Le mot « islamo-gauchisme » (aussi orthographié « islamogauchisme ») est un néologisme désignant une proximité supposée entre des idéologies, personnalités ou partis de gauche et les milieux musulmans, voire islamistes. En France, il est popularisé notamment par l'extrême droite. Composé du préfixe « islamo- » et du nom « gauchisme », il est créé par Pierre-André Taguieff en 2002, dans le contexte spécifique de la seconde intifada avant d’être ensuite repris par diverses personnalités médiatiques, intellectuelles, universitaires ou politiques pour dénoncer la proximité et le laxisme supposés de certaines figures françaises de gauche envers l'islam ou l'islamisme. La pertinence du terme est contestée notamment par son instrumentalisation et son aspect stigmatisant similaire au terme « judéo-bolchevisme ».

Origine du terme En France, le terme « islamo-gauchiste » apparaît pour la première fois sous la plume du sociologue Pierre-André Taguieff en 2002 dans l'ouvrage La Nouvelle Judéophobie. Il y définit cette expression comme un militantisme d'extrême gauche qui, lors de la seconde Intifada, s'oppose à la politique de l'État d'Israël vis-à-vis des Palestiniens et qui, au nom de la « lutte contre l'impérialisme », fait alliance avec des islamistes favorables au nationalisme palestinien. Pour lui, ce rapprochement vient de ce que ces militants d'extrême gauche perçoivent les musulmans comme une minorité opprimée de manière systémique par les non-musulmans, et ce à l'échelle mondiale.. Taguieff affirme que ce rapprochement contre la politique sioniste d'Israël est, chez certains, marqué par de l'antisémitisme.

L'origine de l'islamo-gauchisme se trouverait au Royaume-Uni au début des années 2000, où l'idée selon laquelle l'islam pourrait contribuer à faire émerger un mouvement révolutionnaire a été développée au sein du Parti socialiste des travailleurs (Socialist Workers Party, SWP) d'extrême-gauche, par le militant et historien Chris Harman.. Taguieff considère également que c’est Chris Harman, dirigeant trotskiste du SWP, qui a été le premier militant de gauche à avoir théorisé un rapprochement entre les ambitions révolutionnaires marxistes et celles liées à l'islam et à la Palestine.. Harman voit dans l'islamisme, tel qu'il se développe dans les pays occidentaux, et appelle la gauche à se battre pour gagner certains de ses jeunes partisans à une autre perspective très différente, ..

Débat autour du terme islamo-gauchisme en France Promoteurs de l'usage du terme Controversé, l'islamo-gauchisme est un terme utilisé par de nombreuses personnalités pour désigner ceux qui s'en prennent à la culture occidentale et à l'universalisme. Ces personnes estiment que l'islamo-gauchisme trouve une place croissante dans les courants postcoloniaux et antiracistes, influençant les études universitaires. Ainsi, pour Caroline Fourest, ce terme , tandis que, rappelant la tenue de réunions interdites aux blancs, Pierre-André Taguieff écrit dans L'Islamisme et nous : ..

Pour l'écrivain Christophe Bourseiller, l’islamo-gauchisme évolue sur les mêmes terres que la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist en défendant un ethno-différentialisme opposé à l'universalisme républicain. Pour lui, .. Il cite notamment comme exemple Tariq Ramadan et Marwan Muhammad du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) partageant la même tribune que le Nouveau Parti anticapitaliste et Alain Gresh.

Critiques du terme et du néologisme Polysémie du terme La critique la plus générale du terme est son absence de rigueur, « islamo » pouvant viser l’intégrisme islamique, ou la population musulmane dans son ensemble, tandis que le terme « gauchisme » peut englober des pans entiers de la gauche classique..

Il est également critiqué du fait de sa polysémie, son utilisation croissante et de plus en plus importante l'ayant parfois éloigné de son sens originel. Ainsi, Pierre-André Taguieff estime, en 2016, que .

, s'interroge la journaliste Valentine Faure.

Vacuité du terme D'autres auteurs vont plus loin, en affirmant la vacuité du terme. Selon Olivier Christin, l'islamo-gauchisme appartient à ces expressions dont les Des mots qui, selon Libération, appartiennent à la novlangue. Olivier Christin estime que cette prolifération de termes dans la langue politique peut être considérée , mais également comme ..

Pascal Boniface est également critique sur l'usage du terme : .

Pierre-André Taguieff déplore depuis son usage .

Arme idéologique de stigmatisation Le terme est considéré comme

Selon Shlomo Sand, qui compte parmi les nouveaux historiens israéliens, le terme, stigmatisant, est , dans la mesure où . Dans son usage rhétorique, l'historien établit également un lien avec l'emploi du des années 1930 .

C’est la même analyse que produit l’historien des années 1930, Damon Mayaffre dans le journal L'Humanité. Pour lui la dénonciation de l’islamo-gauchisme ressemble aujourd’hui à ce que fut la dénonciation du judéo-bolchévisme dans l’entre-deux-guerres : « un oxymore politique inventé par l’extrême droite et reprise par les conservateurs pour discréditer l’opposition de gauche»..

Christian Delporte, professeur d'histoire contemporaine, explique à France 24 en 2017 :

Pour David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS, la popularisation du terme profiterait avant tout à lalt-right française dans sa stratégie de . Le directeur de recherche considère qu'il existe un . L'objectif est de rendre crédible la présence , la légitimation et la promotion du concept d'islamo-gauchisme favorise la perte de confiance dans les institutions démocratiques jusqu'à Cette stratégie a déjà, selon l'auteur, favorisé . Le chercheur explique que le gouvernement russe a été à l'origine de la poussée de ce terme jusqu'en , date à laquelle Frédérique Vidal a levé ce qui limitait la diffusion de ce terme.

Jean-Yves Pranchère, professeur de théorie politique à l’université libre de Bruxelles, le définit comme des (définition historique explicitée plus haut). Pour lui, dans les années 2000, le terme ne se diffuse pas hors des milieux universitaires ; puis, dans la seconde moitié des années 2010, le terme est utilisé en contexte politique et notamment par l'extrême droite dans un sens nouveau et polémique — comme une insulte. Le terme prend un sens plus étendu, qui désigne Ce concept sert aussi de déni et de dissimulation de l'antisémitisme (la galaxie antisémite rouge-brune non gauchiste autour de Soral et Dieudonné ) jusqu'à devenir

Edwy Plenel, selon L'Obs., considère que c'est

En , les journalistes Sonya Faure et Frantz Durupt notent , et qui se voient, pour cette raison, parfois accusés d'islamophobie. En réponse à cette qualification, un est renvoyé aux accusateurs .

Le site Acrimed considère que sous ce terme aurait lieu « une chasse aux sorcières médiatique », le terme étant « un vocable épouvantail » utilisé pour discréditer les personnes et mouvements politiques incriminésFrédéric Lemaire, Maxime Friot, Pauline Perrenot, « « Islamo-gauchistes » : une chasse aux sorcières médiatique », acrimed.org, ..

D'autres personnalités politiques de gauche, comme Clémentine Autain, revendiquent l'appellation et la rapprochent de l'intersectionnalité des luttes : pour elle, la gauche est légitime à se battre

Usage du terme dans la vie politique française Le terme est utilisé en France par certains universitaires ou responsables politiques pour dénoncer la proximité et le laxisme supposés de certains hommes politiques français de gauche envers l'islam, par ailleurs confondu ou assimilé à l’islamisme dans ses formes radicales..

Utilisé au départ principalement dans des cercles extrême-droitiers et identitaires, ce terme connaît une exposition médiatique forte après son utilisation fin 2020 par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, repris également par la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal..

D'après une analyse fondée sur les données de l'outil de recherche Politoscope de l'Institut des systèmes complexes de Paris, , le terme de désignant ici un agrégat de comptes Twitter : ils reflètent l'état des débats du moment, et constituent un viviers de recrues potentielles pour les partis politiques.. L'enquête portée par David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS, montre que le néologisme a d'abord été promu par l'extrême droite, comme , avant d'être récupéré par la ministre Frédérique Vidal en 2021 dans ce qu'il considère être un « piège » pour le gouvernement qui lui offre une « exposition inespérée »..

Selon le sociologue Fabrice Dhume-Sonzogni, avant l'intervention de Jean-Michel Blanquer en , Le Figaro s'octroyait environ des utilisations de l'expression depuis 2003-2004. Tandis que pour David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS,

En 2023, une étude académique publiée dans la revue Réseaux. Communication – Technologie – Société centrée sur l'utilisation médiatique du mot « islamo-gauchisme » en France entre 2015 et 2021 place Le Point au premier rang des hebdomadaires qui l'utilisent de manière courante : .

Selon Complément d'enquête, l'expression aurait été utilisée plus de 1200 fois sur les chaînes d’information entre janvier et , dont . .

Développement Le terme connaît son premier grand essor en 2003, lorsque des personnalités en faveur de l'adoption de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises l'utilisent régulièrement pour qualifier leurs opposants, qu'ils considèrent, selon Laurent Lévy, comme des gauchistes, de l'islamisme.. Des personnalités comme Alain Gresh, Edwy Plenel, Michel Tubiana ou Raphaël Liogier sont régulièrement l'objet de critiques comme « islamo-gauchistes »..

Marine Le Pen l’utilise en 2012 à la suite des attentats commis par Mohammed Merah, et ses mots sont repris dans la presse internationale : . Du côté des médias, Le Monde note que la première apparition dans ses colonnes remonte à l’automne 2004.

Pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff, ce sont et contribué à populariser cette locution dans les médias et le débat public.

Selon l'islamologue Gilles Kepel, En 2013, le philosophe Michel Onfray écrit qu'il ne communie pas Il critique également Jean-Luc Mélenchon :

Lors de l'entre-deux-tours des primaires de la gauche pour l'élection présidentielle de 2017, Malek Boutih déclare : , citant notamment dans son entourage son porte-parole Pascal Cherki pour son soutien à des rencontres non-mixtes.

Le terme est utilisé par Manuel Valls pour discréditer son concurrent à la primaire citoyenne de 2017 du Parti socialiste Benoît Hamon, dont le directeur de campagne considérera qu’il s’attendait plutôt à

Le , les journalistes Judith Waintraub et Vincent Nouzille dénoncent, dans une enquête sur publiée par Le Figaro Magazine, les relais « intellectuels, responsables politiques ou acteurs associatifs » de l'islamo-gauchisme qui selon les auteurs « investissent l'espace médiatique ». Sous des formes différentes et à des degrés divers, ils classent notamment dans cette catégorie les sociologues Edgar Morin, Geoffroy de Lagasnerie et Raphaël Liogier, l'islamologue Tariq Ramadan, l'historien Jean Baubérot, le démographe Emmanuel Todd, le géopolitologue Pascal Boniface, les journalistes Alain Gresh et Edwy Plenel, les personnalités politiques Benoît Hamon, Jean-Louis Bianco, Danièle Obono, Clémentine Autain et Caroline De Haas, ou encore les personnalités associatives Marwan Muhammad, Sihame Assbague, Houria Bouteldja et Rokhaya Diallo..

À partir de 2020, sous la présidence d'Emmanuel Macron, une partie du gouvernement utilise ce terme, notamment Gérald Darmanin., Jean-Michel Blanquer. ou Frédérique Vidal..

En 2024, le terme est employé pour désigner le mouvement étudiant propalestinien en 2024 en France. L'Institut d'études politiques de Paris est notamment accusé d'être « un bunker d'islamo-gauchistes » par le président du Sénat, Gérard Larcher., et est suivi d'une proposition de commission d'enquête au Sénat..