L’IrakIrak est la transcription recommandée par la Commission d'enrichissement de la langue française dans un avis publié au Journal officiel de la République française le 24 septembre 2008 ; cependant, on utilise parfois Iraq pour transcrire plus fidèlement la consonne correspondante de la langue arabe., en forme longue la république d'Irak ou république d'IraqEn arabe , et , . En kurde , et , ., est un pays du Proche-Orient, situé en Mésopotamie, au nord de la péninsule arabique. L’Irak est parfois appelé « le pays des deux fleuves » en arabe ( / Bilād ar-Rāfidayn, en grec ancien Μεσοποταμία / Mesopotamía, littéralement pays « entre les fleuves », en référence au Tigre et à l'Euphrate). Bagdad en est la capitale et la plus grande ville.
D’une superficie de , cet État a pour voisin la Turquie au nord, l’Iran à l'est, le Koweït au sud-est, l’Arabie saoudite au sud-sud-ouest, la Jordanie à l'extrême ouest et la Syrie au nord-ouest. L’Irak détient les quatrièmes plus grandes réserves de pétrole, et il est membre de l’OPEP.
L’Irak actuel couvre une grande partie de la Mésopotamie, berceau de grandes civilisations parmi les plus anciennes. C’est sur les berges du Tigre, passant par Bagdad, que l’écriture cunéïforme serait née, il y a environ . Aux époques achéménide, parthe et sassanide, le territoire de l’Irak (l'empire sémite de Babylone) est intégré à l’Empire perse, formant, peu avant sa conquête et son peuplement par les Arabes (au par les Arabes de Characène et au par la tribu des Banu Lakhm) et son islamisation au , la province sassanide du Khvarvaran.
Ce territoire fit longtemps partie de l’Empire ottoman. Il fut occupé par le Royaume-Uni après la Première Guerre mondiale, puis placé sous un régime de mandat de la Société des Nations. Durant la période du mandat britannique de Mésopotamie, l’occupant britannique fit face en 1920 à une violente insurrection. Proclamé en 1921, le royaume d'Irak obtient sa pleine indépendance en 1932. La monarchie dure jusqu'en 1958, puis plusieurs gouvernements se succèdent par des coups d'État, l’Irak oscillant entre les influences antagonistes occidentales et anti-occidentales dans le contexte de la guerre froide. Le parti Baas prend de plus en plus d’importance et permet l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein en 1979.
Depuis, l’Irak a connu trois guerres meurtrières, des répressions sanglantes (dont celles des Kurdes et des chiites) et plus de dix ans d’embargo. Son régime, fondé à la fin des années 1960 par le Baas, a été aboli par l’invasion de la coalition menée par les États-Unis en 2003. Ce régime, en dépit de son caractère dictatorial présent dans la majorité des États du Moyen-Orient, semble avoir été populaire chez la plupart des sunnites, traditionnellement nationalistes, mais minoritaires au sein de la population irakienne. Depuis l’invasion américaine, les Kurdes ont obtenu l’autonomie d’une région au nord du pays et la politique a été dominée par les affrontements intercommunautaires, ponctués de nombreux attentats et cause de l’émigration des minorités chrétiennes et juives.
Le gouvernement est actuellement dirigé par Ali al-Zaïdi. Dans un effort de répartition des rôles entre les trois principales communautés, l'exécutif est partagé entre trois personnes : le président Abdel Latif Rachid est kurde sunnite, le Premier ministre est chiite, et le président du parlement arabe sunnite. Chacune de ces têtes est entourée de deux adjoints, appartenant aux deux autres communautés. On note l'influence déterminante de deux personnalités religieuses issues de la communauté chiite : l’ayatollah Ali al-Sistani et Moqtada al-Sadr.
Étymologie Le terme « Irak », adopté le pour dénommer le pays, viendrait de l'arabe 'araqa, qui signifie « fertile » ou « bien arrosé », faisant probablement référence à la fertilité des terres de la Mésopotamie.. Ce nom pourrait aussi être influencé par le terme sumérien Uruk, l'une des plus puissantes cités de l'ancienne civilisation mésopotamienne. vignette|gauche|L'Empire perse sous la dynastie Kadjar en 1814 par le géographe anglais Thompson, avec à l'ouest le haut-plateau perse nommé Irak. Le terme Sawad a également été utilisé au début de la période islamique pour désigner la région de la plaine alluviale du Tigre et de l'Euphrate, par contraste avec le désert arabique.
En arabe, le mot Irak () peut aussi signifier « rivage, rive » ou « bord », de sorte que le nom, par étymologie populaire, en est venu à être interprété comme « escarpement » ou « haut-plateau », pouvant dénommer soit la région appelée al-'Iraq au sud et à l'est du plateau de la Jazira., soit le haut-plateau perse au sud de TéhéranM. A. Oraizi, Amérique, pétrole, domination : Une stratégie globalisée, tome II : Hégémonie anglo-saxonne et duels des empires pétroliers, Paris, L'Harmattan, 2012, ..
Graphie en français En français, deux graphies sont correctes pour ce pays : Iraq, utilisé par l’ISO, l’ONU, l'OIT., l'Union européenne., et le Code officiel géographique (français)Nomenclature des Pays et territoires étrangers du Code officiel géographique de l'INSEE. Iraq est « recommandé » en France par l'arrêté français du relatif à la terminologie des noms d'États et de capitalesJORF du 25 janvier 1994 , mentionnant Iraq, l'article 2 alinéa 3 stipulant « Les noms de pays et de villes étant des noms propres, il est recommandé de respecter la graphie locale en usage, translittérée ou non. ». Le dictionnaire de l'Académie française, quant à lui, privilégie la forme Iraq, et son gentilé, iraquien ; Irak, utilisé par la diplomatie irakienne, la diplomatie française (Irak est « recommandé » à ses agents par le ministère des Affaires étrangères et européennesRecommandation parue au Journal Officiel du 24 septembre 2008, la diplomatie suisseLa République d’Irak en bref sur le site du Département fédéral des affaires étrangères (Suisse) et l'IGN, IGN).
Géographie
L'Irak se situe entre les latitudes 29° et 38° N et les longitudes 39° et 49° E (une petite zone se trouve à l'ouest de 39°). S'étendant sur , c'est le 58 plus grand pays du monde.
L'Irak a un littoral mesurant sur le nord du golfe Persique. Deux grands fleuves, le Tigre et l'Euphrate, coulent vers le sud à travers l'Irak et dans le Chatt-el-Arab, puis le golfe Persique. Flanquant cet estuaire se trouvent des marais, semi-agricoles. Beaucoup ont été drainés dans les années 1990. Entre les deux fleuves principaux se trouvent des plaines alluviales fertiles, car les fleuves transportent environ de limon annuellement au delta. La partie centrale du sud, qui s'amincit légèrement au profit des autres pays, est couverte d'une végétation naturelle marécageuse mélangée à des rizières et elle est humide, par rapport au reste des plaines.
L'Irak occupe l'extrémité nord-ouest de la chaîne de montagnes Zagros et la partie orientale du désert syrien.
Les déserts rocheux couvrent environ 40 % de l'Irak. 30 % du territoire est montagneux avec des hivers très froids. Le nord du pays est majoritairement composé de montagnes ; le point culminant étant à , connu localement sous le nom de Cheekah Dar (tente noire).
L'Irak abrite sept écorégions terrestres : la steppe forestière des monts Zagros, la steppe du Moyen-Orient, les marais mésopotamiens, les forêts de conifères, de sclérophylles et de feuillus de la Méditerranée orientale, le désert d'Arabie, le désert d'arbustes mésopotamiens et le désert et le semi-désert nubo-sindien du sud de l'Iran.
Histoire
De l'Antiquité à l'époque moderne
Période sumérienne vignette|Taureau androcéphale ailé gardien du palais de , en Assyrie, L’Irak est un des berceaux de la civilisation. La période historique en Irak commence réellement à partir de la période d'Uruk (4000 av. J.-C. à 3100 av. J.-C.), avec la fondation d’un certain nombre de villes sumériennes et l’utilisation de pictogrammes, de sceaux-cylindres et la productions de diverses marchandises..
Au , la civilisation mésopotamienne est la civilisation qui a inventé le plus ancien système d’écriture connu, le cunéiforme.
Les Sumériens dominent la Mésopotamie jusqu’à la montée en puissance de l’Empire d'Akkad (2335-2124 av. J.-C.), basé autour de la ville d’Akkad dans le centre de l’Irak. Sargon d’Akkad, le fondateur de l’empire, mène la conquête de toutes les cités-États du sud et du centre de l’Irak, subjuguant les rois d’Assyrie et unissant ainsi les Sumériens et les Akkadiens dans un seul État.
Période babylonienne À partir du , les Amorrites de langue cananéenne ont commencé à migrer vers le sud de la Mésopotamie et à y établir de petits royaumes ainsi qu’à usurper les trônes des cités-États existantes telles que Isin, Larsa et Eshnunna. En 1792 av. J.-C., Hammurabi, un roi amorrite de Babylone entrepris la conquête de Sumer, d'Akkad, d’Élam ainsi que de l'Assyrie, créant le premier empire babylonien.
Après sa prise par les Hittites en 1595 , Babylone passa sous l'autorité d'une dynastie d'origine kassite qui stabilisa le royaume pendant environ quatre siècles. Cette période vit le début de la rivalité avec le royaume voisin situé au nord, l'Assyrie, qui marqua les siècles suivants. Après une longue période d'instabilité entre 1100 et 800 , la Babylonie passa sous la coupe de l'Empire néo-Assyrien pendant plus d'un siècle (728-626 ), avant d'initier une réaction qui aboutit à la destruction de l'Assyrie et à la formation de l'Empire néo-babylonien (626-539 ) par les rois Nabopolassar et .
Cette période marque le sommet de la puissance babylonienne et le retour de la prospérité économique en Mésopotamie, caractérisée par le développement de l'économie agricole et un dynamisme culturel important, sous les auspices des souverains. C'est durant cette période que Babylone devient une vaste cité disposant de plusieurs monuments passés à la postérité (ses murailles, ses palais, sa ziggurat et ses jardins suspendus)..
En 586 avant l'ère commune, , souverain de Babylone, y déporte, après la prise de Jérusalem, qui forment le noyau de la plus vieille diaspora juive au monde.
Perses et Lakhmides Les vallées du Tigre et de l’Euphrate appartiennent ensuite à une succession d'empires : empires achéménide (qui apportent le zoroastrisme, religion encore présente dans certaines provinces), grec (à travers les conquêtes d’Alexandre le Grand), sassanide, Omeyyade, Abbasside.
À l’époque pré-islamique, cette région est divisée entre l'empire sassanide d'un côté, qui domine le Khvarvaran, et le royaume arabe Lakhmide de l'autre, fondé par la tribu des Banu Lakhm qui a émigré du Yémen au et dont la capitale décorée de palais et de châteaux, Al-Hîra, sur la rive droite de l'Euphrate, est un important centre de la culture arabe, de la poésie arabe et du christianisme..
vignette|redresse|Miniature du , réalisée par Behzad et décrivant la construction du palais Lakhmide, Al-Khawarnaq, à Al-Hîra.
Les Lakhmides ont eu une grande influence politique, religieuse et culturelle dans la région et sont restés influents jusqu'au . Le roi al-Nuʿman I (390-418), appelé al-Aʿwar (Le Borgne) était réputé pour être un roi bâtisseur.. Ce dernier avait notamment fait construire deux palais près d'Al-Hira, le Khawarnaq et le Sadir, qui étaient considérés à l'époque médiévale comme des « merveilles du monde ».. Son fils, al-Mundhir I (418-462), est célèbre pour avoir combattu les Byzantins et joué un rôle important dans les affaires politiques internes sassanides. Le prince sassanide avait été élevé à la cour d'Al-Ḥira par al-Mundhir I.., où il apprit le droit, le tir à l’arc et les arts équestres.. Après l'assassinat de son frère aîné Chapour, s'est emparé du trône sassanide face à Khosro l'Usurpateur et aux grands de Perse grâce à l’aide des Lakhmides.