Le provençal (endonyme : ou selon les graphies) est la variété de l'occitan parlée en Provence, dans l'est du Languedoc in Encarta et, pour certains, dans les vallées occitanes du Piémont. Cet idiome riche d'une littérature ancienne et prestigieuse remontant aux troubadours a atteint la reconnaissance internationale avec le prix Nobel de Littérature décerné à Frédéric Mistral en 1904.

Le provençal littéraire fleurit dès le dans les compositions des troubadours et trobairitz. À partir du il se substitue progressivement au latin en devenant la langue de la justice, des actes, des délibérations administratives et des chroniques. D’abord maintenu dans son rôle de langage juridique par le pouvoir royal à la suite de l'association du comté de Provence avec le royaume de France, son usage dans les actes officiels décline lentement à partir du siècle jusqu’à la Révolution. À partir de l’établissement de la Convention nationale., le provençal est exclu de l’administration. Il demeure néanmoins la langue de la majorité de la population et se maintient sur le plan littéraire.

Il existe une polémique sur le statut du provençal, simple dialecte ou langue à part entière au sein de la langue d'oc.

La création du Félibrige — qui s’institue comme académie — coïncide avec une forme de renaissance du provençal qui connait à partir de la seconde moitié du et jusqu’au des travaux de normalisation orthographique qui aboutissent à la création de deux normes : l'une dite « moderne » ou « mistralienne » et l'autre dite « classique » car se voulant transdialectale, plus proche des graphies médiévales et du catalan.

Les Provençaux parlaient encore leur langue au L'appel au calme envoyé par Louis XVI après la révolution française de 1789 est envoyé en provençal et non en français sur le territoire provençal.. Son usage s’érode graduellement à partir du au profit du français, et particulièrement sous la lorsque l’école française entre en conflit direct avec les langues régionales.

Ce n'est qu'au milieu du que les parents cessèrent par honte ou par espoir d'ascension sociale d'élever leurs enfants en provençal.Daphnée Pagni. « Le déclin des langues régionales en France: le provençal, une langue vouée à disparaître ? »Dès les années 1920, les pécheurs des petites villes côtières avaient pour habitude de s'interdire de parler provençal en arrivant sur le quai, à terre, et de l'interdire à leurs enfants, par déférence pour ceux qui ne comprendraient pas la langue jugée vulgaire (Blanchet)..

La part de provençalophones est difficile à estimer. Le provençal est classé par l’Atlas interractif UNESCO des langues en danger dans le monde comme langue en situation sévère d’extinctionMoseley, Christopher (ed.). 2010. "langues de France", Atlas interactif UNESCO des langues en danger dans le monde, , en ligne..

Définition

Nom Le dialecte provençal ne doit pas être confondu avec la , expression qui désignait l'intégralité de la langue d'oc avant sa substitution progressive par le terme occitanien, puis occitan à partir des années 1930. Bien que l’usage d’appeler provençale la langue des troubadours date surtout du , l’habitude de nommer provençal tout habitant du Midi de la France se retrouve déjà au : ainsi les « seigneurs provençaux » de la première croisade proviennent aussi bien du Languedoc que de la Provence même.

Tout comme l’emploi antérieur de limousin rappelait l’origine géographique des premiers troubadours, provençal peut se référer à la provenance de certains troubadours. Jean-Claude Bouvier pense qu’il s’agit d’une référence semi-consciente à l’ancienne Provincia Romana. Il voit aussi à travers cette appellation un besoin d’affirmer la romanité de cette culture et de cette littérature.

Classification Le statut du provençal, dialecte occitanJean-Marie Klinkenberg, Des langues romanes. Introduction aux études de linguistique romane, De Boeck, , 1999. ou langue distincte, est une question clivante ; l'inclusion du provençal parmi les dialectes de l'occitan est discutée dans les milieux académiques. Le débat est alimenté par des arguments sociolinguistiques et par une forme d’ethnocentrisme provençal lié à l’emploi traditionnel du vocable provençal pour nommer uniformément n’importe quel parler d’occitan. Au moment de la Renaissance provençale, le Félibrige ne lève pas cette ambiguïté et, au contraire, en joue pour consacrer la primauté du dialecte d’Avignon. Toutefois, comme le rappelle Jean-Claude Bouvier, le terme langue a plusieurs sens en linguistique dont celui, lorsqu’on opère la distinction entre langue et dialecte, de désigner un ensemble de dialectes unis par la participation à un diasystème commun. L’intégration d’une variété de langue dans un diasystème repose sur des critères linguistiques et extra-linguistiques. Le dialecte s’inscrit dans un continuum linguistique et implique l’existence de liens historiques, géographiques et culturels. Le provençal s’inscrit donc bien dans le diasystème de la langue d'oc. C'est également la position contemporaine défendue par le Félibrige.. Le courant mistralien se divise au en deux tendances : l'une proche de la postion officielle du Félibrige défendant la langue d'oc dans son unité et sa pluralité et l'autre circonscrite au provençal, promotrice du seul emploi de la graphie mistralienne et défendant la notion de « langues d'oc ».

L’appellation « langue provençale » peut néanmoins servir de nom alternatif pour désigner la variété de langue d’oc parlée en Provence. Philippe Blanchet estime en effet qu’il faut promouvoir les appellations locales afin de favoriser un « sentiment d'appartenance » basé sur les régions historiques.. Il reprend la notion de langue polynomique (ou langue Ausbau) en proposant la séparation de la langue d'oc en plusieurs langues, au contraire des promoteurs de la notion de polynomie qui conservent sous la même langue-toit ses différentes variantes, à l'instar du basque unifié. L'enquête « Famille » menée par l’INSEE-INED en 1999 montre que sur l’ensemble du territoire occitan plus de 70% des sondés nomment leur langue « patois ». Ce nombre diminue dans les régions à forte identité comme la Provence — où en fonction des départements il oscille entre 26 et 50% des sondés — et la Gascogne — où il tombe à 28% des sondés —. Il ressort de cette enquête que l’occitan serait la langue la plus exposée à la désignation « patois ».

Aire géographique La classification dialectologique du provençal au sein de l'espace occitan diffère selon les auteurs entre les partisans d'une vision « nord-sud » (occitan oriental) et « est-ouest » (occitan méridional ou occitan moyen). Les parlers inclus dans le domaine dialectal provençal varient selon les chercheurs : si la majorité y range le rhodanien, le maritime et le niçois, l'inclusion du vivaro-alpin est sujette à caution. Son rattachement au provençal n'est toutefois pas reconnu par l'ensemble de la communauté scientifique, qu'il s'agisse de sources anciennes (Klinkenberg, Pierre Bec) ou plus récentes.. Les seules inclusions qui fassent consensus sont celles du dialecte rhodanien, rendu célèbre par Frédéric Mistral, et du dialecte maritime, la langue de Victor Gelu. Ces deux variétés seront donc celles majoritairement développées dans la suite de cet article.

Selon Frédéric Mistral, les sous-dialectes du provençal sont : le rhodanien, parlé dans la partie occidentale des départements des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse, jusque dans la région de Nîmes (partie orientale du Gard) ; le marseillaisOn parle de dialecte « maritime » dans la terminologie contemporaine. entre les villes de Marseille, d'Aix, de Salon, d'Apt, de Toulon et l'arrondissement de Grasse ; le niçois dans Nice et ses environs (le fleuve Var servant de frontière avec le maritime) ; l'alpin autour de Digne qui est une zone de transition entre les parties nord-occitane (rhodano-alpine) et méridionale (maritime, niçois). Mistral exclu du dialecte provençal le vivaro-alpin, qu'il nomme dauphinois et sous-divise en : briançonnais, diois, valentinois et vivarais.

Jules Ronjat fait partie des partisans de la vision orientaliste : chez lui le « provençal général »Le terme « parlers provençaux modernes » représente l'ensemble de la langue d'oc dans ses travaux. est constitué du maritime, du rhodanien et du niçois.

Pour Jean-Claude Bouvier, le provençal possède quatre sous-dialectes : le provençal alpin, le vivaro-dauphinois, le rhodano-méditerranéen et le nissart. Il ne s'oppose pas à une distinction entre les variétés rhodanienne et méditerranéenne mais cette subdisvion lui paraît plus littéraire que scientifique. Jean-Claude Bouvier estime néanmoins que la notion de frontière dialectale demeure relative. Son choix d'inclure dans l'espace provençal les variétés vivaro-dauphine et alpine est motivé par des considérations géographiques, culturelles mais également linguistiques. Le Rhône et la Durance sont les deux grands cours d'eau autour desquels se sont structurés les échanges séculaires entre les zones montagneuses et le milieu méditerranéen. Les échanges liés au secteur agricole se sont majoritairement faits du Nord vers le Sud. Aucun centre économique et culturel d'un poids comparable à Avignon, Aix, Marseille, Toulon, Nice ou Nîmes n'a ainsi pu se développer ni dans les moyennes vallées du Rhône ni plus en altitude. Cette absence a empêché la formation d'une unité dialectale dinstincte de celle du Sud et a même encouragé un sentiment d'appartenance à une communauté dialectale commune.

Jacques Allières estime qu'on peut parler d'ensemble dialectal provençal dans l'espace regroupant l'intégralité de l'occitan oriental.

Guy Martin reprend dans le livre « Grammaire provençale » des délimitations similaires à celles proposées par Allières. Il n'opère pas de distinction particulière entre ce que Mistral appelle « dialecte provençal » (sud-occitan) et « dialecte dauphinois » (nord-occitan) mais, à la différence de Mistral, il nomme la partie nord-occitane orientale dialecte rhodano-alpin (ou vivaro-alpin) et la partie sud-occitane orientale dialecte rhodano-méditerranéen en gardant les délimitations mistraliennes (alpin, marseillais, niçois, rhodanien). Guy Martin divise les parlers provençaux de l'arc alpin en trois sous-dialectes : lintra-alpin (central, méridional, septentrional) ; le nord-rhodanien (méridional, septentrional) et linalpin (ou transalpin). Il fait de même avec les parlers maritimes (occidental, varois, oriental), niçois (côtier, intérieur, oriental), et bas-rhodaniens (central, oriental, occidental, septentrional) et dégage une « zone d'interférence » entre les dialectes rhodanien et maritime, et entre les dialectes maritime et alpinGuy Martin, Bernard Moulin, Grammaire provençale (écriture classique).

Pierre Bec classe le provençal (niçois compris) avec le languedocien au sein d'un dialecte « occitan méridional » (ou occitan moyen). .

vignette|droite|redresse=1.35| La Provence linguistique et historique Délimitation linguistique : 1 Limite de la langue occitane 2 Limite de dialecte 3 Limite de sous-dialecte

Délimitation historique : 4 « Limite de la langue provençale » selon le point de vue de Philippe BlanchetPhilippe Blanchet, « Frontières historiques et culturelles », dans Zou, Boulégan ! Expressions familières de Marseille et de Provence, Éditions Bonneton, 2000. : a « La Provence historique et culturelle » b « Zones extérieures de culture provençale » c « Zone historique provençale ayant appartenu au Piémont de 1388 à 1713 et surtout de culture alpine » d « Zone dauphinoise aujourd'hui rattachée à la région Provence Alpes Côte d'Azur » e « Pays niçois (Provençal jusqu'en 1388, Piémontais jusqu'en 1860, aujourd'hui rattaché à la région Provence Alpes Côte d'Azur »

Si nous laissons de côté l'utilisation de provençal pour désigner l'ensemble d'oc, l'extension du provençal reste un objet de débat :