Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, né le à Montpellier et mort le à Paris, est un jurisconsulte et homme d'État français.

Issu d'une famille de magistrats appartenant à la vieille noblesse de robe montpelliéraine, il connaît une enfance relativement pauvre. Diplômé en droit, il commence une carrière d'avocat et de conseiller à la chambre des comptes de Languedoc et fait son entrée en politique dès les premiers jours de la Révolution française. Président du tribunal criminel de l'Hérault en 1791, il est élu député à la Convention nationale l'année suivante. Dès lors, Cambacérès occupe des postes de pouvoir pendant la majeure partie de sa vie. Membre du Comité de salut public entre 1794 et 1795, président du Conseil des Cinq-Cents en 1796 puis ministre de la Justice en 1799, il est Deuxième Consul après le coup d'État du 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte et assiste au sacre de celui-ci en 1804. Nommé archichancelier de l'Empire, il est pendant près de dix ans le deuxième personnage de l'État : l'Empereur lui délègue la présidence des conseils et des séances du Sénat pendant son absence.

Spécialiste des questions juridiques, il participe activement à la nouvelle organisation judiciaire du pays. Promoteur du tribunal révolutionnaire, il rédige entre 1793 et 1796 trois projets qui aboutissent à la création du Code civil en 1804. Élu à l'Académie française et membre de l'Institut, il est également un personnage éminent de la franc-maçonnerie française et participe à son renouveau après la proclamation de l'Empire. Chef suprême du rite français, il est grand maître adjoint du Grand Orient de France après le retrait du prince Louis Bonaparte en 1805 et le reste jusqu'à la fin de l'Empire. Il est aussi grand commandeur du Suprême Conseil du rite écossais et cumule plusieurs autres fonctions maçonniques.

Avide d'argent et de pouvoir, il se constitue une immense fortune grâce à son esprit d'entreprise et aux faveurs de l'Empereur. L'hôtel Molé, qu'il acquiert en 1808, devient l'un des plus beaux palais de Paris et les réceptions qu'il y donne sont connues pour leur faste et la qualité des mets et des vins qui y sont servis.. Gastronome averti, amoureux du luxe et de la décoration, il se voit confier un rôle de représentation de la part de Napoléon dans le but d'affirmer la puissance de l'Empire et de l'ancrer dans les traditions séculaires de la France. Il quitte le pouvoir en 1815 après la chute de l'Empereur et s'exile un temps à Bruxelles. De retour à Paris à la fin de l'année 1818, il y passe les dernières années de sa vie, à l'écart du pouvoir. Son homosexualité supposée lui vaut de subir une campagne de caricatures à la Restauration tandis qu'il est souvent qualifié de pour son extrême prudence pendant les heures sombres de la Révolution française et pour son aptitude à se maintenir au pouvoir à travers les régimes.

Biographie Jeunesse et carrière juridique Jean-Jacques-Régis de Cambacérès naît le à Montpellier dans une famille de magistrats appartenant à la vieille noblesse de robe de la ville.. Son père, Jean-Antoine de Cambacérès, est conseiller-maître de la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier. Il est nommé maire de la ville le par le marquis de Castries, lieutenant du roi en Languedoc, une charge dont il est relevé en 1756 avant de l'exercer de nouveau entre 1761 et 1778. Sa mère, Marie-Rose de Vassal, est la fille d'un écuyer et trésorier de l'hôpital de Montpellier. De leur union naissent onze enfants dont seuls deux survivent : Jean-Jacques-Régis, l'aîné, et Étienne-Hubert, futur archevêque de Rouen et sénateur sous le Premier empire. Après le décès de Marie-Rose le , Jean-Antoine de Cambacérès épouse Jeanne Dittry. Ensemble, ils ont deux enfants, Marie-Magdeleine et le futur général Jean-Pierre-Hugues de Cambacérès.

Malgré les responsabilités qu'exerce Jean-Antoine, la famille Cambacérès connaît des difficultés financières et vit pauvrement. Il est d'ailleurs mis au ban de la société en raison des conflits fréquents qui l'opposent aux notables de la ville. Durant sa jeunesse, Jean-Jacques-Régis est mis en nourrice chez la femme d'un artisan montpelliérain, nommé Thourel. Lui et son frère sont très proches de leur oncle, l'abbé Étienne-François de Cambacérès, archidiacre de la cathédrale de Montpellier, qui est aussi leur précepteur. Plus tard, il est envoyé au collège Bourbon d'Aix-en-Provence pour y étudier le droit, tandis que son frère est placé au collège Saint-Charles d'Avignon. Élève brillant et studieux, il est d'abord bachelier puis licencié.

Jean-Jacques-Régis de Cambacérès revient à Montpellier en 1772 et s'y établit comme avocat, mais il renonce très vite à sa charge afin de protester contre la « réforme Maupeou ». À cette époque, il se consacre encore plus ardemment à l'étude des lois ou de la philosophie moderne du droit et dans le même temps, il fréquente assidûment les salons montpelliérains, ce qui lui permet d'être en contact avec les idées des Lumières et d'acquérir les qualités d'un homme du monde selon les critères de l'Ancien régime. Il noue notamment une amitié avec Philippe-Charles de Pavée de Villevieille, disciple de Voltaire.

Le , Jean-Jacques-Régis succède à son père dans la charge de conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier, grâce au soutien de son oncle Jean-André de Vassal, receveur général des finances de la province d'Auvergne, qui lui avance la somme de nécessaire pour acquérir son office.

En 1776, il découvre Paris en y effectuant un voyage de plusieurs mois avec son ami Jean-Antoine Chaptal. Pendant ce long séjour dans la capitale, il approfondit sa culture juridique et rencontre de nombreux philosophes et physiocrates. Sa réputation de jurisconsulte grandissant à Montpellier au début des , Cambacérès est chargé d'affaires de plus en plus complexes. Il se distingue notamment en 1781 par son refus d'enregistrer une ordonnance royale au sujet d'un règlement de discipline militaire. Le roi Louis XVI lui octroie en 1786 une pension de sur la recommandation de Gabriel-Marie de Talleyrand, comte de Périgord et président des états de Languedoc. La même année, il séjourne à Paris en qualité de député des loges maçonniques montpelliéraines lors du convent des loges du Grand Orient. Par ailleurs, Cambacérès est, comme son frère, membre de la Confrérie des Pénitents blancs de Montpellier, une association catholique composée de laïcs. Cette affiliation témoigne de son intégration dans la bonne société de l'époque. Il deviendra même prieur de cette confrérie en 1790..

Période révolutionnaire L'entrée en politique vignette|Portrait de Cambacérès par Jean-Baptiste Greuze, fin des années 1790 Le , Cambacérès siège, à la fois en son nom et en qualité de procureur-fondé du marquis de Baschi, au sein de la noblesse lors de la première assemblée générale des trois ordres de la sénéchaussée de Montpellier, qui se tient dans l'église du collège royal. Il y joue un rôle important, d'abord en étant nommé commissaire à la vérification des titres des nobles présents, puis, choisi pour ses qualités de juriste, en tant que l'un des douze secrétaires-rédacteurs des cahiers de doléances de son ordre. Lors du vote pour l'élection du député de la noblesse aux États généraux, le , il est élu par ses pairs en compagnie de Charles-Marie de Barbeyrac de Saint-Maurice. Les représentants de la noblesse montpelliéraine espèrent alors que la députation sera doublée, ce qui lui est refusé : l'élection de Cambacérès est annulée et c'est Barbeyrac qui se rend à Versailles.

Cambacérès s'engage alors plus activement dans la vie politique locale. Le , il prend la vice-présidence du Bureau des subsistances de la ville de Montpellier, puis il intègre une commission chargée de l'administration communale en attendant la nouvelle organisation du territoire, dont il devient le vice-président le suivant. Parmi ses missions, il veille à la bonne organisation des élections municipales du suivant, lors desquelles il n'est cependant élu à aucune fonction. Dans le même temps, une société inspirée par la constitution du club des jacobins à Paris se forme à Montpellier au début de l'année 1790. Cambacérès en rédige le règlement intérieur. Le suivant, il est élu procureur-syndic du district de Montpellier, mais ne disposant que d'une voix consultative, il n'y joue qu'un rôle modeste. Au cours de l'année 1791, il se rend à Paris dans l'intention d'ouvrir un cabinet d'avocat, ce qui se solde par un échec, faute de moyens.

Le , recueillant sur 416, Cambacérès est élu à la présidence du nouveau tribunal criminel de Montpellier, qui est installé le suivant. Il participe ainsi activement à la mise en place de la nouvelle organisation judiciaire française, mais ne reste qu'un peu moins d'une année en fonction : le , il est élu député de l'Hérault à la Convention nationale.

Député à la Convention thumb|upright|alt=Gravure en noir et blanc d'un homme politique.|Gravure de Cambacérès à l'époque de la Convention. Juriste réputé, Cambacérès est sollicité par les différents groupes mais décide de siéger parmi les députés modérés du Marais. Il intègre le Comité de Législation civile et criminelle et de féodalité, composé de se réunissant au pavillon de Marsan et dont il est élu président au début du mois de décembre suivant. En , le Comité est divisé en quatre sections : Cambacérès intègre la deuxième, consacrée aux successions et aux enfants nés hors mariage.. Dans la période qui suit son élection, son ambition le pousse à vouloir devenir un acteur d'influence mais, dans le climat de terreur qui s'installe peu à peu, il fait avant tout preuve de prudence et refuse d'afficher des convictions trop marquées qui pourraient mettre en danger sa personne.

Son attitude est singulière lors du procès de Louis XVI. À plusieurs reprises, il tente de sauver le roi par ses interventions sur des questions d'ordre juridique, mais il ne réussit pas à convaincre les autres députés. Il défend d'abord l'idée que, la Constitution de 1791 ayant déclaré la personne du roi inviolable et sacrée, la Convention n'a pas la légitimité de se muer en tribunal. Cambacérès souhaite soumettre la compétence en la matière de la Convention à un référendum populaire, ce qui est rejeté. Il parvient néanmoins à faire accepter l'idée que le roi puisse disposer des moyens nécessaires à sa défense. Il est d'ailleurs chargé de se rendre à la prison du Temple pour communiquer au roi sa possibilité de choisir ses défenseurs. Au terme du procès, comme la majorité des députés, Cambacérès reconnaît le roi coupable de conspiration contre la liberté et d'attentat à la sûreté de l'État. Pour autant, il ne vote pas son exécution mais se prononce pour sa mort conditionnelle et sa détention jusqu'à la cessation des hostilités, ne pouvant considérer son exécution que dans le cas d'une invasion du territoire français. Pour motiver son vote, il déclare dans son discours que, dans le cadre des guerres qui impliquent la France, .

Alors que la Convention s'est prononcée pour la mort sans délai, Cambacérès renverse sa position. Il prononce un discours dans lequel il propose que l'exécution du roi ait lieu dans les vingt-quatre heures, sous réserve qu'il reçoive librement les sacrements de la part d'un prêtre. Cette proposition est acceptée à l'unanimité et la Convention refuse ainsi le délai de trois jours demandé par le roi. Ce revirement de la part de Cambacérès, qui était jusqu'alors considéré comme non régicide, témoigne de son ralliement à la grande majorité et de son rapprochement avec les Montagnards. Selon Pierre-François Pinaud, .