Musée des horreurs est une série de caricatures antidreyfusardes, nationalistes, antisémites et antimaçonniques, dessinée et publiée en France par entre octobre 1899 et décembre 1900, sous la forme d'affiches lithographiées.

Histoire Le responsable de publication du Musée des horreurs est Auguste-Victor Lenepveu, qui se présente comme imprimeur, dessinateur et journaliste.

La mise en vente du premier numéro, le , est annoncée et saluée par L'Intransigeant d'Henri Rochefort : Selon le même journal antidreyfusard, près de de ce premier numéro auraient été vendusL'Intransigeant, 16 octobre 1899, ..

L'imprimerie et l'administration du Musée des horreurs sont situées au de la rue DulongMusée des horreurs, .. La série est tout d'abord vendue par la maison Hayard, au de la rue Saint-Joseph, puis à un bureau de vente situé au de la rue de Cléry entre novembre et , et enfin au de la rue du Croissant à partir de .

Lenepveu annonce 150Musée des horreurs, . puis 200 dessinsMusée des horreurs, ., mais n'en fera finalement paraître qu'une cinquantaine. Chaque numéro est vendu pour 20 centimesMusée des horreurs, ., tandis que l'abonnement à la série complète, initialement fixé à 25 francs, passe à 40 le . La parution semble avoir été irrégulière, tantôt hebdomadaire tantôt bimensuelle, avant la promesse d'une livraison chaque vendredi à partir du ().

D'un grand format (65 x 50 cm) proche de celui d'une affiche, les caricatures en couleur ridiculisent les dreyfusards en les affublant, pour la plupart d'entre-eux, de corps d'animaux grotesques, selon un procédé déjà employé sous la Révolution française puis par de nombreux caricaturistes comme Paul Hadol (La Ménagerie impériale, 1870) ou Barentin et J. Blass (La Ménagerie républicaine, 1889). Les cibles favorites du Musée des horreurs sont naturellement Alfred Dreyfus (3 dessins), les partisans notables de la révision du procès de celui-ci, au premier rang desquels figure Joseph Reinach (3 dessins), sans épargner le président Loubet (4 dessins) et les membres du gouvernement Waldeck-Rousseau (12 dessins). Bien que relativement étrangère à l'affaire Dreyfus, la famille Rothschild fait l'objet de huit caricatures antisémites.

Parallèlement à la publication du Musée des horreurs, Lenepveu lance, à la mi-L'Intransigeant, 15 novembre 1899, ., le Musée des Patriotes, où les meneurs antidreyfusards et nationalistes sont représentés à leur avantage. Vendue pour 10 centimes le numéro et offerte aux abonnés du Musée des horreurs, cette nouvelle série comporte notamment les portraits de Paul Déroulède (, ), Henri Rochefort (, )L'Intransigeant, 11 décembre 1899, ., Édouard Drumont (), François Coppée (, ) et du colonel Marchand (, )L'Intransigeant, 27 juin 1900, .. Également annoncésMusée des Patriotes, ., les portraits de Gyp, Lemaître, Négrier, Barrès, Judet, Guérin et Millevoye ne semblent pas avoir été réalisés. Certains dessins des deux séries sont reproduits sur des cartes postales.

Les autorités réagissent dès la parution du du Musée des horreurs, à la mi-, quand la police arrête des camelots vendant ces placards sur la voie publique et saisit leurs exemplaires. L'Intransigeant ainsi que Lenepveu (Musée, et 10) dénoncent ces arrestations qu'il estiment arbitraires, et qu'ils attribuent au préfet de Police de Paris, Louis Lépine. Selon L'Intransigeant, Lépine aurait agi à la demande du baron de Rothschild, caricaturé dans le . L'information est cependant démentie par la préfecture de policeLe Temps, 16 octobre 1899, .. Le du Musée, daté de , fait à nouveau état d'intimidations policières, cette fois-ci sur les marchandes de journaux tenant des kiosques, qui auraient été menacées de perdre leur concessionL'Intransigeant, 9 février 1900, ..

La parution du Musée des horreurs s'interrompt finalement à la fin de l'automne 1900. Dans une lettre à Déroulède en date du , Lenepveu annonce qu'il renonce en raison des soucis de financement et des tracas policiersJoly (2005), .. Néanmoins, le Musée des Patriotes paraît au moins jusqu'en , quand paraissent les portraits de l'empereur et de l'impératrice de RussieL'Intransigeant, 13 septembre 1901, ..

Postérité Les collections du Musée des horreurs et du Musée des Patriotes sont recherchées par les amateurs : Sotheby's en a vendu une collection complète pour dollars le Lot 175 d'une vente de Judaïca, sur le site de Sotheby's (consulté le 14 janvier 2017). et une collection incomplète pour dollars le Lot 256 de la collection Steinhardt, sur le site de Sotheby's (consulté le 14 janvier 2017)., tandis qu'une collection complète a été adjugée pour euros chez Ader le Lot 34 de la collection Scheker, sur le site de la maison Ader (consulté le 14 janvier 2017)..

Liste des numéros {| class="wikitable sortable" |- !N !Vignette !Titre !Date !Caricature |- |1 |100px |Boule de Juif |[] |Joseph Reinach en singe (en hamadryas selon L'Intransigeant), tenant une lettre exigeant « la réhabilitation de cette canaille de D. » (allusion à l'une des pièces du dossier à charge monté contre Dreyfus). |- |2 |100px |N'a qu'un œil, banquier-brocanteur |[] |Alphonse de Rothschild en pieuvre borgne. |- |3 |100px |A la niche!!! |[]La Libre Parole, 28 octobre 1899, .La Justice, 31 octobre 1899, . |Louis Lépine, en chien de garde auquel le Musée des horreurs donne un coup de pied. Préfet de police de Paris, il aurait ordonné d'arrêter les vendeurs du MuséeL'Intransigeant, 22 octobre 1899, .. |- |4 |100px |Le Roi des Porcs |[]L'Intransigeant, 8 novembre 1899, . |Émile Zola, en porc, maculant de « caca international » une carte de France. Avant même de s'engager en faveur de Dreyfus, le chef de file de la littérature naturaliste a souvent été traité de « pornographe » par les conservateurs et, par conséquent, caricaturé en porc. |- |s1 |100px |Musée des Patriotes : Tirez Lâches!!! |[Mi-]La Libre Parole, 14 novembre 1899, . |Premier numéro du Musée des Patriotes, supplément du Musée des horreurs. Paul Déroulède, alors inculpé de complot devant la Haute Cour, montre sa poitrine à ses accusateurs. Un cadre contient un extrait de la résolution du « parti républicain plébiscitaire », adoptée lors d'une réunion nationaliste le au théâtre de la RépubliqueJournal des débats, 18 juillet 1899, .. |- |5 |100px |Trou de Balle |[]L'Intransigeant, 22 novembre 1899, . |Fernand Labori, en âne sellé, effrayé par un coup de pistolet à bouchon. Allusion à l'attentat commis contre l'avocat de Dreyfus à Rennes le . |- |6 |100px |Le Traître! |[]La Libre Parole, 25 novembre 1899, .L'Intransigeant, 29 novembre 1899, . |Alfred Dreyfus, en hydre transpercée par une épée. Condamné le , Dreyfus a été gracié par le président de la République le . |- |7 |100px |Kabosch d'Ane |[]La Libre Parole, 9 décembre 1899, . |Le grand rabbin de France Zadoc Kahn, en loup, coupant la queue d'un cochon (allusion au rite de la circoncision)Cf. Tillier.. |- |8 |100px |Georgette |[] |Le colonel Marie-Georges Picquart en dromadaire. |- |s2 |100px |Musée des Patriotes |[] |Henri Rochefort est assis, une plume à la main, le coude posé sur un numéro de L'Intransigeant. |- |s3 |100px |Musée des Patriotes |[] |Édouard Drumont est assis à son bureau devant un numéro de La Libre Parole, le coude posé sur une pile de ses œuvres : La France juive (1886), La Dernière bataille (1890), La Fin d'un monde (1889) et Mon vieux Paris (1879). |- |9 |100px |Pré-Salé |[]La Libre Parole, 18 décembre 1899, . |Francis de Pressensé, en dindon, juché sur un journal intitulé L'Ordure (L'Aurore). |- |10 |100px |L'ex-copain de Cornélius Herz |[]La Libre Parole, 23 décembre 1900, . |Georges Clemenceau, en hyène, veillant sur des sacs de livres sterling, en écho aux accusations du temps de l'affaire Norton (1893). Le titre rappelle ses liens avec Cornelius Herz avant le scandale de Panama (1892). |- |11 |100px |La Dame blanche |[]La Libre Parole, 31 décembre 1900, . |Séverine en vache. |- |s4 |100px |Musée des Patriotes : François Coppée | |François Coppée, président d'honneur de la Ligue de la patrie française, est assis à son bureau, le coude posé sur un livre ouvert. |- |12 |100px |Crassus | |Henri Maret en rat d'égout. L’égout, nommé « canal de Panama » (Maret a été impliqué dans le scandale), charrie un numéro du Radical. |- |13 |100px |Ranc le Caïman | |Le sénateur Arthur Ranc en caïman (sobriquet donné aux sénateurs)Le Figaro, 9 décembre 1902, .. |- |14 |100px |L'Eléphant du Jourdain | |Jean Jaurès en éléphant, appuyé sur un numéro de La Petite Dreyfusarde (La Petite République) et tenant une bouteille d'eau du Jourdain, en écho à une rumeur de 1895 sur le baptême catholique d'une fille de Jaurès, ce dernier apparaissant ainsi comme un anticlérical hypocriteBulletin de la Société d'études jaurésiennes, -103, juillet-décembre 1986, .. |- |15 |100px |Signe de Grande détresse! |[] |Henri Brisson en ours, affublé d'une parodie de sautoir maçonnique (avec un pot de chambre inscrit dans un triangle). Le , à la tribune de la chambre des députés, il a effectué un geste maçonnique pour appeler les élus francs-maçons à voter la confiance au gouvernement Waldeck-RousseauBertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014, .. |- |16 |100px |Dernière culbute | |Pierre Waldeck-Rousseau en singe funambule, chutant de sa corde sous une pluie de bulletins « Mercier » : le général Mercier a été élu sénateur le . |- |17 |100px |Comment on arrive!! | |Le général de Galliffet en chien marchant sur ses deux pattes avant, recevant le portefeuille de la Guerre en récompense de son tour. Le « bastion 43 » (de l'enceinte de Thiers) et les ossements humains font référence aux Communards exécutés sur ordre du général lors de la Semaine sanglante (1871). |- |18 |100px |Il n'est pas Protestant | [après le 15]La Libre Parole, 16 février 1900, . |Ludovic Trarieux en oie blanche ou en cygne écumant de bave. Le titre fait référence à la prétendue conversion au protestantisme attribuée à Trarieux par les milieux antidreyfusards (notamment par Gyp en 1898)L'Intransigeant, 6 novembre 1898, .. |- |19 |100px |Tout par le peuple |[Février/] |Le ministre du Commerce, Alexandre Millerand, en lièvre fumant un cigare. |- |20 |100px |Boum boum! madame!! |[Février/] |Émile Loubet en ours de cirque vendant des nougats (le président est originaire de Montélimar). Le titre et le sujet rappellent un passage d’Autour du monde en pousse-pousse de Fernand Hue : une famille visitant l'Exposition universelle de 1889 y voit « un homme coiffé d'un fez et qui, tenant sur un plateau de métal un amas de pâte de couleur douteuse, criait : - Boum-boum, Messieurs ! boum-boum, Madame ! »Fernand Hue, Autour du monde en pousse-pousse - Voyage d'un ressuscité, Paris, Lecène, Oudin et , 1891, . |- |21 |100px |Del-Lâchoda devant l'Angleterre 11 Xbre 1898 |[]La Libre Parole, 9 mars 1900, . |Théophile Delcassé en caniche faisant le beau (devant l'Angleterre), allusion à la reculade de Fachoda (1898) reprochée par les nationalistes au ministre des Affaires étrangères. |- |22 |100px |Raminamonis l'escroc | |La main de Papillaud, journaliste à La Libre Parole, empêche Ernest Monis (ici en chat, Raminagrobis) de bondir sur une bouteille de cognac Martell. Dans un article d', Papillaud a accusé le ministre de la Justice, par ailleurs négociant en alcools, d'avoir tenté d'escroquer la maison MartellL'Intransigeant, 26 octobre 1899, .. |- |23 |100px |Ministre et Traître |[]La Libre Parole, 22 mars 1900, .