, naturel du païs et de ses habitans, , Lyon, 1611., rendant compte en de son arrivée à l'habitation de Port-Royal, en Acadie, deux ans avant de partir fonder la mission de Saint Sauveur, à l'entrée de l'île des Monts Déserts.

Une ressemblance a été relevéeC. Laverdière, Œuvres de Champlain, , Québec, 1870., une fois ôté le préfixe al, avec l'algonquin Massachusetts, lequel signifie , mais comme pour beaucoup de toponymes et ethnonymes de cette région, l'étymologie reste obscure. Vers 1712, un autre missionnaire jésuite, le père Joseph Aubery, trouve une étymologie dans le nom que les Abénaquis donnent à la prairie côtière, AlemousiskiJ. Aubery, Vocabulaire abénakis, 1715., c'est-à-dire terre du petit chien, parce que de petits chiens errants y abondentJ. A. Maurault, Histoire des Abé́nakis, depuis 1605 jusqu'à nos jours., , Gazette Sorel, Québec, 1866..

Almouchicosen n'apparaît pas dans les écrits français, qui ne parlent que des Almouchiquois, mais dans la littérature néerlandaise à propos de la Nouvelle-Néerlande, à côté du terme Almouchiquois repris tel quel dans cette langue. Il n'est donc pas la traduction de l'ethnonyme français mais un toponyme distinct, en usage chez les colons néerlandais mais pas chez colons français.

Les Almouchiquois ne sont peut être que l'un des peuples de la région, celui qui habitait le long de la C. Laverdière, Œuvres de Champlain, , Québec, 1870., où un de leurs sagemores, Onemechin, a été rencontré par Pierre Dugua de Mons le . Leur nom a pu abusivement être étendu à l'ensemble de leurs voisins reconnaissant l'autorité de leur sagemore suprême, le roi Bessabes, à moins que ce nom ne désignât une confédération comme il en existait entre différentes tribus de la région. Celles-ci obéissaient en effet à un système politique complexe basé sur des réseaux d'alliances organisés par les sagemores et concurrentes aux relations claniques, système qui se traduisait par la reconnaissance d'un roi, appelé Soleil, et par de multiples renversements d'alliances.

Peuplement indigène

L'Almouchicosen est au centre de la zone de peuplement . Les Almouchiquois habitent entre l'océan et les Iroquois. Parlant une même langue, ou un ensemble de dialectes compréhensibles entre eux, ils se distinguaient par celle-ci des , aujourd'hui dispersés entre Passamaquoddys et Malécites, et des Souriquois, qui sont leurs voisins septentrionaux, ainsi que des Lenapes, qui sont leurs voisins méridionaux. Ce sont principalement : les Abénaquiois, les Caniba les Narrantsouac les Pentagouets, les Pequots, les Mohegans, les Massachusetts les Narragansetts, les Pocomtucs, les Wampanoags.

Les Almouchiquois ayant été exterminés par la colonisation et les maladies que celle-ci a apportées, les Abénaquis, qui habitent l'intérieur de la région et chez lesquels beaucoup des survivants se sont réfugiés, ont fini au par constituer leur plus importante nation, agrégeant les CanibaJ. A. Maurault, Histoire des Abé́nakis, depuis 1605 jusqu'à nos jours., Intro., Gazette Sorel, Québec, 1866., les Narrantsouac, les Pentagouets, les Mohegans et le restant des Pequots. À cette époque, ils ne se distinguent pas, du moins par les mœurs, des MicmacsJ. F. Lafitau, Mœurs des Sauvages amériquains comparées aux mœurs des premiers temps, II, , Paris, 1724., lesquels constituent alors pareillement la part survivante des Souriquois.

Histoire Les premiers explorateurs (1524-1525) À la fin , soit vingt-sept ans et onze mois après l'expédition de Jean Cabot vers Terre-Neuve et seize ans après celle de Thomas Aubert, Jean de Verrazane, son frère Gérôme et leur pilote Antoine de Conflans, partis le de Madère sur une caraque de cent tonneaux, La Dauphine, naviguent depuis la Nouvelle-Angoulême et explorent la baie de Narragansett pendant deux semaines. Durant ces deux semaines, des contacts sont noués avec les autochtones. Ceux-ci leur désignent le lieu sous le nom d'Oranbega, qui signifie en algonquin havre et deviendra un toponyme mythique. Les explorateurs, poursuivant leur cabotage, mouillent dans l'estuaire du Pentagouët avant de repartir pour Dieppe en passant par Terre-Neuve, où pêchent depuis le les BasquesÉ. Le Danois, Les Conditions de la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve., E. Blondel La Rougery, Paris, 1924., depuis un peu moins d'un siècle« XVI e . Les Bretons à Terre-Neuve », in Le Télégramme, Morlaix, . Malouins et Roscouins.

Un an plus tard, au printemps 1525, Esteban Gómez et ses vingt neuf hommes, partis le précédent de La Corogne sur une caravelle de cinquante tonneaux baptisée L'Annonciade, font le trajet inverse depuis le port morutier de Niganiche sur l'île du Cap-Breton, où ils sont arrivés directement de Cuba pour hiverner. Ils mouillent eux aussi dans l'estuaire du Pentagouët et cartographient la côte de ce que les Espagnols appellent la Terre des Bretons, avant de rejoindre la Floride. Au cours de ses étapes, l'équipage embarque cinquante indigènes, qui, une fois parvenus en Europe, seront libérés par Charles Quint en personne.

La conquête maritime anglaise (1558-1601) L'avènement en 1558 du règne d'Élisabeth inaugure une extension de la guerre de Quatre-Vingts Ans en une guère navale mondiale opposant les puissances catholiques, dont le chef de file est le roi d'Espagne Philippe II, souverain sur une moitié du monde, à une alliance des huguenots de France, fondateurs en 1564 de l'éphémère Fort Caroline, des calvinistes de la République des Pays-Bas et des anglicans d'Angleterre, fondateurs en 1584 de la colonie de Roanoke et de la Virginie. Menée à l'instar des gueux de mer hollandais par des corsaires anglais, les chiens de mer, dont le plus éminent est Francis Drake, elle dégénère en guerre ouverte en 1585, la guerre anglo-espagnole, et culmine par l'envoi en 1588 de l'Invincible Armada espagnole. L'échec de cette tentative d'invasion provoque une chasse systématique aux vaisseaux espagnols, dont environ huit cents sont détruits en quatre ans, Genesis of the United States, , Boston, 1890., et instaure la prééminence de la Navy dans l'Atlantique.

Dès lors le gouvernement anglais, qui donne des lettres patentes à Humphrey Gilbert, encourage la colonisation mais sans succès, en dépit des traductions et compilations publiées par le géographe Richard Hakluyt. Les navires de pêche anglais se contentent d'aborder à l'occasion la côte des Almouchiquois depuis Terre-NeuveJ. T. Adams, « The Founding of New England, II "Staking Out Claims" », in The Atlantic, Atlantic Monthly Press, Boston, juin 1921., où les flottes basque et bretonne restent très majoritaires. Si en 1593 un Richard Strong, à la recherche d'une Mer des bœufs, fait escale à ArambecR. Hakluyt, Voyages, vol. VIII, , Glasgow, 1904., l'Oranbega de VerrazzaneD. B. Quinn & J. Rousseau, « Les toponymes amérindiens du Canada chez les anciens voyageurs anglais, 1591-1602 », in Cahiers de géographie du Québec, vol. X, , , 1966., le projet d'y exiler les catholiques anglais récusant n'aboutit pas.

Expéditions marchandes anglaises (1602-1605) Après quatre générations de trafiquants de fourrure et de pêcheurs de morue, l'économie et les équilibres politiques locaux ont déjà été profondément remodelées quand en , Bartholomée Gosnold et vingt trois autres gentilshommes, dont , Gabriel Archer et le clerc , partis de Falmouth le avec huit marins sur le trois-mâts barque La Concorde, parviennent pour la première fois en droite ligne depuis les Açores sur la côte du Nouveau monde en un lieu qu'ils baptisent Cape Elizabeth. Le , ils trouvent un mouillage en un point qu'ils nomment . Le 15, ils découvrent encore un peu plus au sud le « cap de la morue ». Ils achètent peaux, fourrures et sassafras aux Massachusetts mais à la mi juin abandonnent le fort, le hangar et les jardins qu'ils ont construits sur l'Île Cuttyhunk pour retourner en Angleterre.

Arrivé en avec deux vaisseaux, et L'Explorateur, Martin Pring explore pour le compte des armateurs de Bristol la côte almouchiquoise à la recherche de ressources exploitables et d'un site d'implantation. Il repart le , laissant derrière lui des Wampanoags furieux.

Le , George Weymouth, parti de Londres le sur L'Archange avec vingt neuf hommes, touche à Nantucket, île des Niantics. Il est accompagné du négociant , qui était de l'expédition de Bartholomée Gosnold. De là, il établit des contacts avec les Patuxets du continent et s'installe à l', avant de poursuivre vers le nord. Le , il aborde l'île Monhegan puis part cartographier la côte entre l'embouchure du Quennebec et la baie de Pentagouët. Le , il mouille à . Quand il repart, le , il a à son bord cinq Abénaquis dont il s'est emparé par ruse, sous prétexte d'offrir des pois et du pain, et par violence le lors d'une escale à l'embouchure du . Ce sont , un domestique, Dehamda, qui est sagamore, Manida, Skitawarroes et Tisquantum. Les trois derniers sont confiés à Ferdinando Gorges, futur colon qui fondera en 1629 le Nouveau Somerset.

Reconnaissances françaises (1605-1606) Du côté français, l'exploration officielle reprend sans tarder sous la direction de Pierre Dugua à partir de la station de Sainte Croix nouvellement établie chez les Eteminquois. Les Français y sont accueillis depuis treize mois avec un des sagemores des Souriquois, Panounias, dont une des femmes est almouchiquoise, quand le Pierre Dugua embarque avec le jeune cartographe Samuel Champlain et vingt matelots à la rencontre de la nation de cette épouseTh. Grassmann, « PANOUNIAS (Panoniac) », in Dictionnaire biographique du Canada, Université Laval, Québec, 1966.. Après une étape au , où un des matelots de Dugua est tué, l'expédition se rend à l'. Elle y est reçue le par le sagemore Onemechin et deux semaines plus tard repart pour sa base de Sainte-Croix découvrant au passage l'île des Monts Déserts, où est établi le relai de Saint-Sauveur.