L'Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) est un ancien établissement public à caractère industriel et commercial, successeur de la Radiodiffusion-télévision française (RTF), ayant pour mission la tutelle de la radiodiffusion et de la télévision publique, la gestion des émetteurs et de la production audiovisuelle nationales et régionales. L'Office est créé en 1964 et dissous en 1975 pour laisser place à sept sociétés distinctes.
Si l’ORTF symbolise le monopole de l'État sur la radio et la télévision françaises, le monopole s'est poursuivi pendant neuf ans après sa dissolution.
Histoire Débuts de l'audiovisuel d'après-guerre et la RDF La Radiodiffusion française (RDF) est créée le après la nationalisation des radios privées et instaure un monopole d'État qui demeurera jusqu'en 1981. Les anciennes radios privées seront malgré tout progressivement supprimées et remplacées par des nouvelles radios entre 1944 et 1948 : Le Programme national en 1944, Le Programme parisien en 1945, Paris-Inter en 1947 et Paris-Études en 1948. Dans le même temps, la RDF crée une nouvelle chaîne de télévision reprenant les fréquences de l'ancienne chaîne nazie Fernsehsender Paris (Paris-Télévision) : RDF Télévision française. La première évolution technique majeure de la télévision d'après-guerre ne survient qu'en 1948, lorsque le secrétaire d'État à l'Information François Mitterrand fixe par décret le format 819 lignes en remplacement du 441 lignes.
La RDF est totalement contrôlée par le ministre de l'information et ne dispose donc d'aucune autonomie.
Remplacement de la RDF par la RTF « T » pour symboliser la télévision thumb|Logotype de l'Office de radiodiffusion télévision française Le , la Radiodiffusion française (RDF), qui est déjà responsable de RDF Télévision française, l'unique chaîne de télévision, devient la Radiodiffusion-télévision française (RTF). Cependant, son mode de fonctionnement ne change pas. La RTF est donc totalement dénuée d'autonomie propre. Le voit l'apparition du premier journal télévisé conçu par Pierre Sabbagh, mais sans présentateur. Peu de temps plus tard, le , la redevance audiovisuelle est instaurée pour les téléviseurs (jusqu'alors, seuls les équipements radio étaient assujettis à la redevance). Le , plusieurs diffuseurs européens dont la RTF forment l'Union européenne de radio-télévision.
C'est également sous l'ère de la RTF qu'apparaîtront des nouveaux programmes, notamment les émissions religieuses du dimanche matin (toujours diffusées dans les années 2000 sur France 2), la première émission jeunesse (Le Club du jeudi), les premières pièces de théâtre diffusées en direct, les premières années de la diffusion en direct du défilé du 14 juillet (retransmis la première fois le ) et les premières retransmissions internationales qui permettront aux téléspectateurs français d'assister en direct au couronnement de la souveraine britannique Élisabeth II le . Cet événement a beaucoup contribué au succès de la télévision en FranceFrance Info : "1953: Le couronnement d'Elizabeth II, couronnement de la télévision" Papier radiophonique. En parallèle, le côté radio s'enrichit : Le Programme musical en modulation de fréquence France est créé en 1954.
Le , la diffusion en 441 lignes s'arrête définitivement à la suite d'un incendie de l’émetteur. Entre-temps, entre 1950 et 1969, la télévision régionale fait progressivement son apparition, en commençant par Lille. Les stations régionales servant également de relais, les programmes jusqu'alors exclusivement parisiens peuvent être reçus dans chaque zone couverte par une antenne régionale.
De la refonte des radios à la transformation en ÉPIC Le , l'offre radiophonique est considérablement modifiée. Le Programme musical en modulation de fréquence France est supprimé et la RTF Radio se retrouve composée de trois chaînes, qui changent de nom pour l'occasion : Paris Inter devient France , montrant qu’il s’agit désormais de la station de référence de la RTF ; Le Programme parisien devient France régional, chaîne de divertissements et d'émissions régionales ; Le Programme national devient France , chaîne axée sur les programmes culturels.
La suppression du Programme musical ayant entraîné de nombreuses protestations, il est réintroduit sous le nom de France IV haute fidélité dès le « La réforme des programmes, qui intervient le , modifie la répartition des émetteurs et donne aux chaînes une identité plus forte. » Repères historiques dans les Espaces découverte de Radio France, radiofrance.fr.
En est créée par Henri Kubnick l'émission devenue culte par jour, futur Jeu des francs sur France 1. À la télévision, la RTF crée en 1959 le tout premier magazine d'information télévisé, Cinq colonnes à la une. Celui-ci sera diffusé jusqu'en 1968.
Dans le même temps, le , la RTF devient un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) et adopte son fameux logo « atome » qui sera conservé même après la transformation de la RTF en ORTF en 1964.
Des nouvelles radios et une nouvelle télévision En , les radios de la RTF connaissent une nouvelle mini-révolution. France et France régional fusionnent pour devenir RTF Inter, cette dernière se divisant en deux programmes distincts en soirée : Inter Jeunesse en ondes longues et Inter Variétés en ondes moyennes. France III national devient RTF Promotion et récupère également quelques productions jusqu'alors diffusées sur France . France haute fidélité devient RTF haute fidélité et se consacre essentiellement à la musique classiqueRepères historiques dans les Espaces découverte de Radio France - En , le nombre des chaînes de radio est ramené à trois..
Ces nouveaux noms ne seront utilisés que peu de temps, puisqu'en 1963, un référendum est organisé auprès des auditeurs. pour renommer les stations, dans le cadre de la réforme Roland Dhordain, avec application le : RTF Inter devient France InterLe système de « double diffusion » entre Inter Jeunesse et Inter Variétés perdurera jusque dans les années 1970 ; RTF Promotion devient France Culture ; RTF haute fidélité devient France Musique.
Le , la RTF emménage dans un nouveau siège situé au 116, avenue du Président-Kennedy, dans le et le de la même année, la deuxième chaîne de télévision (RTF Télévision 2) est créée en utilisant la bande Ultra haute fréquence (UHF) 625 lignes. L'ancienne chaîne unique, RTF Télévision, est dès lors appelée « la première chaîne » mais le sigle, lui, ne change pas.
L'ORTF, une tentative d'autonomie Plus grande indépendance pour la RTF En 1964, il est décidé de réformer la RTF afin de lui donner de nouveaux statuts et une plus grande autonomie. La loi du transforme la Radiodiffusion-télévision française en Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF)Loi du 27 juin 1964 portant statut de l'Office de radiodiffusion-télévision française, Journal officiel du 28 juin 1964. L'ORTF a pour but de moderniser le service public de radio-télévision française et, d'après la loi en question, de Loi du 27 juin 1964 Radio-Télévision. Par décret du , et . Ce même décret du porte la nomination des membres du conseil d’administration de l’Office de radiodiffusion-télévision française, membres parmi lesquels se retrouve Jean-Jacques de Bresson qui succédera à ce poste à Jacques-Bernard Dupont le . Malgré cette modernisation de l'audiovisuel français, le monopole de service public est maintenu, alors que le Royaume-Uni a aboli le monopole de la British Broadcasting Corporation (BBC) en 1955. Comme la RTF depuis le , l'ORTF a le statut juridique d'établissement public à caractère industriel et commercial (ÉPIC). La RTF Télévision devient la première chaîne de l'ORTF et la RTF Télévision 2 devient la deuxième chaîne de l'ORTF.
À ses débuts, l'ORTF a comme particularité de gérer directement la redevance audiovisuelle sans passer par l'État, sur le même modèle que la BBC. Malgré tout, très rapidement, le ministre des finances Valéry Giscard d'Estaing ré-institue, via l'arrêté du , le contrôleur d'État chargé du financement de l'audiovisuel public, comme au temps de la RTF. C'est donc la loi de finance annuelle qui fixera le montant de la redevance (supprimée depuis 2022 sous la présidence d'Emmanuel Macronhttps://www.info.gouv.fr/actualite/fin-de-rideau-pour-la-redevance-audiovisuellehttps://www.lemonde.fr/politique/article/2022/08/02/audiovisuel-public-le-senat-vote-la-suppression-de-la-redevance_6136883_823448.html) et de ce fait, le budget de l'ORTF, celui-ci étant entièrement financé par les contribuables. Pourtant, le , le mode de financement change. Si l'Office est toujours financé majoritairement par la redevance, la publicité devient la ressource financière secondaire. La Régie française de publicité est créée dans le même temps pour pouvoir gérer la publicité sans passer par des tiers. La première publicité (pour le Boursin) sera diffusée sur la première chaîne le , soit près d'un an après sa légalisation.
Le , la deuxième chaîne passe à la couleur via le procédé séquentiel couleur à mémoire, SÉCAM, et effectue sa première grande réalisation le en effectuant la retransmission mondiale de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver, organisée dans le stade olympique de Grenoble.
Mai 68, la neutralité de l'ORTF mise en cause
thumb|« ORTF libre » affiche appelant à la liberté de l’information ORTF Archives nationales 20160234/9
Au mois de , l’ORTF compte plus de , pour la plupart regroupés dans la Maison de la Radio, un immeuble circulaire qui symbolise l’audiovisuel français. Alors que la gauche dénonce une communication instrumentalisée, l’ORTF est sous contrôle et reste à distance des événements qui marquent le début de Mai 68, donnant très peu la parole aux contestataires avant la grève des techniciens et journalistes de l'ORTF qui change la donne à partir du . Jour après jour, l’ORTF se veut rassurante et reste à distance du mouvement. La . L'ORTF, à travers les journaux télévisés regardés par de la population ( de téléviseurs sont en service), rend compte des événements et de la violence, mais privilégie le point de vue gouvernemental. Dans ce qui a été conservé des journaux télévisés de la période du 2 au , sur 13 à d’informations, on totalise deux heures consacrées aux événements dont de parole officielle.
Au sein de l’Office le mécontentement est fort et latent : il a été avivé par la décision gouvernementale d’ d’introduire la publicité de marque sur les antennes nationales. À la suite de la nuit des barricades du et de la censure du magazine Panorama, avant sa diffusion, l’ORTF entre en situation de crise : le , les journalistes et producteurs de magazines mensuels d'information diffusent par l’intermédiaire de l'AFP un communiqué dans lequel .
Grève du personnel de l'ORTF
Un diplomate pour diriger l’ORTF En , l’ORTF semble ingouvernable. Un collaborateur proche du général de Gaulle est appelé à en prendre la direction : Jean-Jacques de Bresson, ancien résistant de . Il est alors reçu par le Président de la République qui lui précise ce qu’il attend de lui et le consacre dans ses responsabilités.
Dans un premier temps, il lui faut reprendre le contrôle de l’Office, après que sur 254 () se sont mis en grève. Sous prétexte d’économies et de simples compressions de personnel, à Paris, de l’actualité télévisée sont licenciés, avec paiement d’indemnités, une dizaine d’autres seront mutés. Dans l’actualité parlée, 22 licenciements sont prononcés, ainsi qu’une vingtaine de mutations. Ces sanctions seront les seules, Jean-Jacques de Bresson veillant à ne pas bouleverser la maison. Certaines sanctions seront de courte durée, d’autres plus longues. Certaines seront progressivement rapportées, ainsi Léon Zitrone qui a été relégué au service des sports, chargé du cyclisme et des courses hippiques, retrouve au bout d’un an ses fonctions antérieures : il couvre alors le Tour de France à moto et Jean-Jacques de Bresson apprécie là ses qualités professionnelles.