La Résistance à Lyon est l'ensemble des mouvements clandestins qui luttent durant la Seconde Guerre mondiale contre l'occupant nazi et les collaborateurs à Lyon.

Lyon est le principal foyer de résistance en zone sud. La ville accueille dès 1940 les trois grands mouvements de la zone libre — Combat, Franc-Tireur et Libération —, auxquels s'ajoutent des groupes issus des milieux catholiques, communistes et franc-maçons. Plusieurs facteurs favorisent l'émergence de ces mouvements : la densité de population, l'afflux de réfugiés et d'intellectuels parisiens, un tissu économique et ouvrier structuré, des infrastructures de transport développées, un urbanisme propice à la clandestinité avec notamment les traboules, ainsi qu'une tradition républicaine affirmée.

À partir de 1942, tous les mouvements de résistance de la zone libre ont établi leur quartier général dans la ville. L'arrivée de Jean Moulin en accélère la coordination des mouvements, ce qui aboutit à leur unification progressive. Lyon est également le principal nœud de liaison entre la résistance intérieure et la France libre.

En 1943 et 1944, malgré une répression intense conduite par la Gestapo sous Klaus Barbie et la Milice de Paul Touvier, les actions armées, les sabotages et la presse clandestine se multiplient. À la Libération, le général de Gaulle salue Lyon comme « la capitale de la Résistance française ».

La Résistance lyonnaise sous Vichy : 1940-1942 vignette|Carte détaillant les zones en France après la défaite de 1940. Les trois grands mouvements de résistance de la zone Sud, Libération, Combat et Franc-Tireur, se créent à Lyon par l'engagement d'un groupe de connaissances qui refusent la défaite et la collaboration. De même, dans la cité rhodanienne apparaissent des groupes qui se forment spécifiquement au travers de liens politiques ou spirituels, tels l'embryon de force communiste, un groupe franc-maçon et socialiste ou une large nébuleuse chrétienne.

Tous ces groupes se constituent en 1940 dans un contexte très défavorable. Le moral des Français est au plus bas, et l'immense majorité de la population est alors apathique et adhère aux promesses de relèvement de Vichy et de Pétain. Les premiers résistants sont donc de minuscules groupes sans moyens importants et isolés les uns des autres. En règle générale, ils sont issus des classes moyennes, souvent intellectuelles et n'ont aucun parcours politique derrière eux.

Naissances des mouvements : 1940 - 1941 vignette|gauche|Couverture d'un Cahier du témoignage chrétien. À Lyon et dans sa région, dès 1940, des personnes se regroupent, le plus souvent par connaissance, pour réfléchir aux moyens de poursuivre la lutte. Ces premiers groupes naissent dans les cafés et les lieux de sociabilité habituels des Lyonnais. Ils sont rapidement aidés et rejoint par un grand nombre de personnes venues se réfugier à Lyon, soit dès 1940 lors de la débâcle soit ensuite. Ainsi, dès l'automne 1940, ce qui deviendra les plus importants mouvements se fondent à Lyon : Combat, Franc-Tireur et Libération. Par ailleurs, les milieux catholiques s'engagent également avec les Cahiers du témoignage chrétien, fondé à l'automne 1941 par les jésuites de Fourvière les pères Pierre Chaillet, Victor Fontoynont et Henri de Lubac. Enfin, les communistes et les francs-maçons socialistes lancent également journaux et mouvements.

Lyon, terreau de contestation face à Vichy et le nazisme La naissance de ces mouvements est facilitée par un certain nombre de facteurs qui ne se retrouvent pas dans les autres grandes cités de la zone Sud.

En premier lieu Lyon est une ville très peuplée, qui accueille un grand nombre de réfugiés issus de la fuite devant les Allemands, dont un grand nombre d'intellectuels parisiens. De même, le fait qu'un grand nombre d'immigrés ait été recueilli facilite le brassage des idées et la discrétion dans une foule pas parfaitement maîtrisée et identifiée. Par ailleurs, Lyon est une ville économiquement et industriellement puissante. L'élite lyonnaise dispose d'argent et il y a une grande masse d'ouvriers souvent syndiqués et habitués à s'organiser. Parmi les secteurs économiques, celui de l'imprimerie permet aux premiers noyaux de la résistance de trouver un réseau riche, structuré et mobilisé.

Bien sûr, les infrastructures de transports très développées, que ce soit dans la ville avec les tramways ou en dehors avec les réseaux ferrés, permettent aux groupes de se déplacer aisément et discrètement. Sa proximité avec la Suisse lui offre une porte de sortie en cas de nécessité. L'urbanisme avec les traboules fournissent également aux groupes résistants la possibilité de mettre en bas des immeubles sans gardien des boites aux lettres fictives pour se transmettre des messages discrètement.

L'aspect humain est également important. Lyon est une ville dotée d'une forte tradition républicaine, avec une classe ouvrière combative et de nombreux noyaux d'étudiants déterminés. Les réseaux relationnels amicaux, syndicaux ou de travail seront utiles dans les premiers temps. Ainsi, plusieurs personnes du quotidien Le Progrès, dont Georges Altman et Yves Farge, fournissent une aide précieuse. Dans ce même esprit, Lyon est riche de nombreuses initiatives catholiques novatrices durant l'avant-guerre dont la Chronique sociale présent dans la ville sous la forme des Compagnons de Saint-François avec Joseph Folliet et plusieurs mouvements chrétiens démocrates. Ce mouvement chrétien démocrate bénéficie d'émigrés notables regroupés par Emmanuel Mounier lors de réunions de repliés lyonnais, qui permet à des intellectuels ayant une même aversion contre Vichy et le nazisme de se regrouper pour agir.

France-Liberté - Franc-Tireur C'est un catholique de gauche Antoine Avinin qui constitue dès un groupe composé de radicaux ou de sans parti. Parmi les initiateurs qui fondent France-Liberté se compte Élie Péju, Jean-Jacques Soudeille, Noël Clavier, Auguste Pinton. Ce groupe se retrouve régulièrement place des Terreaux au café de la Poste ou à celui du Moulin joli. Il souhaite, plus qu'une action armée de poursuite de la guerre réveiller les consciences, promouvoir un retour à un véritable régime républicain et lutter contre la propagande vichyste. Les premières actions consistent donc en la rédaction et la diffusion de tracts, à partir de . Au début, France-Liberté représente le groupe lui-même. Les tracts deviennent des journaux lorsque le groupe prend de l'importance et se structure. France-Liberté devient Franc-Tireur, et étend progressivement son influence sur toute la zone sud. Parmi son équipe s’agglomèrent en 1941 Henri Deschamps ou Jean-Pierre Levy, qui vient d'Alsace pour fuir les Allemands. Pierre Lévy prend progressivement la tête du groupe et pousse pour étendre la diffusion du journal à tout le Rhône et dans les départements voisins. cette croissance réussit. Le journal change de nom et pour le premier numéro du nouveau titre, Franc-Tireur, en , il est tiré à 5000 exemplaires.

La Dernière Colonne - Libération - Libération-sud Initialement créé à Clermont-Ferrand par Emmanuel d'Astier de La Vigerie, Georges Zérapha, Jean Cavaillès et Lucie Samuel, ce groupe s'installe rapidement à Lyon où résident les époux Samuel. Ce groupe a pour nom la Dernière Colonne et commence par faire de la propagande via des tracts et des papillons collés sur les murs. Il fonde en Libération, rapidement renommé Libération-sud pour le distinguer d'un homonyme paraissant en zone occupée.

Liberté vignette|François de Menthon, fondateur de Liberté et de Combat Un des groupes solidement structuré le plus tôt est composé de plusieurs professeurs de droit : Pierre-Henri Teitgen, René Capitant, Marcel Prélot, Alfred et Paul Coste-Floret menés par François de Menthon. Rapidement décidés à ouvrir les yeux de leurs concitoyens sur la réalité du nazisme et l'obligation non seulement de ne pas traiter avec lui mais également de continuer à le combattre, ils fondent le journal Liberté. Ils commencent par diffuser un texte que De Menthon avait composé avant de s'atteler à la fabrication d'un journal plus fourni. Il connait son premier numéro le et le dernier de ses dix le , avant sa fusion avec Vérités pour créer Combat.

Les Petites Ailes de France - Vérités - Combat A l'automne 1940, Henri Frenay et Berty Albrecht commence à éditer des feuilles et des tracts dénommés le Bulletin d'information et de propagande, qu'ils structurent sous la forme d'une modeste publication : Les Petites Ailes de France en . Devant plusieurs difficultés, avec l'aide de l'imprimeur lyonnais Joseph Martinet dont l'imprimerie est basée à Villeurbanne et du polytechnicien André Bollier, ils le transforment en Vérités destiné à la zone sud, dont ils font dix-sept numéros jusqu'en décembre. En zone occupée, le journal prend le nom de Résistance.

En parallèle de cette action de mobilisation, Frenay organise un mouvement structuré, destiné à l'action. Il démissionne de l'armée le pour se fixer à Lyon dans la clandestinité et y organiser des actions de résistance. Il y transfère son Mouvement de libération nationale et prend contact avec d'autres groupes pour tenter des rapprochements, estimant qu'il est souhaitable de coordonner des actions éparses. Il discute ainsi avec Emmanuel d'Astier de La Vigerie de Libération, sans succès. En revanche, il intègre un groupe de catholiques animés par l'abbé Armand Vallée qui publie une petite feuille nommée Veritas et convainc rapidement François de Menthon de Liberté d'un regroupement. Les deux organisations fusionnent dans une structure nommée de manière éphémère Mouvement de libération française, avant de prendre le nom du journal qu'elle diffuse, Combat, qui paraît pour la première fois en .

Les Cahiers du témoignage chrétien Les Cahiers du témoignage chrétien, rapidement nommé simplement le Témoignage chrétien, est le plus important mouvement de résistance spécifiquement catholique. Il parait en et maintient sa publication jusqu'à la fin de la guerre.

La genèse de Témoignage chrétien remonte à l'été 1940 lorsque de très nombreux catholiques refusant la défaite face au nazisme se retrouvent à Lyon portés par l'exode et les hasards de la guerre. Plusieurs fondent alors les Amitiés chrétiennes.

Temps nouveau Un certain nombre de personnalités catholiques se regroupent rapidement autour de Stanislas Fumet, directeur de la revue Temps présent pour le relancer à Lyon sous un nouveau nom : Temps nouveau. La décision est prise au siège de la chronique sociale, rue du Plat lors d'une réunion le entre Emmanuel Mounier, Louis Terrenoire, Raymond Laurent et Marcel Poimbœuf.

Malgré l'apparition de la censure, il maintient la ligne éditoriale d'avant-guerre, fermement anti-nazie et démocrate. Comme de nombreuses personnalités de l'ancienne revue lui manquent (ainsi Maurice Schumann a déjà rejoint la France libre), Fumet réunit une équipe proprement lyonnaise pour relancer les parutions. Cruvillier, Terrenoire sont ainsi des catholiques démocrates lyonnais déjà très actifs avant guerre au sein des plusieurs mouvements catholiques. Louis Terrenoire devient ainsi le rédacteur en chef de la revue.

Les éditions sont complétées par des articles issues de personnalités variées, souvent également lyonnaises, telles Hubert Beuve-Méry ou Joseph Hours. La revue nait le jour de Noël 1940. Elle est portée par une association des amis de Temps nouveau qui organise des réunions et des conférences.

Le Coq enchaîné Au côté de Franc-Tireur apparait le Coq enchaîné, œuvre de radicaux et de socialistes (dont Louis Pradel).

Autres initiatives