Le bosnien (bosanski jezik), parfois appelé bosniaque (bošnjački jezik), est l’une des variétés standard de la langue appelée « serbo-croate » par certains linguistesPar exemple Kordić 2004, Greenberg 2004, Mørk 2008 (), Gröschel 2009 (), Šipka 2019 ()., et par d’autres « diasystème slave du centre-sud »Par exemple Brozović 1998, Lončarić 2010, Mønnesland 1997 (), Matasović 2001, (), Nuorluoto 2002., štokavski jezik « langue chtokavienne »Voir le site Štokavski jezik, standardni novoštokavski « néochtokavien standard »Appellation mentionnée par Kordić 2009 pour la rejeter. ou BCMS (bosnien-croate-monténégrin-serbe)Appellation adoptée par Thomas 2018, par exemple..

Du point de vue de la sociolinguistique, le BCMS est une langue Abstand, c’est-à-dire une langue du point de vue de la linguistique comparée aussiSelon, par exemple, Kloss 1967, (), Kordić 2004 (), Mørk 2008 (), Bunčić 2008 (), Zanelli 2018 ()., commune aux Bosniaques, aux Croates, aux Serbes et aux Monténégrins, ayant pour base son dialecte chtokavien. Du même point de vue sociolinguistique, le bosnien, le croate, le serbe et le monténégrin sont des langues Ausbau, c’est-à-dire des langues seulement de ce point de vue, chacune avec son propre standard, sans être des langues à part du point de vue de la linguistique comparéeVoir au sujet de la discussion autour du statut de ces variétés et de leur dénomination, l’article Serbo-croate..

La standardisation a commencé dans les années 1990, après le démembrement de la Yougoslavie. Les linguistes qui y travaillent cherchent à différencier son standard des autres, surtout en recommandant les synonymes d’origine turque, arabe et persane qui existent dans la langue pour les mots d’origine slave. Comme les autres variétés de la langue commune, le bosnien aussi est langue officielle, avec l’appellation « langue bosnienne »La Constitution de la fédération de Bosnie-et-Herzégovine, partie du pays qui est majoritairement bosniaque et croate, stipule dans la partie I, à l’article 6 : Službeni jezici Federacije su bosanski jezik i hrvatski jezik. Službeno pismo je latinica. « Les langues officielles de la Fédération sont le bosnien et le croate. L’écriture officielle est en alphabet latin. » (consulté le 6 novembre 2019)..

Controverses autour de l’existence et de l’appellation de la langue bosnienne

Certains linguistes, surtout serbes mais aussi croates, ne prennent pas en compte une langue qu’on puisse appeler « bosnienne ». Le linguiste serbe Pavle Ivić, par exemple, affirme que Selon la linguiste croate Snježana Kordić, on ne peut parler de manière scientifique que d’une langue unitaire serbo-croate (avec cette appellation traditionnellement adoptée par les milieux académiques), indépendamment de la façon dont l’appellent ses locuteurs, ou du fait que, pour des raisons nationalistes, on parle de quatre langues différentesKordić, 2010..

La notion de langue bosnienne a été reprise après le démembrement de la Yougoslavie et la formation de l’État indépendant de Bosnie-Herzégovine. L’un des arguments de ceux qui la soutiennent est qu’elle a déjà existé au Moyen Âge. Elle se référait à la langue slave du Sud parlée par tous les habitants de la Bosnie et de l'Herzégovine et on l’a utilisée avec des interruptions jusqu’à la standardisation du serbo-croate, lorsqu’on a considéré que les Bosniaques musulmans aussi parlaient cette langue. Ils ne nient pas que les Bosniaques, les Serbes et les Croates ont une langue commune, mais les Serbes l’appellent « serbe » et les Croates « croate », des standards à part existant pour ceux-ci. C’est pourquoi un autre argument des Bosniaques est que, n’étant ni Serbes ni Croates, eux aussi ont le droit d’appeler leur langue à leur manière, ce qui donne selon eux « bosnien », et ils entendent par cela « la langue des Bosniaques et de tous ceux qui la ressentent comme leur avec cette appellation »Charte de la langue bosnienne..

L’appellation de la langue met devant un dilemme les autorités de Bosnie-Herzégovine, ce qui se reflète, par exemple, dans les documents du système de l’enseignement public, dans lesquels on utilise en tant que nom de discipline parfois bosanski jezik « langue bosnienne »Par exemple dans Nastavni plan i program (…) za škole koje realiziraju nastavu na bosanskom jeziku (Plan et programmes d’enseignement pour les écoles qui effectuent l’enseignement en bosnien), Travnik, Ministère de l’éducation, de la science, de la culture et des sports du Canton de Bosnie centrale, 2014, chapitre « Langue et littérature bosniennes », p. 13 (consulté le 6 novembre 2019)., d’autres fois bosanski, hrvatski, srpski jezik (abrégé BHS jezik ou B/H/S jezik) « langue bosnienne, croate, serbe »Par exemple sur le site de la Faculté de l’éducation de l’Université de Travnik (consulté le 6 novembre 2019)..

Parmi les linguistes non bosniaques qui ont désormais accepté l’idée de quatre standards différents, il y en a qui contestent le nom que les linguistes bosniaques (de religion musulmane ou sans religion, mais à ascendance musulmane) donnent à leur langue, bosanski jezik « bosnien », terme en relation avec le nom Bosanac « Bosnien ». Ce terme est utilisé également par les Serbes de Bosnie-Herzégovine pour s’auto-identifier, à côté du mot Srbin vignette|Répartition du bosnien (bleu foncé) au sein du serbo-croate (bleu clair) « Serbe », c’est pourquoi, selon eux, on ne peut appeler cette langue que bošnjački Tri pitanja i tri odgovora [« Trois questions et trois réponses »], Résolution de la Commission pour la standardisation de la langue serbe n° 1 du 16 février 1998 (consulté le 6 novembre 2019)., terme dérivé de l’ethnonyme Bošnjak « Bosniaque », appliqué seulement aux MusulmansPour éviter d’utiliser l’un ou l’autre des termes, la Constitution de la république serbe de Bosnie formule comme ceci : Službeni jezici Republike Srpske su: jezik srpskog naroda, jezik bošnjačkog naroda i jezik hrvatskog naroda « Les langues officielles de la République serbe sont : la langue du peuple serbe, la langue du peuple bosniaque et la langue du peuple croate. » (consulté le 6 novembre 2019).. Les organisations internationales, elles, ont adopté en anglais le terme Bosnian language correspondant à bosanski jezik States Parties to the European Charter for Regional or Minority Languages and their regional or minority languages (« États parties à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et leurs langues régionales ou minoritaires »), mis à jour le août 2022 (consulté le 14 mars 2023)..

Répartition géographique et statut vignette| Une locutrice du bosnien.Il n’y a pas de données exactes sur le nombre de Bosniaques ni de locuteurs du bosnien. Le nombre de Bosniaques dans le monde est estimé à par EthnologueEthnologue, Bosnian (consulté le 6 novembre 2019). mais, en additionnant les données des recensements, on arrive à 2,2 millions, sans compter la diaspora bosniaque. Même concernant la Bosnie-Herzégovine, il n’y a que des estimations. En Serbie, au Monténégro, en Croatie, en Macédoine du Nord et au Kosovo, ils sont présents dans les statistiques des recensements. Parmi ces pays, en Serbie et au Monténégro, on indique séparément le nombre de personnes d’ethnie bosniaque et de personnes d’« ethnie musulmane »La notion d’« ethnie bosniaque » n’est utilisée que depuis l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine. Auparavant, en ex-Yougoslavie, c’est la notion de « nation musulmane » qui était officielle, c’est pourquoi certains Bosniaques se déclarent d’ethnie musulmane.. Le nombre de locuteurs du bosnien apparaît dans les statistiques de Serbie, du Monténégro et de Croatie, et il y a des différences parfois notables entre ces données et celles concernant l’ethnie, ce qui dénote qu’il y a des Bosniaques qui ont déclaré le serbe ou le croate comme langue maternelle.

+ Pays Nombre de personnes Statut des personnes Bosnie-Herzégovine d’ethnie bosniaqueCf. The World Factbook, CIA, 2016, où la donnée apparaît sous la forme 48,4% de la population totale estimée en 2015 à 3 867 055 d’habitants (consulté le 6 novembre 2019). Serbie d’ethnie bosniaque Données du recensement de 2011, p. 21 (consulté le 6 novembre 2019). À noter que le recensement n’a pas été effectué par les autorités serbes au Kosovo aussi. Il y a été fait par les autorités locales. d’ethnie musulmane de langue maternelle bosniaque Données du recensement de 2011, p. 16 (consulté le 6 novembre 2019). Monténégro d’ethnie bosniaque Données du recensement de 2011, p. 6 (consulté le 6 novembre 2019). de langue maternelle bosnienne Données du recensement de 2011, auquel on a pu déclarer la langue maternelle par l’une ou l’autre dénomination (p. 10) (consulté le 6 novembre 2019). de langue maternelle bosniaque Croatie d’ethnie bosniaque Données du recensement de 2011 – La population par ethnie (consulté le 6 novembre 2019). de langue maternelle bosnienne Données du recensement de 2011 – La population par langue maternelle (consulté le 6 novembre 2019). Slovénie d’ethnie bosniaque Données du recensement de 2002 (consulté le 6 novembre 2019). d’ethnie musulmane Macédoine du Nord d’ethnie bosniaque Données du recensement de 2002, p. 34 (consulté le 6 novembre 2019). Kosovo locuteurs de bosnienCIA, The World Factbook, page Kosovo (consulté le 6 novembre 2019). La donnée est présente sous la forme 1,7 % de la population totale de .

En nombre inconnu, il y a aussi des Bosniaques vivant en émigration. La plupart sont partis en Turquie vers la fin du et surtout vers le milieu du Jahić 1999, p. 81..

Le bosnien a des statuts officiels de différents niveaux dans quelques pays : En Bosnie-Herzégovine, il est langue officielle. Au Monténégro, le bosnien est appelé « d’usage officiel local » Constitution du Monténégro, art. 13 (consulté le 6 novembre 2019).. En Serbie également, il est d’usage officiel dans les localités où au moins 15 % de la population est bosniaque Loi concernant l’usage officiel des langues et des écritures, art. 11 (consulté le 6 novembre 2019).. C’est le cas dans le Sandžak. Au Kosovo et en Macédoine du Nord, le bosnien est « langue officielle au niveau municipal à tous les niveaux prévus par la loi » Constitution du Kosovo, art. 5 (consulté le 14 mars 2023)..

En Serbie et au Monténégro, le bosnien est une langue minoritaire reconnue dans un autre sens aussi, étant inscrit dans les documents de ratification par ces pays de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Histoire externe

Les débuts de la langue bosnienne sont liés à l’existence de la Bosnie en tant qu’État pratiquement indépendant, bien que vassal du royaume de Hongrie, de 1154 à 1463, quand elle a été conquise par les Ottomans et incorporée dans leur empireSection d’après Ustamujić, s.a..

L’un des documents les plus anciens écrits dans la langue des Slaves du Sud est un accord commercial entre la Bosnie et Dubrovnik, datant de 1189, rédigé par le prince régnant de Bosnie, le ban Kulin. Il est considéré comme la charte de l’existence étatique de la Bosnie et, en même temps, comme la première attestation documentaire de la langue bosnienne. Ce document, comme de nombreux ultérieurs, était écrit avec un alphabet appelé bosančica, dérivé de l’alphabet cyrillique. On suppose que l’écriture bosančica date du ou du . Elle a été utilisée jusqu’au , ayant une variante pour les documents officiels et une autre, cursive, pour l’écriture plus rapide.

thumb|centre|upright=2|Les alphabets utilisés pour le bosnien : bosančica (en haut), arabe (en bas) et latin moderne